‹ Annales du musée et de l'école moderne des beaux-artsChapitre 7 sur 25 · R^^^T^^^^MS · texte numérisé non relu

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Planche 37.* et 38.* — Henriette de France , ferrarf de Charles L"", Roi d'Angleterre; tableau de MM' Mauduit.

[Hauteur, 4 pieds 10 pouces; largeur, 6 pieds.]

Henriette -Marie de France était douée de toutes lei grâces extérieures, et son caractère ressemblait beaucoup à celui de Henri IV son père. Son cœur était noble , ferme , tendre, compatissant; son esprit, vif, doux et agréable. Elle n'avait pas encore seize ans lorsqu'elle épousa , en 1625, Charles I.'', roi d'Angleterre. Les premières années de son mariage furent très-hèureuses ; mais sa pros-^ perite fut interrompue par les troubles de l'Ecosse et {far la reroite des Anglais mêmes contre son époux. On rejeta sur elle le penchant qu'on attribuait à Charles I.^"^ pour là religion catholique, et l'on se déchaîna contre elle avec fureur; mais elle ne repondit à ces outrages que par ie& bienfaits. Enfin, se voyant l'objet particulier de la haine des parlementaires , et sa suretë étant menacée par l'approche de Parmée révoltée , cette midheureuse princesse entreprit de passer secrètement en France. Elle se déroba aux recherches des soldats qui en voulaient à sa vie, et il lui fallut, pour regagner sa terre natale, te confier à une mer orageuse, qui ne la mit pas à l'abri de ses ennemis. Poursuivie à coups de canon jusque sur les cotes de Bretagne, ce fut en montant dans une chaloupe et en traversant des rochers , qu'elle échjappa à leur fureur et aborda dans sa patrie, en 1644. Des paysans ayant reconnu la fille d un roi qu'ils avaient tant aimé , tombèrent à ses pieds , et lui offrirent leurs chaumières. 1. Salon de i8i9. 9

On toit , dang le tableau 4iui fait le sujet de cet artide »: Marie-Henriette y escortée d'un petit nombre de serviteurs fidèles , recevant Phommage des pajsans qui Tout aidée & descendre sUr le rivage; fun'd'eux, place daùs Teloignement, montre a un jeune pâtre le vaisseau anglais qui ose tirer encore sur la fille de Henri IV.

Ui> pinceau doux, naïf et gracieux, trouverait difficilement, 4>our s'exercer ,. un sujet pdus joiobie et plus tou* ot^ant que celui d'une reine persécutée, fugitive , bravant t tous Içs périls, pour chercher son salut sur le sol. qui . l'a, vue naître. M.^'^ Mauduit , plus jalouse de plaire et d'interessçr que d'^Iouir et de frapper avec éclat, a prouve.,, par le genre d'exécution de ce tableau , comme de ceux, qu'elle a précédemment expose», qu'elle sait proportion-, ner sa tache à l'étendue de ses moyens : on n'y reconnut ni le dessin rigoureusement Correct ni la touche m^e. et hardie d'un professeur affermi par une longue expérience; mais on y trouve une scène disposée avec autanti de goût. que, ^de naturel,, des groupes varies, et cette, suavité d'expression , que âe donneront jamais ni le travail, ni l'étude, ni les combinaisons académiques. •

Ce tableau , çoip mandé, par le ministère de la maison du Roi, est destiné pour la galerie de Saint-Cloud.ou celle du Luxembourg. Si M.^^*^ Mauduit projetait de lui donner un pendant, nou^ l'inviterions, à prendre peur sujet l'embarquement de S. A. R. Madame , Duchesse d'An* gouléme, à Bordeaux, le l.""/ avril 1815. Nous sommes ipin, pour cela, de vouloir insinuer, que ce sujet, qui vient d'être peint par M. Gros (1), soit encore à traiter;

(î) SaïoD de 1819, tom. I.<^, pi. 71 et 72 , pag. 116.

(96) BMÛs les deux tableaux sont de proportions différentes, et ce trait historique est du nombre de ceux qu'on p^ut rappeler toujours avec un intérêt nouveau.

Dans cette multitude de portraits admis pour la plu* part au salon par l'effet d'une déplorable indulgence» les iurtistes, plutdt encore que les gens du monde, ont dis* tingue celui de feue M.'"«de Fumel, supérieure d'une maison religieuse , morceau plein de yeritîe et d'onction-: Ce buste ne serait pas indigne du pÎQceao^ de Philippe Champagne.

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Planche 39.' — Cendrillon essayant la pantoufle de verre ; tableau de Af. Laurent

[Hauteur, 1 pied 8- pouces; largeur, 1 pied 5 pouces.]

Cendriilon ayant mis sans peine la pantoufle de verre que ses sœurs n'ont pu qu'essayer, est reconnue par Iq prince pour celle qu'il cherche avec tant d'empressements Une joie douce et modeste se peint sur la physionomie de Cendrillon : les traits des deux sœurs expriment le dépit et la jalousie. Les costumes de ce petit tableau sont fort ele'gans.

L'auteur de cette composition a depuis plusieurs années renonce à la miniature pour s'occuper de la peinture à f huile 9 et n'a pas eu lieu de regretter ce changement de destination. M. Laurent sait choisir des sujets agréables, et les traiter, sinon avec toute la correction de dessin , toute la force d'expression et de coloris dont ib seraient susceptibles , du moins avec un certain goût et une certaine grâce assez rares parmi les peintres qui mettent beaucoup d'importance au fini et à la délicatesse du pinceau. Les teintes que M. Laurent affectionne et emploie de preYe'rence pour ses draperies , sont vives et gaies , mais en gênerai un peu crues. Cette conformité de nuances se retrouve dans presque tous ses tableaux , et les fait reconnaître d'aussi loin qu'on les aperçoit. Cet inconvénient n'existerait pas , si les couleurs étaient rompues et mises en harmonie par des teintes intermédiaires.

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Planche 40/ — ^Traitde la jeunesse i'AunibalCarrache; tableau de M, Jacomin.

[Hautetir , B pieds ; largeur, 3 pieds 6 ponces.]

Le père d'Annibal Curache avait ete vole en revenant de Crémone , où il était aile vendre le reste de son bieq pour s'établir à Bologne. Son fils, qui était du voyage^ remarqua si bien les voIeUrs , et dessina si exactement leurs traits devant le juge chez lequel le père porta sa plainte , qu'ils furent reconnus et obliges de rendre ce qu'ils avaient pris.

Ce petit tableau , d'une exécution très- soignée , est compose avec goût; l'action est bien exprimée, et le dessin ne manqué pas de cori-ectiôn : mais il laisse à désirer plus de fermeté dans le jeu des ombres et des lumières, et un ton de couleur plus vigoureux et plu» nourri; peut-être aussi trouvet-on de la mollesse et de l'égalité dans la touche. Un peu plus de hardiesse et de nerf ferait disparaître ce& défauts.

-, Planche 41.®-— jL^ Joueur de violon; tableau de M, Bennefond.

[Hftiiteitr, 2 pî«d8 6 pmices; largeur, ^ pieds.]

Au risque de nous repe'ter , nous croyons devoir rappeler aux jeunes artistes, toutes les fois que Foccasion s'en présente, qu'en s'appesantissant sur les détails , cWà-dire sur les parties inanimées de leur composition , ib atténuent immanquablement l'effet de celles qui en font l'intérêt reei. On n'est que trop convaincu de la vérité de cette observation , lorsqu'on examine ce dernier tableau de M. Bonnefond. Nous convenons qu'il est difficile de rendre avec plus d'exactitude cet habit rapiecete de toutes couleurs dont il a affuble son joueur de violon , ainsi que ies diverses parties de son k>ùrd et ignoble accoutrement Le vêtement de ia petite fille n'est pas moins scrupuleusement e'tudie; mais aussi il s'en faut beaucoup que le peintre ait atteint le même degré' de vérité dans la re[Nrésentation des partie^ essentielles. Enfin , comme nous en avons fait l'essai , si l'on cache la tête du vieillard , ainsi que ses mains et ses pieds , on ne voit autre chose dans cette masse informe qu'un tas de hailfons grossièrement appUques les uns sur les autres. Ce n'est pas chez les peintres flamands, pnême chez ceux qui se sont le moins attaches à la ^ace et à la noblesse du dessin , que M. Bonnefond a puise l'exemple de ce manque de goût; quels que soient lè caractère et le costume des personnages qui animent si agréablement leurs compositions , le mouvement et même le nu des figures s'y font toujours sentir.

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Pfanchie 42.* — François //'' et Diane de Poitiers ^ tableau de M, ''' Lescot.

t Hauteur, 6 pieds 6 pouces ; largeur, 3 pieds 6' pouces.]

François L**^ accordant à Diane de Poitiers la grâce de Sftînt-Vallier , son pèr€, qui avait ete condamne à^ mort, a fourni le sujet de deux tableaux au sidon de 1817 (1). Nous en ayons fait gfaver un à. cette époque;: . et pour ne. pas repeter ici Tanecdote qui y a donné lieu-, nous npus bornerons à un court examen d^ celui dont ilest question dan s. cet article.

Lorsque nous avons fait, dans plus d'une: occasion , feloge du goût avec lequel M.*'^ Lescot a coutume de traiter les compositions du genre familier, sur lesquelles sa réputation est fondée , nous n'avons pas entendu placer sur la même ligne les compositions d'un style plus austère ou d'une pius grande dimension , qui lui sont beaucoup moins habituelles. Quoique les figures du tableau de François I/" et Diane de Poitiers soient un peu petites pour le cadre où elles sont placées, elles sont néanmoins beaucoup trop grandes pour le pinceau de Fartiste, dont la touche, par- tout ailleurs serrée, vive et spirituelle , paraît ici délayée, froide et languissante. Nous pensons que ce n'est pas ia faute du peintre , dont le talent ne peut être mis en doute , mais celle des proportions quelle a adoptées, et dont l'emploi exige une pratique de pinceau plus sérieuse et plus approfondie que celle dont elle a fait fusqu'ici l'objet de ses études. C'est donc aux

(1) Voytz Salon de 1817, pi 33 , pag. 50.

(64) petits tableaux de chevdet, aax sujets gracieux, mais populaires , que M.'^^ Lescot continuera de se livrer exclusivement, si elle ne consulte que ses véritables intérêts; c^est dans les ouvrages de ce genre que se retrouve tout son talent, et c'est par leur agréable exécution qu'e&e peut être assurée d'obtenir long-temps de justes éloges.

Le tableau de Diane de Poitiers est destine' pour la galerie de Fontainebleau que Fon décore k neuf, dans le iieu même cpxi de son temps avait ete consacre sous le i|om de galerie de Diane, C'est, dit-on, à Fontainebleau qu'elle se jeta aux genoux de François I/' pour faii demander la grâce de son père ; cette entrevue décida tout-à-Ia-fois du sort de Saint-Vallxer, et de celui de la jeune comtesse sa fille.

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