Salon de
(66) M. ReVoil s*est surpasse dans cette partie de son trayait | et s'il eut substitue aux figures un trophée d'armes ott d'instrumens de musique, tel qu'on en voit ordinairement dans les tableaux de nature morte , celui-ci aurait pu être cite comme un chef-d'œuvre dans ce genre : mais il j a introduit un sujet d'histoire ; et ce sujet, il faut TaTouer, n'y tient pas ie premier rang. La figure de Henri d'AIbret est beaucoup trop grave et trop peu animée, et Toit n'j trouve pas cette expression vive et franche qui donne du piquant au trait historique. Le caractère de Jeanne d'AIbret est manqué complètement : sa pose est roide^ son sourire-froid et dédaigucux. On conçoit diffîcilemeift que M. Revoil , l'un de nos peintces les plus spirituels, et le plus solidement instruits, ait pu. oublier un seul instant que les gens de goût veulent trouver.dans un tableau autre chose encore que le matériel de l'art : comment se fait-il donc qu'il ait négligé ia partie essentielle , l'expression ? On ne peut pas dire que M. Révoil l'ait négligée ; car , en fait de soins , si M. Révoil pèche, c'est par excès» Disons plutôt qu'il s'est mépris sur l'intention et le caractère de ses personnages. Au surplus, cet artiste habile a tout ce qu'il faut pou^ se relever au salon prochain.
Planche 44,* -^Laurent de Médicts; tableau de M, Maazaisse.
[ Hauteur, 4 pieds 6 ponces ; largeur, 6 pieds. J
Laurent de Me'dicis avait hérite (Tune partie des grandes qualités de Come-Ie-Grand » son aïeul, et il fut, comme lui^ le Mécène de son siècle. C'était une chose aussi admiT rabié qu'elle est éloignée de nos moeurs, de voir ce citojren, qui faisait toujours le commerce , vendre d'uiîe main les denrées du Levant, et soutenir de l'autre ie fardeau des aflSûres publiques; entretenir des facteurs, et recevoir des ambassadeurs; donner. des spepjtacies au peuple^ dea^ asfiies aux mdheureux , et orner sa patrie d'édifices, su** perbes. Ses bienfaits l'avaient telien^ent fait aimer des Florentins , qu'ils le déclarèrent chef de leur république^ Un. grand nombre de savans et d'artistes grecs s'étaient réfugiés en Itidie i^près la prise de Constantinople parles Turcs, en. 1453 : Laurent ies attira à sa cour par sesi libéralités. li envoya Jean Lascaris dans la Grèce, pour j chercher des manusjcrits, dont il enrichit sa bibiior thèque. II cultiva iui*méme les lettres.
Laurent réunissait habituellement, dans une de ses maisons de pifusance,; ces hommes célèbres, pour s'eur tretenir avec eux. C'estune de ces réunions que le peintre a voulu r^résenter^ Lascaris, l'un de ces. sayans grecs .qu'il protégeait ,^ y fait ui>e lecture.
M. Mauzaisse exposa en 1817 deux tableaux de stylea très-diflférens , et qui loi firent également honneur, le^ Baptême de Clorinde, et VArioste attaqué et reconnut par des brigands* Les encouragemens que reçut M.Mau-
{ 68 ) caisse auraient du rengager à redoubler d'efforts et à se fortifier par Tetude : mais il paraît avoir. mis trop peu d'importance au goût noble , sévère et correct, qui constitue le style historique; et Ton voit dans les deux morceaux qu'il a exposes cette année , sous le titre de Tantale et sous celui des Danaïdes, combien il »'est tenu éloigne du but, et même ecarte'^ de la route qui y conduit. Nous craignons qu'il n'y puisse rentrer; car on reconnaît , dans sa manière de composer et de peindre , une fermeté de resolution qui ferait penser que cet artiste a pris sur cela son parti.
Mais il évitera la plupart des reproches qu'on pourrait lui faire , s'il se borne aux tableaux de genre , tels que celui qui fait le sujet de cet article. M. Mauzaisse, exploitant un terrain qui lui est mieux connu, n'a presque plus que des éloges à recevoir ; son pinceau est brillant et spirituel : cependant il y a plus de finesse dans la touché que dans les caractères ; ils ne sont pas assez étudies. Le défaut principal de ce tableau est d'être trop également lumineux ; les chairs , les draperies , tout j jusqu'au ]>aysage , y paraît soyeux et satine'. Un vernis légèrement enfume tempérerait cet éclat qui n^est pas naturdi, et devancerait l'effet du temps, qui sans doute viendra à bout de mettre cette peinture en harmonie t mais il £aut qu'il s'ecouIe bien des années ; et l'artiste , au moyen de certains glacis et de légers sacrifices , pourrait en quelques heures mettre la dernière main à son ouvrage.
Ce tableau appartient à S. A. S.M.s^ le Duc d'Orléans.
JalffuéU^xAa Tmu^
JSaurenâ' pmay
CJ^ûrmand' ^c-
Planche 46.* — La Reine Clotilde , femme de Clavis, exhorte ce Prince à embrasser le christianisme; tableau de M, Laurent.
[Hautenr, 6 pieds 6 ponces; largeur, 3 pieds 6 pouces.}
, Au moment où Ciovis partait pour s'opposer à l'invasion des Aliemaiids, la reine lui dit : « Seigneur, vous «allez combattre^ songez à vaincre : invoquez le Dieu >i des chrétiens , îi est le Dieu des armées ; si vous le priez « avec Foi, rien ne pourra vous résister, n
Nous doutons que les t)rdonnateur8 de {a galerie der Fontainebleau , pour laquelle oe mofcenu' est destine , aient eu à s'applaudir d'avoir exclusivement confie les tableaux d'une certaine étendue, qui doivent concourir à la décoration de cette galerie , à des peintres accoutumes à traiter en petit des sujets de genre : aussi ces artistes ont>ils tous plus ou moins e'choue, et ce n'est pas sur ces compositions qu'il faudrait juger leur talent.
Le fond du tableau dont nous donnons ici la gravure, est agréablement compose : mak le groupe principal est d'un dessin mou , incorrect. Le ton ne manque ni de Vérité ni d'harmo|iie ; mais ces qudlites ne suffisent pas poiir racheter la faiblesse dei'expresiûon.
Planche '46.* -^'L^0n de géographie; tahleau de . M, Couder.
[Hantear» i pieds 6 ponces; largeur, 3 pieds. ]
Un jeune Français, ne d'un sang illustre, force de s'expatrier pour se soustraire aux orages delareWution, s'est retire dans un pays tranquille où il veut demeurer inconnu. Pour occuper ses loisirs , il s'exerce à enseigner, la géographie dans une maison d'éducation.
Le peintre l'a représente' debout , donnant une leçon à deux élèves ; son doigt, place sur un point du globe , indique le beau pays objet de ses regrets et de son amour.' On voit au milieu du tableau une douzaine de jeunet gens groupes autour d'une table , et recevant la leçon d'un professeur plus âge'. Dans le fond, on aperçoit un petit paresseux réprimande' par le répétiteur. Sur le devant du tableau, le chef de l'établissement, assis et tenant un livre à la main, paraît e'couter avec intérêt les paroles du maître de géographie.
Ce morceau se fait remarquer par la finesse , la grâce, la naïveté et la.ve'rité des caractères; il y a de Tordre et de la netteté dans la composition; et quoique le ton local laisse à désirer. des nuances un peu plus vives et plus animées , l'effet en est satisfaisant et soutenu.
Ce tableau appartient à S. A. S. M.s' le Duc d'Orie'ans.
Planche 47.* — Michel-Ange et ses Élèves; tableau de M, Couder.
[Hauteur, 1 pied 7 poaces; largeur, 9 pieds.]
Michel-Ange fait admirer à ses élèves les beautés du torse antique d'Hercuie.
Ce podt tableau , pour le mérite de l'exécution , est à peu près égel à celui qui fait le sujet de l'article précédent : mais l'un et l'autre ont e'té moins remarque's que la Mort de Masaccio , qui obtint les éloges les plus flatteurs au salon de 1817 (1). Si la Mort de Masaccio eut plus de succès que les deux morceaux dont il s'agit , c'est parce que le style en est plus historique, et que pour . cette raison il convient mieux au pinceau de M. Couder. II lui importe donc de conserver tous ses avantages, et de ne pas les compromettre en s'essayant dans un genre secondaire , où des artistes d'un talent inférieur au sien pourraient souvent lutter contre lui avec succès.
Dans son tableau de Michel-Ange, M. Couder a introduit un effet de lampe dont la lumière rougeatre produit des ombres opaques et un effet monotone. On n'approuve ni le geste familier de l'artiste, appuyant sa main sur ceiie du cardindl, ni le rapprochement de ces deux mains, qui ne se rattachent à rien. Le tableau n'est pas trop fini ; mais la touche en est pointiUée et même un peu peinée : on n'y reconnaît pas le pinceau large et ferme qui a retracé les douleurs du Lévite d'Ephraïm,
(1) F(?y«Sa!on de 1817, pi. 38, pag. 56.
Planche 48.* — Du Guesclin enfant; tabhau de M, Laurent.
[Hauteur, 3 pieds 4 pouces; largeur , S pieds f pouces. ]
' Du Guesclin , laid et presque difforme dans son jeune âge, avait des manières plus que brusques et un caractère sauvage. Dans la maison paternelle il fut abandonne aux doihestiqueâ , et mdtraite comme une espèce de fleW Son '|)ère l'avait enferme' pour fempécher de battre et tf être lattù. On raconte qu'un jour s<t mère, desdiee de sbil indocilité, allait le punir, lorsqu'elle 6n futtietourne^ paf \ine religieuse de ses amieâ, qui se donnait pour sàvantt dans i'art de la divination. £3ie fit approdEier le jeané du Guesclin, examina sa physionotniè , ses traits^ et ^% mains , et prédit à sa mère qu'il serait fe plus grand personnage dé son siècle. <^Au lieti de vous plaindre, dit- > elle, d'être la mère d'un tel fils, remercie£ tHebi de V> vous l'avoir donine j car il relèvera -bien LÔeiut la gfoire » de votre, famille, n
Ce tableau, où le dessin est ia partie qui laisse' le plus a desii^er , et dont ^expression a plus de douceur que de vivacité', se fait remarquer par la fraîcheur du coloris et Fagre'ment du pinceau. Uartiste a eu raison, quel que soit le témoignage de l'histoire, de ne pasrepre'senter le petit du Guesclin laid et difforme; il aurait même pu lui donner une tête moins forte : celle-ci n'est pas assez en rapport avec les autres têtes du tableau.
Sdffti J^'jSia Ijnne^ll-