‹ Annales du musée et de l'école moderne des beaux-artsChapitre 1 sur 25 · IMPRIMERIE ROYALE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE ROYALE

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Planche 1.'* et 2.* — Gustave Wasa; tableau de M, Hersent.

[Hantenr, 4 pieds 6 ponceg; largeur, 5 pieds 6 ponces.]

Gustave I.*% connu sous le nom de Gustave Wasa, était fils d'Éric Wasa , duc de Gripsholm. Chrisdern II, roi de Danemarck, s'etant empare de la Suède en 1Ô20| le fit enfermer dans les prisons de Copenhague. Gustave parvint a s'échapper, erra long-temps dans les montagnes de la Dalecarlie , fut vole par son guide , et fîit réduit à travaiBer aux mines de cuivre. Après diverses aventures , ii vint à bout de soulever les Dalecarliens, se mit à leur téte^ chassa le barbare Christiern , reprit Stockholm, et futelu roi des Suédois en 1523. Constamment occupe du bonheur et de la gloire de son peuple , il fit le premier eonnaitre aux nations étrangères de quei poids ia Suède pouvait être en Europe , et en 1544 les états de Westeras déclarèrent la couronne héréditaire.

Enfin , après un règne dn vingt-sept Ans , accablé par Fage et par les infirmités , Gustave se rendit à l'assemblée des états de Stockholm. Daps un discours touchant, il les entretint des efibrts qu'il avait faits pour délivrer le peuple suédois, et de sa fin prochaine. Ayant cessé de parler, il étendit ses mains pour donner sa bénédiction à l'assemblée. Ses cheveux blancs, ses traits altérés , mais toujours nobles et imposans, les larmes qui souvent coupaient sa ▼oix , firent une telle impression , que toute lasaOe retentit des accens de la douleur. Le roi se retira appuyé sur ses fils. L'assemblée entière, se levant , le suivit jusqu'au palais.

JI était impossible de se montrer plus profondément

pénètre d'un aussi beau sujet que l'a fait M. Hersent dans la disposition de celui-ci : l'exécution repond à la pensée ^ et ce bel ouvrage a mis le sceau à la réputation de son auteur.

Gustave , s'appujant sur ses deux fils , descend majestueusement du trône, en donnant sa bénédiction aux états assembles; ils la reçoivent à genoux, avec des démonstrations non équivoques de reconnaissance, de respect et d'amour. Cette reunion des difierens ordres de citoyens , que distinguent le caractère de la physionomie et le costume , répand dans le tableau une variété d'autant plus agréable et d'autant plus nécessaire , que Ie« groupes sont plus nombreux et plus serres. Ce morceau est très-remarquabie par {'effet pittoresque , le coloris , la finesse et la fermeté de la touche ; mais ces qualités , qui ne doivent être considere'es que comme secondaires dans un sujet du genre de celui-ci, sont encore rcleve'es par un mérite d'un ordre bien supérieur , la vérité des caractères et la dignité de l'expression. C'est à ces titres qu'il a enlevé' tous les suffrages, non-seulement des gens du monde, mais même d^st gens de Tart, que l'on pourrait croire peu empresses à faire valoir le talent de leurs émules. ^

Le tableau de M. Hersent est, sans contredit, de tous ceux de l'exposition , celui qui donne le moins de prise à la critique, et les observations les mieux fondées se réduisent à fort peu de chose. La figure de Gustave et toutes ceiles qui se trouvent sur ie même plan , ont paru un peu petites, relativement à celles des pians antérieurs , ou au peu de distance qu'il y a des devants du tableau aux marches du trône. L'artiste, en concentrant sa lumière sur le groupe principal , y attire et y ramène

(7) tiecesssûrement Tattention du spectateur; mais il aurait pu y faire participer les autres groupes, en plaçant avee discrétion quelques reflets ou quelques points lumineux qui eussent agrandi l'effet sans nuire à Tharmonie gène* fafe. Parmi les têtes, qui toutes sont de l'expression la plus vraie, on a distingue celles de Gustave Wasa et deé deux jeunes gens places derrière le trône; on présume que ce sont les petits-fils du monarque.

Ce tableau, exécute' pour S. A. S. M.»^ le Duc d'Or* leans , tiendra un rang très-honorable parmi ceux que le prince a commandes à nos premiers artistes. .

A peine achevions-nous de tracer ces dernières lignes , que le bruit d'un épouvantable forfait répandait en tous lieux le deuil et la consternation. S. A. R. M.b*^ le Duc de Berry venait de succomber sous le poignard d'un exe'crable assassin ! ! !

Dans cette conjoncture à jamais déplorable , il ne nous appartient pas d'élever notre trop faible voix pour célébrer les vertus d'un prince magnanime , sur lequel reposaient les espérances de fa monarchie française ; du moins -tious sera-t-ii permis de i*appdh&r dans ce recueil, uniquement destiné aux beaux-arts , les droits que ce prince s'était depuis long-temps acquis à leur reconnaissance?

M.8^ le Duc de Berry , durant son séjour en Angleterre, avait commencé une collection de tableaux précieux des écoles flamande et hollandaise; depuis son retour en France , il l'avait augmentée considérablement, et se plaisait à y joindre, chaque année, un choix des plus gracieuses productions de l'école française actuelle. Son cabinet d'anciens tableaux en contient près de cent du plus beau choix. Le nombre des tableaux modernes est d'environ moitié.

Non-seulement M.s^ le Duc de Berry honora les beattx" ftrts d'une protection particulière, mais même il ne d^'» daigna pas de les cultiver. Doue d'un goût sur et d'une grande vivacité d'imagination, ce prince avait aoquis, très-jeune^encore, un talent agréable, qui eut fait remarquer ses compositions parmi celles de nos bons dessina-' teurs de batailles et. de paysages.

Lorsqu'en 1789 , pour se soustraire au massacre dont la famille royale était menacée , les Enfans de France allèrent chercher un asile chez leur auguste aïeul ma« ternel , S. M. le Roi de Sardaigne, leur éducation continua d'être dirigée sur le même plan et avec le même succès par leur digne gouverneur M. le duc de Sérenf. M.s^ le Duc de Berry trouvait dans l'étude du dessin le délassement des études sérieuses. Palmieri, dessinateur célèbre, dont les ouvrages sont répandus dans les pre-^ miers cabinets de l'Europe, eut Thonneur de lui donner des leçons. Pendant son séjour à Turin , le jeune prince , alors dans sa treizième année, copia au lavis un tableau capital de Philippe Wouwermaens , de la galerie du Roi de Sardaigne j il en iSt don à son gouverneur, et y traça de sa main I'inscri£|:ion suivante :

Quod, juvenili adhuc et incertâ Ducis Bituricensiam manu . ' InchoatuBiy

Viriiis ac solers Palmerii dexterA

Perfecit,

Hoc qUalecumque manusctiiuiii ,

Grati animi pignus ,

Amantissimo cusfodi suo

« Duz ipse Bitnricensium

Offerebat.

III nonas Aprilis, anno M. DCC. XCL

Ce dessin , précieusement conservé dans le cabinet de M. le duc de Serent,.est un monument fait pour perpétuer de bien chers et de bien funestes souvenirs.

Les derniers momens du Duc de Çerry expirant au sein de la famifle ia plus auguste et la plus infortunée ont offert la scène la plus déchirante , la plus pathétique , et en même temps iaplus digne d'exercer le génie d'un artiste du premier ordre. Quelques personnes -se sont aussitôt emparées de ce terrible su|et , et l'ont déjà multiplié par la gravure : mais l'extrême médiocrité du talent, jointe à la précipitation du travail, n'a rien produit qui mérite l'attention des gens de goût, et ce tableau sera peut-être encore long-temps à faire. L'auteur de celai dont nous donnons ici Fesquisse, et d'un Trait de bienfaisance de Louis XVI ^ morceau généralement admiré au salon de 1817, ne laissera pas sans doute échapper l'occasion de se distinguer par un nouveau chef^'œuvre. Si nous en faisons ici l'observation, c'est parce que nous ne connaissons aucun peintre plus capable que M. Hersent de rendre un sujet qui exige aussi impérieusement les plus nobles ressources de fart, le sentiment des convenances , la dignité et la justesse de Texpression*

%Salonde18W.

Planche 3/ — Galatée; tableau de M. Girodet-Trioson.

[Hauteur, f pieds 9 ponces; largeur, 6 pieds 4 pouces.]

. Pj|;maIîon, fameux statuaire , étant devenu amoureux d'une statue, ourragede son ei^eau, pria Ve'nus de fani* mer. Son vœu fut exauce; il l'épousa, et lui donna le nom de Galatee.

. M. Girodet, usant du droit qu'ont les artistes de ereer eu de modifier leur sujet, ne s'e$t pais conforme au trait mythologique aussi scrupuieusement que les peintres ont eoutume de le faire. Rien ne fait connaître ici P^gmalion pour l'auteur de la statue 3 le lieu de la scèjie n'indique pas l'atelier d'un sculpteur, main une espèce do giderit au de sanctuaire consacré à Vénus , et décoré avec autamt de ridiesse que de goût;, on j voit le simulacre de la déesse et l'autel où brûlent les parfums qui lui sont q{^ ferts : c'est là que Pjgmalion s'est enfermé mji^térieulse* muni avec le nouveau chef«d'œuvre de son ciseau, pouf le dérober aux regards importuns , et se livrer sans conr trainte aux illusions d'un fol amour. Un bouqmt ort déposé aux pieds de Galatée ; Pjgmalion hii-méme est couronné de fleurs, et n'a pour vêtement qu'un manteau de pourpre qui laisse à de'couvert ses bras et ses épaules. Le peintre , dans le choix des accessoires , n'a rien omis de ce qui pouvait rendre le style de sa composition voluptueux, élégant, et même un peu recherché.

Enfin Vénus vient d'exaucer le vœu de Pygmalion. Un jet de flamme qui s'élève au-dessus de la tête de la déesse , marque l'instant où le prodige s'accomplit. Cupidon lui-même a voulu y prendre part, et il se dispose à

J^Je^jAfTamteyjr.

GirodU/lriMori/ fôac^ ?

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nnh Pjgrtkilton et Galatee. Le petit dieu parait eommt enveloppe' dans une atmosphère iumineuse. De sa blonde chevelure sortent plusieurs rayons, donti'eciat prolongé se confond avec Fespèce de nuage que forme, derrière le groupe , la fume'e de l'encens. Déjà le sang circule dans les veines de Galatee ; ses joues sont colorées d'un vif incarnat; ses pieds seuls ont encore la teinte etfinsensi* bilite du marbre dont elle a ete formée. Pjgmalion , emu tout-à-la^ois de surprise, d'admiration et d'amour, mais craignant d'être abuse par le témoignage même de ses yeux , contemple avec autant de reserve que de ravisse* ment l'effet du prodige qui met le comble à ses désirs.

Ce programme, tel que l'artiste parait Favoir conçu ^ {Mouvait fournir à la poésie une suite d'images gracieuses y dont quelques-unes auraient Fattrait de la nouveauté'; mais la disposition en est un peu chargée d'idées accessoires , et, par cette raison , elle est moins favorable à la peinture. L'art n'a pas de moyens d'imitation assez puissans pour rendre d'une manière satisfaisante ces rayons , cette explosion lumineuse, électrique, dont M. Gôrodet paraît avoir fait le principal ressort de sa composition, et qui^ loin d'en augmenter l'intérêt, ne fait que Fafiaiblir, en détournant de Fobjet essentiel l'attention du spectateur. • Cet effet de lumière, purement fantastique, lors même qu'il eut été possible de lui donner un air de vérité , n'eut offert que le mérite de la difficulté vaincue, mérite dont le public tient généralement peu de compte,qnandiln'en résulte pas une beauté réelle. La statue vient de s'animer, voilà le sujet du tableau. Le spectateur ne demande pas par quels moyens surnaturels Vénus a manifesté sa puissance ; moyens dont aucune supposition n'est admissible : ce qu'il veut voir, c'est cette belle nymphe , sortie

(12) d'un bloc de marbre par PefTort cTun art sublime, animée tout4,-coup par un prodige, et sentant pour la première fois palpiter son cœur; il veut jouir de Pemotion de Gaiatee à l'aspect des objets qui Fenvironnent, et du trouble de Pygmalion , qui doute encore de son bonheur ; enfin il veut admirer sans distraction ia grâce et la beauté des deux personnages, et, en quelque sorte, se tendre propres à lui-même leur félicite' et leurs sensations mutuelles. C'est là seulement, nous ierepétons,ce qui consrtitue le sujet et ia composition du tableau ; le reste est surabondant, pour ne pas dire abus d'esprit et d'imagination.

Si M. Girodet ^e fut tenu au programme le plus simple , il se serait évite bien du travail , et son succès aurait ete' tout-à-la-fois plus facile et plus complet. II a tenté de reculer les bornes de son art , et du moins on doit lui savoir gré de l'intention ; mais il faut convenir qu'il s'est proposé un but que la peinture ne saurait atteindre , et créé sans utilité des difficultés insurmontables.^ '

Au surplus , abstraction faite du sujet et du goût de la composition , lé tableau mérite d'être considéré pour le dessin , l'expression et le coloris , et l'on peut dire que y sous ces difTérens rapports, il ne pouvait sortir rien de médiocre du pinceau qui a retracé les Funérailles d'Atala, une Scène de déluge et le Sommeil d* Endymion, On sait d'ailleurs que le tableaiu de Galatée est resté sept ans sur le chevalet ; que l'artiste n'a épargné ni soins , ni études , ni corrections , pour le rendre digne de ceux qui l'ont précédé, et pour se surpasser lui-même, s'il eut été possible, et par ce dernier ouvrage mettre en quelque sorte le sceau à sa réputation. Il est vrai que les morceaux le plus long -temps et le plus soigneusement, médités ont souvent moins de succès que ceux quj sont le fruit d'un«

(13) subke inspiration , et dont ('exécution a suivi de près le premier jet de la pensée. Le sujet dont il s'agit paraît yenir à l'appui de cette observatiob. On peut croire, au peu de liaison de certaines parties , que l'ensemble n'aurait pas été conçu d'abord tel qu'il se présente aujourd'hui; que ia figure de l'Amour n'y aurait été placée qu'après. coup ; que, dans l'origine, la statue de Gaiatée se modelait en clair sur un fond plus coloré ou plus vigoureux, tel qu'un rideau ou un morceau d'architecture, et non sur cette masse de fumée ou de lumière, on ne saurait trop dire lequel des deux, dont la teinte blanchâtre se confond avec les parties les plus éclairées des carnations, et en ternit l'éclat.

On aurait désiré plus d'action , plus d'élan , dans la figure de Pygmalion. Le peintre aura cru pouvoir exprimer à-la-fois dans l'attitude , dans le geste et sur les traits de l'amant de Gaiatée, les divers sentimens dont il le suppose agité. Mais , en voulant réunir sous un seul aspect plusieurs nuances, dont quelques-unes se trouvent évidemment en opposition , il ne pouvait manquer de les affaiblir. Moins heureux que le poète, le peintre ne peut représenter qu'une action, un moment déterminé , et ne saurait offrir sur la physionomie du même personnage qu'une seule sensation , une seuif; passion , à-la-fois ; c'est pour cette raison que les traits de l'amant de Gaiatée ont paru manquer de chaleur et d'énergie. La position de ses deux mains , également rapprochées de la tête , n'est pas heureuse : on ne conçoit ni le mouvement ni l'attachement du bras gauche, qui se trouve entièrement caché; et le droit, en se repliant, forme un angle aigu qui conti-aste symétriquement avec le bras gauche de Gaiatée : ces légers défauts devaient être évités danf

(14) une composition d'an aussi petit nombre de ûgwrei. La draperie, un peu trop oollee sur le nu, n'offre que de petites masses , ou plutll de petits détails , et semble plutôt avoir été arrangée pli à pli sur le mannequin , mis préa* lablement dans f attitude convenue , que formée natu* Feilement par le mouvement et Faction du personnage. La figure de PAmour aurait plus de grâce, si le bras droit n'était pas coupé dans son attachement avec Tépaule; OA ne peut pius en suivre le mouvement ni les contours , et la main se trouve désagréablement isolée :- au surplus -^ cette petite figure est dessinée avec finesse.; mais son sourire, puremcQt malicieux, ne paraît pas bien conforme à l'expression du sujet. Cette jolie tête , qu'on croi^ rait empruntée d'Angélica Kauflfmann ou de Cipriani , a moins encore que celle de la Galatée ce type grec , ce style antique, qui semblait seul convenir à un genre de composition où l'idéal des formes et de la beauté a le droit de parcourir jusqu'à ses dernières limites le vaste champ qui lui est ouvert.

C'est une idée heureuse , a-t-on dit, d'avoir représenté Galatée les yeux baissés , pour exprimer cette pudeur vir» ginale , premier apanage et sentiment inné des personnes de son sexe. Nous ne partageons pas cette opinion : la première sensation qu'elle a du éprouver, c'est le trouble <Ie l'admiration. Si Pygmalion eut modelé sa statue les yeux baissés, on pourrait supposer qu'au moment où elle vient de s'animer, elle n'a point encore soulevé la paupière; mais, ôommc il est plus que probable que la statue avait les yeux ouverts, rien ne porte à croire qu'elle ait du les fermer en recevant la vie. L'artiste s'est privé gratuitement de plusieurs moyens d'augmenter l'exprès* sîoB de son tableau.

( 16 ) ' Nous ayons ciru remarquer «ne légère faute de pew»pectire dans le haut de la statue dé Gaiatee. Le point de- Yue étant plus4)as que le cou, Fépaule droite , qui fuit^ devrait se trouver moins élevée que la gauche ; ici Vefkt est contraire, et donne à la pose un air un peu gêné.

Quant au coloris du tableau dans son ensemble , et de la figure de Gidatée en particulier , il n'est pas inférieur à celui des autres tableaux du même artii^te, peutâtre est-il même plus fin et plus vrai. II ne laisse rien m désirer pour la précision et Fagrément du pinceau. ' Nous avons cru devoir réserver pour l'examen de cet ouvrage une étendue et une attention particulières; Son importance réelle , et celle qu'ont du lui donner tous les moyens de célébrité (1) mis en usage pour en relever le mérite , nous en imposaient l'obligation ; et cette tache lie nous coûte pas à remplir. Si nous nous fussions bornés à de simples et de courtes observations, ainsi que nous avons coutume de le faire , peut-être nous aurait -on accusés d'indifférence ou de partialité. Notre principid ou plutôt noti'e unique but est le progrès de l'art , et le désir de ne présenter que des indications exactes et dépouillées de tout intérêt particulier.

Au surplus , quelles que puissent être les légères imperfections que nous avons fait remarquer dans ce tableau, et même celles que nous avons dû omettre pour ne pas fatiguer nos lecteurs par des observations minutieuses, M. Girodet, en se renfermant, comme il ne

(1) Durant tout le temps qu'a dure Texposition du tableau de Galatëe , les journaux ont répandu les éloges donnés à Fauteur. Les poètes, sur-tout, lui ont à Fenvi consacré les chants les plus flatteurs , et des- amateurs ont couronné ie tableau au salon.

(16) cesse de le faire ; dans les nobles principes de Part ; en repoussant cette manière vicieuse et négligée qui s'introduit de jour en jour dans l'ecoIe actuelle*, parce qu'elle favorise TinexpeVience et la paresse déjeunes talens , trop presses de se produire au grand jour ; M. Girodet, disonsnous , acquiert un droit incontestable à l'estime et à la reconnaissance des véritables amis de la peinture. Le tableau de Galate'e, destine', même avant qu'il fut commence, pour le cabinet de M. le comte de Sommariva, tiendra, sans contredit, le premier rang parmi les productions modernes de nos meilleurs artistes , que cet amateur se plaît à recueillir depuis quelques années (1).

(1) On voit, dans le même cabinet, la Psyché àe M. PnKThon, le Zéphire du même artiste, et V Aurore de M. Guérin. Voya^ Ssdons de 1808, 1810 et 1814.

Planche 4.* — Générosité d'Alexandre; tableau de - M. Langlois.

[ttaiiteiir, Bpieda; largeur, 10 piedl.]

Apelie était parvenu au plus haut de^e de gloire çf de talent vers la 1 1^/ olympiade, 332 ans avant Jesu$-Christ ; on ie iiommait le prince des peintres; et depuis , la peinr ture fut appelée par excellence l'art d'Apeile. Alexandre le combla de ses faveurs , et ne voulut être peint que par Ivà : il le chérissait tellement, qu'il n'hésita pas à lui sar crifier une esclave charmante, nommée Campaspe , don^ ce prince était amoureux. Il avait charge Apelle de li^ peindre nue : à la vue de tant de charmes, l'artiste ne put dissimuler son trouble; et Alexandj^, qui s'en aperçut, la lui donna.

La manière sage, pure et correcte, dont les nus sont rendus isolement, ne peut appartenir qu'à un talent très- «listingue; mais Feflèt du tableau manque d'harmonie : Tattitude d'Apelle n'est ni noble ni élégante , et cette figure parak courte; celle d'Alexandre a le même défaut, et la tête est mal attachée sur les épaules; sa physionomie peu expressive n'élit rien inoins qu'herpifque. La tête de Cam- |>aspe est charmante, pleine de grâce et de naturel ; cette figure, dans toutes ses parties, peut être considérée comme une excellente étude académique. On en voit rarement d'aussi bien dessinées et d'un pinceau plus précieux et plus vrai.

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