Mort de M^' Angelo Ramazzoti, patriarche de Venise
30. — Consistoire secret dans lequel Pie IX proteste par une Allocution, Meminit unusquisque^ contre toutes les injustices dont l'Église est victime en Italie, au Mexique et dans la Nouvelle-Grenade ^. £n ce qui concerne plus particulièrement l'Italie, il
1 Cette allocation fait partie des documents relatifs à TEncyclique du 8 déeeml»rel8C4.
IftG ANNALFS ECCLÉSIASTIQUES. [1861
montre la persécution sévissaat dans le royaume de Naples, les évéques chassés de leurs sièges, les congrégations religieuses détruites^ leurs membres réduits à la plus complète indigence, les vierges consacrées à Dieu obligées de mendier leur pain, les temples dépouillés et profanés, les biens ecclésiastiques pillés, Tautorité et la juridiction ecclésiastiques violées et usurpées, les^ lois de rÉglise violées et foulées aux pieds, les mauvaises doctrines se répandant partout, d'infâmes journaux attaquant tout ce qu'il y a de plus vénérable et de plus sacré.; Timmoralité grandissant, la propriété ébranlée, et, pour comble de malheur, des membres du clergé séculier et régulier « misérablement « entraînés par un funeste esprit d'erreur et de rébellion et « oublieux de leur vocation et de leur devoir. » Mais au milieu de ces ombres brillait d'une manière d'autant plus éclatante le dévouement des prêtres et des populations fidèles de Tltalie catholique, qui, a marchant sur les traces de leurs prélats, se « glorifient de plus en plus, disait Pie IX, de manifester public quement envers nous et le Siège apostolique leur amour, leur « respect, leur zèle admirable à professer et défendre notre sainte religion. »
Octobre.
ff. — Mort de Msf Fijalkowskî, archevêque de Varsovie, qui avait pris une part active aux derniers événements de Pologne.
lo. — Un décret impérial retire Texistence légale accordée à la Congrégation des dames de la Sainte* Union^ de Douai.
15. — Un service funèbre pour l'anniversaire de la mort de Koszciuszko ayant été célébré dans les diverses églises de Varsovie, les autorités russes procèdent à de nombreuses arrestations. L'église cathédrale de Saint-Jean et celle des Bernardins sont envahies et profanées par la troupe. La veille avait été proclamée lamise en état de siège de tout le royaume de Pologne.
16. — L'administrateur du diocèse de Varsovie, M. Bialobrzeski, ordonne la fermeture des églises profanées^ et adresse au comte Lambert, gouverneur du royaume, une protestation contre la conduite des autorités militaires.
— En France, M. de Persigny, ministre de l'intérieur, envoie aux préfets une circulaire qui les invile à faire rentrer dans les conditions de la loi les associations de bienfaisance non encore
octobre.] LA SOCIÉTÉ DE SAINT VINCENT DE PAUL. 127
régulièrement 'autorisées, telles que les sociétés de Saint- Vincent de Paul, de Saint-François-Régis et de Saint-François de Sales, ainsi que la franc-maçonnerie, qu'il place sur le même pied que ces sociétés religieuses. Il reconnaît que les sociétés religieuses n'ont donné aucun motif de plainte, mais il prétend qu'il faut prévenir les dangers de l'avenir. Il prescrit aux préfets de conférer sans délai Tautorisation légale aux associations charitables, et de les admettre au partage des faveurs du gouverne» ment comme à la protection de l'État ; mais en môme temps il leur ordonne de prononcer la dissolution de tout conseil supérieur, central ou provincial. Bien que la circulaire s'appliquât en général à toutes les institutions de bienfaisanee, tout le monde comprit qu'elle était principalement dirigée contre la société de Saint-Vincent de Paul, qui rendait tant de services depuis sa fondation, et a il n'échappait à personne, comme le remarque «un ouvrage non suspect, V Annuaire des DeuxMondes (année 1861^ a tome XI) que les instructions du ministre étaient inspirées, a non point par un scrupule de légalité qu'on avait laissé sommeil- (( 1er pendant de longues années, mais par une pensée politique a du moment. ^
26. — Circulaire de M. Miglietti, garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, aux archevêques, évêques et vicaires capitulaires du royaume d'Italie.
« Une série d'événements prodigieux a, dans le court espace de deux ans, reconstitué la nation italienne, lui a percpis de revendiquer et de proclamer à la face du monde ses droits imprescriptibles, et l'a amenée à constituer Tunité de ce royaume d'Italie, qui, fondé sur la volonté des peuples^ exprimée dans les formes les plus solennelles, et reconnu déjà par les peuples et les gouvernements les plus puissants et les plus civilisés^ puise sa plus grande force dans les principes suprêmes de la justice et delà morale, et les grands intérêts de la civilisation.
a Les populations, profondément émues par de tels événements, y ont vu l'intervention de la Providence, et cette conviction, tout en les confirmant dans la confiance la plus large sur la rédemption complète de ritalie, les a aussi conduites à s'étonner et à s'irriter de tout ce qui opposerait des obstacles ou qui résisterait de quelque manière que ce soit au vœu delà nation. '-à
« Malheureusement, dans plusieurs paiiies du royaume, il est arrivé un assez grand nombre de faits qui prouvent manifestement que beaucoup de membres du clergé, même de Tordre le plus élevé, loin de partager ceUe conviction et de se résigner tout au moins au silence devant ce changement miraculeux des choses, salué partout avec tant
de concorde et d'enthousiasme, se montrent ouvertement hostiles au gouvernement, et affectent de faire croire que ce gouvernement et ces lois sont en contradiction avec les doctrines et les intérêts de TËglise catholique.
« En effet, cela est douloureux à dire, mais il le faut : dans quelques localités, on a publié des protestations, des encycliques, des lettres pastorales dans lesquelles on nie ou Von met en discussion le principe même sur lequel se base le gouvernement national, et l'on taxe dlm^ pies^ dlniques, d'hostiles à la religion et à TËglise un grand nombre de lois promulguées par ce même gouvernement en vertu des droits qui ont toujours été exercés par le pouvoir séculier ; dans d'autres localités on a mis en circulation des instructions ayant pour but de troubler la conscience de ceux qui ont pris une part quelconque au grand mouvement national, en remplissant leurs devoirs de fonctionnaires, de soldats, de citoyens ; dans d'autres, on a refusé de célébrer des services en mémoire de ceux qui sont morts pendant la guerre de Findépendance, ou qui ont bien mérité de la patrie à d'autres titres ; on interdit les cérémonies religieuses dans les solennités nationales ; dans d'autres, on a pris les mesures les plus rigoureuses contre les ecclésiastiques qui n'ont pas hésité à se montrer respectueux envers le pouvoir civil, et qui ont publiquement prouvé qu'ils établissaient une juste distinction entre les droits essentiellement différents de l'Église et ceux de TÉtat; dans d'autres, on est venu jusqu'à lancer du haut de la chaire sacrée l'injure contre l'auguste personne du Roi ; jusqu'à prêcher le mépris et la transgression des lois, et à convertir le temple du Seigneur en conventicule de machinations contre l'ordre public ; dans d'autres, on a môme refusé le saint livre des Évangiles, sur lequel les soldats de la nation devaient prêter serment de fidélité au Roi et aux lois : nous ne voulons pas parler de ces localités ; on a vu les prêtres du Dieu de paix arborer l'étendard de la rédemption pour se met* tre à la tête et dans les rangs des déprédateurs et des brigands I
« Une telle attitude, prise dans plusieurs localités par le clergé, a vive« ment irrité le sentiment populaire, qui a été aussi douloureusement ému par la conduite de bon nombre des plus hauts dignitaires ecclésiastiques qui auraient dû et pu interposer l'autorité révérée de leur ministère dans un but de conciliation et de paix, et qui l'ont tout au contraire fait servir à fomenter des troubles et des dissentiments. De là l'idée qui a prévalu presque partout, que le Gouvernement est ou attaqué ouvertement, ou entravé secrètement par une partie considérable du clergé : idée qui, exagérée par la confusion des opinions et par l'effervescence des passions, peut tourner au grand préjudice de l'Église, non moins que de l'État^ provoquer et faciliter des machinations coupables, donner prétexte à des desseins insensés, tandis qu'elle est une continuelle menace de perturbation contre la tranquillité publique. C'est là une déplorable situation de choses, laquelle ne peut ni ne doit durer. La conscience universelle répugne
octobre.] GIRGDLAIRE DE M. MIGLIKTTI. 129
à ridée que Iç sentiment religieux et le sentiment national s'excluent et se combattent, et Ton ne peu concevoir la situation d'une nation condamnée à choisir entre le don le plus précieux de la Providence et le vœu le plus légitime de la nature, entre la conservation de la foi religieuse et l'indépendance, la liberté de la patrie.
« Devant l'expression de la volonté nationale qui s'est prononcée avec tant de solennité et de concorde, devant des lois qui ont con* stitué le nouveau royaume sur la base de cette volonté môme, le clergé italien ne peut se soustraire au devoir de reconnaître Tordre présent des choses et d'en accepter les conséquences. Il ne le peut pas, en vertu de ces obligations qui atteignent toutes les classes de citoyens; il ne le peut pas, par respect pour les principes mêmes qui ont été constamment admis et pratiqués par l'Église. En effet, pour ne pas se mettre en contradiction avec les lois de la Providence qui^ ayant fait les hommes et les sociétés capables de perfectionnement^ leur a imposé le changement et le progrès^ l'Église dans [sa conduite extérieure a toujours tenu compte des événements, a suivi avec une admirable prudence les vicissitudes de la vie sociale, et s'est adaptée dans le cours des siècles et dans les diverses contrées à toute espèce et à toute forme de gouvernement, n'ayant d'autre sollicitude que d'être laissée libre par les autorités civiles de remplir sa mission toute spirituelle, et n'ayant qu'un but placé en dehors de la sphère des intérêts terrestres. Or, pourquoi de nos jours et en Italie l'ËgÛse se conduirait-elle autre* tnent ? Pourquoi devrait-elle considérer comme répugnant à ses principes et à ses intérêts le gouvernement que les Italiens se sont donné, puisque les uns et les autres ne peuvent être que spirituels, et par cela même doivent se trouver d'accord avec les principes et avec les. intérêts de justice, de morale et d'ordre auxquels les Italiens ont voulu se conformer, et qu'ils ont voulu par leur nouveau gouvernement raffermir sur les bases les plus solides ? Pourquoi refuserait-elle au gouvernement national cette adhésion et ce respect qu'elle n'a pas hésité à accorder à tous les gouvernements antérieurs de la Péninsule, et même à ceux qui se montrèi^ent le moins soigneux de lui assurer ses franchises légitimes ?
«Le gouvernement du Roi a la conscience d'avoir continuellement respecté l'autorité spirituelle de l'Église, et d'en avoir assuré le libre exercice, même à l'égard d'un grand nombre d'ecclésiastiques qui ont abusé de cette autorité dans des intentions déshonnêtes, et qui ont ainsi provoqué la Juste indignation des populations. Il n'a jamais fait de distinction entre le clergé et l'universalité des citoyens, il ne lui a imposé aucune obligation spéciale, et il n'a exigé de lui autre chose que l'observation de ces lois qui, pour le clergé aussi bien que pour l'universalité des citoyens, donnent la règle des droits et des devoirs communs et assurent à tous les bienfaits de la société civile.
«S'il a publié des ordres et des décrets qui ont pu porter atteinte,^ non pas aux principes, mais aux intérêts matériels de quelques cor- Annaies ecclés, 9
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poratioDs et personnes ecclésiastiques, il l'a fait dans le but de pourvoir à de rigoureuses exigences juridiques et économiques/en vertu de ces prérogatives qui ont toujours été reconnues au pouvoir civil, et qui ont été exercées dans tous les Etats catholiques, selon que Texigeaient les conditions particulières des temps, tandis quli a fait tout cequi dépendait de lui pour que ces mesures fussent exécutées avec les égards les plus bienveillants.
« Un de ses vœux les plus ardents et les plus sincères, vœu auquel la nation s'associe sans aucun doute, c'est que le jour puisse arriver promptement où les droits de la puissance ecclésiastique et ceux de la puissance civile étant tout à fait séparés, et leurs limites respectives rigoureusement tracées, l'Église puisse, d*un côté, jouir d*une liberté entière dans Tordre spirituel et dans la direction des consciences des fidèles^ et que l'État, de l'autre, puisse s'arrêter au seuil du sanctuaire avec la certitude qu'au delà de ce seuil rien ne le regarde, parce qu'il n'y arrive aucun bcuit d'intérêts matériels et mondains.
a Mais, pour que ce vœu puisse se réaliser, il faut que l'Église renonce à toute espèce de domination temporelle, qu'elle se désiste de toute prétention d'envahir les droits de l'État, et que, pour nous servir d'une parole sainte, elle borne ses sollicitudes à ce royaume qui n'estpasdece monde.
« En attendant, le gouvernement du Roi ne peut pas être spectateur indifférent d'un état de choses qui blesse le sentiment national^ agite et irrite les opinions, trouble la tranquillité publique, et peut ouvrir la voie à des désordres bien plus graves ; il est, en conséquence, nonseulement bien décidé à repousser toute responsabilité des conséquences déplorables qui pourraient en résulter, mais aussi à chercher tous les moyens pour le faire casser. Le soussigné, auquel le soin des affaires ecclésiastiques a été confié, croit donc le moment venu de s'adresser aux très-révérends archevêques, évêques et vicaires capitulaires du royaume, en faisant appel non-seulement à leurs sentiments de citoyens et d'italiens, mais bien plus à la sincérité de leur zèle pour les véritables intérêts de la religion et de l'Église.
« Qu'ils voient si le clergé, en se séparant de la nation et en se montrant hostile à ses vœux les plus spontanés^ les plus manifestes et les plus légitimes, n'expose pas à de graves dangers leur propre dignité, leur sûreté, et môme le dépôt sacré des dogmes, de la morale, des bonnes mœurs, qu'il est de son devoir de maintenir inviolable. Qu'ils voient si l'on ne peut pas reprocher au clergé de s'occuper trop de tout ce qui ne conduit pas au royaume de Dieu, comme si lui aussi se donnait souci du royaume de la terre. Qu'ils voient s'il n'est pas du droit et du devoir strict du gouvernement ntttional d'exiger que le clergé le respecte en principe et lui soit obéissant dans ses lois ; et si par les mêmes raisons qui assurent au clergé le paisible exercice de ses fonctions, il n'a pas aussi le droit et le devoir de préserver les populations contre les excès auxquels le clergé s'abandonne dans l'exercice de ces mômes fonctions.
octobre.] GIRGULAIHE DE M. MIGLlETTi: 131
tt Le soussigné est conyaincu que les très-révérends archeTÔques, évêques et vicaires capîtulaires du royaume voudront prendre en sérieuse considération tout ce qui vient d'être ci-dessus exposé, et ne s'écarteront point des règles constantes qui doivent leur servir de guide dans leur conduite, et auxquelles ils ne pourraient pas donner une interprétation différente de celle qui leur a été donnée^ à Tépoque la plus splendide de l'Église, par des hommes grands et saints qu'on admire encore aujourd'hui comme les plus sûrs témoins de la tradition catholique.
(( Il ne peut pas s'empêcher de déclarer en même temps que, si le gouvernement du Roi est fermement décidé à conserver à TÉglise sa liberté légitime dans l'ordre spû:ituel suivant les lois en vigueur, et même à l'élargir en cas de réalisation des résultats désirés, il ne saura jamais permettre que le clergé, quelle que soit sa haute position, se laisse aller à des actes qui pourraient conduire au mépris et à la désobéissance envers les lois du royaume, ou bien qui contribueraient à troubler de n'importe quelle façon l'ordre public. Dans le cas où l'un des membres du clergé se servirait d'un prétexte religieux pour soulever une population, pour jeter l'insulte sur les institutions de TËtat, ou pour empêcher l'exécution des lois, le gouvernement du Roi se trouverait forcé d'avoir recours aux mesures les plus sévères.
« Le ^ussigné se èonfie à la prudence des très-révérends archevêques, évêques et vicaires capitulaires du royaume, qui voudront assurément donner au clergé de leur diocèse des instructions qui aient pour conséquence de faire cesser partout nn état de choses aussi déplorable, et d'effacer la funeste opinion que la plus grande partie du olergé est hostile ouvertement ou secrètement au gouvernement national.
« Il est certain que l'entente entre la société civile et la société religieuse n'a jamais été si nécssaire qu'en ce moment, et cela pour protéger les grands principes de justice, d'ordre et de moralité dont les générations actuelles ont d'autant plus besoin, que les changements auxquels elles ont assisté ont été plus rapides, plus grands et plus extraordinaires. Si une pareille entente était troublée, les conséquences en seraient d'une durée très-courte et peut-être irréparable, mais il n'en retomberait qu'une responsabilité plus terrible sur ceux qui en seraient la cause. '
« Le gouvernement du Roi a pris et prendra de son côté les mesures nécessaires au maintien d'une entente si salutaire : il suffit que le8 autorités ecclésiastiques y concourent de leur côté, avec cette sagesse et cette promptitude qui sont exigées par l'importance du sujet et par la condition des temps.
a Le garde des sceaux de Sa Majesté, minisire de grâce, justice et des cultesj
« MiGLIETTI. »