‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 21 sur 52 · III. A la garde nationale de Messine^ en août · texte numérisé non relu

III. A la garde nationale de Messine^ en août

tt . ... Armez-vous donc pour chasser de votre patrie, brave armée de rUalie, l'étranger qui l'a asservie sous le joug. La France emploie tous les efforts de ses agents diplomatiques pour empêcher la formation d'une Italie unie et compacte, mais la voix de la France n'est plus écoutée nulle part. Quant à moi^ je sais au juste sa valeur.

c J. Gabibâldi. »

— Tentative de TEspagne et de TAutriche pour une intervention en faveur du Saint-Siège. Le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche eu France, adresse à M. Thouvenel une note en faveur du pouvoir temporel du Pape, dans laquelle le gouvernement autrichien propose de substituer à Toccupation française à Rome une occupation commune de TAutriche, de l'Espagne et de la France. Le mômejour estremiseàM. Thouvenel une note de M. Mon, ambassadeur d'Espagne, qui propose une entente commune des puissances catholiques en vue du règlement de la question romaine.

« Le gouvernement de la Reine, dit la note espagnole, m'ordonne d'annoncer à Votre Excellence que, si le gouvernement de l'Empereur croit, comme celui de la Reine, que le moment est venu d'employer l'action de toutes les puissances catholiques ou de quelques-unes, l'Espagne est proie, pour sa part, à contribuer à la défense si urgente d'une cause si juste (celle du Saint-Siège). La capitale du monde catholique n'appartient qu'aux nations catholiques. C'est la résidence du souverain Pontife, chef de l'Église, et personne n'a le droit de l'en déposséder ou de la partager avec lui. C'est là qu'est le trône que les nations catholiques ont fondé, et qu'elles ont su, pendant plusieurs siècles, soutenir et défendre. Le gouvernement de l'Espagne, qui a fait tant d'efforts dans le môme objet, ne consentira en aucune façon à l'exécution des vues exprimées par M. de Cavour. Le gouvernement de la Reioe espère donc que l'Empereur voudra bien provoquer, s'il le juge comme nous nécessaire, une réunion de puissances catholiques, ou de quelques-unes d'entre elles, pour adopter les moyens capables de prévenir les dangers dont est menacé le Saint-Siège, et pour conférer sur les moyens de terminer définitivement les conflits qui troublent le souverain Pontife, et empochent l'exercice de son autorité légitime, au grand préjudice de tous les catholiques du monde qui auraient à souffrir les conséquences d'une perturbation sigrave et d'une dépossession si injuste. »

Le gouvernement français esquiva les propositions de l'Autriche et de l'Espagne, en protestant toujours de ses bonnes

ma!.] MORT DE MONSEIGNEUR DE MAZENOD. 117

dispositions à Tégard du Saint-Siège, mais en déclinant toute pensée d'intervention par la force, et en refusant de considérer les États du Saint-Siège comme « une propriété de mainmorte affectée à la catholicité tout entière. » (Réponse de M. Thouveriel en date du 6 juin.) Au fond, il se montrait disposé à empêcher les annexions piémontaises d'aller plus loin, mais il refusait de revenir sur les faits accomplis, et il devenait de plus en plus probable que, dans sa pensée, le statu quo devait être définitif. Le gouvernement espagnol n'insista pas, et parut môme se contenter des explications du cabinet des Tuileries, en s'associant à la môme politique. « Le gouvernement de Sa Majesté, dit M. Caldéron- Collantès dans une note du 25 juin, en prenant l'initiative des dernières démarches faites auprès de Sa Majesté impériale, en satisfaisant à ses propres sentiments, remplissait le devoir que lui impose sa mission de veiller sur les intérêts d'un peuple éminemment catholique, et de s'employer, sinon à réparer les maux incplculables, du moins à en empêcher F accroissement... Le gouvernement de Sa Majesté, connaissant les sentiments qui animent celui de Sa Majesté impériale, nourrit la confiance la plus complète qu'il n'adhérera à aucune combinaison incompatible avec le respect qu'il professe pour l'indépendance et la dignité du Saint-Siège, et en opposition avec l'objet de la présence de ses troupes à Rome. Le gouvernement impérial s'opposera donc à toute agression tendant à dépouiller le Saint-Siège de la possession de Rome et de la partie de ses États qu'il conserve encore. Cette garantie satisfait pleinement le gouvernement de la reine. »

Haï*

4. — A Paris, mort de W^ Charles-Thomas Thibault, évoque de Montpellier, né le 24 février 1796.

t8 1 . — A Marseille, mort de M«' de Mazenod, évoque de cette ville. M»' de Mazenod, né à Aix le 1" août 1782, était le doyen de l'épiscopat français. Il fît ses études de théologie au séminaire de Saint-Sulpice et fut ordonné diacre par le cardinal Fesch. De retour à Aix, il se consacra à l'amélioration des classes ouvrières, et c'est avec quelques jeunes prôtres associés à ses travaux qu'il commença la société des Oblats, qui est son œuvre fondamentale. Devenu vicaire^général de son oncle, Charles-Fortuné de Mazenod, évoque de Marseille, il ne cessa dès lors (1823), de s'occuper de ce grand diocèse dont il fut nommé le premier pasteur en 1837.

La plupart des églises de son diocèse ont été constniites sous ses auspices et souvent à Taide de secours prélevés sur sa fortune personnelle; il n'a pas moins contribué à la construction du magnifique sanctuaire de Notre-Dame de la Garde, et il obtint du gouvernement français les secours nécessaires pour la construction d'une cathédrale digne de Marseille. M^ de Mazenod était sénateur, et, en récompense de ses travaux apostoliques, le Saint- Père lui avait conféré lepallium^ insigne réservé aux archevêques, et qui, par une disposition spéciale de Sa Sainteté, sera désor* mais attaché à perpétuité au siège épiscopal de Marseille. M^** de Mazenod eut pour successeur M. Tabbé Gruice, qui mourut démissionnaire au mois d'octobre 1866, et qui est remplacé par M^' Place, ancien auditeur de Rote.

6. — Mort, à Turin, du comte de Cavour, après quelques jours de maladie. Né à Turin, le 10 août 1810, Camille Benso, comte de Cavour, suivit d'abord la carrière militaire. Il commença à se faire connaître plus particulièrement lorsqu'il fonda, en 1847, le journal il Bisorgimento avec le comte Balbo. Il entra en 1849 à la chambre des députés de Sardaigne, et succéda bientôt après à Santa-Rosa comme ministre du commerce et de l'agriculture. En 4851, il prit en outre le portefeuille des finances. Jusque-là libéral, mais modéré, il se rapprocha du parti avancé en 1852, et quitta un moment le ministère, où il ne tarda pas à revenir pour ne plus guère cesser d'en être le membre le plus influent. En 1853, il s'adjoignit pour collègue Rattazzi, qui prit le portefeuille de la justice, ce qui fusionnait l'ancienne droite avec le centre* gauche, ce qu'on appelle le Connubw (mariage). Dès lors la lutte contre les droits de l'Église prit un caractère de plus en plus vif : M** Fransoni, archevêque de Turin, se vit l'objet de poursuites judiciaires, et les empiétements de l'État sur l'Église ne discontinuèrent plus. En 1856, au congrès de Paris, M. de Cavour laissa entrevoir les vues du Piémont et posa, on peut le dire, la question romaine. Une visite faite à l'empereur des Français^ dans l'automne de 1858, à Plombières, décida la campagne d'Italie. On a vu quelle part M. de Cavour prit à tous les événements postérieurs. C'est au milieu des succès de sa politique, quelques mois après qu'il avait proclamé Rome comme la future capitale de l'Italie, que la mort vint le frapper. Le 2 juin, jour où l'Italie

Juin.] reconnaissance: du ROYAUMS D'ITALIE PAR LA FRANCE. il»

célébrait pour la première fois la fête nationale da nouveau royaume» il tomba malade ; le 6 juin, il expirait.

— Pie IX adresse à Tarchevéque de Varsovie un bref relatif à la situation de TÉglise catholique en Pologne et en Russie.

11. — Formation d'un nouveau ministère à Turin sous lat présidence du baron Bettino Ricasoli.

,18. — Un concordat avait été conclu entre le Saint-Siège et le Wurtemberg; les chambres de ce royaume refusant de le sanctionner, le roi Guillaume adresse un rescrit à la commission permanente des États pour le règlement de la position de TÉglise catholique en Wurtemberg. La teneur du concordat, dans l'intention du roi, doit servir de base à l'acte de législation qu'il propose.

— Mort, à Messine, du cardinal François-de-Paule Villadicanî, archevêque de cette ville, né à Messine le 22 février 1780, créé cardinal par Grégoire XVI dans le consistoire du 27 janvier

15. ^- La mort du comte de Cavour paraissait devoir être le signal de la dissolution du soi-disant royaume d'Italie. Le roi Victor-Emmanuel profita des embarras qu'elle lui créait pour intéresser le gouvernement français en sa faveur ; celui-ci y vit de son côté l'occasion de revenir sur la froideur qu'il témoignait à l'Italie depuis l'invasion des Marches et de l'Ombrie, et M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères, écrivit la dépêche suivante au chargé d'affaires de France à Turin :

« Monsieur, le roi Victor-Emmaouel a adressé à l'Empereur une lettre qui a pour objet de demander à Sa Majesté de le reconnaître comme roi dltalie. L'Empereur a accueilli cette communication avec les sentiments de bienveillance qui raniment envers l'Italie, et Sa Majesté est d^autaot plus disposée à en donner un nouveau gage en accédant au vœu du roi, que notre abstention, dans les circonstances actuelles, pourrait faire naître des conjectures erronées et être considérée comme Tindice d'une politique qui n'est pas celle du gouvernement impérial. Mais si nous tenons à ne pas laisser à ce sujet des doutes sur nos intentions, il est toutefois des nécessités que nous ne pouvons perdre de vue, et nous devons prendre soin que notre reconnaissanoa ne soit pas interprétée d'une façon inexacte en Italie et en Europe.

« Le gouvernement de Sa Majesté n'a caché en aucune cireonsianca 80Q opinion sur les événements qui ont éclaté l'^n dernier dans la Péninsule. La reconnaissance de l'état de choses qui en est résulté ne

pouvait donc en être la g&rantie^ de môme qu'elle ne saurait impli. quer l'approbation rétrospective d'une politique au sujet de laquelle nous nous sommes constamment réservé une entière liberté d*appréciation. Encore moins l'Italie serait-elle fondée à y trouver un eucouragementà des entreprises de nature à compromettre la paix générale ••• Nous déclinons d'avance toute solidarité dans des projets dont le gouvernement italien aurait seul à assumer les périls et à subir les conséquences. ^

o Le cabinet de Turin, d'autre part, se rendra compte des devoirs que notre position nous crée envers le Saint-Siège, et je croirais superflu d'ajouter qu'au moment des rapports officiels avec le gouvernement italien, nous n'entendons nullement affaiblir la valeur des protestations formulées par la cour de Rome contre l'invasion de plusieurs provinces des États pontificaux,... Pas plus que nous, le gouvernement du roi Victor-Emmanuel ne saurait contester la puissance des considérations de toute nature qui se rattachent à la question romaine et qui dominent nécessairement nos déterminations; il comprendra qu'en reconnaissant le roi d'Italie, nous devons continuer d'occuper Rome tant que des garanties suffisantes ne couvriront pas les intérêts qui nous y ont amenés. »

91. — Dépêche de M. Ricasoli à M. le comte Gropello, chargé des affaires d'Italie à Paris. Le ministre de Vîctor-Emnnanuel répondait à M. Thouvenel que le gouvernement italien était profondément reconnaissant de ce que le gouvernement français voulait bien faire, qu'il n'entendait que continuer la politique du comte de Cavour, et s'efforcerait de ne pas & exposer l'Italie à des a agitations stériles, et l'Europe à de dangereuses complications. » Sur la question romaine, il s'exprimait ainsi en s'adressant au ministre d'Italie à Paris : « Vous savez de quelle manière cette c question est envisagée par le gouvernement du roi. Notre vœu (( est de rendre à V Italie sa glorieuse capitale^ mais notre intention ft est de ne rien ôter à la grandeur de l'Église, à l'indépendance du (( Chef auguste de la religion catholique. Nous aimons par conséa quent à espérer que l'Empereur pourra, dans quelque temps, « rappeler ses troupes de Rome, sans que cette mesure fasse « éprouver aux catholiques sincères des appréhensions que nous « serions les premiers à regretter. Les intérêts mêmes delà France, a nous en avons la conviction, décideront le gouvernement frana çais à prendre cette détermination. Tout en laissant à la haute c sagesse de TEmpereur d'apprécier le moment où Rome pourra « être sans danger laissée à elle-même, nous nous ferons toujours c( un devoir de faciliter cette solution, et nous espérons que le gou- (I vernement français ne nous refusera pas ses bons offices pour « amener la cour de Rome à accepter un accord qui serait fertile

juillet.] RECONNAISSANCE DU ROYAUME D'ITALIE PAR LA FRANCE. 121

« en conséquences heureuses pour l'avenir de la religion aussi bien (( que pour le sort de l'Italie. »

85. — Une déclaration insérée au ifoniV^r annonce la reconnaissance du royaume d'Italie par la France , en déclinant toute solidarité dans des entreprises de nature à troubler la paix de l'Europe, Le môme jour M. Ricasoli annonce à Turin que là France a reconnu Victor-Emmanuel comme roi d'Italie, sans imposer des conditions ou porter préjudice aux droits de la nation italienne.

— Mort du sultan Abdul-Medjid, à qui succède son frère Abdul-Azis, né le 9 février 1830.

30. — Benito Juarez^ chef des libéraux hostiles à l'Église, est élu par le congrès mexicain comme président de la république.

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