‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 87 sur 140 · I.A VÉGÉTATION MAI.GAC1IK · texte numérisé non relu

I.A VÉGÉTATION MAI.GAC1IK

Le caoutchouc est produit par d espèces de Mascarenhasia et 9 espèces de Landolphia. Les Mascarenhasia sont de grands arbres dans leur stat naturel, lorsqu'ils n’ont pas encore été recépés. mais ne sont plus que des arbustes lorsqu'ils ont repoussé de souches dans un endroit dénudé. Lorsqu’ils ont leur port naturel, ce sont des producteurs de caoutchouc de tout premier ordre, donnant 500 grammes de gomme, et parfois davantage, en une seule saignée. Ils n'ont, au contraire, que peu d’intérêt sous leur port d'arbuste provenant d’une ancienne souche recépée. Les indigènes ont malheureusement l'habitude d'abattre ces arbres avant de les saigner, et les grands exemplaires de ces trois espèces sont maintenant devenus introuvables. L'une d'elles, le M. arborescens, très robuste et résistant à tout, est encore assez commune sous sa forme arbuste, mais les deux autres ne sont plus que des raretés botaniques, des espèces en voie d'extinction totale. Aucune mesure efficace n'a été prise par l'Administration pour conserver ces précieuses essences, qui auraient pu produire annuellement autant de caoutchouc qu'on en a retiré en les abattant et en les sacrifiant.

Les Mascarenhasia sont d'autant plus intéressants qu'ils donnent, en outre, du caoutchouc dans toutes leurs parties, aussi bien dans les feuilles et les jeunes pousses que dans le tronc et les rameaux. Cette circonstance, rare dans les essences caoutchoutifères, et la facilité avec laquelle ils repoussent de souche, leur donne un grand intérêt aux points de vue cultural et industriel.

Les Landolphia sont, au contraire, toutes des lianes, atteignant de très grandes dimensions. Les espèces de ce genre sont très nombreuses dans la forêt de l'Est, mais la moitié au moins de ces espèces ne produisent qu’un coagulât résineux et sans valeur. Les autres donnent des gommes de valeurs très diverses, généralement mélangées dans les caoutchoucs du commerce. Toutes n'ont que du latex résineux dans leurs parties jeunes, et l'une d'elles, le L. Mandrianamho , espèce à caractères botaniques pourtant très constants, ne donne même du caoutchouc dans ses parties âgées que dans

LA REGION ORIE.VI ALE

certaines conditions d'àge et de stat, difficilement déterminables

Comme les Mascarenhasia , les lianes à caoutchouc, tout au moins les meilleures, ont été détruites avec acharnement par les indigènes, qui en tronçonnent les tiges pour en extraire le latex. Les Landolphia de l'Est ne repoussant pas de souche,

Savoka jeune se développant sur forêt détruite par les tavy. I.es troncs carbonisés qui subsistent encore de I ancienne forêt sont appelés « zeza » par les colons et les indigènes de la Côte Est.

les plus intéressantes n’existent plus, à l’état adulte ; et ces espèces vont s’éteindre avant qu’on soit fixé d'une manière certaine sur leur valeur et leur productivité.

A l'état pur, les caoutchoucs de Mascarenhasia sont de belles gommes très tenaces, cornées et résistant bien à l'étuve, ceux des Landolphia sont des sortes plus ou moins rosées et d une bonne élasticité. Mais les caoutchoucs commerciaux sont un mélange de toutes ces gommes plus ou moins pures, plus ou moins mal préparées, auquel on ajoute encore

1. H. Jumelle et II. Perrier delà Bâthie : La diversité et les variations des latex dans une liane à caoutchouc (L'Agriculture pratique des pays chauds, janvier 1914).

LA VEGETATION MALGACHE

souvent des coagulats sans valeur. Aussi, dans le commerce, l'usage a-t-il prévalu de désigner toutes les meilleures sortes, quelle qu’en soit la provenance réelle, sous le nom de « Madagascar rose », ou « Madagascar liane » et les inférieures sous les noms de « Madagascar noir », « Barabanja » et « Gidroa » (noms indigènes de Mascarenhasia, mais les unes et les autres pouvant indifféremment provenir de Landolphiae t de Mascarenhasia *).

Les fibres de raphia qui font l’objet d'un grand commerce d'exportation, sont produits par le Raphia Ruffia, Palmier surtout commun dans la moitié Nord de la région orientale, région où il est pourtant bien moins abondant que dans le Nord-Ouest.

Les gaines et les rachis du Vonitra Thouarsiana . en se décomposant sur le stipe même, forment cette longue crinière de fibres brunes qui constituent le crin végétal, que l'on exporportait jadis en grande quantité, mais que l'on ne récolte, pour ainsi dire, plus maintenant. La forêt orientale pourrait pourtant fournir encore de très grandes quantités de ces fibres.

Le manara est un palmier, Beccariophenix madayascariensis dont les jeunes segments sont employés dans l'Imerina à la fabrication de chapeaux. Ces segments font l'objet d’un commerce peu considérable entre indigènes.

La cire est surtout produite parles abeilles très nombreuses dans la forêt. Elle pourrait l'être aussi par un Chrysalidocarpus , Palmier très commun dans les environs d'Antalaha.

Tous ces produits, d ailleurs, au fur et à mesure des progrès de la dénudation, sont appelés à prendre de moins en moins d'importance, non seulement par suite des surfaces de plus en plus réduites qui les produisent, mais aussi de l'éloignement de plus en plus grand des massifs forestiers de la côte ôu des voies qui v aboutissent.

1. II. Jumelle et Perrier de la Bàtliie : Les plantes à caoutchouc de l'Est de Madagascar. Cliallamel, 1913.

2. II. Jumelle et H. Perrier delà Bàtliie : Nouvelles notes biologiques sur la flore malgache (Annales de la Faculté des Sciences de Marseille, 1913).

Page 1