C-Normani
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Planche Ig.* — Raphaël peignant son tableau de là Vierge aux Anges ; tableau de M. Menjaud.
[ Hauteur , 3 pieds 6 |>ouces ; largeur , S pieds. ]
. Raphaël aimait eperdument une jeune et belle femme ^ . .Cfonnueii Rome sous le nom de la Fomarina, et qui lui. 4;ervait souvent de modèle. II la représenta sous les traits., /le. la Vierge tendant. les bras à TEnfant-Je'sus , dans le joelèbre tableau de la Sainte, Famille, qu'il peignit pour François- 1/"^ Ce chef-d'œuvre, qui n'est jamais sorti du jCifcbinet du Roi , fait maintenant partie du Musée. Avilit de commencer son tableau, Raphaël avait fait, d'après lor Fornarina , une légère étude à la sanguine. Ce.crp-^ .quis, parfpiitement conserve', se voit aujourd'hui dans la^ gale|*ie des dessins* du Musée royal; on y a ajautë une. inscription latine, qui fait connaître cette particularité'.
M. Menjaud a retrace fidèlement les contours, de ce Aeçsîîi dans le petit tableau dont nous donnons ici le trait. On y v^it la Fornarina dans la même attitude que là Vjerge.de la belle Sainte Famille que. nous venons de< «teir:
Les ouyr^ges. que , Raphaël exécuta au, Vatican, pour le pape Jules II, avaient répandu au loin sa réputation. Son nom e'tant parvenu à François I.*^', ce prince voulut avoir un tableau de sa main : Raphaël lui envoya le beau S. Michel que l'on voit maintenant au Musée royal. A la réception du tableau , le monarque témoigna sa satisfaction à l'artiste , en lui faisant remettre une somme consideVable , et qui parut à Raphaël fort au-dessus de son ouvrage. II peignit alors une Sainte Famille, qu'il sup-
(à2) plia le Roi de vouloir bien accepter. Ce prince géhereitt rependit à Raphaël de la manière la plus flatteuse , et doubla la somme qii^ lui avait accordée pour le premier tableau, eh Tinvitant à passer en France et à s'attacher à son service. Mais Léon X, qui, après la mort de Bramante, avait charge Raphaè'I de la reconstruction de la basilique de Saint-Pierre, s'y opposa, et fe fixa à Roihe par ses libéralités. C'est alors que Raphaël , tonjouri l^ensîble aux bontés de François I.^% voulut signaler sa reconnaissance, et se surpasser lui-même dans un grand ouvrage qu'il destinait au monarque français , quoi* qu'on le lui eut demandé ailleurs ; c'est la Transfiguration de Notre Seigneur sur le mont Thahor, tableau qu'on i*egarde à juste titre comme le chef-d'œuvre de ce peintre, on peut même dire de la peinture : mais la mort i^urprit Raphaël avant qu'il eut entièrement terminé té morceau , qui resta à Rome , et fut placé à Saint -Pierre tn montorto. Sans cet événement, le tableau de la Trans* figuration eut été envoyé en France, et il y serait encore. II y fut apporté, il y a environ vingt ans, par suite des conquêtes dé nos armées en Italie ; mais, depuis, le tableau a été réclamé avec beaucoup d'autres , et reporté à Rome. II n'a pas été rendu à l'église de Saint-Pierr« t^ montoriû : on lè voit au musée du Vatican.
. Hanche 20/ — L' Ermitage de VaucôtHeuts ; tableau de M, Richard.
* ^Hantetir, 1 pîe<ïs 8 pouces ; largeur, 3 piedï 6 pouces. ]
Jeanne (TArc, ne pouvant résister à la céleste inspira^ tioU qui la détermine à tout entreprendre pour la deli«* vrance d^Orleans et le couronnement de Charles VII ^ vient consulter f ermite de Vaucouleurs sur la missionf iju'eile doit accomplir. TeHe est l'anecdote que M. Richard a rattachée à Cette composition d'un tableau d'architecture et de paysage. La figure de Jeanne d'Arc et celle de l'ermite j^ tiennent si peu de place, et sont même si peu apparentes, car ellies sont reléguées dans l'ombre, que le peintre a fait. preuve de gout en se contentant du titre SErmitage- de Vaueûul'eurs pour désigner son tableau. En elTet, ce monument à demi ruiné, placé en avant d'un riche paysage, qui s'étend jusqu'aux limites d'un vaste horizon, soit qu^ii ait été peint d'imagination, soit qu'il ait été dessiné sur les lieux, constitue véritablement le sujet. Les deux figures qu'on aperçoit dans ce tableau , en seraient l'objet principal-, si^ elles n'étaient absorbées par ieEond; maïs on ne peut lés considérer que comme un accessoire, puisqu^eBes sont indépendante» de la masse de la composition. Au surplus, M. Richard él^t bien sur dPintéresser doublement les amateurs de son pinceau*, tou*jours fin et gracieux , en leur offrant un trait de Va, vie de Jeanne d'Arc ; et l'on a pu remarquer que d'autres artistes ont eu. la même idée : l'héroïne française figure dan5 .plusieurs morceaux de la même exposition. ' L'aspect de ce petit tableau est harmonieux ; on y 2. Salon de 1819. 5
(34) remarque un effet de soleil piquant et bien rendu ; In touche en est franche et néanmoins très -soignée. Ce int>rceau est un de ceux qui ont e'te de'signe's pour être acquis par ie ministère de la maison du Roi.
On sait que, depuis plusieurs années, M. Richard a fixé sa demeure à Lyon, ainsi que M. ReVoii, son condisciple et son émule. Les taiens de ces deux artistes ont beaucoup d'analogie , et doivent partager à-peu-près également, dans la ville où ils sont établis, l'estime et les suffrages des amateurs. Enfin FÉcoie de Lyon ( car c'est ainsi que quelques personnes ont qualifié la réunion de ces deux peintres et de quelques-uns. de leurs élèves^ dont les essais ont été favorablement accueillis) a déjà acquis une certaine célébrité. Nous sommes loin de la contester; mais cette dénomination pompeuse S École lyonnaise nous semble un peu prématurée.
Formés à l'académie de Paris, la seule en France oa l'on trouve des professeurs et de nombreux moyens d^instruction , deux peintres déjà connus avantageusement du: public sont idlés habiter , à cent lieues de la capitale ,. une ville du second ordre ; ils y exercent leur talent avec; succès , et dirigent les études d'un certain nombre de jeunes artistes : mais c'est à Paris^qu'ils viennent recueil-, lir des éloges et des récompenses. Certes , une réunion^ aussi peu nombreuse , quel que soit le mérite des peintres, qui la composent, ne peut pas constituer ce qu'on appelle une Ecole. Celle dont on parle ne pourrait ni se soutenir , ni se suffire à elle-même : mais on la considérera, si Ton veut, comme une faible branche de l'École française actuelle ; de cette Ecole unique , dont la tige robuste et . féconde js'étend , fructifie et s'affermit de jour en jour. .
SaLm/ de/j£kif ■ -TomeylE
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Planche 21.* et 22.* — Jeanne d^ Arc prisonnière à ' Rouen; tableau de M, RevoiL
[Hauteur, 4 pieds 6 pouces; largeur , 5 pieds 6 pouces. ]
Pour Fintellîgence du sujet dont nous donnons icil» giravure, nous croyons devoir rapporter ia notice que l'artiste lui-même a insérée dans ie Livret du salon :
«Jeanne d'Arc (ainsi que le raconte Raymond de Macy,^ s> qui avait figure comme témoin dans le procès de reVi^ xr sioh de cette héroïne , vingt ans après sa mort , par 9 ordre du roi Charles VII) avait ete conduite au cha^ 9 teau de Rouen , dans certaine prison du cote des champs, ' n En ladite ville , durant qu'elle était détenue , arrive Jeai> » de Luxembourg y comte de Ligny , ie même qui l'avait n livrée aux Anglais. Certain jour, ledit seigneur comte n de Ligny voulut voir ladite Jeanne , et vint à elle en la ' n compagnie des seigneurs comtes de Warwick et de n ScanfffMt, presens le chancelier d'Angleterre, en ce n temps*là evéque de Boulogne, et le frère du comte de fi Ligny. Et ledit comte de Ligny entra en conversation » avec Jeanne, lui disant : Je suis venu ici pour vous n mettre à finance [ pour traiter de votre rançon ] ^pourvu f> -que tu veuilles promettre que jamais vous ne vous n armerez contre nous ; laquelle repondit : Hé, mon fi Dieu ! vous^eus riez de moi, "car je sais bien que vous n n'en avez ni Upouvoirni le vouloir; lesqueHes pariées 9» elle répéta plusieurs fois ; et comme ledit comte persiV f> tait, elle dit en ouitre: Je sais bien que ces Anglais 9 me feront mourir, croyant après ma mort gaigner té » royaume deFranee; mais, fussent-ils cent mille goddane:
(38) 9 pjms qu'ils ne sont de présent, lis n'auraient pas è$ tf royaume. Et de ces paroles fut indigne le comte de » ScanfTort, et il tira son e'pe'e pour l'en frapper; mais le » comte de Warwick fen empêcha. »
A Pinspection de la gravure , on distingue aisément les divers personnages qui prennent part à faction : celui qu'on voit écoutant sur lé senii de la porte ies pa* roies prophétiques de Jeanne d'Arc, est Raymond de Macy, auteur de cette relation ; ie geôlier et les cinq soU dats charges de garder la Pucelle d'Orléans jour et nuit, sont groupes autour de ia colonne où elle est enchaînée,
D^Ds son premier tableau, connu sous le titre de l'An*^ nedu de V empereur Charles --Quint, exposé au salon de 1810, et depuis toujours cité avec éloge, M. Révoil avait déjà fait preuve d'un talent très-idistingué , et sur^tout d'un genre d'esprit et de goût , ou , si l'on veut , d'érudition , asses rare , même parmi ies artistes dont les études ont été le plus soignées. Ce mprceau , aussi bien peint que bien com-» posé, avait tout juste le degré de fini qui convient aux tableaux de moyenne proportion. A l'une des expositions suivantes, il en produisit un autre qui représentait un tournoi, mais dont {es figures étaient beaucoup plus petites ; elles, étaient trop finies pour la grandeur du cadre, et paraissaient oomiae>nayées dans, une atmos* phère blanchâtre et Vaporeuse, qui, à la vérité, n'enw péchait pas d'i^pprécier ie mérite des détails^ mais qui détruisait tout l'effet de f ensemble. Cet ouvrage, quelque estimable qu'il fut sous beaucoup de rapports , ne devais f9& avoir et en effet n'eut pas un grand succès,
M. Réyoil a réparé amplement cet échec au salon de 1817. Son tableau de la Convalescence de Bayard réu* fiissaittout ce que l'on peut désirer pour l'intérêt du sujet
( 37 ) et rarement de l'exécution : aussi partagea-t-ii le prit des ouvrages de ce genre avec le beau tableau de M. Her«< sent repre'sentant un Trait de bienfaisance de S, M, Louis XV L
fin 18 19, il faut en convenir, M. Revoil a été moins heureux. Son tableau de Jeanne d'Arc, qui fait le sujet de cet article^ ojffre des^ imperfections que ne peut racheter le mérite du pinceau. II est facile de les indiquer, elles ont frappe les yeux les moins exercés.
L'expression des principaux personi|iages est ce qui laisse le plus à désirer. La pose de Jeanne d'Arc est d'une élégance un peu affectée , et ses traits n'ont point assez de caractère; celle du comte de Scanflfort, qui la menacé de son épée, est raide et forcée; le guerrier qu'on aper* çoit du câté oppose^ montrant du doigt Jeanne d'Arc, et qui, selon toute apparence, est le comte de Lignj, a une expression d'ironie triviale, et manque absolument de noblesse. Toutes lei^ figures en général sont touchées d'un pinceau trop minutieux pour la grandeur de leurs proportions ; et pourtant cet extrême fini, perdu pour le spectateui" qui se tient à une distance convenable, est encore efiace par le fini excessif des accessoires, tels que les fourrures , les meubles , les ustensiles et jes broderies , dont l'imitation ferait honneur à l'école hollandaise. H résulte de ce procédé, contraire aux principes reçus, que ces objets secondaires, qu'il eut fallu traiter largement et même d'un pinceau négligé , pour faire vdoir les parties esseutielles , semblent être ici l'objet priqcipal d'un ta* bleau dont les figures ne seraient, en quelque sorte, qu6 {'accessoire.
Planche 23.* — S. Louis au tombeau de sa Mère; tableau de M. Bouton.
[Hanteur, 5 pieds 6 ponces;- largeur, 3 pieds 6 ponces ;]
La reine Blanche, mère de S. Louis, régente du royaume pendant le voyage du Roi en Palestine , mourut le U" décembre 1252 , et fut enterrée à l'abbaye deMaubuîsson , près de Pontoise. Louis, fils aine du monarque, prit les rênes du gouvernement dans l'absence de son père. II n'avait que douze ans, et les lois générales du royaume ne permettaient de tenir le gouvernement qu'a vingt ans. S. Louis , après la mort de sa mère , se prépara à revenir en France. H arriva aux îles d'Hières en 1254, après bien des fatigues et des malheurs , qu'il sup* porta avec autant de vertu que de courage. Il fut reçu la même année à Paris , et y excita une grande joie.
L'auteur de cette peinture a suppose que S. Louis, au retour de la Palestine , s'est empresse de venir seul visiter le tombleau de sa mère, pleurer sur sa cendre, et lui rendre ce dernier devoir de la pieté filiale: mais ii ne fait pas connaître si le monument d'architecture qui fait le fond du tableau, ou plutât qui fait tout le tableau (car la figure de S. Louis , quoique bien rendue , n'en est qu'un très -petit accessoire], si, disons-nous, ce monument a été dessiné sur les lieux , où le vandalisme révolutionnaire l'aurait laissé subsister, ou bien s'il est tiré de quelque autre édifice, ^n reste , il est probable que M. Bouton n'a pas eu <i'autre but que de peindre I-intérieur d'un souterrain, en ruine, et.qu'ensuite il y a placé la figure de S. Louis, comme il y eut fait entrer tout
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(39) ftuire sujet Ici, comme nous Tayons fait remarquer aif^ Iem*s, le trait historique qui sert à donner un titre an tableau , n'en est encore qu'une partie accidentelle. La perspective et le ton local de Hîelui-ci sont d'une grande ▼erite'. Cette grosse colonne que l'on voit placée en avaiit, et qui reçoit la plus grande lumière, est peinte à faire illusion. L'artiste en a reçu de grandes félicitations : nous ne pouvons y joindre les nôtres ; cette partie morte du tableau, écrase ce qui devrait en être ia vie. A la vérité | on entrevoit sur le second plan une" partie du tombeau de la reine Blanche, et S. Louis douloureusement penché sur ce monument funèbre ; mais c'est la colonne qur frappe principdement la vue , et dont l'effet lumineux et plein de relief oblige le spectateur à reporter sans cesse ses regards sur le même objet. Ce genre de beauté, qui aurait son mérite dans un tableau d'architecture , est un défaut capital dans un sujet que l'on décore du titre Iç plus- relevé.
Ce morceau , ainsi que plusieurs autres de même' proportion , est destiné pour la nouvelle galerie de Diane ^ au château royid de Fontainebleau. Tous les sujets sont tirés de l'histoire de France ; mais , comme les ordonnateurs de ces travaux ont négligé d'indiquer aux artistes' la mesure proportionnelle des figures , elles se trouvent^ dans presque tous les sujets, de grandeurs inégales : on a pu croire qu'il en résulterait une agréable variété; mais* nous pensons que, dans une circonstance sem^ hiable, il eut fallu songer avant tout au coup-d'œil de la. galerie, et éviter une discordance de décoration, qui en gâtera peut^tre l'ensemble. Les paysagistes à qui Ton a commandé des travaux pour la même destination , se sont beaucoup mieux entendus.
Planche 24.^ — Marte Stuart au moment où on vient la chercher pour aller à la mort; tableau de M. Vao' Bree le jeune.
[ Hauteur, 3 pieds 8 pouces ; largeur, 4 pieds 4 pouces.}
: Les droits de Marie Stuart au trdne dTAngieterre , et son attaoheAient à la religion catholique y firent aux yeux d'Éiisabeth une partie de sea crimes. Sa beauté, ses ta* len», la protsctimi dont elle honora les lettres, le succès avec lequel elle les cultiva, sa fermeté dans ses derniers nomens , ont fermé les yeux delà postérité sur ses fautes , dont la plupart ont été sans doute exagérées ; et Ton ne se souvient plus aujourd'hui que de ses malheurs.
La fin de cette reine infortunée offre un intérêt d^ne d'inspirer également et les peintres et les poètes. Notre théâtre possède plusieurs tragédies dont eUe.a fourni le sujet; et, depuis plusieursannées , il n'y a pas eu d'exposition où i'on n'ait remarqué un ou deux tableaux de Marie Stuart recevant sa sentence de mort, ou prête à marcher à l'échafaud. En général, ils ont été assez bien traités.
Cetui-ei ne pèche essentiellement ni par la composi-* tion , ni par le dessin , ni par la manière dont les détail» sopt i:endUft : mais la figure principale , ou l'artiste m cherché a rétnir la dignité et ]e sentiment d'une pieuse résignation , offre une sorte d'impassil^ilité, qui n'est pa» pnécisément l'expression qu'on eut désirée. Les cacna» tiens sent, en général, d'un ton bistré, qui puitibean* coup à l'agrément du tableau.
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Planche 25/ et 26/ — Vue intérieure de f Église des Capucins de la place Barberini à Rome; tableau de M. Gf anet.
[Hauteur, 5 pieds ; largeur, 4 pieds. ]
M. Granet, élève de notre école, mais établi depuis^ long-temps a Rome, où il a perfectionne par des étudesr assidues un talent facile et plein de naturel, est venu placer lui-même au saion de 1819 deux de ses ouvrages les plus capitaux. Le premier repre'sente une vue inte'rieure de l'egiise du couvent de San-Benedetto près de Subbiaco : ce tableau, acquis par ie ministère dé te maison du Roi , est destiné pour ia galerie du Luxem-^ ^ bourg. Le second , qui fait le sujet de cet article , offre Fin-^ térieur du chœur de Téglise des Capucins de la place Barberini à Rome; on y trouve, comme dans le premier, la vigueur de TefFet et la franchise du pinceau : il est encore remarquable par cette illusion d'optique et de perspective dont l'œii est toujours satisfait ; genre de mérite auquel peuvent atteindre , jusqu'à un certain point, des talens même assez médiocres, mais qui ne peut manquer d'obtenir une estime particulière , lorsqu'il est porté au plus haut degré de perfection. Dans ce tableau, des jours très-elevés frappent presque perpen* diculairement le sol, y jettent des lumières vives et piquantes, et produisent des ombres, fermes et tranchées. L'artiste ne s'est pas moins attaché à la vérité du ton local qu'à la vigueur de l'effet. Ce morceau, vu à quelque • distance, parait être du fini le plus précieux; vu de près, il offre la touche large et assurée d'un artiste consommé. 2. Salon de 18i9. 6
(42) Les figures, quoiqu*executees dans une dimension qui n'admet guère que les masses principdes , ont néanmoins une singulière finesse d'expression, parce qu'elles sont bien misés en scène, et parce que les attitudes sont aussi vraies que variées. A cet égard , M. Granet a une grande supeViorite sur l^eaucoup d'autres peintres , qur sont moins heureux que lui dans le choix de leurs sujets , ou qui placent tant bien que mal et comme au hasard les personnages qu'ils introduisent dans leurs tableaux.
Ce dernier tableau fut acheté, dans les premiers jours de l'exposition, par S. A. R. Monsieur, qui en avait fait présent a son auguste fils M.p le Duc de Berrj.
Avant de retourner à Rome , M. Granet a peint un tableau représentant l'intérieur d'une église de Paris; mais le salon était fermé avant que cet ouvrage eut recH la derniers main.
Planche 27.* — Intérieur d'un Corps-de-garde ; tableau de M, Roehn.
[Hauteur, 1 pied ; largeur, 1 pied 3 pouces.]
M. Roehn , après avoir renonce de bonne heure aux études sérieuses et pe'nibles de ia peinture historique , s'est applique à plusieurs genres d'un ordre infe'rieur, tels que le paysage ^ ies batailles y et les scènes familières : il y a fait preuve d'imagination et de goût, et a obtenu les succès qui sont dus à un tident agréable et facile; mais c'est dans les sujets nwlitaîres qu'il a particulièrement réussi. II est peu de cabinets d'amateurs où l'on ne rencontre quelque composition de cet artiste. Celle dont nous donnons ici ie trait, n'est pas une des moins soi* gnees : le coioris en est chaud et vif, la touche ferme et spirituelle. Si ie ton laisse quelque cho^e à désirer^ c'est peut- être un peu plus de légèreté et de transpa* rence ; deux qualite's qui sont indispensables dans jes tableaux de chevalet d'une très-petite dimension.
Parmi les dix morceaux de differens genres q^ue M. Roehn a exposes au salon , il y en a un désigne' sous le titre de la Caverne, sujet tiré de Gil-BIas.Il a été peint pour S. A. R. M.5' le Duc de Berry,
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Pfancl[ie 28.« -— Le Trompette mort; tableau de M. Horace Vernet.
[Hautenr , 1 pied 4 ponces; largeur , 1 pied 8 pouces. }
Un trompette atteint d'une balle et blesse à mort est ~tomI^e de son cheval , et vient de rendre le dernier. sou< pir. Un chien lèche le sang de la plaie; le chevai, U *' tête baisse'e sur le cadavre de son maître, qu'il craint de fouler aux pieds , ie regarde d'un oeil fixe et doulou» reux, et paraît sentir la perte irréparable qu'il viept dç faire.
Ce tableau charmant, et qu'on pourrait dire parfait , est un des plus satisfaisans qui soient sortis des mains de l'artiste ; il est aussi bien peint que bien compose, et Fon j trouve reunies la grâce de ia touche et la vérité, flu sentiment. Le chevai est blanc , et presque entière^ ment e'claire pair un jour de reflet. La transparence et la finesse du ton rappellent la manière de Cuyp ou dei Wouwermans. L'épisode du chien qui lèche le sang dn la plaie est assez naturel , mais d'une yériié un peu repoussante : il produit une sensation pénible , sans riei\ ajouter à Pinterét du sujet, qui est tout entier dans ie mou* vement et l'expression du cheval.
Ce tableau, exécuté pendant l'exposition, n'y a paru que dans les derniers jours. II fait partie du cabinet de feu S. A. R. M.8' le Duc de Berry,
Jalûn/ Je^jSt^ • Tûmt'Jl'
Mffrmartd^^JîIs ^o
Planche 29.^ — Le Marchand de volaille; tableau de M. Bonnefond.
[Hauteur, S pieds 6 pouces; largeur, â pieds.]
M. Bonnefond, jeune Lyonnais, élève de M. ReVoif , annonce un talent réel pour Timitation et le fini des détails. Ce me'rite, qui a fait la réputation de Fe'cole iioflandaise, est assez ge'iieValement le fruit de la patience et de la propreté' du pinceau ; et Ton n'y attache de l'importance que lorsqu'il est soutenu par la vérité et la finesse des teintes locales. La re'union de ces diverses qualite's ne suflit pas encore pour placer au premier rang les ouvrages de cette nature, quelque pre'cieuse qu'en soit l'exécution , si l'artiste n'a pas le don d'y joindre l'expression des personnages. Cette expression consiste , pour les sujets de ce genre, dans la simplicité' des attitudes , la naïveté des formes et la ve'rîtë des caractères , qui, maintenus dans un style moyen, doivent être e'galement e'Ioigne's du trivial et de l'ide'al ; c'est ce qui distingue les Ge'rard Dow , les Mie'ris , les Karel-Dujardin , les Terburg , Jes Netscher, çt sur-tout Gabriel Metzu , dqixt les chefs-d'œuvre peuvent être cite's comme des modèles de perfection. M. Bonnefond, à qui l'on ne peut en proposer de plus dignes d'être suivis, n'a encore atteint, par le fini des de'tails que l'on remarque dans le tableau dont il s'agit, que le preinier degré' du talent qui a fait la re'putation de ces artistes ce'lèbres : il a beaucoup à acque'rif dans le. coloris pour» la justesse, la le'gèreté et la transparence du ton; ses carnations «sont vineuses, et ses demi-teintes trop prooopce'es. Quant aux accès-
wures j ib sont quelquefois trop minutieusement détailles : cette branche de vigne y qui f(»rme une espèce de guiriande dans le haut du tableau à droite , est lourde et surchargée de brindines et de feuilles ; il sort du panier que le marchand de Tolaifle porte sur sa tét^, une innombrable quantité de brins de paille, qui se confondent ^vec les autres objets (1). Cette remarque peut paraître minutieuse; maïs on ne peut disconvenir que les maîtres de Fart n'aient toujours employé avec réserve ces petits détails : c'est la que se montre le goût ; il élague scrupu* leusement ce qui n'est pas nécessaire. Nous pouvons encore faire observer à M. Bonnefond que Textréme fini auquel d s'attache avec tant de soin y ne produit un bon effet que lorsque les objets sont d'une très -petite dimension : H peut consuherà cet égard les chefs-d'œuvre de l'école hollandaise. Un pinceau léché refroidit singulièrement les compositions d'une proportion qui excède la miniature. On regrette le temps employé à polir un ouvrage qui serait tout aussi bien et peut-être mieux rendu par une touche large et expéditive.
( 1 ) Ce déhnt est moins sensible dans la gravure : !e des srpateur a slipprimé becaeonp de ces petits détails.
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Planche 30.^ — Jeanne d^Are; tàUeau de M. Régnier. [ Hautear , 6 pieds 6 ponces ; krgeur, 3 pieds 6 ponces.]
M. Régnier a Touln représenter Jeanne d'Arc se dévouant au salut de la France devant la statoe de la Vierge. Ce sujet aurait beaucoup pins Jeipression et de dignité , si le peintre eut mis pins dlmpclrtance à sa composition : ceiie-cî est un peu maigre. Une figure de quelques pouces de proportion , isolée dans un grandi espace , attire et soutient faiblement Fattentiofi dn spec** tateur. M. Régnier , bon peintre de paysage y a cru deToir< donner à ceiui-«i un titre faistmrique ; titre aeqvd» à tri^ peu de frais. Il est probable que le site même est' idenly et ne se rattache sous aucun rapport à soq sujet; e'est-a^ dire qu'il n'a pas été pris sur les Ceux où Fon présume que Faction s'est passée. Ce tableau ne peut donc avoir d'autre intérêt que celui que lui donne le mérite db la touche et du coloris. L'effîst en est assez piquant : mais, en générd, c'est un morceau. peint de pratique ; Fimitation de la nature s'j fût trop peu sentir.
Ce tableau , commandé par le ministère de la maison du Roi, est destiné pour la nouvelle galerie de Diane, au château de Fontainebleau.
Planche 31.*— Le premier Pas de l'Enfance; tableau de MJ^' Lescot
[Haatettr, 1 pied 6 pottces; largeur, 1 pied 3 pouces.]
» Mv^^^.LesGpt a consacre son pinceau gracieux et facHé aux scènes les plus riantes et les plus douces : elle sait les rendre piquantes et /toujours nouvelles, lors même qu'eUe a presque exclusivement adopte le costume des ha« bitansd'un seul pays, Rome et ses environs. Nous aurons occasion de revenir sur les ouvrages de cette habile artiste , l'une de celles qui ont le plus contribue à Tornement du salon.^ MJ'"^ Lescot j a place douze tableaux< qui soutiennent plus ou moins la réputation qu'elle s'est acquise aux expositions précédentes.
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Planche 32.^ — Tannegui du Ckdtel; tahltau d^ M. Richard.
[Haatenr, 6 pieds 6 ponces; largear, 3 pieds 6 poUces.]
Tannegui du ChAtel, d'une famiOe ancienne^ grand naître de fa maison du Roi, paisafan 1404 en Angleterre pour venger la mort de son frère atne, tue par les Anglais devant Ille de Jersey. II st signala ensuite en Italie, contre l'armée de Ladislas , usurpateur de la couronne de Sicile. De retour en France, il combattit avec valeur à la journée d'Azincourt, en 1415, et deux ans après se rendit maître de Mondhery et de plusieurs autres places aux environs de Paris , occupées par les Bourguignons. En 1418, lorsque cette ville, par la trahison d'un quartenier, ouvrit ses portes à l'armée que le duc de Bourgogne avait envoyée sous ses murs, Tannegui du Chatel , au premier cri d'alarme , tremblant pour les jours du Dauphin , depuis Roi sous le nom de Charles Vil , courut a son hâtel. Ce jeune prince dormait tranquillement; Tannegui l'enveloppe dans un de ses draps, l'enlève de son lit, et l'emporte à la Bastille, dont il était gouverneur. Le Dauphin était alors dans sa quinzième année.
Ce dernier trait est un de ceux qui ont ete indiques aux artistes charges de décorer la nouvelle galerie de Diane à Fontainebleau. Le tableau est d'une dimension qui excède de beaucoup les proportions que M. Richard a coutume d'employer dans ses ouvrages ; mais Ja manière dont il est exécute n'offre dans aucune des parties ce travail minutieux qui ne doit être admis que dans les tableaux de chevalet.