‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 39 sur 52 · Lettre de rarcbevôque de Cambrai au môme ministre · texte numérisé non relu

Lettre de rarcbevôque de Cambrai au môme ministre

Monsieur le Ministre,

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser, à la date du !•' de ce mois, pour m'informer que la première partie de l'Encyclique du 8 décembre et le document qui y est annexé sous le titre de Syllabus complectens prœcipuos nostrœ œtatis errores, etc., ne peuvent être imprimés dans les instructions que je croirais devoir adresser aux fidèles pour le Jubilé ou à toute autre occasion.

Je ne puis, monsieur le Ministre, que répéter ici ce que, dans une circonstance analogue, j'écrivais, il y a dix-huit ans, à l'un de vos prédécesseurs :

0 Sans entrer, au sujet de cette prohibition, dans une discussion de principes dont Votre Excellence connaît toute la gravité, je dois faire remarquer que, dans mon diocèse comme partout ailleurs, l'article l*'' de la loi du IS germinal an X est devenu, par la liberté de la presse, d'une exécution impossible.

« Les actes du souverain Pontife dont le Conseil d'État s'occupe sont entre les mains de tous les fidèles. Depuis longtemps déjà ils sont imprimés et publiés par la voie des journaux, qui pendant plusieurs jours en ont fait, dans tous les sens, le texte de leurs commentaires.

« Qu'il soit loisible aux mécréants et aux hétérodoxes de toute nuance et de toute secte de traduire, de répandre, de censurer ces actes émanés de l'autorité la plus vénérable qui soit sur la terre sans que le Gouvernement puisse ou veuille s'y opposer, nous ne nous en plaindrons pas. Mais ce que nous aurions droit de trouver étrangement anormal, ce serait que, entre tous les citoyens français, entre les ministres de tous les cultes reconnus en France, nous fussions les seuls à qui il fût défendu de communiquer à nos diocésains, sans l'autorisation du Gouvernement, des pièces qui ne regardent que nous et les fidèles de notre communion.

« Les ministres des cultes dissidents peuvent en toute liberté, à la porte de nos cathédrales, par leurs prédications, et dans toute l'étendue de nos diocèses par leurs brochures, commenter ces rescrits à leur manière, et môme les travestira leur guise; ils peuvent légalement les transmettre par les colporteurs qu'ils stipendient, non>seulement à leurs coreligionnaires, mais encore à nos catholiques, et nous serions

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les seuls qui n*en pourrions parler, Jusqu'à ce qu'une ordoanaaee royale nous eûl préalablement ouvert la bouche!

« Ce serait une anomalie trop évidente pour qu'elle pût longtemps durer. L*égalité de tous les cultes devant la loi cesserait à notre détriment, et, sons ce rapport, il y aurait évidemment pour le catholicisme entrave au lien de protection. »

J'ajouterai^ monsieur le Ministre, que la mesure restrictive de la liberté de notre culte qui m'est signifiée par Votre Excellence doit d'autant plus nous étonner et nous contrister, que la diffusion des doctrines les plus antichrétiennes rencontre en ce temps-ci moins d'obstacles.

Aujourd'hui, en effet, chacun a la liberté, autant et aussi souvent qu'il veut la prendre^ de nier Dieu lui-même et de faire de la propagande athée dans des écrits auxquels il donne toute la publicité qui lui convient.

Est-ce trop demander que de réclamer la môme ktitude pour l'enseignement catholique ?

L'interdiction formulée par Votre Excellence, au sujet de l'Encyclique du 8 décembre et du Syllabus qui y est annexé, a un caractère de gravité tout exceptionnel et qui ne peut échapper à personne ; elle s'applique non pas seulement à quelque prescription disciplinaire, mais à une instruction doctrinale du souverain Pontife.

Au reste, monsieur le Ministre, on peut, sans doute, en certaines circonstances et en certaines contrées, gêner les communications du Vicaire de Jésus-Christ avec les fidèles qu'il a mission divine d'instruire et de diriger dans l'univers entier, mais nulle part, et dans aucun cas, les gouvernements humains ne pourront ni ôter à sa parole la force de lier les consciences, ni faire cesser pour les évêques l'obligation de transmettre, autant qu'il est en eux, ses instructions à leurs diocésains.

. — A Rome, mort du savant et célèbre rabbin converti, le chevalier Paul-Louis Drach, né à Strasbourg en 1791, baptisé par M»' de Quélen, à Notre-Dame de Paris, en 1823. On a de lui, entre autres ouvrages, un Lexique catholique hébraïque et chaldaîque^ et V Harmonie entre t Église et la Synagogue^ 2 vol. in-8*.

4. — L'évoque de Carcassonne adresse la lettre suivante au clergé de son diocèse :

Messieurs et chers Coopérateurs,

' Je n'ai pas perdu un seul instant pour vous communiquer la lettre Encyclique adressée par le souverain Pontife à tous les ' Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques du monde chrétien, en date du % décembre 1864. Tous déjà vous avez pu la lire et l'admirer dans les journaux. Mais je tenais à honneur de vous présenter moi-même cette

janvier.] LETTRE m L'ARCHEVÊQUE DB TOURS. 3t«

noble affirmation des principes catholiques, et je désirais que Tacte Pontifical fût officiellement publié le dimanche 8 janvier dans mon église cathédrale, ainsi que dans vos paroisses. Une lettre circulaire en-* voyée à tous les Évéques par S. Exe. M. le ministre des cultes, en date du !«' janvier 1865, lettre que les journaux vous ont également fait connaître, m'impose le silence I... Ce douloureux silence, vous le comprendrez. Messieurs, et vous saurez l'interpréter. Agréez, etc.

S. -^ Décret impérial, signé Napoléon et contresigné Baroche :

n Art. 1*'. La dernière partie de l'Encyclique donnée à Rome le 8 décembre 1864, commençant par les mots : « Eisce,*, litteris auctoritate nostTa,,.% et annonçant un jubilé universel pour 1865, est reçue et sera publiée dans TËmpire en la forme ordinaire.

« Art. 2. La partie précitée de ladite Encyclique est reçue sans aucune approbation des clauses, formules ou expressions qu'elle renferme^ lesquelles sont ou pourraient être contraires aux lois de T Empire, ainsi qu'aux libertés, franchises et maximes de l'Église gallicane.

« Art. 3. Ladite lettre Encyclique sera transcrite parte in qua, en latin et en français, sur les registres de notre Conseil d'État ; mention de ladite transcription sera faite par le secrétaire général du Conseil sur la pièce enregistrée.

«Art. 4. Notre garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, est chargé de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois. »

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