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Lettre de Pie IX au roi de Danemark

« Pie IX, Pape.

a Au roi sérénissîme et très-puissant, salut :

« Nous sommes informé, à notre grande satisfaction, par le vénérable frère Paul, évêque d'Osnabruck, chargé simultanément des fonctions de provicaire apostolique des missions danoises, des témoignages de bienveillance toute particulière avec lesquels il a été accueilli par Votre Majesté, dans la visite qu'il a faite de ces missions.

« Nous avons en môme temps appris avec une joie vive que, toujours animé d'un amour égal pour tous vos sujets, vous avez accordé à ceux d'entre eux qui professent la foi catholique le libre exercice de leur culte, objet de leurs coustants désirs.

« Ces nouvelles sont pour nous une bien douce consolation au milieu des angoisses et des tristes calamités qui nous pressent de toutes parts et qui sont venues affliger TÉglise catholique dans ces temps de douloureuse épreuve.

« C'est pourquoi nous n'avons pu nous empêcher d'offrir à Votre Majesté Royale nos actions de grâce pour cette marque de sollicitude donnée par vous à vos sujets catholiques, et nous les consignons dans cette lettre qui tous sera remise par les soins du môme vénérable frère.

« Confiant dans votre magnanimité, dans votre équité et dans les autres vertus éminentes qui brillent en vous, nous osons espérer que vous voudrez bien accorder, de votre suprême autorité, la même liberté d'exercice de leur culte à vos autres sujets catholiques, nommément aux habitants du Schleswig, ainsi qu'à ceux des duchés de Holstein et de Lauenbourg, et à ceux qui habitent vos possessions d'Amérique, et que vous daignerez prêter l'oreille, dans le meilleur esprit d'équité, aux demandes que vous a présentées à ce sujet le môme vénérable frère.

« Sérénissime et puissant prince, dans la confiance que vous couvrirez de, Yotre protection, partout où s'étend votre autorité, tout catholique faisant partie de vos sujets, soyez bien persuadé que nous désirons avec ardeur trouver la bonne occasion de vous payer de retour non pas seulement en paroles, mais aussi en action.

« En attendant, nous n'oublierons pas de prier Dieu de combler Votre Majesté de toute vraie félicité, et de nous unir à vous dans les sentiments de la parfaite charité.

« Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 31 décembre de Tan 1860, de notre pontificat le quinzième. a PIE, P. P. IX. »

L'année 1859 avait commencé la révolution et enlevé au Pape les Romagnes, Tannée 1860 lui enleva les Marches et TOmbrie, en même temps qu'elle mettait le reste de Tllalie dans les mains- du Piémont : Tannée 1861 devait continuer l'œuvre de 1860.

. — Lettre des Bulgares de Constantinople à M^' Hassoun (23 décembre 1860 — 2 janvier 1861) :

« ExcelIeDce, TËglîse romaioe a eu de tout temps une sollicitude paternelle pour les chrétiens d'Orient et pour la conservation de leurs cérémonies religieuses, de leurs coutumes et autres institutions adoptées de temps immémorial et conservées Jusqu'à nos jours. A cet effet, nous avons Tassurance qu'en faisant Tunion avec la sainte Eglise romaine, conformément aux décisions du concile œcuménique de Florence, notre liturgie, nos rites, nos cérémonies et nos coutumes religieuses, instituées par les saints Pères et conservées religieusement, ne seront nullement modifiées, mais bien au contraire elles seront respectées ainsi que notre hiérarchie nationale et notre clergé national, qui seuls nous administreront. De celte manière, tous nos compatriotes seront à Tabri des mauvaises suggestions qu'on ne cesse de faire en cette occasion. Nous demandons votre sainte bénédiction, et nous sommes vos enfants spirituels. »

— Circulaire de M. Rouland, ministre de l'instruction publique, aux évéques, leur disant que les mandements épiscopaux qui traitent des matières politiques doivent être soumis au timbre et au dépôt préalable, comme les autres publications,

— Mort du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, à qui succède son frère, Guillaume P', déjà régent, et né le 22 mars 1797.

3. — M. Lorenzo Valerio, commissaire général extraordinaire dans les Marches, au nom de Victor-Emmanuel, supprime tous les ordres monastiques et toutes les corporations religieuses dans les provinces placées sous son administration.

4. — Le gouvernemeot mexicain proclame la liberté complète des cultes dans toute retendue de la république.

11. — Le président Juarez fait son entrée solennelle à Mexico. Le nonce du Pape, l'envoyé d'Espagne, les représentants de Guatemala et de rÉquateur ont demandé leurs passe-ports ; l'archevêque de Mexico et la plupart des évoques du Mexique sont en exil. •

12. — Le général de La Moricière refuse l'épée d'honneur que des catholiques de France voulaient lui offrir.

24. — Bref de Pie IX adressé aux Bulgares unis par l'intermédiaire de M^' Brunoni, vicaire apostolique à Constantinople :

« Pie IX, Pape. — Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique. Nous avons ressenti une extrême joie dans le Seigneur lorsque, après les différentes nouvelles publiées déjà sur le retour des Bulgares à la foi et à l'unité catholique, nous avons vu que cette démarche si salutaire et si désirable avait reçu, grâce à Dieu^ un heureux commencement, car en ces jours-ci vous nous avez envoyé, vénérable Frère, les lettres que nous adressent plusieurs ecclésiastiques et laïques bulgares, et qui nous apprennent, à notre très-grand contentement, que Tinspiration de la grftce divine lésa retirés de Tablme d'un schisme très -funeste et fait rentrer dans le sein de TÉglise catholique, cette mère pleine d'amour.

« C'est pourquoi ils nous déclarent expressément, dans les mêmes lettres, croire et professer tout ce que croit et enseigne cette sainte Église romaine, mère et maltresse de tout3s les Églises, et reconnaître avec respect et une pleine soumission le Pontife romain comme le chef de toute. TÉglise catholique, le vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur terre et le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, de même qu'ils ont tenu à honneur de le déclarer hautement et publiquement par une solennelle profession de foi, formulée devant nous, devant le vénérable frère Antoine, archevêque-primat des Arméniens, et en présence d'autres préfets apostoliques et prêtres de l'un et l'autre clergé (le clergé latin et le clergé arménien), le 30 du mois de décembre dernier.

« Lorsque les susdites lettres des Bulgares nous sont parvenues, au milieu des angoisses que nous causent les très-amères calamités qui oppressent l'Église dans ces jours pleins de deuil, et les périls multipliés qui entourent de tous côtés le troupeau catholique, nous avons rendu des actions de grâces, dans toute l'humilité de notre cœur, au Dieu de toute consolation, à qui il a plu d'apporter, par ce joyeux événement, une si douce consolation à notre douleur.

« Sans mettre aucun retard, nous avons écrit, vénérable Frère^ cette

février.] MARTYRE DE M. VÉNARD. 93

lettre, par laquelle nous vous recommandons d'annoncer en notre nom à ces mêmes Bulgares unis que nous sommes au comble de la Joie de leur retour si désiré à la foi et à Tunité catholique. Et en notre nom aussi vous les assurerez, dans les termes les plus affectueux, de la tendresse singulière et toute paternelle que nous leur portons, les embrassant avec amour, comme nos enfants très-cbers et comme ceux de TEgiise catholique, disposé d'ailleurs à exécuter tout ce qui peut contribuer à leur plus grand avantage spirituel. Et plût à Dieu que nous pussions embrasser bientôt et voir réunis à nous et à cette chaire de Pierre tous les autres membres de la noble nation bulgare, principalement ceux qui sont dans les ordres sacrés et qui sont honorés des hautes dignités ecclésiastiques !

« Ces mômes enfants chéris, les Bulgares unis, nous ont exposé trèsrespectueusement dans leurs susdites lettres leurs vœux pour la conservation de leurs rites sacrés et légitimes, de leurs cérémonies, de leur liturgie et de leur hiérarchie. C'est pourquoi, vénérable Frère, vous confirmerez en notre nom ce que leur a déjà répondu le vénérable frère Antoine, archevêque-primat des Arméniens, à savoir, que nous leur accorderons très-volontiers ce que nous avons exprimé et déclaré clairement et ouvertement dans notre lettre Encyclique aux Orientaux du 6 janvier de Tannée 1848.

« Nous ne doutons pas aussi que ces mêmes Bulgares unis ne continuent à servir, avec la fidélité requise et convenable à des catholiques, S. M. le Grand-Seigneur, souverain de la Turquie.

« Mais, tout en donnant toutes ces informations à ces mêmes fils chéris, les Bulgares unis, et en leur communiquant notre lettre, vous les informerez aussi que nous leur accordons avec amour, du fond du cœur, la bénédiction apostolique, formant aussi le vœu de tout ce qui peut concourir à la vraie félicité, et que nous ne cessons d'adresser au Dieu très-bon et très-grand les plus ardentes prières, afin qu'il répande toujours plus abondamment sur eux la plénitude des richesses de sa grâce divine. Enfin, comme gage de notre bienveillance particulière pour vous, vénérable Frère, nous vous octroyons avec amour la bénédiction apostolique, ainsi qu'à tout votre clergé et à tous les fidèles laïques confiés à voire sollicitude.

« Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 24 janvier i86i, l'an quinzième de notre pontificat.

« PIE IX, Pape. i>

— Réception du R. P. Lacordaire à l'Académie française. L'Impératrice des Français assiste à la séance, que préside M. Guizot.

Février.

a. — Au Tong-King, martyre de M. Vénard, prêtre de la société des Missions-Etrangères. Jean-Tbéophane Yénard, né à

94 ANNALES EGCLÉSIASTIQGES. [1861

Saint-Loup-sur-Thouet (Deux-Sèvres), le SI noveaibre 1829, de Jeaa Vénard, simple instituteur et ensuite greffier à la juslice de paix, et de Marie Guéret, femme douce et pieuse qui songeait avant tout à faire de ses enfants de solides chrétiens^ et qui mourut en 1843. Dès ses premières années^ Théophane montra une grande inclination à la piété. Il fit ses études dliumanîtés au petit séminaire de Montmorillon, qu'il ne quitta que pour entrer aa grand séminaire de Poitiers, à la fin de Tannée 1848. Là sa vocation pour les missions lui apparut bientôt si claire, qu'il sollicita son admission au séminaire des Missions-Etrangères, où il entra en 1851, n'étant que sou§-diacre. Il y fut ordonné diacre aux quatre*temps de No6l 1851, et prêtre à la Trinité de 1852 (5 juin). Les travaux qu'il ambitionnait d'accomplir lui furent bientôt confiés; dès le 19 septembre suivant, il était envoyé dans les missions d'Orient. II séjourna quinze mois à Hong-Rong, où il s'appliqua à l'étude de la langue chinoise. Ce fut au mois de février 1854 qu'il reçut sa mission définitive pour le Tong-Kîng oriental, où il arriva au mois de juillet, tout ravi de joie d'être envoyé dans une contrée où sévissait la persécution, et où les martyrs se multipliaient. Là le saint missionnaire put enfin se livrer à tout son zèle évangélique, sous la direction de M^' Retord, qui ne désirait pas moins ardemment que lui le martyre. La glorieuse palme se fit attendre six ans pour M. Vénard. M»' Retord mourut le 22 octobre 1858, consumé par la fièvre, à cause des fatigues qu'il endurait, obligé de se cacher dans les bois, dénué de toutes ressources, parce qu'il fuyait les persécuteurs. L'expédition francoespagnole ne fît d'abord que redoubler la rage du tyran Tu-Duc et de ses mandarins. M. Néron fut martyrisé au mois d'août 1860; M. Vénard tomba entre les mains de ceux qui le poursuivaient le 30 novembre de la même année. Rien de plus touchant que les lettres écrites à sa famille, et particulièrement à sa sœur Mélanie, par le courageux confesseur de la foi pendant sa captivité ^. Dans la nuit du 1*' au 2 février 1861, la sentence de mort arriva. Sur le lieu d'exécution, on lui lia fortement les coudes derrière le dos, pour l'obliger à tenir la tête élevée et à présenter le cou au sabre fatal; ensuite il fut attaché à un pieu de bambou assez mal afi'ermi. Dans cette position et au signal donné, M.Yénard reçut le premier coup qui ne fut que comme un coup d'essai et ne coupa guère

1 Les Annales de la Propagation de la foi en ont reprodait plusieurs ; on les trouvera toutes dans la Vie du martyr, écrite par un anonyme dans lequel on reconnaît facilement un frère ; Poitiers, 1864.

février.] OUVERTURE DE LA SESSION LÉGISLATIVE EN FRANCE. 9^

que la peau. Le deuxième coup, mieux appliqué, trancha presque entièrement la tête et renversa à la fois le martyr et le pieu. Le bourreau, voyant son sabre ébréché, en prit un autre et donna encore trois autres coups, après lesquels ayant saisi la tôte par Toreille, il Téleva pour la faire voir au lieutenant-colonel qui présidait l'exécution. Celui-ci, ayant commandé aux officiers municipaux de l'endroit de faire bonne garde pendant les trois jours que devait durer l'exposition de la tôte, fit sonner immédiatement la retraite et ramena ses soldats à la ville. Pendant ce temps, plusieurs femmes chrétiennes se lamentaient comme à la mort de leur premier-né. Aussitôt que les troupes eurent laissé le champ libre, ces femmes et toute la foule se précipitèrent sur le corps pour tremper dans le sang du martyr des étoffes et du papier, et Ton y mit une telle ardeur, qu'il ne resta pas un brin d'herbe sur le lieu du supplice.

4:. — Ouverture de la session législative de France pour J86I. L'empereur Napoléon III prononce un discours dans lequel il dit :

« A l'eitérieur^ je me suis efforcé de prouver, dans mes relations avec les puissances étrangères, que la France désirait sincèrement la paix, que, sans renoncer .à une légitime influence, elle ne prétendait s'ingérer nulle part où ses intérêts n'étaient pas en jeu; enfin, que, si elle avait des sympathies pour tout ce qui est noble et grand, elle n'hésitait pas à condamner tout ce qui violerait lé droit des gens et de la justice.

« Des événements difficiles à prévoir, sont venus compliquer en Italie une situation déjà si embarrassée. Mon gouvernement, d'accord avec ses alliés, a cru que le meilleur moyen de conjurer de plus grands dangers était d'avoir recours au principe de non-intervention, qui laisse chaque pays mattre de ses destinées, localise les questions et les empêche de dégénérer en conflits européens.

« Certes, je ne l'ignore pas, ce système a l'inconvénient de paraître autoriser bien de fâcheux excès, et les opinions extrêmes préféreraient, les unes que la France prit fait et cause pour toutes les révolutions, les autres qu'elle se mit à la tôte d'ui^e réaction générale.

u Je ne me laisserai détourner de ma route par aucune de ces excitations opposées. 11 suffit à la grandeur du pays de maintenir son droit là où il est incontestable, de défendre son honneur là où il est attaqué, de prêter son appui là où il est imploré en faveur d*une juste cause. .

a A Rome, j*ai cru devoir augmenter la garnison, lorsque la

sécurité du Saint-Père a paru menacée.

0 A Gaêle, j'ai envoyé ma flotte au moment où elle semblait devoir être le dernier refuge du roi de Naples. Après Ty avoir laissée quatre

96 ANNALES EGGLÉSIASTIQCFS. [1861

mois, je Taî retirée, quelque digne de sympathie que fût une infortune royale si noblement supportée. »

lo. — Mort du cardinal Gabriel dalla Ganga Sermattei, né à Assise le 4 décembre 1801, créé cardinal par Grégoire XVI dans le consistoire du 1" février 1836. Il était neveu du pape Léon Xll.

13. — Capitulation de Gaôte. Le lendemain, le général Gialdini prend possession de la ville ; le roi François II s'embarque avec la reine sur la corvette à vapeur française la Mouette^ et se rend à Rome.

16. — M. de La Guéronnière, conseiller d*État, directeur de rimprimerie et de la librairie, fait paraître une brochure intitulée : La France, Borne et tLalie. L'apparition de cette brochure a une importance d'autant plus grande, qu'elle vient à la suite de deux publications ofOcielles, VExposé de la situation de l'Empire et les Documents diplomatiques^ qui traitent ou exposent dans le même sens qu'elle la question romaine. (Voir ci-après à la date du 26 février la réponse du cardinal Antonelli.)

21. — Mort du cardinal Jean Brunelli, archevêque-évéque d'Osimo et Cingoli. né à Rome le 25 juin 1795, réservé in petto le 15 mars 1852, publié cardinal le 7 mars 1853.

22. — Mandement de M*' Pie, évoque de Poitiers, au sujet des accusations portées contre le souverain Pontife et contre Je clergé français dans la brochure la France, Borne et l* Italie,

26. — Lettre de M»' Dupanloup, évoque d'Orléans, en réponse à la môme brochure.

26. — Le sénat de Turin adopte à l'unanimité, moins deux voix, un projet de loi qui conféré à Victor-Emmanuel le titre de roi d'Italie.

Dépêche du cardinal Antonelli à Mgr Meglia, chargé d'affaires du Saint-Siège à Paris :

(( Monseigneur, vous avez déjà lu sans doute la brochure récemment publiée à Paris, sous ce titre ; La France, Rome et l* Italie. Elle contient une espèce de commentaire tant de rexposilion officielle de la situation faite dans le courant du mois par M. Rarocbe au Sénat et au Corps législatif de France, que du choix de documents publiés par le gouvernement français relativement aux derniers événements de l'Italie. Vous vous serez aperçu sans doute que le but principal de cet

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Opuscule est de rejeter sur le Saint-Père et sur son gouvernenient la cause de Tétat déplorable auquel sont arrivées les choses dans toute ritalie, et spécialement dans les domaines pontiOcâux. Vous connaissez parfaitement la série des faits qui se sont succédé dans ces derniers temps, vous connaissez, d'autre part, les divers actes émanés de Sa Sainteté, ainsi que la dépêche envoyée par moi à M^' le Nonce, à Paris, le 29 février de l'année dernière; et cela vous suffît déjà pour repousser cette injuste imputation. En effet, si on considère avec quelque attention les arguments sur lesquels elle est appuyée dans la brochure^ on verra sans grand'peine qu'il n'y a pas une seule assertion qui ne demeure victorieusement réfutée par les actes, dont Je viens de vous parler. Toutefois, comme cette brochure, par le moyen de vagues généralités, ou d'anecdotes étrangères à la question, ou d'allégations purement imaginaires, s'efforce de présenter les faits sous un faux aspect, afin de leur faire dire le contriaite de ce qu'ils expriment, j'ai cru opportun d'y opposer quelques considérations pour le plus grand éclaircissement de la vérité. Ce motif, joint à la considération du caractère officiel sous lequel la brochure s'est prétendue publiée, m'a engagé à m'en occuper pour la partie qui regarde de plus près le Saint- Siège et son gouvernement.

« Et d'abord je ne m'arrêterai pas à qualifier ici f acte d'un homme qui ose lancer publiquement une accusation si grave contre le chef auguste et vénérable de l'Église cathdlique; et cela au moment où, à part les aveugles et éternels ennemis de tout ordre, tout le monde admire et plaint en lui la victime de l'ingratitude et de la perfidie la plus rare qui fut jamais. Je sais bien que l'auteur se défend d'accuser Sa Sainteté, en disant que son coeur a été surpris et trompé par quelques-uns de ceux qui l'entoui'^nt* Mais cet artifice est trop vulgaire pour écarter le reproche d^irrévérenee lorsqu'on ose blâmer celui qui a tant de titres au plus profond respect et à la plus sincère gratitude et vénération. Chacun, du reste, comprend facilement qu'une pareille excuse est pire que l'accusation même.

« Mais, quoi qu'il en soit de l'appréciation morale et, si Ton veut, politique de cette imputation, arrivons à la considérer en elle-même et dans sa valeur intrinsèque. La brochure prétend que l'obstination du Saint-Père à ne concéder aucune réforme et à se refuser à tous les conseils et secours bienveillants du gouvernement français est la seule et vraie cause de toutes les pertes temporelles que souffre maintenant le Saint-Siège. N'aimant pas, pour ma part, les généralités vagues et abstraites, qui ne sont bonnes qu'à obscurcir et à déguiser la vérité, j'appelle l'auteur sur le terrain des faits particuliers et précis. De quel temps parle-t-il et de quelles circonstances? Il faut bien avoirer que, si l'obstination prétendue est chose réelle et non imaginaire, elle a dû se montrer dans un temps donné et dans une conjoncture donaée.

« Or on peut, à ce sujet, distinguer trois époques : la première s'étend depuis les premières années du pontificat de Sa Sainteté jns- Annales ecclés, 7

96 ANNALES EGGLÉSIASnQOES. [1861

qu'à son exil à Gafite ; la seconde comprend les dix ans qui s'écoulèrent depuis son retour à Rome, jusqu'aux derniers troubles survenus en Italie ; et la troisième enfin^ les deux années dans lesquelles eurent lieu ces derniers bouleversements. Il y aurait certainement de la folie à vouloir rejeter l'obstination prétendue sur la première de ces époques, alors que le monde entier saluait dans le souverain Pontife régnant Tinitiateur spontané de ces réformes et de ces libertés qu'on pouvait accorder sans avoir à craindre de les voir dégénérer en coupable licence de ceux qui cherchaient à en abuser. Cela est si vrai que, dernièrement encore, l'aveu en a été fait par le ministre d'une puissance protestante dans une assemblée publique.

« Et si les généreuses et larges concessions du Saint-Père se sont vues récompensées de la part des perfides instigateurs de la révolution par la plus injuste ingratitude et félonie, cela servit à montrer dès lors la vanité de la confiance exagérée que plusieurs mettent en de semblables remèdes ; vanité dont malheureusement on a eu^il 7 a peu de jours, un nouvel exemple.

« Quand le Saint-Père fut rétabli dans la possession de ses États, par la faveur de toutes les puissances et par le concours des armes catholiques, en quoi la France eut une si grande part qu'elle a mérité toute notre reconnaissance, comme nous la lui avons exprimée et nous Texprimons de nouveau, quels furent alors les désirs que lui témoignèrent d'un commun accord les puissances catholiques, y compris par conséquent le gouvernement français ? C'était la réorganisation des finances, bouleversées surtout par les spoliations de l'anarchie révolutionnaire ; c'était la réalisation des réformes convenues à Gaête par les plénipotentiaires des principaux États catholiques, c'était enfin la for* mation d'une armée à lui appartenant qui pût mettre un terme à l'occupation temporaire de la France et de l'Autriche.

« Or, quel est celui de ces trois désirs qui n'a pas été accompli? Grâce à la sagesse et à la continuelle sollicitude de Sa Sainteté, on avait réussi, non-seulement à abolir le papier-monnaie, mais môme à obtenir une égalité parfaite entre les recettes et les dépenses, avec quelque excédant du côté des recettes, et cela sans lever de nouveaux impôts sur les sujets. Pour les réformes, si on en excepte deux, qui, à raison des circonstances graves et exceptionnelles qu'entraînait l'attitude hostile et révolutionnaire du Piémont, avaient été différées, elles avaient été mises à exécution, comme je J'ai démontré dans ma dépêche précédente; et le rapport de M. le comte de Rayneval, d'illustre mémoire, alors ambassadeur de France près le Saint-Siège, en avait rendu un irrécusable témoignage. L'armée, nonobstant la condition particulière de l'Étal pontifical où elle se forme, comme chacun sait, par voie d'engagement volontaire, l'armée pouvait être dite constituée en nombre suffisant. Aussi, lorsque, dans les premiers jours de 1859, on voulait trouver un prétexte à la guerre d'Italie dans la permanence des armées étrangères sur le territoire pontifical. Sa Sainteté put librement

février.] DÉPÊCHE DU CARDINAL ANTONELLI. 99

inviter la Fraace et TAutriche, quand elles le voudraient, à retirer leurs troupes.

« Eu quoi donc a consisté la prétendue obstination du Saint-Père dans les dix années dont nous parlons 7 La brochure en question, au lieu de déclamer en des termes généraux, aurait mieux fait de dire en particulier^ et en citant des faits et des documents, ce qu'aurait voulu le gouvernement impérial, ou les autres gouvernements amis du Saint- Siège. Pour nous, nous ne trouvons dans toute la brochure rien de spécifié sur ce point, sauf les paroles suivantes : 0 La conduite môme du gouvernement pontifical, son refus persistant d'accomplir des réformes et ses sympathies avouées pour TAutriche contribuaient à accroître les alarmes du patriotisme italien. » Par là on prétend établir deux choses : le refus des réformes, et la sympathie pour l'Autriche. Mais pour le premier point, nous en avons déjà montré le faible par l'autorité môme du représentant de la France. Quant au second, que Ton cite un seul fait dans lequel Sa Sainteté ait montré plus de déférence pour le gouvernement impérial de l'Autriche que pour tout autre gouvernement catholique, et spécialement que pour le gouvernement impérial de France. Ne pourrait-t-on pas plutôt et avec plus de fondement fair^ une récrimination contraire ?

« Reste donc la troisième époque^ celle du dernier mouvement survenu en Italie, et il convient de s'occuper de celle-ci plus au long, puisque c'fest à cette époque que parait se rapporter spécialement l'accusation portée par la brochure. L'auteur décrit, à la page 21, quelle devait ôtre^ dans une telle commotion, l'attitude de l'empereur des Français, et voici ses paroles : « L'Italie respectée dans son indépendance, la Papauté protégée dans sa puissance temporelle : tel était donc le double but que devait se proposer la politique impériale. » En présence de cette attitude de l'Empereur, quelle devait ôtre celle du Saint-Père? Son rôle, assurément, n'était pas de commencer une guerre offensive contre personne, puisqu'il est le père commun de tous, et représente sur la terre le Dieu de la paix. 11 n*étaitpas non plus de concourir à la spoliation des princes légitimes, puisqu'il est lui-môme le héraut et le vengeur des lois éternelles de la justice parmi les hommes. Enfin son rôle n'était pas d'abdiquer de plein gré, ni de se laisser arracher impunément ses propres États, parce qu'il n'en est que le dépositaire au nom de l'Église, et demeure obligé par des serments solennels et irrévocables à les conserver dans leur intégrité.

« Or, je le répète, quelle devait ôtre son attitude, afin de se montrer favorable à l'indépendance italienne sans manquer aux devoirs sacrés du Pontife? 11 n'y en avait point d'autre, assurément, que d'accepter et de réaliser, autant qu'il était en lui, une combinaison quelconque qui lui serait proposée, et qui assurerait l'indépendance nationale sans blesser ni les droits d'aulrui ni les principes inviolables de l'Église. Maintenant, est-il au monde quelqu'un qui prouvera que le Saint-Père se soit montré sur ce point, je ne dirai pas obstiné, mais

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seulement difficile à consentir? Disons plutôt la vérité : quelle est la combinaison qui a jamais été proposée à Sa Sainteté dans les limites que nous venons de tracer ? On n'en connaît qu'une seule, celle de la Confédération des princes italiens ayant à leur tôte le souverain Pontife en qualité de président honoraire. Or, cette proposition a-t-elle été jamais rejetée par le Saint Père ? N'a-t-elle pas été au contraire formellement acceptée?

« L'auteur de la brochure se plaint amèrement que, quand il a proposé cet arrangement, il a été accueilli par des sarcasmes à Rome et à Paris. Je ne sais rien des sarcasmes de Paris, mais quant aux sarcasmes de Rome, s'ils ont existé, ils ne sont pas venus certainement du gouvernement pontificaL Je ne parle point ici d'une proposition qui venait d'un écrivain privé, lequel n'avait pas sans doute la prétention d'être considéré comme une puissance. 11 est vrai qu'il nous apprend qu'il écrivait comme ayant l'honneur (Texposer un programme, mais c'est seulement aujourd'hui qu'il nous fait celte révélation, et la qualité de son écrit était bien éloignée alors de nous le faire soupçonner. La proposition officielle de la Confédération et de la présidence ne vint qu'à la suite des préliminaires de Villafranca et du traité de Zurich ; et le Saint-Père, comme je l'ai dit, se montra disposé à l'accepter, dès que les bases en auraient été définies, comme cela était convenable. L*auteur, cependant, dit qu'alors il n'était plus temps, mais trop tard; il ne s'aperçoit pas qu'en disant cela, il fait une grave injure à. son propre prince, comme si lui et les autres avaient proposé pour point de départ d'un traité solennel, et pour moyen de réconciliation, une chose qui n'était plus possible ni opportune. Quoi qu'il en soit, c'est alors seulement que la proposition a été faite par celui qui avait été autorisé pour la faire, et il est injuste de prétendre que Sa Sainteté l'ait prévenue de son propre mouvement. Or, je le répète, puisque ce n'est point par un refus du Saint-Père que cette combinaison n'a pas abouti, comment pourrait-on, sans une honteuse calomnie, l'accuser en cela d'obstination?

« N'étant plus question de cet arrangement, qui d'une part aurait Vépondu à l'attitude de l'Empereur des Français, respectant l'indépendance italienne, de façon à protéger en môme temps le pouvoir temporel du souverain Pontife; qui de l'autre s'accordait avec l'attitude convenable au Saint-Siège, lui permettant de concourir dans les limites de la justice à l'indépendance italienne, sans sacrifier sa propre autorité temporelle, quelle autre proposition réunissant des conditions semblables a jamais été faite?

« Ici l'auteur de la brochure entre dans un triste labyrinthe, rapportant les propositions qui furent faites par la suite ; mais je suis forcé de l'y suivre, quelle que soit la peine que j'y ressente.

« Il rapporte d'abord la lettre écrite par l'Empereur, dans laquelle on invitait le Saint-Père à céder au Piémont la possession des Romagnes avec un titre de vicariat, et & ne plus diiférer la concession des ré-

février.] DÉPÊCHE DU CARDINAL ANTONELLI. 101

formes réclamées par l'Europe depuis trente ans. Il y a ici deux choses : les réformes déjà mentionnées et la cession des Romagnes*

« Quant à la première, il est surprenant que Ton parle de réformes réclamées depuis trente ans^ quand, dix ans auparavant, elles avaient été déterminées à Gaête, d*un commun accord entre la France et les autres puissances catholiques, et que, durant ces dix ans, elles avaient été mises à exécution, comme il a été dit plus haut. Néanmoins, le Saint-Père^ comprenant que sous ces phrases on voulait exprimer le désir de nouvelles concessions, et bien que d'autre part il sût que le parti révolutionnaire avait déclaré qu'elles seraient inutiles; afin d'éviter de donner aucun prétexte au reproche d'obstination que lui jette aujourd'hui à la face avec tant de bonne foi ladite brochure^ il se prêta à de nouvelles négociations, et, à la satisfaction de l'ambassadeur et du gouvernement français lui-môme, il détermina quelles devaient être précisément lesdites réformes. Ayant toutefois égard à ce que <]emandait, non-seulement sa propre dignité sur laquelle aucun souverain, aucun gouvernement ne peut jamais transiger, mais aussi le bien des populations. Sa Sainteté se réserva seulement de les promulguer lorsque les provinces révoltées seraient revenues à Tordre. Donc, sur ce point, il n'y a pas eu d'obstination, mais une condescendance tempérée par une sage réserve.

« Vient le second point, qui est le vicariat des Romagnes. A cela le "Saint-Père a répondu par un refus courageux ; voyons s'il avait raison de le faire. Pour moi, je ne sais en vérité comment l'auteur de la brochure concilie dans son esprit le rôle qu'il assigne à l'Empereur, qui est de protéger le pouvoir temporel du souverain Pontife, avec la cession des Homagnes, qu'on lui conseille. C'est vraiment une protection singulière que celle qui permet la spoliation, quoique palliée et partielle, de son protégé, et qui se plaint que ce dernier ne la favorise pas par sa propre condescendance. La brochure dit qu'on ne pouvait faire autrement, puisque le recouvrement des Romagnes était devenu impossible. •Qui l'aurait opéré ? L'Autriche vaincue ne l'osait pas ; la France victorieuse ne le devait pas, afin de ne pas manquer à ses principes ; le souverain Pontife ne le pouvait pas^ faute de soldats. Je m'abstiens ici à dessein de toute recherche sur les circonstances qui empêchaient de le faire, et je dirai seulement qu'on ne comprend pas comment la France ne devait pas le faire, après qu'elle "iaLvait pris en main la protection du domaine temporel du Saint-Siège, comme la brochure elle-même en convient. Si d'ailleurs cette protection comportait la présence de ses troupes à Rome, on ne voit pas pourquoi elle ne la comporterait pas à Bologne.

« J'ajouterai enfin que le souverain Pontife le pouvait, ayant déjà une armée suffisante pour reprendre les Romagnes ; et, s'il ne Ta pas fait, l'auteur de la brochure doit le savoir mieux que personne, c'est parce qu'il a été empêché de le faire.

« Mais, supposé que ce conseil donné pût s'accorder avec l'office de

102 ANNALES ECCLÉSIASTIQDES. \net

protecteur, qui ne voit de Tautre côté que son acceptation ne pourrait s'accorder avec la conscience du Saint-Père ? J'ai montr,é moi-môme, dans la dépêche^ plusieurs fois citée du 29 février 1860^ les raisons qui justifiaient ce refus, mais je désire les récapituler ici. Ladite acceptatioir ne pouvait se concilier avec la conscience du souverain Pontife, parce que le principe mis en avant pour une telle cession pouvant de sa nature s'étendre au reste des États pontificaux, elle emportait virtuellement l'abdication totale de ces mômes États. Elle ne se conciliait pas avec la conscience du souverain Pontife, parce qu'il est obligé par des serments solennels devant toute l'Église, de transmettre intégralement à son successeur cet État, qui appartient à l'Église elle-môme, et à Tintégrité duquel tout le monde catholique est intéressé, comme le prouvent les manifestations éclatantes de la catholicité tout entière.

« Elle ne se conciliait pas avec la conscience du souverain Pontife,^ parce que c'était abandonner le tiers de ses sujets à la tyrannie d'une fraction immorale et irréligieuse qui en aurait fait sa victime pour les mœurs et pour la piété, comme l'événement l'a depuis prouvé sans réplique. Môme un prince laïque, avec une telle perspective, n'aurait pu en bonne conscience faire une semblable cession : et comment prétendrait-on qu'elle pouvait être faile par le Maître souverain de la morale catholique? Qui ne sait d'ailleurs, par différents faits de l'histoire, ce qui est arrivé au Saint-Siège par de semblables vicariats ? Et le Piémont lui-môme n'en a-t-il pas donné dans ces derniers temps un nouvel exemple? Se faire illusion sur la valeur d'une semblable combinaison serait une erreur impardonnable. Ce n'est qu'une plaisante invention qui couvre une réelle abdication, réelle sous l'apparence d'un faux nom.

m C'est donc avec raison que l'on n'accueillit pas non plus la garantie offerte au Saint-Père pour le reste de ses États, dès qu'il aurait accepté la proposition du susdit vicariat; puisque, sans parler du reste, il aurait fait lui-môme le prix d'une abdication, qui, môme voilée, demeure toujours inadmissible; tandis que, d'autre part, on n'aurait pu comprendrecomment l'Europe, qui était prôte à garantir les deux tiers desdits États pontificaux, ne pouvait les garantir dans leur entier.

« N'étant plus question non plus de la proposition du vicariat, que reste-t-il encore pour prouver l'obstination de Sa Sainteté? Il n*y a plus que la proposition d'un corps d'armée fourni par les puissances catholiques pour le maintien de l'ordre dans les domaines pontificaux, que celle d'un subside pécuniaire donné par les mômes puissances, et la demande d'une prompte promulgation des réformes déjà convenues. Or, quant à la promulgation de ces réformes, nous avons déjà donné les raisons pour lesquelles elle n'était pas convenable, et conséquemment il est inutile de les répéter. Quant au corps d'armée, il n'a psls été refusé, mais il a été seulement répondu que Sa Sainteté aurait accepté avec plus de reconnaissance, non pas le droite comme il est dit dans Y Exposé dont il a été question en commençant, mais bien la faci-

férrier.] DÉPÊCHE BU dARBINÂL ANTONELLI. 108

lité d'enrôler pour son propre compte, dans les divers pays catholiques, les volontaires qui auraient voulu le servir dans la défense de TËglise.

« Il est d'ailleurs facile à chacun dé comprendre quel aurait été le plus convenable, soit pour éviter les rivalités entre les corps dépendants de puissances différentes^ soit pour conserver plus pleinement Tindé-* pendance pontificale, soit enfin pour obvier à toute complication dans les relations en cas de guerre entr,e les puissances qui auraient fourni leurs contingents. Finalement, par rapport à l'acceptation des subsides, il faut observer que, sans parler des autres inconvénients nombreux qui en seraient résultés au détriment de l'indépendance et de la dignité du souverain Pontife, elle aurait encore eu l'apparence d'un prix fait pour la spoliation offerte. Et c'est pourquoi le Saint-Père, à l'exemple de ses illustres prédécesseurs, préférait l'obiation spontanée des fidèles qui auraient voulu secourir le Christ dans la personne de son Vicaire. L'obole du pauvre était plus honorable au souverain Pontife, dans la condition où l'avaient réduit la perfidie et l'ingratitude, que l'or qui lui était offert par les puissances de la terre.

« Maintenant, réduisons à leurs derniers termes les chefs d'accusation. En mettant décote les assertions gratuites, les calomnies manifestes, les faits étrangers à la cause qui remplissent la brochure, toute l'obstination qu'elle reproche au Saint-Père se réduit à avoir refusé une ab-' dication que lui défendait sa conscience, à avoir différé, jusqu'à ce que les provinces révoltées rentrassent dans l'ordre, la promulgation des réformes ultérieures qu'il avait déjà consenties; à avoir proposé d'enrôler lui-môme une armée, au lieu de troupes qu'on lui prêtait; à avoir préféré le secours spontané des fidèles à un^ubside préjudiciable fourni par les gouvernements qui ne sont ni tous, ni toujours animés d'intentions également bienveillantes. Et ces actes de fermeté, de noble désintéressement, qui sembleraient à des yeux non prévenus dignes de grands éloges, qui ont excité et qui excitent encore l'admiration môme des hérétiques, paraissent au catholique auteur de la brochure mériter tant de blâme, qu'il n'en trouverait pas davantage s'il écrivait contre ceux qui sont véritablement responsables des lamentables désordres de nos jours.

« Mais c'est là précisément ce qui étonne davantage. Le gouvernement impérial de France avait donné des conseils à Sa Sainteté ; il en avait également donné au gouvernement piémontais. Si le Saint-Père est accusé de ne les avoir passuivis, legouvernementpiémontais ne parait pas avoir été plus docile. 11 faut môme noter que là où Sa Sainteté a fait des refus qu'on peut appeler purement négatifs, le gouvernement piémontais a fait des refus positifs. Sa Sainteté n'a pas cru expédient de faire plusieurs choses que désirait le gouvernement de la France, mais le Piémont a fait beaucoup de choses que ce gouvernement déclarait publiquement ne pas vouloir. Le gouvernement impérial défendait que l'on violât la neutralité des États pontificaux, et le gouvernement piémontais répondait en occupant les Romagnes. Le gouvernement im-

104 ANNALES EGGLÉSIASTIQDBS. {1861

pjérîal désapprouvait les annexions, et le gouTernement pléœontais répondait en les accomplissant.

« Le gouTernement impérial défendait, môme par des menaces, que Ton envahit les Marches et FOmbrie, et le gouvernement piémontaîs répondait en mitraillant la petite armée pontificale, en bombardant Ancône par nMr et par terre, en n'observant pas môme les lois de guerre reconnues par toutes les nations civilisées. Le gouvernement impérial insistait pour que Ton revint aux préliminaires de Villafranca et au traité de Zurich, et le gouvernement piémontais répondait en se moquant des préliminaires et du traité. Et ainsi pourrions-nous poursuivre longuement cette énumération; mais ces indications suffisent. Maintenant, qui le croirait ? L'auteur de la brochure, qui exerce si cruellement sa plume contre le Saint-Siège, n'a pas môme une parole de blâme pour le gouvernement piémontais I Et pourtant, chacun se serait attendu^ non pas seulement à des paroles de reproche envers un allié si ingrat et compromettant, mais encore à une invitation faite à la France de réprimer à la fin et de punir une telle témérité. Rien de tout cela. Qui peut donc expliquer une telle contenance?

« L'explication cependant est toute naturelle, et la brochure nous la donne enfin dans la dernière page, où elle dit que l'empereur des Finançais ne peut sacrifier Vltalie à la cour de Rome ni livrer la Papauté à la révolution ; ce qui revient à dire qu'il faut sacrifier la c6ur de Rome aux exigences de la Péninsule, qu'il faut abattre la domination temporelle du Saint-Siège, parce qu'elle sert d'obstacle à la constitution et à Torganisation de l'Italie, et qu'il faut le faire, afin que la Papauté ouïe pouvoir spirituel ne tombe pas sous les coups de la révolirtion.

« L'auteur de l'écrit a-t-il réfléchi que l'Italie, à qui il faut sacrifier le domaine temporel du Pontife, n'aura pas d'autre maître que ce Piémont dont le gouvernement s'est lui-même qualifié de révolutionnaire, le Piémont qui envahit les territoires de ceux qui ne se donnent ^as à lui, qui porte le carnage et le feu parmi ces peuples qui se refusent à son joug, qui viole non-seulement la foi des traités les plus solennels, tantôt sous le prétexte de leur ancienneté, tantôt par pur caprice, mais encore le droit des gens, qui enfin fournit des armes et de l'argent pour soulever lés masses, pour qu'elles se trouvent ensuite en état de consommer l'acte de rébellion contre leurs souverains ? Et quelle différence met l'auteur entre ce gouvernement possible auquel il donne jusqu'ici le nom de Révolution, et le Piémont tel qu'il est, et tel qu'il s'est montré dans presque toute sa conduite? Et quel malheur plus grand pourrait atteindre la Papauté par le fait de la révolution, comme il la nomme lui-môme, que déjà la Papauté n*ait à soufiTrir par le fait du Piémont? C'est au nom du roi de Sardaigne et de •es ministres que les cardinaux et les évoques sont emprisonnés, chassés de leurs sièges ou forcés à s'exiler d'eux-mômes. C'est en leur nom ^u'on abolit les ordres religieux et que l'on empoche ceux qui restent 4e communiquer avec leurs supérieurs généraux. C'est en leur nom

février*] . DÉPÊCHE BU CARDINAL ANTONELLI. 106

qu'on inquiète de toutes manières les ministres da sanctuaire, et que l'on va jusqu'à soumettre à la censure la prédication de la parole diyine* C'est sous ce gouvernement que Ton étend la main sur les biens ecclésiastiques, et qu'on en confisque une grande partie au profit de TÉtat. C'est sous lui qu*on lâche la bride à tout blasphème dans les Journaux et à toutes les profanations des choses saintes sur les théâtres^ tandis qu'on ferme la bouche aux seuls défenseurs de la vérité et de la justice. C'est enfin sous ce gouvernement que> môme dans les provinces pontificales qu'il vient d'usurper, il n'est pas permis aux évéques préconisc^s pour les sièges actuellement vacants, d'en prendre possession, à moins qu'ils ne consentent à se soumettre à des conditions contraires à leurs devoirs. En privant ainsi tant d'âmes de leurs légitimes pasteurs,on ne fait qu'attaquer toujours davantage la religion. Sur chacun de ces points Votre Excellence trouvera de plus amples détails dans les actes pontificaux déjà cités, et dans celles de mes dépêches précédentes qui s'y rapportent.

« Cependant, malgré tous ces faits, et quoi qu'en pense l'auteur de la brochure, une chose nous rassure : c'est de penser qu'il a contre lui les assurances répétées de son propre souverain et des ministres de ce dernier, le traité de Zurich^ dans lequel sont reconnus et admis, comme incontestables, les droits du Saint-Père, et eofia l'élan unanime de tout le monde catholique.

« Après ce que je vous ai jusqu'Ici exposé brièvement, Votre Excellence peut concevoir l'idée principale de cet écrit. Tout ce qu'il accumule en outre de relations, il est vrai, peu diplomatiques, d'anecdotes et de propos ramassés dans les antichambres, de forfanteries exagérées et de protestations religieuses, au moment où il vilipende et injurie le Chef suprême de l'Église, tout cela sans doute ne mérite pas que je perde mon temps et ma peine à le relever.

« 11 y a cependant une allégation assez grave pour que je ne la laisse pas passer sans quelques paroles de réprobation. Elle consiste à présenter comme une opposition à la dynastie qui règne actuellement en France le mouvement des catholiques français en faveur du Saint- Siège. C'est là une injure qui s'adresse à la magnanime et généreuse nation française, et qui la blesse dans son sentiment le plus délicat, dans ce qui est son plus beau titre de gloire et son immortel héroûh me, je veux dire l'élan religieux. Mais, pour démentir cette honteuse calomnie, il eût sufB de voir que ce mouvement a été secondé par des personnes ecclésiastiques et laïques non moins illustres par leur vertu et leur science, que parleur sincéritéi et leur franchise.

« Attribuer à des hommes aussi respectables la basse hypocrisie de se servir du manteau de la religion pour couvrir leurs desseins politiques,estunê accusation d'une telle inconvenance que je n'ai pas de parole pour exprimer le mépris qu'elle mérite. Néanmoins, puisque l'opuscule associe principalement une partie du clergé français au Saint-Père, en lui faisant l'injure de la représenter comme Tinstrument docile de

106 ANNALES EGGLËSIASTIQUKS. [1861

rusés meneurs, il m'amène à confondre tant d'audace par un seul raisonnement qui saute aux yeux de tous. Le mouvement religieux de la France pour la cause du Saint-Siège n'a pas été différent en réalité de celui qui s'est manifesté en Belgique, en Allemagne, en Irlande et ailleurs. Un effet universel accuse une cause pareillement universelle. Faudra-t-il donc dire que toute l'Europe s'est transformée en une grande Vendée ? Si de France plusieurs centaines de braves sont venus se ranger sous la bannière pontificale, des autres contrées il en est venu un nombre encore plus considérable.

« On dira peut-être que l'opposition dynastique à l'empereur des Français a poussé à ce magnanime dévouement les fils généreux de ces différentes nations. Mais à qui raisonnerait ainsi^ ce serait perdre son temps que de chercher à répondre.

« Il est vrai 'qu'en France le mouvement religieux pour la défense du Pontife attaqué s'est produit avec plus de vivacité et d'ardeur, mais le motif en est plus noble que ne pense l'auteur de la brochure. Il faut en chercher la cause dans la juste appréhension qu'a conçue la France catholique de se voir arracher du front l'auréole la plus précieuse qui la couronne, en courant le risque d'aider à la destruction de l'œuvre de Charlemagne. Charlemagne fut grand pour avoir délivré et agrandi les domaines du Saint-Siège, assaillis et envahis par un roi lombard qui convoitait, comme il arrive aujourd'hui, la possession de l'Italie entière. Ce n'est pas tout, il affermit la souveraineté pontificale sur la base la plus solide, et la fit reconnaître par l'Europe. Or, on fait aujourd'hui tous les efforts pour que cette grande œuvre, qui est, auprès du monde catholique, la gloire la plus enviée et la plus pure de la fille aînée de l'Église, tombe en ruines au mépris des assurances multipliées, soit publiques, soit privées, ainsi que Je l'ai indiqué plus haut, par lesquelles tantôt l'empereur des Français et tantôt ses ministres ont déclaré que le pouvoir temporel ne serait pas ébranlé mais bien consolidé.

« Et si Ton veut trouver d'autres causes à cette appréhension, on pourrait les trouver soit dans la fameuse proclamation impériale adressée de Milan aux Ualiens, soit dans l'interprétation donnée communément à l'entrevue qui eut lieu à Chambéry entre l'empereur des Français et un des généraux piémontais, soit dans l'introduction du principe de non-intervention entendu de manière à favoriser la révolte, et à empêcher les puissances catholiques d'accourir à la défense du souverain Pontife ; soit dans l'opposition aux mesures qui auraient arrêté efficacement la spoliation sacrilège des Etats de l'Église ; soit dans l'offre de propositions inadmissibles. Toutes ces causes, pour en taire bien d'autres, se rattachent au souvenir de ce qui advint au congrès tenu à Paris en 1856.

« Je mets fin à cette discussion, à laquelle m'a conduit, contre ma volonté, l'audace de la brochure. Pour conclure, je ferai observer que, s'il est vrai, comme on l'affirme à la dernière page, que le Saint-Siège

mare.] L'ADRESSE DU SÉNAT FRANÇAIS. lOT

est destitué aujourd'hui de tout secours humain (ainsi que Fauteur le sait mieux que personne), il n'est pas dépouillé du secoure de Dieu ; et Dieu, sans doute, est plus puissant que les hommes. Quoi qu'il arrive, le Saint-Père aura la consolation d'avoir été fidèle aux devoir» de sa conscience, et dans des temps de si profond avilissement et de s grande perfidie, d'avoir, avec une imperturbable fermeté, proclamé et maintenu à la face du monde les principes éternels de la justiceet du droit. Le triomphe est assuré, et il vaut mieux que toute victoire matérielle.

« Les quelques considérations que je viens de vous transmettre serviront à Votre Excellence d'instruction et de règle, afin que, si le cas^ s'en présente, elle ait le moyen de réfuter les objections que Ton» pourrait tirer contre le Saint-Siège de la brochure sus-mentionnée, et je suis, etc. d

27. — M. de Persigny, ministre de l'intérieur, informe le préfet de la Vienne que le mandement de M*^^ révoque de Poitiers, en date du 22 février, est déféré comme d'abus au Conseil d'État..

2» — M. Billault, ministre sans portefeuille, fait cette déclara* lion au Sénat, dans la discussion de l'Adresse : « Il (l'empereur) « continuera, avec cette persévérance que l'Europe honore, à déa fendre les justes intérêts de la France, l'indépendance du Sainta Père et la liberté de l'Italie. »

6. — Lettre pastorale de M»' l'évéque de Perpignan au clergé de son diocèse sur l'état présent du Saint-Siège et du Pape.

7. — Vote de l'adresse du sénat. La discussion s'était ouverte le 28 février. On lisait dans le projet d'adresse : a Deux intérêts de « premier ordre se sont entre-choqués, et la liberté italienne est « en lutte avec la cour de Rome. Pour prévenir et arrêter ce con- « Ait, votre gouvernement a tenté tout ce que peuvent suggérer a l'habileté politique et la loyauté. Aux uns vous avez montré la <i route du droit, aux autres celle des transactions. Là, vous vous « êtes séparé des agressions injustes ; ici, vous vous êtes affligé des c< résistances impolitiques; partout vous vous êtes ému des nobles « infortunes et des ruines douloureuses. Enfin, toutes les voies a équitables ont été ouvertes, et vous ne vous êtes arrêté que de-

« vant l'emploi de la force Que l'Italie se rappelle surtout que

« le catholicisme lui a confié le chef de l'Église, le représentant de « la plus grande force morale de l'humanité. Les intérêts reli-

a gîeuxde la France lui demandent de ne pas l'oublier, les souve- « nirs aussi de Magenta et de Solférino noas font espérer qu'elle a en tiendra compte. » La discussion fut très-vive. Un discours du prince Napoléon, approuvant en tout la conduite du Piémont, blâmant en tout le Saint-Siège, et proposant de ne laisser an Pape en toute souveraineté que la partie de Rome située sur la rive gauche du Tibre, vint lui donner une physionomie sinistre, rendue plus menaçante encore par l'impression de ce discours dans le Moniteur des Communes, qui ne reproduisait pas ceux des orateurs favorables à la Papauté. Plusieurs sénateurs, estimant que le projet d'adresse n'exprimait pas en termes suffisamment clairs et formels la volontéde maintenir le pouvoir temporel du Pape, présenlèreut des amendements dans ce sens ; M. Barthe en appuya un dans un discours doublement remarquable par la forme du raisonnement et par les antécédents de l'orateur, qui avait appartenu autrefois aux sociétés secrètes. Le projet d'adresse fut voté tel qu'il avait été rédigé. On put en conclure que le Sénat désirait le maintien du pouvoir temporel du Saint-Siège, tout en regrettant que le Pape ne se montrât pas assez disposé aux transactions, et que, pour l'assemblée, les prétentions de la soi-disant Italie avaient autant de valeur que les incontestables droits de la Papauté. On avait mieux attendu, et l'on avait cru pouvoir penser que la majorité du Sénat appuierait une politique moins indécise.

— Le même jour, la question romaine était agitée dans la chambre des députés espagnols. Le ministre des affaires étrangères y défendit longuement et logiquement le pouvoir temporel du Pape, et déclara qu'il considérait comme indigne d'une sérieuse discussion le projet consistant à partager la ville de Rome. Il traita d'absurde la pensée de transporter le Saint-Siège à Jérusalem, comme quelques-uns le proposaient. « L'Europe, dit-il, est des- (c tinée à être le théâtre des tribulations et des triomphes du <( catholicisme; elle doit conserver dans son sein le chef de l'Ë- « glise. »

11. — Commencement de la discussion de l'adresse au Corps législatif (Voir au 22 mars).-

14. — La chambre des députés de Turin vote à l'unanimité, moins deux voix, le titre de roi d'Italie pour Victor-Emmanuel.

lï. — Promulgation de la loi qui accorde à Victor-Emmanuel le titre de roi d^ Italie ; la Gazette officielle de Turin parait avec le titre nouveau de Gazette officielle du royaume d'Italie.

mars.] L'ADBKSSR BU CORPS LÉGISLATIF. 10»

18. — Allocution consisloriale, Jamdudum cemtmus^ prononcée par Pie IX. Le Pape condamne dans cette allocution tout ce qui se fait contre l'Église au nom du progrès, du libéralisme et de la civilisation moderne, particulièrement en Italie, et il fait jus* lice de ces mots qui ne font que couvrir de perfides desseins contre le catholicisme ^.

21. — Mort, à Benarès, deM^ Clément Bonnand, évoque de Drusipare inpartibuSy vicaire apostolique de la mission de Pondichéry.

i— Le roi de Siam adresse à Pie IX une lettre qui témoigne des favorables dispositions du gouvernement siamois à l'égard des missions chrétiennes.

22. — Vote de l'adresse du Corps législatif à Tempereur. La discussion avait commencé le 11 mars. Dans la discussion générale MM. de Flavigny, Kolb-Bernard, de Léon Lamoignon, Plichon et Relier attaquèrent la politique italienne du gouvernement impérial ; M. Billault, ministre sans portefeuille, répondit ; le discours de M. Relier révéla un nouvel orateur, et un esprit aussi dévoué que convaincu. Le projet d'adresse était ainsi conçu, en ce qui concerne la question italienne : « Le Corps législatif en s'associaiit au i^espect que vous avez « montré pour les vœux des peuples italiens approuve la sage c( réserve qui a maintenu la France sur le terrain des traités, du « droit des gens et de la justice, et qui, sans amoindrir ces symc( pathies pour les nations qui se relèvent, ne vous apas permis c d'associervotrepolitiqueà des actes que vous réprouvez... Ces a documents diplomatiques, et le dernier envoi de troupes à Rome « dans une circonstance critique, ont prouvé au monde entier (( que nos constants efforts ont assuré à la Papauté sa sécurité et « son indépendance, et ont sauvegardé sa souveraineté tempoce relie, autant que l'ont permis la force des choses et la résis- « tance à de sages conseils. » C'était se prononcer pour l'indépendance temporelle du Pape, mais en le blâmant de résister aux sages conseils qui l'engageaient à renoncer à ce qu'il avait perdu et à transiger avec la plus flagrante iniquité. Les députés catholiques proposèrent un amendement pour enlever cette expression de blâme : il fut refusé, mais avec une imposante minorité de 91 voix, minorité qui ne s'était pas encore trouvée si nombreuse au Corps législatif et qui se serait peut-être changée en majorité,

1 Cette allocution fait partie des documents relatifs à l'Encyclique du 8 décembre

110 ANNALES EGGLÉSUSTIQUES. [1861

s'il est vrai^ comme on l'a dit, que beaucoup de députés ne votèrent contre Tamendement que dans la crainte de se trouver seuls ou presque seuls ^. Ce qui estcertain, c'estque la presque unanimité de la chambre repoussa une proposition de M. Jules Favre et de ses amis demandant d'abandonner Rome, et, à cette occasion, M. Billault prononça ces paroles : a Non, le gouvernement ne se « lave pas les mains des faits ; il y laisse sa main puissante (très- <( bien !)... Abandonner Rome, abandonner la politique que suit « la France depuis des siècles^ oublier que l'empereur Napoléon n III a fait depuis dix ans plus peut-être pour Rome que n'aa vait fait Napoléon 1" par le Concordat^ oublier que le Pape u est depuis dix ans maintenu à Rome par nous seuls, cela est

impossible s L'amendement de M. Jules Favre n'obtint que

cinq voix.

^ Voici, d*après le Moniteur du 24 mars 1861, la liste des 91 députés qui n'ont pas voulu voter le blâme pour le Saint-Père :

Le duc d*Âlbuféra, Ancel, le marquis d'Andelarre.

Le prince de Beanyau (Marc), le baron de Benoist, le marquis de Blosseville, le comte de Boigne, le général BouUé, le comte de Bourcier de Villers, Brame, Brochant de Villiers, Bûcher de Ghauvigné.

Le comte Gaffarelli, Ganaple, le baron de Garayon Latour, le comte de Ghabrillan, le comte de Ghambrun, le comte de Ghampagny (Jérôme-Paul), le comte de Ghampagny (Napoléon), le comte de Gharpin-Feagerolles, de Ghasot^ de Chazelles (Léon), Ghevandier de Valdrôme, le marquis de Golbert-Ghabannais, le baron de Gorberon (Emile), le comte du GouSdic, de GuverviUe.

Dalioz (Edouard) , David (Ferdinand), David-Deschamps, Oudos (Edouard), Durapd (Justin).

Etcheverry,

Le comte de Flavigny.

Gareau, Gisclard, Godard-Desmarest, Goain, le marquis de Grammont, le comte Greyflé de Bellecombe, le vicomte de Grouchy, Guyard-Oelalain.

Le comte Hallez-Glaparëde .

Le comte Janvier de La Motte, le comte de Jonage, Jossean, le baron de Jouvenel (Léon).

Keller, le vicomte de Kervéguen, Kolb-Bemard.

De Lacheisserie, le comte de La Grange (Frédéric), Larrabure, le comte de

Las Gases, le comte de La Tour, le baron Laugier de Ghartrouse, le général Le-

breton, Le Glerc d'Osmonville, Lefébure, le Mélorel de La Haichois, le vicomte

Lemercier (Anatole), le comte Le Peletierd*Aunay, Lescuyer d'Attainville, Lese^

géant de Monnecove, le baron Lespérut, Louvet.

Mame, Millet, Monier de la Sizeranne, de Morgan, le marquis de Mortemart, le comte Murât (Joachîm).

O'Quin, Ouvrard (Jules).

De Parieu, Pérouse, Plichon, le baron Portalis (Jules), Pouyer-Quertier fils.

Le vicomte deRambourgt, le baron de Ravinel, Reiset, le vicomte de Richemont, le comté de Rochemure.

Le marquis de Sainte-Hermine , de Saint-Germain (Manche), Sallandrouze de Lamornaix, Segris,Me comte de Ségur-Lamoignon. Le marquis de Talbouôt, le marquis de Taurîac.

ami.] LA QUESTION ROMAINE. 111

25. — £q réponse à des interpellations qui lui sOnt adressées dans la chambre des députés de Turin, M. de Cavour répond que ritalie ne peut se constituer sans Rome, mais que, pour aller à Rome, il faut s'entendre avec la France et assurer l'indépen* dance de la Papauté. C'est vers ce temps que M. de Cavour, détournant dans son sens quelques mots de M. de Montalembert, met en avant la maxime : l'Eglise libre dans l'État libre, qui, dans l'application qu'en veut faire la Révolution, ne signifie pas autre chose que la suprématie de l'État sur l'Église, l'anéantissement de la liberté de l'Église et la persécution. L'histoire contemporaine de l'Italie ne le démontre que trop.

ao. — Le mandement de l'évoque de Poitiers déféré au conseil d'État est décrété d'abus.

— Lord JohnRussell, au nom de la reine d'Angleterre, reconnaît Victor -Emmanuel comme roi d'Italie.

AtfU.

' . — Une députation des Bulgares unis, accompagnée de M. Eugène Bore, préfet apostolique à Constantinople, vient à Rome pour faire sa soumission entre les mains du Pape. Le principal personnage de cette députation est l'archimandrite Joseph Sokolski, désigné pour devenir l'archevêque des Bulgares unis.

3. ^ Un arrêté préfectoral expulse les capucins belges établis à Douai, et les rédemptoristes d'Hazebrouck.

8. — M. Delangle, garde des sceaux, ministre de la justice, adresse une circulaire aux procureurs généraux près les cours impériales, pour leur enjoindre de déférer à la juridiction compétente les membres du clergé catholique qui contreviendraient aux articles ^01 et 204 du Code pénal, et qui feraient verbalement ou par écrit, dans l'exercice de leurs fonctions^ la critique de la politique et des actes du gouvernement. Les dispositions rappelées par le ministre n'entraînent pas moins que l'emprisonnement ou le bannissement, suivant les cas. Elles n'avaient presque jamais été appliquées et paraissaient tombées en désuétude. En les rappelant, M. Delangle montrait à quel degré s'élevait la tension entre le clergé et le gouvernement, à cause de la question romaine.

o. — M. de Cavour déclare devant le sénat piémontais, comme

112 ANKALES SCCLt^ASTIQCES. [1881

il l'a fait devant la Chambre des dépotés, qao le gooTernement ne peut oser dans la question romaine que des moyens moraux, et que son espoir n'est pas diminué de voir le Saint-Siège acquiescer à la séparation des pouvoirs spirituel et temporel.

lo. — Lettre de M^ Parisis, é?êque d'Arras, au sujet des mesures prises contre les capucins et les rédemptoristes de Douai et d'Hazebrouck.

is. — Reconnaissance du royaume dltalie par les États-Unis.

14. ^- Le Pape avait reçu le 7 avril la députation bulgare, n voulut lui-même consacrer l'archevêque SokoUki. La consécration eut lieu le dimanche 44 dans la chapelle Sixtine, au Vatican. L'élu prononça la profession de foi selon la formule instituée pour les Orientaux par une bulle d'Urbain VIU. Le Saint- Père employa la langue latine, tandis que Télu employait la langue slave Iiturgique.il y eut un moment solennel dans cette cérémonie; ce fut celui où le nouvel archevêque lut à haute voix, en langue bulgare, l'acte suivant de réunion, qui avait déjà été formulé à Constantînople, à la fin du mois de décembre :

c Je voudrais bien^ très-saint Père, dans ces circonstances si heureuses et à mémorables, témoigner d'une façon éclatante toute notre gratitude pour les grâces que voas nous avez prodiguées. Mais je cr^ns que mes remerclments ne restent bien en deçà des bienfaits insignes que nous avons reçus ; car c'est votre ouvrage, si, étant morts, nous sommes reveq/is à la i7i>, et si, étant perdusy nous avons été retrouvés ^. J'estime qu'il sera plus sage que, tant en mon nom qu'au nom de mes compatriotes les Bulgares, je prononce un témoignage public et solennel de la foi que nous tenons pour véritable.

« Sachez donc, très-saint Père, que nous croyons et professons tontes choses et chacune contenues dans le symbole de foi usité dans cette Église romaine. Nous vénérons également et nous recevons tous les conciles œcuméniques célébrés et confirmés par rauto];jté du Pontife romain, spécialement le concile de Florence ' ; nous professons tous les articles définis dans ce concile, savoir :

« Le Saint-Esprit est éternellement par le Père et le Fils ; son esc sence et sa substance, il les tient également du Père et du Fils, et c de l'un et de l'autre il procède éternellement, conune d'un même a principe et d'une inspiration unique. Cette locution Filioque, emc ployée pour exprimer la vérité, par nécessité reconnue, a été lici- « tement et raisonnablement introduite dans le Symbole.

1 Luc, XV.

* Célébré en 1439 ; c'est le seiâème concile œcuménique.

avriL] CONSÉCRATION DE L'ÂRGHEYÉQDE SOKOLSKI. 113

ut Dan» le pain azyme, comme dans le pain levé, fait avec du froment, « se forme le corps de Jésus-Christ, et les prêtres doivent consacrer l'un « ou l'autre pour le changer au corps même de Jésus-Christ, selon « la coutume de leur Église, soit orientale, soit occidentale.

«Si les pénitents sincères meurent dans l'amitié de Dieu avant d'avoir

a satisfait par de dignes fruits de pénitence pour les fautes qu'ils ont

« commises, leurs âmes sont purifiées après la mort par les peines du

a purgatoire ; et, pour les exempter de ces peines, les suffrages des fidè-

0 les vivants leur sont utiles, savoir : le sacrifice de la messe, les prié-

« res, les aumônes, les autres œuvres de piété que les fidèles ont

« coutume d'accomplir pour d'autres fidèles, selon les institutions de

« TÉglise. Et les âmes de ceux qui, après le baptême reçu, ne se sont

« souillées d'aucun péché ; les âmes aussi qui, après avoir contracté la

c souillure du péché, se sont purifiées, soit dans leurs corps, soit après

« en avoir été séparées, sont reçues dans le ciel et voient clairement

« Dieu lui-même triple et unique, comme il est, toutefois en raison de

« leurs mérites divers. Quant aux âmes de ceux qui meurent dans

« le péché mortel actuel, ou seulement originel, elles descendent aux

« enfers pour y être punies, de peines inégales toutefois.

a Le Saint- Siège apostolique et romain a la primauté sur tout « l'univers. Le Pontife lui-même est le successeur de saint Pierre, prince « des Apôtres, le vrai vicaire du Christ, le chef de toute l'Église, le « père et le docteur de tous les chrétiens. A lui, comme à saint « Pierre, a été donné par Notre-Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir « de paître, de conduire et de gouverner TÉglise universelle, ainsi qu'il « est exprimé du reste (comme le déclare le même concile de Florence) « dans les actes des conciles œcuméniques et dans les saints canons, cf Enfin, nous admettons et professons tout ce qu'admet et professe l'Église romaine, et pareillement toutes choses contraires, les schismes, les hérésies condamnées, rejetées et anathématisées par la même Église, nous les condamnons, rejetons et analhématisons.

« Voilà ce que croient et gardent les Bulgares, qui, récemment, par l'inspiration de la grâce de l'Esprit-Saint, empressés et joyeux, ont renouvelé leur union irès-désirée et très-sainte avec ce siège de Pierre, à V autorité principale duquel il est nécessaire que toute Église se rattache ^. Voilà ce que moi-môme je crois et garde, voilà ce que j'enseignerai aux brebis que Votre Sainteté me confiera. Trop heureux, en vérité, si J'emploie tellement mes efforts que ces entreprises heureuses de la sollicitude apostolique de Votre Sainteté aient un progrès et une fin favorables 1 Du reste, si nous faisons quelque chose de bien, si nous imagi^ nons quelqtte chose de bien, si nous obtenons quelque chose de la miséricorde de Dieu par nos supplications de totis les jours, ce sera par les ceuvres et par les mérites de celui dont on voit dans le siège de Rome vivre la puissance et prévaloir V autorité *. »

* Ir., 1. 3, c. 3. — * Léo. M. Senn., 3, c. 3.

in ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [IMl

Sa Sainteté, visiblement éniue, répondit en ces termes, en latin :

« Les ténèbres d'une longue désunion s'éloignent enfin, une clarté splendide a rayonné surFunité catholique et sur la nation bulgare «Des attestations indubitables nous ont appris, en effet, qu'une portion très* considérable de la nation était revenue à la communion de ce Siège de Pierre, lequel, ayant acquis la grâce de la vie étemelle, vit éternellement et vivifie le peuple de Dieu i. Qui ne rendrait grâce au dispensateur de tous les biens ? Qui n'admirerait les trésors de la divine miséricorde? Quel homme dont le cœur de fer môme ne serait touché par cet excès de la bonté céleste ? Ce sont là des œuvres tout à fait divines, et qui doivent, par conséquent, être accueillies avec vénération et célébrées par des louanges divines. A vous, louanges, à vous, gloire, à vous, actions de grâces, ô Jésus-Christ, source de miséricorde et de toute consolation, qui, parmi votre génération, avez fait éclater des miracles de votre mi3éricoi::de, pour que tous racontent vos prodiges admirables! De la sincère intention de ceux qui se réunissent ne sauraient nous permettre de douter ni les témoignages reçus, ni surtout cette profession solennelle que vous venez de prononcer en votre propre nom et au nom de vos compatriotes. Aussi avons-nous confiance que la protection de Dieu conservera leurs ccsurs et leur foi *. Néanmoins nous vous pressons ardemment pour que l'ouvrage commencé divinement, vous le perfectionniez par votre diligence, la grâce du Saint-Esprit aidant ; vous mériterez ainsi d'être appelé et d'être réellement le coopérateur de Dieu. Veuille le Dieu tout-puissant que la véritable Église du Christ, féconde en succès, étende ses rameaux sur toute la Bulgarie et qu'elle y répande plus largement encore ses ruisseaux abondants \ Fondé dans cette espérance,* nous embrassons les Bulgares catholiques dans notre charité paternelle, et nous accordons à eux et à vous, avec amour, la bénédiction apostolique. »

15. — Le cardinal Antonelli adresse aux représentants des puissances étrangères près le Saint-Siège, une protestation contre l'acte qui attribue à Victor-Emmanuel le titre de roi d'Italie.

Reconnaissance du royaume d'Italie par le Maroc.

11. Une circulaire de M»' Delalle, évoque de Rhodez, au clergé de son diocèse^ sur Rome et la dévolution italienne, est saisie à la poste pour défaut de timbre.

25. — M«' Guibert, archevêque de Tours, adresse une lettre au ministre des cultes au sujet de la circulaire du ministre de la justice relative aux délits que peuvent commettre les ecclésiastiques dans l'exercice de leurs fonctions.

* Cyp. Epîst. 71. — « S. Léo, M. Serm.,96. — » S. Cypr. de unitate Ecclesia,

avril.] LETTRE DE GARIBALDI A UNE ASSOCIATION DE NAPLES. 11&

28. — On lit ce qui suit dans une lettre de Garibaldî adressée à une association ouvrière de Naples, qui lui avait offert le titre de président honoraire perpétuel : •

«... Nous commettrions un sacrilège, s! nous persistions dans la religion des prêtres de Rome. Ils sont les plus fiers et les plus redoutables ennemis de Tltalie. Donc, hors de notre terre cette secte perverse et contagieuse I Chassons les vipères de la ville éternelle, avec les quelles Tunité est impossible.. • »

Nous rapprochons de cette lettre furibonde quelques autres écrits du même homme^ qui le feront connaître plus complètement :

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