‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 80 sur 140 · I.A RÉGION OKIlîNTALU · texte numérisé non relu

I.A RÉGION OKIlîNTALU

Liliacées 2 espèces 3 arbustes ( Dracaenu )

Graminées 1 » 2 bambous-lianes

Pipéracées 1 » 2 lianes (Piper)

Cypéracées 1 » 2 herbes

Urticacées 1 » 1 arbuste (Ficus)

Eupborbiacées 1 » 3 arbustes

Apocynacées 2 » 1 liane et 1 arbuste

Acanlhacées ... I » 3 arbustes

Ebénacées 1 » 2 »

Forêt orientale sur la limite du Centre.

Sapindacées

2 arbres

Térébinthacées

Myrsinacées

4 arbustes

Rubiacées

1 arbre et 18 arbustes

Mélastomacées

6 arbustes

Composées

Araliacées

Clusiacées

1 arbre et 1 arbuste

Myrtacées

2 arbres et 1 arbuste

Légumineuses

1 arbre ( Dalbrryia)

Connaracées

1 liane

Tiliacées

1 arbre

2 arbres et 1 1 arbuste

LA VÉGÉTATION MALGACHE

Soit, sur ces 100 plantes: >3 espèces appartenant k 24 familles différentes; 12 arbres, dont 5 seulement paraissent adultes: 6 lianes; 13 plantes k port de Pandanus, Palmiers, Dracæna ou Fougères arborescentes; 5 plantes herbacées; 7 Fougères épiphytes, localisées sur les troncs des Fougères arborescentes ; et 50 arbustes.

Dans cet ensemble si hétérogène, comme d'ailleurs dans toutes les Formations autochtones malgaches, c’est en vain qu'on chercherait à distinguer des associations végétales simples, réduites comme en Europe à une espèce dominante, suivie de son cortège d'espèces compagnes. Toute la Formation n’en forme qu’une, celle de la forêt. L’absence d’essences sociales, la dissémination des espèces dans la futaie, où les individus d'une même espèce sont toujours séparés entre eux par des espèces différentes ; la mort totale de toutes les espèces, même des plantes annuelles, après un tavy : tout démontre que la forêt forme un tout complexe, un ensemble biologique qui n’a de limites que celles de la Formation. Chaque végétal a sa place marquée dans cet ensemble, soit par les toxines que sécrètent les racines de ses semblables, soit par l’intensité variable de lumière que laisse k sa disposition tel ou tel de ses voisins, soit par les conditions qu’exigent sa fleur pour fleurir, son fruit pour mûrir, sa graine pour germer, soit enfin par suite de multiples causes que nous ne connaissons pas. La complexité infinie de cette association si vaste laisse entrevoir les temps immenses qui lui ont été nécessaires pour se constituer. Elle explique la destruction rapide, la fragilité singulière de la forêt orientale et permet de comprendre pourquoi sa reconstitution restera toujours problématique, lorsque sa destruction aura été complète.

Mais l'ensemble biologique que constitue la forêt n’est pas seulement une association végétale. Il est plus complexe encore, car il comprend tous les êtres qui vivent sur la Formation. Chaque plante a sa faune particulière, des êtres qui fécondent sa fleur ou qui en vivent, d’autres encore qui la font disparaître, ou, au contraire, la rendent à la vie lorsqu’elle doit mourir. A chaque étage de la futaie correspond aussi une

LA HICOION OKIUNTALK

faune spéciale. A 1 étage inférieur les carnassiers de foules espèces : petits fauves, cloportes, sangsues, moustiques, carabiques, cicindélides, scorpions et staphylins. A l'étage moyen, les oiseaux, les papillons, les lémurs nocturnes ou crépusculaires. Au dôme supérieur, les grands lémurs, les oiseaux diurnes et la multitude ailée des insectes tropicaux. La torêt tout entière ne semble former qu'un seul être,

Pandanus nain des bords des torrents, vers 400 m. ait., environs de Masolambo

(Forêt orientale).

dont les manifestations vitales sont soumises aux même lois, aux mêmes rythmes. Si c est l'hiver, la forêt dort et tout son peuple sommeille, la pluie tombe doucement, lentement, tout semble mort; seuls, les gémissements plaintifs* des Indris s’appelant de colline à colline troublent le silence qui tombe de la voûte pesante des feuilles raides. Si c est l 'été , la forêt s'éveille, et avec elle tout s'anime ; de rapides tornades et la grande lumière se succèdent au ciel, les rameaux fleuris frémissent de chants et de battements d’ailes, et la vie est alors si intense que les bois deviennent impénétrables.

Les épiphvtes et leurs hôtes sont bien une forme d’associa-

LA VÉGÉTATION MALGACHE

tion végétale, mais cette association est incomplète, puisque le végétal-support ne joue qu’un rôle passif, analogue à celui du. sol dans la forêt. En effet, un arbre chargé d épiphytes, en admettant qu'il ne souffre pas de leur surabondance, ne retire du moins aucun avantage de leur présence. Cette règle pourtant — mise à part la possibilité de la symbiose par les mycorhizes — n’est pas absolue, car il est des cas, rares il est vrai, où ces sortes de plantes semblent bien contribuer à la vie du végétal qui les porte. Ainsi certaines Fougères arborescentes ont leur stipe couvert presque en entier d'un amas de racines adventives, groupées en un cône qui s'élargit vers la base ; d’autres plantes, certains Pandanus ou Palmiers, émettent au niveau de leurs cicatrices foliaires un anneau de racines à géotropisme négatif, courtes et épaisses. Or, tant que ces sortes de racines ne sont pas recouvertes d’épiphytes. elles sont lavées par l'eau des pluies et ne retiennent presque rien des débris végétaux de toutes sortes, qui tombent sans cesse des grands arbres. Mais qu'un épiphyte s’y fixe, et. au contraire, les matières humiques, arrêtées dans leur chute par ses feuilles et ses rameaux, se concentreront à sa base et ne tarderont pas à former autour du tronc de la plantesupport un épais bourrelet de terre végétale, où puiseront à la fois les racines des deux plantes.

Chez beaucoup d'épiphytes, le rôle des feuilles, en tant que pourvoyeuses d'humus, est remarquable. La plante la mieux organisée en ce sens est sans doute 1 Asplénium Xidus, dont la couronne de grandes frondes entières forme, autour du tronc qui la porte, comme un vaste entonnoir où vient s'entasser toute la matière humique qui tombe incessamment du dôme de la forêt. Guidées par les feuilles, arrêtées par les racines, ces matières viennent s'entasser entre la base des frondes et le tronc porteur, et forment bien vite une vraie terrasse suspendue, où non seulement Y Asplénium trouve son aliment, mais où viennent encore se lixer d’autres épiphytes, et parfois même des arbustes 1 .

1. L’accumulation de l'humus à l’aisselle des feuilles est un fait constant chez toutes les espèces à rosette terminale du sous-bois. Ces

Page 1