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CHAPITRE IX

La région centrale.

Cette région comprend toutes les parties de 1 ' Ile situées au-dessus de 800 mètres d'altitude. Ses limites avec les régions de l'Est et du Sambirano sont peu nettes ; la netteté est très grande, au contraire, vers l’Ouest, où la végétation à feuilles caduques entre en contact avec la végétation à feuilles persistantes. Le climat diffère surtout de celui de la région orientale par un abaissement très sensible de la température et par des pluies bien moindres en saison froide, où l'humidité reste néanmoins très grande. Pendant cette saison froide, la végétation subit un temps d’arrêt très marqué. La flore est surtout constituée par des types orientaux modifiés par l’altitude, mais avec de très nombreux types des climats tempérés et de l’Afrique Australe. Elle est en outre caractérisée par l’abondance des Orchidacées, des Composées, des Ericacées et des Fougères. On y distingue six Formations différentes : la forêt à sous-bois herbacé, la silve à Lichens des cimes, les broussailles éricoïdes des hautes altitudes, les bois des pentes occidentales, les marais et les rocailles à xérophytes. Toutes ces Formations, sauf celles des marais, sont remarquables par leur richesse en espèces.

Délinie sommairement, la Région centrale comprend toutes les parties de Elle situées au-dessus de 800 mètres d’altitude, du moins quand ces parties sont soumises à l'action de l'alizé humide. Mais cette dernière restriction est d'ailleurs à peine nécessaire, car presque toutes les altitudes supérieures à 800 mètres sont soumises plus ou moins à l’alizé. Il y a pourtant quelques exceptions. Ainsi, sur l’extrémité Nord de barète cristalline de 1 île, la végétation du Centre ne se montre qu’au-dessus de 1.200 mètres; et, sur quelques cimes du Sud-Ouest isolées dans un climat très sec, on ne l’observe pas du tout, même à cette dernière altitude.

Les changements de la végétation sont plus ou moins nets et brusques sur les différentes limites de la région. Sur les

LA VÉGÉTATION MALGACHE

limites Est, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les régions orientale et centrale se confondent et se pénètrent intimement. Seules, la disparition de certains types tropicaux ( Landolphia , Mascarenhasia , Bavenala , Vonitra, etc.) et l’apparition d’autres types des climats tempérés ( Ranunculus , Viola . Epilobiurn , Ombellifères, etc.), coïncidant avec un changement d’aspect de lenseinble, nous ont engagé à placer leur limite respective aux alentours de l’altitude de 800 mètres. Cette limite, ainsi comprise, suit d'ailleurs presque partout la base du ressaut brusque qui borne, vers l'Est, le plateau central, et cet accident orogénique, à partir duquel l’altitude s'élève brusquement, la rend très nette au point de vue physique. Baron, qui ne connaissait guère de la région centrale que ce que nous appelons la Prairie du Centre, plaçait cette limite à la partie supérieure de ce ressaut, c’est-à-dire vers 1 .200 mètres d'altitude. Si nous ne nous rangeons pas à cette manière de voir, c est simplement parce que nous avons retrouvé, dans les parties les moins peuplées et les plus occidentales du Centre, que Baron n'avait pu visiter, des bois et des forêts absolument semblables, tant au point de vue physique que botanique, aux bois qui recouvrent les flancs du rebord oriental des hauts plateaux.

Dans la région du Sambirano, on observe le même mélange entre la végétation du Centre et celle de ce petit territoire, où tant de formes de 1 Est se retrouvent. Au Nord, à l'Ouest et au Sud, c'est-à-dire partout où la Flore du Vent entre en contact avec la Flore sous le Vent, les limites de la région centrale sont, au contraire, excessivement nettes, du moins lorsque les formations autochtones n’ont pas été totalement détruites. Lorsque la prairie subsiste seule, il est naturellement plus difficile de reconnaître l’endroit précis où l'on quitte le Centre pour pénétrer sur le territoire que recouvrait jadis la végétation à feuilles caduques, mais l’apparition de certaines espèces autochtones, très communes dans l'Ouest et résistant plus ou moins aux feux, telles que Ficus Sakalavarum Bak. dans les bas-fonds, et Mascarenhasia lisiantluflora DC., Acridocarpus excelsus Juss. ou Celastrus lincaris sur

LA RÉGION CENTRALE

les collines dénudées, suffit alors pour lever tous les doutes.

Les limites occidentales de la région du Centre sont d’ailleurs indiquées physiquement par un ressaut presque aussi constant, presque aussi accusé que du côté de l'Est. Pourtant l'altitude y croît moins brusquement, les espèces du Centre

Un chêne ((J. pediinculata) âgé de plus de 30 ans, à Tananarive, vers 1.200 m. d'alt. Hauteur totale, 8 m. Exemple d'espèce introduite ayant pris le port des arbres de la forêt du Centre.

ne dépassent pas sa cime, et cet accident orogénique, au lieu d’être rectiligne, constitue plutôt une suite de lignes irrégulièrement courbes, dont la convexité est tournée vers la mer. Cette dénivellation brusque, qui limite presque partout la région du Centre, n’est qu’une conséquence des failles qui bordent le plateau central de tous côtés. Ces failles sont en

LA VÉGÉTATION MALGACHE

effet droites sur le versant oriental et grossièrement curvilignes sur le versant occidental.

L altitude de la région du Centre varie de 800 à 2.868 mètres, cette dernière altitude étant celle du mont Tsaratanana, le point culminant de 1 île. Ces grandes différences d’altitude pourraient laisser supposer, de prime abord, de très grandes variations climatiques, mais comme la hauteur moyenne du plateau central est de 1.400 mètres, et que les altitudes supérieures et inférieures n'y sont, en somme, qu'une exception, le climat du Centre est beaucoup plus homogène qu'on ne le croirait. Les extrêmes de température sont d'ailleurs tempérés, sur les Formations autochtones, par des brouillards persistants, et la constance des autres conditions, humidité et régime des venls, donnent à la végétation, tille du climat, une homogénéité bien marquée.

Voici, résumées en un tableau, les principales caractéristiques de ce climat, recueillies en trois points différents de la région centrale L

Il résulte clairement de ces chiffres que le climat de la région centrale diffère surtout de la région orientale : 1° par un abaissement sensible de la température ; 2° par des pluies bien moindres en saison froide. Les pluies sont même si raréfiées en celte dernière saison qu elle mériterait parfaitement le nom de saison sèche si l’état hygrométrique de l'air ne se maintenait toute l'année à un degré élevé, plus élevé parfois en saison froide qu'en saison chaude, en saison soi-disant sèche qu’en saison des pluies. Cette humidité de l'hiver est d’ailleurs la conséquence de brouillards persistants qui rendent la radiation bien moins intense dans cette saison 1 2.

L’humidité atmosphérique constante et la nébulosité plus forte sont-elles les seules raisons du feuillage persistant et du faciès subtropical humide de la llore autochtone du Centre

1. Moyennes sur cinq années. Les données incomplètes de la station météorologique d’Antsirabé ont été complétées par celles d’Ambositra, station voisine et d’altitude sensiblement la même. V. B. P. Colin, Bull. Ac. Malg., 1912, t. et la note p. 47.

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