‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 99 sur 140 · I.A VEGETATION MALGACHE · texte numérisé non relu

I.A VEGETATION MALGACHE

pintes, la moindre étincelle qui tombe dans leur tapis de Mousses et de Lichens suffit à les faire flamber '.

Sur les terrains occupés par les trois premières Formations, le sol, après l'incendie, se couvre presque instantanément de ce que nous avons appelé les Savoka à Philippin , végétation épaisse de Fougères et de bruyères, avec, çà et là. quelques rejets de souches non totalement carbonisées. Ces Savoka à Philippin , bien plus inflammables encore que la Formation détruite, flambent dès la première occasion, c’est-àdire dès qu'un indigène passe dans ces parages. Ils ne résistent pas à 2 ou 3 feux consécutifs et sont vite remplacés à leur tour par une prairie qui est d'abord luxuriante, mais devient bientôt, à la suite des feux toujours répétés, aussi pauvre, aussi maigre que celle des espaces dénudés d’alentour .

Dans les bois des pentes occidentales, la Prairie remplace directement la forêt détruite, sans l'intermédiaire des Savoka à Philippin. Elle est seulement beaucoup plus dense, plus épaisse sur l'emplacement des futaies nouvellement brûlées, ce qui permet aux flammes, l’année suivante, d'attaquer avec plus de violence, grâce aux chaumes entassés, les restes de la forêt. Les Pelouses à xérophytes atteintes par les feux périssent totalement dès le premier incendie. Quelques Vellozin et plantes bulbeuses persistent néanmoins, mais ces espèces sont tôt ou tard étouffées par les Graminées de la prairie, qui, tenaces, insensibles à tous changements de sol. d’humidité, de lumière, envahissent ce stat comme ceux des autres Formations, dès qu'il est soumis au régime des feux.

Dans le Centre, la transformation d'une belle futaie en maigre prairie se fait d'une manière très rapide, bien plus rapide que dans les autres régions de l'île. Il ne faut pas plus d'une dizaine d’années ou, plus exactement, d'une dizaine de feux consécutifs pour détruire dans un endroit donné la végétation autochtone tout entière, sauf les quelques espèces à

1. La moindre atteinte des llarmnes fait mourir les plantes crassulantes.

f.A RKIÜON CENTRALE

tige annuelle et à souche vivace et souterraine qui persistent souvent dans la prairie.

Malgré la rapidité de cette transformation, le processus de la dénudation comporte néanmoins plusieurs phases, qui donnent chacune au paysage des traits particuliers et caractéristiques. Ces phases sont les suivantes 1 :

Marais à Raphia, avec Pandanus (Ambongo, région Ouest .

1° Phase des crêtes dénudées. Les cimes, les crêtes et les dos d'âne seuls sont dénudés dans cette première phase. La forêt ou la broussaille autochtone persistent encore partout ailleurs.

1. Dans toute l'Ile (même sur la côte Est, dans les savoka se transformant en prairies), la dénudation commençant par les crêtes ou les cimes est caractéristique des feux de brousse ou de forêts qui détruisent la végétation, sans l'intervention directe de l'homme. Lorsque cette végétation ne flambe pas naturellement, lorsqu'il est nécessaire d'abattre la forêt avant de la brûler, la dénudation commence par les bas-fonds et par les vallées. Dans le premier cas, des restes de la végétation persistent longtemps dans les replis de terrain ou sur les bords des cours d’eau, dans le second, au contraire, sur les cimes et les endroits arides.

LA VÉGÉTATION MALGACHE

Le caractère très inflammable île la Silve à Lichens et de la Brou'ssaille éricoïde. explique pourquoi la dénudation commence toujours ici par les lignes de partage des eaux, par les crêtes des collines et des montagnes. On voit encore de beaux exemples de ce stade dans les massifs d’ Ambre, de Tsaratannna et dans les forêts situées à Lest de l'Imerina et du Betsiléo.

2° Phase des boqueteaux. Il n'y a plus que de petits bois isolés dans les replis du terrain, dans les endroits rocailleux , aux bords des rivières, partout en /in où un obstacle naturel a empêché les feux de détruire les derniers restes de la véqé talion autochtone. L'érosion , rendue plus active par la dénudation, commence à creuser d'énormes ravins sur le pane des collines et des montagnes.

Ces boqueteaux résisteraient longtemps au feu, qui souvent ne peut les atteindre, mais ils sont alors généralement détruits directement par l'homme, soit qu'ils ne suffisent plus à la consommation locale, soit qu'ils soient défrichés parla méthode des tavy, très employée jadis par les indigènes du Centre. Les boqueteaux du Tsiafajavona et des environs de Mandritsara sont des exemples de cette seconde phase.

3° Phase de la prairie. Les végétaux ligneux ont totalement disparu , et le sol est uniformément couvert d'une prairie d'abord dense, mais qui s' appauvrit de plus en plus et laisse en/in apparaître partout la latérite rouge cl compacte. De profondes a lavaka » multicolores éventrent les flancs des collines et des montagnes. La vie et la culture se concentrent dans les fonds <les vallées, et le paysage prend un aspect aride et désolé, presque lunaire.

C'est la phase actuelle de l'Imerina et du Betsiléo.

Ces phases, dont la durée dépend de facteurs éminemment variables selon le temps et le lieu, orientation, sécheresse, intensité des vents, caractères végétatifs des Formations, densité de la population 1 , etc., ne peuvent nous fournir aucune

1. Dans toute l’Ile, quand l'homme (ou le choute) pénètre clans une région boisée, la clairière et la prairie le suivent.

LA RÉGION CENTRALE

donnée sur la date de la destruction de la foret dans les parties les plus peuplées du Centre. Des données géologiques nous permettent heureusement de combler en partie cette lacune. La disparition de la forêt y est certainement contemporaine de l’arrivée de l'homme et de l’extinction des Epyornis, des Hippopotames et des grands animaux contemporains, que l’homme a détruits vraisemblablement en même temps que la végétation primitive. On trouve, en ell'et, dans les parties supérieures des couches à subfossiles du Centre, des bois brûlés et des traces humaines, qui ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. En outre, ces dépôts à subfossiles sont euxmêmes postérieurs aux dernières coulées des derniers volcans de l lle, coulées d’ailleurs d une remarquable fraîcheur. Ür si, d une part, on songe au certain nombre de siècles qui ont dû s'écouler entre les dernières coulées et l’extinction des Epyornis, et que, d’autre part, on considère le temps qu'il a fallu aux denses populations du Centre pour se constituer, on peut conclure de tous ces faits, que la destruction de la forêt y date au moins de cinq siècles et au plus de 4.000 ans *. 11 sera toujours probablement impossible, faute de documents historiques, de préciser davantage cette date.

E. F. Gautier, dans son beau livre sur la Géographie Physique de Madagascar, prétend (p. 233 et suivantes) que les argiles latéritiques du Centre n'ont jamais pu nourrir une

1. Gautier (Madagascar. Essai de Géographie physique) a essayé de prouver que l’Imerina n'a jamais été boisée, en s’appuyant sur ce fait que Mayeur n’y aurait pas vu de forêts, en parcourant cette région, il y a un peu plus de cent ans. La densité de la population du Centre, l’étendue des cultures et leur degré de perfection, tout prouve (pie les indigènes y sont installés depuis de longs siècles. Or, ces indigènes, par suite de leurs habitudes et des caractères de la forêt du Centre, ne pouvaient pas coexister avec la forêt. Elle a disparu devant eux, au fur et à mesure qu’ils s’accroissaient en nombre et qu’ils étendaient leurs cultures et leurs pâturages. Au surplus, Mayeur, s'il relate bien que les pays d'IIancove et d’Andrantsaie étaient dénudés lors de son voyage, parle néanmoins cl'Antankaratra, ceux qui vivent dans les bois donL cette montagne (l’Ankaratra) est couverte. V. p. 25, Voyage au pays d'IIancove, 1777 ; réd. revue du Baron de Froberville.

végétation autre que la maigre prairie qui les couvre actuellement et accable de ses sarcasmes Girod-Genêt, un inspecteur des forêts qui voulait tenter de reboiser ces terres. Gautier s’est trompé: des faits innombrables l'établissent, et des bois nouveaux, créés par l'homme sur les latérites de cette région, se montrent maintenant en maints endroits dans le Centre. Mais là n’est pas la question. Il peut arriver que la latéritisation, dans un pays peu érosé, soit poussée à un point tel qu’il se forme à la surface une cuirasse ferrugineuse (V. Lacroix, Latérite de Guinée. Arch. Muséum, 1913). Une telle cuirasse est alors bien impropre à porter une végétation forestière. Il existe des exemples de ces cuirasses ferrugineuses dans le Centre, mais, lorsque le feu n'y a pas encore exercé son action, elles sont recouvertes de Pelouses à xérop/ujtes, Formation autochtone qui n’a pas plus de rapport avec la prétendue steppe de l'Imerina que la forêt malgache n’en a avec nos forêts d’Europe. Si elles étaient impropres à porter une végétation forestière, les argiles latéritiques du Centre devraient donc être couvertes d’espèces xérophiles essentiellement malgaches, et non pas d’espèces cosmopolites et ubiquistes, toutes aptes à résister aux feux.

CHAPITHE X

La région du Sambirano

Certaines circonstances de relief et d’exposition viennent créer, sur un point du versant N. -O., cette petite région. Au point de vue climat, elle diffère de la région orientale par une chaleur plus forte, et de la région occidentale par une humidité plus grande. Au point de vue botanique, elle est caractérisée par ses espèces et formes spéciales, un grand nombre d’espèces communes avec la région orientale, l’absence de types asiatiques et quelques genres de la région occidentale. Le faciès delà végétation est celui de la région orientale. On y observe trois Formations : la forêt des sols alluvionnaires, la forêt des pentes, et les bois des collines gréseuses. Ces Formations ont été détruites en grande partie par les feux ou les tavy et sont remplacés maintenant par des prairies ou des savoka.

En regardant une carte de l'ILe, on voit que la côte Est, rectiligne et tournée face au S.-E., de l’extrémité Sud à la baie d’Antongil, est, au contraire, orientée face au Nord-Est, au nord de la presqu'île de Masoala. Du point où s'opère ce changement de direction se détache le massif de Masoala qui atteint brusquement 300 à 600 mètres au-dessus de la mer et tourne ensuite vers le Nord-Ouest, en s’élevant constamment, pour aller s'unir, par une chaîne continue et boisée, au grand massif du Tsaratanana, lui-même prolongé jusqu’au canal de Mozambique par les montagnes du Sambirano et du Manongarivo. Au sud de celte ligne de cimes boisées qui coupe obliquement Elle, le massif central s’abaisse considérablement pour former le seuil de EAndrona, le point le plus bas que I on puisse trouver en traversant Madagascar de l'Est à l'Ouest. Par suite de cette disposition du relief, les vents domi-

LA VÉGÉTATION MALGACHE

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