Décret signé à Mexico par l'Empereur Maximilien
« Art !•'. Sont en vigueur dans l'empire les lois et décrets promulgués avant et depuis l'indépendance, concernant Vexequatur des bulles^ brefs^ rescrits et dépêches de la cour de Rome.
« Art. 2. Les brefs, bulles, rescrits et dépêches nous seront présentés par notre ministère de la justice et des afifaires ecclésiastiques, pour obtenir Vexequatur respectif. »
O. — Lettre de l'archevêque de Tours au ministre de la justice et des cultes :
Monsieur le Ministre,
Avant de répondre à la lettre que Votre Excellence m'a adressée le !•' janvier, j'ai voulu attendre la décision du Conseil d'État relativement à la publication de l'Encyclique du Pape. J'avais pensé que le Conseil d'État se déclarerait incompétent au sujet d'un acte pontifical qui se rapporte exclusivement à l'ordre spirituel, ou du moins qu'il ne croirait pas possible de mutiler un document apostolique destiné
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à être promulgué dans toutes les églises. Ma prévision a été trompée.
Dans une telle situation, j'examinerai si je dois permettre la célébration du Jubilé. Mais, s'il ne me parait pas convenable de priver les fidèles d'un si grand bienfait^ je me bornerai à donner dans un mandement toutes les instructions nécessaires^ sans permettre qu'on lise du haut de la chaire chrétienne un lambeau d'une lettre pontificale déchirée par une autre main que celle qui Ta écrite.
Si Votre Excellence avait laissé les choses suivre le cours ordinaire, rEncyclique et les propositions condamnées auraient été commentées et expliquées non plus par des journaux irréligieux qui ne comprennent rien aux doctrines de l'Église, mais par les évoques, qui ont reçu la mission divine d'enseigner les peuples chrétiens. Nos explications^ fondées sur les notions de la saine théologie, auraient fait voir que TEncyclique ne contient rien qui ne soit conforme à renseignement évangélique et à la tradition de tous les siècles. Nous aurions montré que ces doctrines, loin d'être contraires aux principes sur lesquels repose l'ordre social, sont seules capables d'affermir ce qu'on appelle la société moderne, qui, si elle est abandonnée à elle-même, aboutira inévitablement à l'anarchie et à une prompte dissolution.
Vous n'avez pas jugé à propos, monsieur le Ministre, de nous laisser cette liberté^ qui nous aurait permis d*apaiser l'agitation des esprits en les éclairant. Ainsi, on peut attaquer impunément la religion, ses dogmes, les droits de l'Église, les règles de la morale chrétienne, les enseignements du Vicaire de Jésus-Christ ; les évêques sont les seuls à qui le silence est imposé. Il leur est interdit de défendre toutes ces choses saintes du haut de la tribune sacrée, d'où ne descendent jamais sur les peuples que des enseignements pleins de calme et de gravité.
Nous sommes bien loin, monsieur le Ministre, du temps où l'Empereur^ en ouvrant la session du Corps Législatif de 1858, prononçait ces belles et solennelles paroles : « La volonté du Gouvernement est que le principe de la liberté des cultes soit sincèrement appliqué^ sans oublier que la religioîi catholique est celle de la grande majorité des Français, Aussi cette religion n*a jamais été plus respectée ni plus libre. Ses conciles provinciaux s'assemblent sans entraves, et les évêques jouissent de toute la plénitude de V exercice de leur sacré ministère. »
Pourquoi faut-il que les minislres,dans ces dernières années, ne se soient pas toujours inspirés de ces nobles et sages pensées du Prince, et qu'ils aient fait revivre les vieilles et étroites maximes des Parlements auxquelles on semblait avoir renoncé ?
On nous répète sans cesse que ces maximes étaient en vigueur sous l'ancienne monarchie, et que le clergé les subissait alors sans se plaindre. Ce raisonnement n'a pas la moindre valeur aujourd'hui. Autrefois la religion catholique avait des droits bien établis^ qui garantissaient son indépendance spirituelle. Elle était la religion de l'État ; la dignité du clergé était sauvegardée par la propriété, et, au lieu de recevoir un traitement de l'État, il donnait lui-même bien
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souvent des subventions à rÉtal dans les besoins urgents du pays. 11 formait le premier ordre de la nation et avait une large part dans les affaires publiques. Tous ces avantages nous ont été enlevés, nous avons été dépouillés de tout; sommes-nous trop exigeants en demandant qu'au moins on ne laisse pas peser sur nous les chaînes de l'ancien régime, et que TËglise ait sa part dans la liberté commune ?
Je ne pousse pas plus loin, monsieur le Ministre, ces réflexions, de peur de fatiguer Votre Excellence ; je me sens moi-même peu disposé à de longues discussions. C'est plutôt l'heure pour un évéque de gémir devant Dieu, de pleurer au pied des autels sur les maux de TÉglise, et de prier Dieu qu'il daigne inspirer l'amour de Tordre et de la paix aux peuples, et à ceux qui sont appelés à les gouverner son esprit d'intelligence et de sagesse.
Quoi qu'il arrive, monsieur le Ministre, les enseignements du Vicaire de Jésus-Christ seront toujours pour nous une règle sacrée et inviolable. Nous ne pourrions nous en écarter sans cesser d'être catholiques. Le clergé comprend que cette fidélité à l'autorité du Saint-Siège est commandée non-seulement par la conscience, mais par le sentiment de l'honneur sacerdotal. L'histoire nous montre assez ce que sont devenues les Églises particulières qui ont laissé se relâcher le lien de l'unité qui les attachait à l'Église maîtresse de toutes les autres. Au lieu de recevoir la légitime impulsion du Pontife romain, elles subissent les ordres d'un ministre, qui quelquefois n'a pas la foi chrétienne, ou même d'un officier militaire. Elles vivent ainsi dans l'humiliation et l'impuissance. Les membres du clergé, dans ces Églises déshonorées, jouissent de très-gros revenus; on leur accorde des privilèges dans l'ordre civil et des distinctions mondaines; mais ils ont cessé d'être aux yeux des peuples les ministres de Dieu chargés de la noble mission de sauver les ftmes^ et deviennent souvent, entre les mains de la puissance séculière, les instruments dociles de passions injustes et de Toppression des peuples.
Ces leçons de Texpérience ne seront point perdues pour le clergé catholique, et plus les périls seront grands, plus il sentira le besoin de se serrer étroitement autour du Saint-Siège apostolique^ où se trouve le véritable appui de la dignité humaine et de l'indépendance des consciences.
Agréez, monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération.
•}• J. HiPP., Archevêque de Tours.