Reconnaissance du royaume d'Italie par la Turquie
. — Dépêche de M. Thouvenel au chargé d'affaires de France à Rome, l'invitant à demander au cardinal Antonelli « si TEmpe- « reur aux yeux du Pape était considéré comme un persécuteur « ou comme un protecteur du Saint-Siège. x> Le cardinal répondit que l'appui donné par l'Empereur au Saint-Siège était un fait matériel, éclatant, pour lequel il ne pouvait exprimer que des sentiments de gratitude.
12. — Lettre de Napoléon III au roi Victor-Emmanuel. Cette lettre ne fut rendue publique que le 12 mars 1862, jour où elle fut lue devant le Corps législatif par M. Billault. La voici :
a Monsieur mon frère, j'ai été heureux de pouvoir reconnaître le nouveau royaume d'Italie, au moment où Votre Majesté» perdait l'homme qui avait le plus contribué à la régénération de son pays. Par là, j'ai voulu donner une nouvelle preuve de ma sympathie à une cause pour laquelle nous avions combattu ensemble. Mais, en reprenant nos rapports officiels, je suis obligé de faire mes réserves pour l'avenir. Un gouvernement est toujours lié par ses antécédents. Voilà, onze ans que je soutiens à Rome le pouvoir du Saint-Père. Malgré mon désir de ne pas occuper militairement une partie du sol italien, les circonstances ont toujours été telles qu'il m'a été impossible d'évacuer Rome. En le faisant sans garanties sérieuses, j'aurais manqué à la confiance que le
chef de la religion avait mise dans la protection de la France. La position est toujours la môme.
« Je dois donc déclarer franchement à Votre Majesté que, tout en reconnaissant le royaume d'Italie, je laisserai mes troupes à Romey tant qu'Elle ne sera pas réconciliée avec le Pape, et que le Saint-Père sera menacé de voir les États qui lui restent envahis par une force régulière ou irrégulière.
0 Dans cette circonstance, que Votre Majesté en soit bien persuadée^ je suis mû uniquement par le sentiment du devoir. Je puis avoir des opinions opposées à celles de Votre Majesté, croire que les transformations politiques sont l'œuvre du temps, et qu'une agrégation complète ne peut être durable qu'autant qu'elle aura été préparée par l'assimilation des intérêts, des idées et des coutumes*
« En un mot, je pense que l'unité aurait dû suivre et non précéder l'union. Mais cette conviction n'influe en rien sur ma conduite ; les Italiens sont les meilleurs juges de ce qui leur convient, et ce n'est pas à moi, issu de l'élection populaire^ de prétendre peser sur les décisionsd'un peuple libre.
« J'espère donc que Votre Majesté unira ses efforts aux miens, pour que, dans l'avenir, rien ne vienne troubler la bonne harmonie si heureusement rétablie entre les deux gouvernemenls. »
88. — Consistoire dans lequel le Pape préconise plusieurs évôques,et prononce une courte allocution dans laquelle il loue la conduite de Tépiscopat et du clergé italien en général, et témoigne sa reconnaissance pour le maintien de roccupation française.
Août.
18. — Destruction des deux villes de Pontelandolfo et de Casalduni par les troupes piémontaises dans les provinces napolitaines.
17. — Mort, à Sienne, du cardinal Giacomo Piccolominî, né k Sienne le 31 juillet 1795, réservé m petto par Grégoire XVI le S2 juillet 1844, publié cardinal le 24 novembre 1845.
19. — ARocca di Papa, mort du cardinal Vincent Santucci, né à Gorga, diocèse d'Anagni, le 18 février 1796, créé cardinal par Pie IX dans le consistoire du 7 mars 1853.
Septembre.
8. — Dans les derniers jours du mois d*août, le gouvernement piémontais, par l'organe du baron Ricasoli, osa faire auprôs
septembre.] GAPITOUTO DE M. RICASÔLL 123
du Pape une démarche qui ne tendait à rien moins qu'à lui demander l'abandon du pouvoir temporel. Dans un projet de lettre an cardinal Antonelli, M. Ricasoli disait : « Le gouvernement « de Sa Majesté le roi Victor-Emmanuel, gravement préoccupé « des funestes conséquences que peut amener, autant dans Tordre « religieux que dans l'ordre politique, l'attitude prise par la cour « de Rome envers la nation italienne et son gouvernement, a voulu (c faire appel encore une fois à l'esprit et au cœur du Saint- Père, (t afin que, dans sa sagesse et dans sa bonté, il consente à un a accord qui, en laissant intacts les droits de la nation, pourvoirait c efficacement à la dignité et à la grandeur de l'Église. » Cette lettre devait être accompagnée d'une autre fort longue, adressée au Saint-Père, et dans laquelle M. Ricasoli lui proposait d'abandonner le pouvoir temporel,au nom môme des intérêts de la religion et du salut des âmes. « Ne jetez pas, Saint-Père, « écrivait-il, ne jetez pas dans l'abîme du doute un peuple tout a entier qui désire sincèrement pouvoir vous aimer et vous vénéorer. L'Église a besoin d'être libre : nous lui rendrons sa liberté a entière. Plus que ..personne nous voulons que l'Église soit «libre; mais, pour être libre, il est nécessaire qu'elle se dégage « des liens de la politique qui ont fait d'elle jusqu'ici un ins- « trument de guerre contre nous aux mains de telle et telle « autre puissance, b II terminait ainsi :
« Vous pouvez, Saint-Père, renouveler une fois encore la face du monde ; vous pouvez élever le siège apostolique à une hauteur inconnue à rÉglîse pendant des siècles.
c Si vous voulez être plus grand que les rois de la terre, dégagezvous des misères de cette royauté qui vous fait leur égal. L'Italie vous donnera un siège sûr, une liberté entière, une grandeur nouvelle. Elle vénère le Pontife, mais elle ne saurait arrêter sa marche devant le prince ; elle veut rester catholique, mais elle veut être une nation libre et indépendante. Si vous écoutez la prière de celte fille de prédilection, vous gagnerez sur les âmes plus de pouvoir que vous n'en aurez perdu comme prince, et du haut du Vatican, lorsque vous étendrez votre main sur Rome et sur le monde pour les bénir, vous verrez les nations rétablies dans leurs droits s'inclinant devant vous, leur défenseur et leur protecteur. »
M. Ricasoli promettait ainsi à l'Église la liberté, à condition qu'elle se dépouillerait de la sauvegarde la plus sûre de sa liberté et de son indépendance. Et il proposait en même temps un Capitolato dont voici les articles :
Art. !*'• I^e souYerain Pontife conserve la dignité, rinTiolabilité, et toutes les autres prérogatives de la souveraineté, et, en outre^ par rapport au roi et aux autres souverains, les prééminences qui sont établies par les coutumes.
Les cardinaux de la sainte mère Église conservent le titre de princes^ et les honneurs y relatifs.
Art. 2. Le gouvernement de S. M. le roi d'Italie prend l'engagement de n'opposer aucun obstacle, dans aucune occasion, aux actes que le souverain Pontife produit, par droit divin, comme chef de TÉglise, et par droit canonique comme patriarche d'Occident et primat d'Italie.
Art. 3. Le môme gouvernement reconnaît au souverain Pontife le droit d'envoyer des nonces à l'extérieur, et s'engage à les protéger tant qu'ils seront sur le territoire de l'État.
Art. 4. Le souverain Pontife aura libre communication avec les évéques et les fidèles, et réciproquement, sans ingérence du gouvernement»
Il pourra pareillement convoquer, dans les lieux et selon le mode qu'il croira opportuns, les conciles et les synodes ecclésiastiques.
Art. 5. Les évoques dans leurs diocèses, et les curés dans leurs paroisses, seront indépendants de toute ingérence du gouvernement dans
l'exercice de leur ministère.
Art. 6. Ils restent cependant soumis au droit commun quand il s'agit de délits punis par les lois du royaume.
Art. 7. Sa Majesté renonce à tout patronage sur les bénéfices ecclétsiastiques.
Art. 8. Le gouvernement italien renonce à toute ingérence dans la nomination des évéques.
Art. 9. Le môme gouvernement s'oblige à fournir au Saint-Siège une dotation fixe et insaisissable d'un chifiTre à déterminer.
Art. 10. Le gouvernement de S. M. le roi d'Italie, afin que toutes les puissances et tous les peuples catholiques puissent concourir à l'entretien du Saint-Siège, ouvrira avec lesdites puissances des négociations, pour déterminer la quote-part de chacune dans la dotation dont il est question à l'article précédent.
Art. 1 1 . Les tractations avec les puissances auront aussi pour objet d'obtenir les garanties relatives à tout ce qui est établi dans les articles précédents.
Art. 12. Moyennant ces conditions, le souverain Pontife arrivera & un accord avec le gouvernement de Sa Majesté le roi d'Italie^ par le moyen de commissions qui seront déléguées à cet effet.
En résumé, le baron Ricasoli demandait au Pape l'abandon de sa souveraineté, et lui offrait en échange des promesses garanties par le passé d'un gouvernement qui venait, sans scrupule, de s'approprier les dépouilles de princes légitimes, de prendre à Pie IX les trois quarts de ses États avec une perfidie dont on ne
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connaissait pas encore d'exemple^ et qui prouvait son amour pour la liberté de rËglise en fermant les monastères, en emprisonnant les prêtres, en exilant les évoques. C'était une dérision. Aussi, comme le gouvernement piémontais ne pouvait communiquer directement avec Rome, il pria le gouvernement français de lui servir d'intermédiaire dans cette négociation ; le gouver* nement de Napoléon III jugea lui-môme que les conditions du Capitolato étaient inacceptables, et la chose n'alla pas plus loin : ni la lettre du baron Rîcasoli ni ses propositions n'arrivèrent of* ficiellement à la connaissance du Saint-Siège, qui n'eut pas même à les repousser. On ne les connut que le 20 novembre suivant, où M. Ricasoli déposa ces documents sur le bureau de la Chambre des députés, en faisant l'histoire du projet de négociation, et en ajoutant : « Nous irons à Rome, mais par une voie plus sûre, et (( sans que l'Europe ait lieu de nous désapprouver en rien ou de a s'effrayer de notre marche. » Le Capitolato du 2 septembre est resté la base de la politique du gouvernement italien vis-à-vis du Saint-Siège ; c'est avec les apparences libérales qu'il présente qu'on espère séduire l'opinion publique et mettre les torts duc6té du Pape, car on sait bien que Pie IX ne peut consentir ^ ce qui lui est proposé. (Voir, au 15 décembre 1866, la lettre de M. Ricasoli aux évoques résidant à Rome.)
3. — Le général deGoyon donne ordre aux chefs des détachements français dans les États romains de repousser par la force toute tentative d'attaque de la part des Piémontais.
8. — Quatre évoques et huit prêtres orientaux annoncent à M. de La Valette, ambassadeur de France près de la Porte, qu'ils ont envoyé à Rome leur acte de soumission, et lui demandent sa protection contre les violences du patriarche grec. L'un d'eux, en effet. M»' Melelios, archevêque de Drama, avait été l'objet des plus terribles menaces ; il persista dans l'union, malgré la défection des autres.