La Saxe reconnait le royaume d'Italie
19. — Le roi Victor-Emmanuel ouvre solennellement à Florence la session du Parlement qui vient d'être éla. Voici les plissages de son discoars qui touchent aux intérêts religieux :
« Messieurs les sénateurs, messieurs les députés,
« Lorsque j'inaugurais les séances du Parlement dans la généreuse cité quia su garder les destinées de Tltalie et sa fortune renaissante/ mes paroles furent toujours pleines d'encouragements et d'espérances. Des faits éclatants les ont constamment suivies. Animé aujourd'hui de la môme confiance, je vous ai réunis autour de moi dans cette noble cité pleine d'illustres souvenirs; et, toi^ours prêts à revendiquer complètement notre autonomie, nous saurons vaincre tous les obstacles.
« En terminant la dernjère législature, par déférence pour le Chef de l'Église, et dans le désir de satisfaire aux intérêts religieux de la majorité, mon gouvernement a accueilli des propositions d'entrer en négociations avec le Saint-Siège. Mais j'ai dû les interrompre, quand elles ne ppuva,ient continuer sans porter atteinte aux droits de ma couronne et de la nation. {Applaudissements.) La marcbe du temps et la force inéluctable des événements amèneront plus tard un rapprochement entre le royaume d'Italie et la Papauté.
« En attendant, nous devons avoir foi dans la convention du 15 seplembre, que lia France exécutera fidèlement dans le délai fixé.
« Savoir attendre est aujourd'hui, plus que par le passé, chose devenue facile à l'Italie....
« Le peuple italien doit s'affranchir de ces traditions du passé qui sont un obstacle au plein développement de sa vie nouvelle. Vous aurez donc aussi à délibérer sur ia séparation de l'Eglise et de l'Etat et sur la suppression des corporations religieuses. (Applaudiss&nents.)
u Ep procédant de cette manière, nous n'aurons pas à craindre que les intrigues de nos ennemis ou de funestes éventualités Tiennent paralyser nos efforts. Un changement profond, inévitable, s'accomplit chez tous les peuples de l'Europe ; l'avenir est dans les mains de Dieu. Si, pour raccomplissement de ces destinées, l'Italie avait à surmonter de nouvelles épreuves, je suis certain que ses valeureux enfants se serreraient encore autour de moi. {Applaudissements,)
« Si la force morale de la civilisation venait à triompher, la sagesse de lanation ne manquerait pas d'en faire son profit*
« Messieurs les sénateurs, messieurs les députés :
« Afin qu'en toute circonstance le droit et l'honneur de l'Italie restent intacts, il faut marcher franchement dans la voie de la politique nationale.
« Quant à moi, sûr dç votre concours, confiant dans l'amour du peuple et dans la valeur de l'armée, j'espère n'être point au-dessous
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de la glorieuse entreprise que nous deyons transmellre définilivement acccHDplie aux générations futures. » (AppiaudÙBements prolongés.)
!•• — - Dépêche du cardinal Antonelli aux reprâsentants da Saini-Siége à l'étranger , touchant la convention du 15 septembre 1864 :
illustrissime et RéYërendissime Seigneur,
Assurément Votre Seigneurie illustrissime n'ignore pas comment la Conyention intervenue le 15 septembre de l'année passée entre le Gouvernement français et celui du Piémont, sans qu'il en fût donné connaissance au Saint-Siège, si ce n'est dans l'après-midi du 28 du même mois, a déjà commencé à recevoir son exécution en l'année 1865, par le retrait graduel des troupes françaises de Rome. Le gouvernement du Saint-Siège, de même qu'il demeure étranger aux négociations, reste également étranger à l'exécution du traité. Néanmoins, les conséquences qui doivent résulter de cet acte diplomatique l'intéressant directement, il lui a paru nécessaire qu'elles fussent clairement indiquées, tant pour redresser sur ce sujet l'opinion publique^ qu'une presse mensongère tente continuellement d'égarer, que pour dégager la responsabilité du Saint-Siège aux yeux du monde.
Depuis que dans le Congrès de Paris, en 1836, s'est manifesté le désir de voir évacuer les États Pontificaux par les armées étrangères, U est devenu presque impossible que cette émanation s*effectue sans entraîner des inconvénients pour la tranquillité du pays et la consolidation de l'autorité du Saint-Siège. M. Drouyn de Lhuys, dans une dépêche adressée Je 12 septembre de l'année passée A M. l'ambassadeur de Fmnce près Sa Sainteté, s'exprime sur le même thème de la manière suivante : « Nous étions résolus à ne pas abandonner ce poste d'honneur avant que le but de Foccupation eût été atteint. » Or , si , parmi les motifs du rappel actuel de l'armée française des Étals de l'Église est entrée la pensée de l'accomplissement d'une condition semblable, le gouvernement pontifical a le devoir de déclarer, quoiqu'il ne soit pas iotervogé, que cette confiance est complètement illusoire et repose sur une fausse espérance. Le retrait des troupes françaises, dans les conjonctures actuelles, ne porte-til pas l'opinion A se poser les questions suivantes : La situation dans laquelle on laisse le souverain Pontife répond-elle an but pour lequel les domaines du Saint-Siège furent occupés par les troupes étrangères? Est-ce là ce que voulait le souverain Pontife lorsqu'il adressa aux puissances catholiques cet appel auquel la France répondit avec une affection si filiale? Est-ce en vue d'un pareil résultat que cette môme France se décida, aux applaudissements du monde catholique entier, qui lui en gardera une reconnaissance impérissable^ A répondre A l'invitation du Pontife? Qui oserait mettre dans la bouche des valeureuses milices rappelées dans leur patrie ces paroles absurdes : « Nous avons été A Rome, an nom de la catholicité, sur l'appel du
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« Pape, qui demandait aide et assistance pour reprendre possesilion de « ses États ; il se trouve anjourd'hu! dépouillé de la plus grande et de <c la plus riche partie de ses provinces, et pour le peu qui lui en reste, « il est nienacé d'une nouvelle spoliation de la part d'un ennemi puis- « sant qui l'entoure de toutes parts; et cependant le but de notre oc-* cupation est atteint ? »
L'honorable ministre qui vient d'être nommé n'a pu, avec sa perspicacité bien connue, ne pas apprécier toute l'horreur d'une telle conclusion. Aussi, dans la dépêche susmentionnée, s'efforce-t-il de légitimer la prémisse de cette conclusion par diverses réflexions, et d'en adoucir la crudité en insistant sur les engagements pris pour mettre le Saint"* Siège à couvert du cOté du Piémont. Il faut donc que je me livre à quelques considérations sur ces différents points.
Les réflexions de M. Drouyn de Lhuys commencent par rappeler qu'au début de l'année 1859, le Saint-Père fit lui-même la proposi* lion de mettre un terme à la présence des troupes étrangères dans ses Étals. On ajoute qu'en 1860 cette même évacuation fut décidée pour le mois d'août, mais que parla suite elle ne put se réaliser, l'obstacle étant venu non de l'opposition de Sa Sainteté, qui n'y mit pas le moindre empêchement, mais des agitations qui se produisirent. Il n'est certes pas nécessaire que je m'appesantisse beaucoup sur ces souvenirs, parce qu'il y a entre les circonstances présentes et celles d'alors une diffé» rence immense et qui est assez manifeste par elle-même. En 1859, non-seulement le Saint-Père était en pleine et entière possession de ses États, non-seulement il était entouré de toutes parts à ses frontières par des puissances amies, mais il ne pouvait pas même avoir le moindre soupçon des attentats sacrilèges dont il fut par la suite la victime innocente. 11 pouvait donc alors penser avec raison que le but de la pré' tencé des armées étrangères dans les États pontificaux était atteint. Si le Saint-Père fut porté à faire la proposition prérappelée, ce n'est pas parce qu'il ne se souciait pas de garder des troupes étrangères dans ses États, ou parce qu'il n'appréciait pas les importants services qu'elles lui rendaient, services pour lesquels il a professé et professera toujours la plus vive gratitude, mais le seul mobile de sa conduite en cette occurrence fut d'empêcher les maux que l'on redoutait depuis qu'il avait été dit en haut lieu que le maintien prolongé des troupes françaises dans les États de l'Église aurait entraîné une guerre européenne.
En 1860, bien que les Romagnes lui eussent déjà été enlevées, le Saint-Père avait encore la paisible possession de la mcj^^^^ partie de ses États, avec une armée suffisante pour y maintenir l'ordre et pour garder les frontières contre les bandes irrëgulières. Non-seulement il avait sa frontière orientale et occidentale assurée contre ses ennemis^ mais celte frontière était même entourée de puissances amies. De plus, le Parlement révolutionnaire de Turin n'avait pas encore exprimé la résolution sacrilège d'obtenir par Tun ou par l'autre moyen la cité de Rome comme capitale du nouveau royaume, et de s'annexer par con-
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Béquent tant TËiat pootiicah Peut-on retrouver lés mêmes garanties dans les circonstances actuelles 1 L^évidence des fiûts me dispense de répondre.
M. Drouyn de Lhnys pense que l'occnpation de Rome produit deux inconvénients, dont l'un est qu'elle constitue une intervention étrangère, et Tautre qu'elle place sur le même territoire deux souverainetés distinctes.
Quant au premier point. Je m'abstiens d'établir que le fameux principe de nùn4iUeroentiùn n'est reconnu ni par le droit naturel, qui en bien des cas commande le contraire^ ni par le droit positif de l'Europe, puisque la France elle-même démontre, au moins en fait, que Ton peut intervenir lorsque quelque raison Texige, ou tout au moins quand on pense qu'elle l'exige.
. J'omets de rappeler que ce principe fut scriennellement réprouvé par le souverain Pontife, arbitre suprême des principes d'honnêteté et de Justice parmi les catholiques, et qui, dans l'allocution consistoriale du 48 septembre 1860, prononça précisément ces paroles : « Nous ne pour- « rions pas nous abstenir de déplorer, entre autres, ce principe funeste « et pernicieux qu'x)n appelle de non-interventionj et que quelques gou* « vemements, par la tolérance des autres, ont récemment proclamé et « même appliqué lorsqu'il s'agit de l'agression injuste d'un gouveme- 4f ment contre un autre;. en sorte qu'il parait que l'on veut s'assurer, « cohtre toute loi divine. et humaine, une certaine impunité et licence « d'assaillir et fouler aux pieds les droits d'autrui, ses propriétés et ses « domaines, comme nous en avons eu des exemples dans ces temps si « calamiteux. Il est vraiment surprenant que le seul gouvernement du u Piémont paisse violer impunément et mépriser pareil principe, puisfc que nous voyons qu'aux yeux de l'Europe entière il envahit avec ses « hordes hostiles les domaines d'autrui et en chasse les princes légi« « times. 11 en résulte cette pernicieuse absurdité, que l'intervention « d'autrui s'admet alors seulement lorsqu'elle a pour but d'exciter « et de fovoriser la rébellion. » J'omets, Je l'ai dit, ces considérations, et d'autres encore^ et j'affirme uniquement que, quelque opinion que l'on se fasse de ce principe dans le sens purement politique, il ne peut aasnrément pas s'appliquer^ dans le cas présent, aux États du Saint- Siège^ par la raison que l'indépendance politique du Chef de l'Église, requise pour la liberté de son ministère apostolique, est de telle nature, qu'elle n'appartient pas seulement à Rome ou à son souverain, mais intéi^sse au même degré tous les États catholiques et même non catholiques. C'est donc là, en majeure partie, une question intérieure pour toutes les puissances précitées, et d'autant plus intime qu'elle touche à la partie la plus délicate de l'homme, qui est la conscience, dans ses rapi^orts avec les relations religieuses.
Or, qui blâmera un État dMntervenir pour une cause qui lui est propre et qui se lie aussi étroitement avec les lois civiles de chaque État? Pour ce qui touche aux personnes, il est hors de discussion que
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toui les catholiques sont fila du Père comnraiD des fidèles et ses sujets dans Tordre spirituel. Comment donc pounait-on dire que ceux-ci sont à son égard des étrangers, et qu'il leur est interdit de voler à son sejcours, alors qu'il se trouve menacé de tous côtés et exposé au danger de perdre son indépendance? C'est donc à bon droit que M. Drouyn de Lbuys écrivait, le 25 novembre 1862, au marquis de Cadore, chargé d'affaires intérimaire du gouvernement impérial à Londres : « Bien que « la France s'incline devant le principe de non-intervention^ elle re- « connatt cependant que la question du pouvoir temporel est de telle « nature, qu'elle ne ressemble à aucune autre, et que les règles d'un tel « droit ne lui sont pas applicables, v Et les paroles mêmes du premier plénipotentiaire au Congrès de Paris, prononcées dans un autre but par le même ministre, n'endettent pas de rappeler que l'un des titres dont se glorifie le souverain de la France est celui de fils aîné de l'Église catholique, et qu'un pareil titre, loin de l'empêcher, de par le principe de non-intervention, de répondre à l'appel du Saint-Siège, emporte môme pour lui le devoir de prêter aide et assistance au souverain Pontife* D'où il est facile de déduire l'origine de l'intervention dont on parle. Il Jaut donc bien comprendre, à cause du motif exposé ci-dessus, que le Pontife romain ne peut, vis-à-vis de chaque État, se considérer dans un rapport pareil à celui de tout autre prince purement politique ; ses possessions territoriales ne peuvent pas être assimilées non plus à celles de toute autre puissance* C'est pour cela qu'on ne saurait, sans aboutir au renversement complet des idées et sans s'exposer aux désordres les plus graves dans la sphère d'action, appliquer au Pontife et à sa souveraineté temporelle les principes, vrais ou faux, que l'on veut établir conmie règle de conduite internationale pour les États laïques* Le lien religieux qui unit d'une part le souverain Pontife avec tous les États où vivent des catholiques, et qui lie, de l'autre, sa souveraineté temporelle à l'indépendance qui lui est nécessaire pour accomplir librement son très-haut ministère, établit une différence essentielle entre ces rapports, et fait au gouvernement romain une situation particulière vis-à-vis des autres puissances, qui ont un intérêt commun et vital pour chacune d'elles à maintenir ce gouvernement dans les conditions de son existence politique.
. Le second inconvénient allégué, touchant la coexistence de deux souverainetés sur le même territoire, est encore plus difficile à concevoir. En effet, si les troupes françaises sont à Rome pour Tunique but de défendre et de protéger la souveraineté temporelle du souverain Pontife, leur présence, tant qu'elles se maintiennent dans les limites de leur mission, emporte plutôt, paralt-il, la négation de l'idée de deux souverainetés coexistantes. Protéger efficacement la souveraineté d'un prinpe, c'est protéger l'exercice indépendant de son pouvoir suprême, et cette protection exclut précisément la présence dans ses États d'une souveraineté distincte de la sienne. Loin donc de trouver ici la nature des choses en opposition avec le bon vouloir des personnes, il semble,
au contraire, que ce bon Touloir trouTe dans les nécessités de la sitaafkMi présente la règle de sa propre conduite. En suivant cette voie si naturelle et si clairement tracéCi les conflits de juridiction dont parle la dépêche sont impossibles, à moins qu'on ne veuille entendre par conflits de Juridiction certains froissements qui peuvent se produire dans la pratique^ froissements déplaisants assurément, mais qui sont presque inévitables partout où existent des garnisons étrangères ou mixtes. Tout gouvernement sage sait apprécier à sa juste valeur le caractère de ces conflits et contribuer & les aplanir par ses intentions conciliantes. Ainsi disparaissent tous les motifs d'antagonisme entre le devoir, que le ministre attribue avec raison aux généraux en chef, de veiller avec le plus grand soin à la sûreté de leur armée, et le devoir qui incombe aux représentants de l'autorité pontificale^ de conserver intactes, dans les actes de l'administration intérieure» l'indépendance et la dignité du gouvernement pontifical. En présence de missions aussi essentiellement distinctes, on n'aperçoit pas ce qui, dans la force de leur nature intrinsèque, pourrait donner lieu à une opposition quelconque. D'autant plus, qu'à part la différence des attributions, leurs buts respectifs s'accordent parfaitement entre eux et ne présentent aucune incompatibilité. Si rien ne peut tenir plus au cœur des représentants du Saint-Siège que la sûreté de l'armée qui a pris à tâche de protéger l'autorité pontificale, rien ne peut être plus agréable aux généraux en chef que de voir maintenir dans l'administration intérieure du pays l'indépendance du gouvernement qu'ils ont, avec leur armée, le devoir de protéger et de maintenir. La nature des choses ne peut donc être cause d'aucun conflit de juridiction sérieux, et nous pourrions rappeler ici avec éloge des circonstances et des personnes qui fur^t longtemps exemptes de toute espèce de différends de cette nature. Si parfois il y a lieu de faire quelques remontrances ou d'élever des réclamations, il est certain que le gouvernement impérial ne blAmera pas les représentants pontificaux d'avoir été jaloux de l'accomplissement de leur devoir, qui était de maintenir l'indépendance de leur propre prince dans les actes relatifs à son autorité souveraine. « Finalement, M. le ministre signale comme un des inconvénients dérivant de l'occupation de Rome la différence de politique des deux gouvernements, ceux-ci n'ayant ni les mêmes aspirations ni les mêmes principes. M. le ministre n'allègue ici aucun fait particulier, et je ne vois pas dans cette vague affirmation à quelles aspirations ni à quels principes on fait allusion. Voulant cependant dissiper toute équivoque sur cette proposition^ je dirai que, si l'on entend parler de principes purement gouvernementaux et dont l'application est opportune, chaque pays et chaque État a ses exigences particulières, résultant des mœun, des habitudes, des circonstances, et les meilleurs juges sous ce rapport sont sans contredit les gouvernements locaux. La différence que peuvent présenter ces règles de gouvernement, comparées & celles d'autres nations, ne peut servir de base à une critique raisonnable, puisqu'il est
aOTembre.l DÉPÊCHE DU CARD. ANTONBLLI SUR LA GONV. DE SEP. 385
adcnii que, le sujet étant différeut^ la prudeace exige que l'action de celui qui gouTeroe varie suivant les besoins. particuliers du si^et luimême. Du reste, quand la France répondit généreusement à Tinvitalion du souverain Pontife, on n'ignorait pas quel était le caractère du gouvernement pontifical, et M. Drouyn de Lbuys a lui-môme reconnu que^ si TÉglise a ses codes et son droit particulieri elle les a en raison de sa nature propre. Que ce droit» loin d'exclure la vrde civilisation et le vrai progrès^ en ait été toujours, au contraire, la sauvegarde et le propagateur, c*est ce que Thistoire prouve avec la dernière évidence. D'autre part, ses règles, dont on a pu dire eu effet qu'elles ne sont pas seulement propres aux temps actuels, puisqu'elles conviennent à tous les temps, ne répugnent certainement pas aux consciences vraiment catholiques.
Que si Ton fait allusion aux. principes fondamentaux de Tordre social, tels que seraient la liberté de consden^ce, la liberté des cultes et d'autres principes semblables qu'on a coutume d'appeler le dmt novk' veauy le Saint-Siège a manifesté plus d'une fois la réprobation de ces principes dans leur sens absolu, et en tant qu'on veuille y voir une règle de justice naturelle. Si parmi eux, en fait, il en est un qui peut être toléré, ce ne peut être que comme tempérament dicté par les nécessités locales et personnelles des gouvernements qui, pour éviter de plus grands maux, sont contraints d'établir leur organisme civil et leur législation suivant un système d'idées qui, bien qu'il ne réponde pas à l'ordre de parfaite harmonie sociale, teLque Dieu Ta voulu, est cependant le plus conforme aux circonstances particulières dans lesquelles se trouve un peuple donné ou une nation déterminée. Je ne puis croire que M. le ministre ait eu ces principes en vue quand il a fait remarquer la divergence d'opinion entre les deux gouvernements, car c'est le devoir de tout bon catholique de conformer relativement à cette doctrine sa manière de voir aux décisions de celui qui a été donné par Dieu même aux nations comme guide et comme maître non^seulement pour ce qui appartient à la foi, nuds encore pour tout ce qui concerne la morale et la Justice. Je n'insisterai pas davantage sur ce point, puisqu'il doit être placé hors de toute discussion. Et cela suffit pour ce qui regarde les réflexions contenues dans la dépêche susmentionnée. Je passe maintenant aux engagements que Ton dit avoir été pris pour assurer la souveraineté du Saint-Siège dans le cas de la retraite partielle des troupes françaises.
Et ici, pour ne pas trop m'écarter de l'objet principal de cette discussion. Je suis contraint d'omettre diverses choses. C'est ainsi que je passe sous silence tout ce qui, dans la dépêche susénencée, concerne les heureux changements du gouvernement piémontais à l'égard de Home, et la direction plus conforme aux devoirs internationaux donnée à sa politique à l'égard du Saint-Siège. Les faits qui se sont produits dans ces dernières années Jusqu'aujourd'hui fournissent un critérium certain pour Juger ce qui en est. Mais, quoi qu'il en soit sur ce point Annales eeclée, 25
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ce qui est certain, c'est que le Saint-Siège se trouvera abandonné à luimôme, après avoir été réduit & une situation où les moyens internes lui manquent pour ainsi dire entièrement ; il est certain encore qu'il se trouve exposé à la menace continuelle de dangers extérieurs qui le mettent mal à Taise et font planer de grandes incertitudes sur la défense du territoire qui lui reste. Pour ce qui est de Tintérieur, chacun voit que les possessions actuelles du Saint-Siège n'offrent qu*un tout disproportionné, un organisme dont les parties essentielles ne sont plus en harmonie. Une grande capitale comme la ville de Rome, prirée de ses meilleures et de ses plus riches provinces^ ressemble à une tête sans corps ou à un corps de nain dont les organes vitaux ne peuvent servir qu'à une nutrition assez imparfaite et à une respiration asthmatique. Ce fatal démembrement n*a pu s*opèrer sans apporter des embarras très-sérieux à Faction régulière du Gouvernement. A part plusieurs autres incommodités que je néglige, bien qu*elles ne soient pas légères, il s'en présente deux très-graves, dont il faut faire ici une mention spéciale.
Le susdit démembrement a eu pour première conséquence d'amener un désordre considérable dans la situation du trésor public. En effet, outre la détresse résultant nécessairement de la diminution des rentes, outre les grandes dépenses que le gouvernement pontifical est contraint de faire pour maintenir les employés publics, dépenses qui étaient naguère supportées par tout l'État, tout le monde sait comment, nonobstant la cessation des avantages provenant des provinces usurpées« il est néanmoins resté à la charge du Saint-Siège non-seulement les traitements des nombreux agents du service public qui lui sont restés fidèles, mais encore la dette publique entière, à laquelle contribuaient d'abord les revenus de tous ses États.
11 est vrai que le Denier de Saint-Pierre et l'emprunt catholique ont été Jusqu ici le moyen prodigieux à l'aide duquel le Saint-Siège s'est troi)vé piovidentiellement en mesure de satisfaire à ses propres obligations ; mais il est vrai aussi qu'un pareil moyen, outre qu'il est de telJe nature qu'il peut ne pas répondre toujours aux besoins, est d'autre part précaire, incertain, et ne peut en aucune façon être regardé conune normal ; de plus, on ne réussit pas toujours à obtenir des emprunts, et ceux-ci» dans tous les cas, ne font qu'aggraver la situation financière, à cause des intérêts qui doivent inévitablement être payés.
L'autre dommage très-grave qui est occasionné par la privation des provinces envahies, est la difficulté extrême qu'éprouve le gouvernement pontifical à se former une garnison suffisante de troupes indigènes, attendu l'exiguïté du territoire qui lui reste. Il pourra, il est vrai, réparer ce dommage en soudoyant des troupes étrangères, selon le droit qui appartient à tout gouvernement, et surtout au souverain Pontife, dont tous les peuples, on Ta dit avec raison, sont ses fils en Jésus-Christ. Mais, quelque incontestable que soit un tel droit, le dérangement déjà mentionné et l'état précaire des finances pontificales montrent clairement > dans quelles limites se restreint l'exercice qu'il en peut faire.
novembre.] DÉPÊCHE DU GABB. ÂNTONELLI SUR LA CONV. DE SEP. 887
Or, ne Yoit-on pas à quels dangers extérieurs se trouvera exposé un État réduit à une telle gêne à Tintérieary et si pauvre de moyens de dé* fense ? Il se voit comme enfermé dans un cercle de fer^ comme bloqué de toutes parts par les possessions usurpées par ce môme gouvernement^ qui non-seulement, à la suite de rébellions soudoyées et soutenues, et d'invasions armées violentes, Ta réduit à une si misérable condition, mais a, de plus, par un acte solennel, déclaré à la face du monde entier vouloir consommer son usurpation en s'emparant du lieu saint où siège et règne depuis des siècles le vénérable successeur de saint Pierre ! Ce vote sacrilège non-seulement n'a pas été retiré par la convention susmentionnée., mais même depuis celle-ci les représentants de ce gouvernement ont publiquement déclaré, de vive voix et par écrit, qu'il subsiste et dure toujours. Aujourd'hui, en admettant rhypothèse que, pour une raison quelconque, on n'en vienne pas à une nouvelle invasion armée, à laquelle certainement il serait impossible de résister de notre côté, il n'est pas croyable que ce vote, prononcé avec tant de force et maintenu avec tant d'obstination, doive rester lettre morte. Et de fait, si les simples assertions calomnieuses insinuées par le plénipotentiaire piémontais au Congrès de Paris sur l'administration des Romagnes^ furent le germe de la révolte qui, trois années après, s'imposa là à la majorité des bons citoyens, il n'est certes pas déraisonnable de croire qu'un pareil vote, discuté, émis et sanctionné avec autant de solennité dans un Parlement public, sera une source perpétuelle de révolutions et une menace permanente pour la tranquillité du pays.
Les partisans de ce programme ont déjà déclaré qu'ils prétendent le réaliser par les moyens moraux, et il n'est pas besoin d'expliquer Ion* guement ce que sont de tels moyens dans la pensée de ce goover* nement. Certainement, par de pareils moyens moraux on doit entendre d'abord ceux qui ont déjà été employés au préjudice du Sdnt-Siége, par celui-là même que le gouvernement piémontais avait accrédité comme ministre à Rome, et de qui Ton devait attendre toute autre chose que la trahison. Ces moyens moraux, ce sont encore ceux que le gouvernement piémontais a employés en provoquant et protégeant secrètement l'expédition dirigée contre la Sicile, ce qui ne l'a pas empêché de soutenir devant la diplomatie qu'il n'en savait rien du tout et qu'il voulait môme l'empêcher. Parmi ces moyens on doit compter encore ceux du général Fanti, quand il laissa pénétrer dans les Marches et dans rOmbrie des bandes de révolutionnaires dont le but était d'essayer do soulever les villes dans lesquelles ils s'introduisaient; après quoi ce même général intimait au commandant des forces pontificales qu'il se croirait en droit de pénétrer avec son armée dans les États de l'Eglise si l'on réprimait par la force les manifestations nationales. Personne ne pourra empêcher le gouvernement de Turin d'employer ces moyens et d'autres semblables, puisqu'il s'en est réservé expressément le droit. H ne lui sera certainement pas difficile de faire pénétrer par un point
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quelconque de la frontière, qu'il peut violer à son gré de tous côtés des bandes disséminées, des armes et de l'argent, en se bornant à prot«8ter ou môme en faisant le simulacre de s'y opposer. De son cOté, le gouvernement pontifical ne pourra pas, ponr^éviter cet envahissement, former un vigoureux et solide cordon qui entoure de toutes parts les confins de son territoire actuel, vu Timpossibilité où il se trouve de mettre sur pied, comme nous l'avons dit plus haut, une milice assez nombreuse. A part cela, dira-t-on qu'il serait difficile aux émissaires d'un gouvernement ennemi d'exciter dans telle ou telle ville sujette do Pontife romain des démonstrations publiques, en recourant à l'intimidation, à la ruse, aux séductions et à For ? Que fera dans un tel cas le gouvernement du Saint-Siège ? Laissera-t-il ces manœuvres se pratiquer impunément? I^ force morale, dira-t-on alors, a décidé contre la souveraineté temporelle du Saint-Siège. Les réprimera-t-il avec vigueur ? On y trouvera un prétexte pour dire qu'un gouvernement qui ne peut se soutenir autrement que par l'usage continuel de la force matérielle est inconciliable avec la civilisation moderne. La fable assez connue du loup et de l'agneau peut servir d'enseignement dans le cas qui nous occupe.
. L'évacuation du territoire pontifical aura ainsi pour résultat, dans les conditions où l'ont réduit les usurpations piémontaises, de l'exposer aux vexations continuelles de l'ennemi qui le tient enserré de toutes parts, à des embûches, à des perturbations continuelles. La petite armée du Saint-Siège ne pourra que se transporter inutilement sur les différents points de la frontière pour chasser les bandes d'envahisseurs, qui trouveront sur le territoire ennemi un refuge commode, Jusqu'à ce qu'arrive une grande irruption de l'armée régulière^ qui finira bien par découvrir quelque prétexte pour renouveler l'odieux précédent de Gastelfidardo. Et quand même la généreuse et magnanime France se déclarerait prête à accourir ensuite à main armée pour reprendre au Piémont sa proie, cela n'empêcherait pas que, dans l'intervalle, le Pontife, son gouvernement et ses sujets fidèles n'eussent été en butte à des désordres et à des malheurs incalculables.
Peut-être supposera-t-on que le gouvernement ennemi aurait, pour nous ne savons quel motif, renoncé non-seulement à l'usage de la force contre l'Etat pontifical, mais même à celui des moyens excitateurs de la révolte. Voyons si, dans cette hypothèse, la sécurilé de l'État pontifical serait suffisamment garantie de ce côté. Assurément non. Ne sait-on pa^ que dans tout pays soumis aux usurpations du Piémont il existe un parti qui a coutume aigourd'hui de s'appeler parti d'action^ lequel parti, professant des idées souverainement révolutionnaires, rend les plus utiles services à cette étrange espèce de soi-disant conservateurs, qui veulent eux-mêmes la révolution, mais modérée. Ceux-IA, dont on connaît la violence implacable et les aspirations impatientes, ne sauraient certainement pas rester en repos, abrs surtout que le vote dit national que nous avons rappelé ci-dessus est toujours pour eux conmie
novembre.] DÉPÊCHE DD CABD. ANTONELU SOH LA GONV. DE SEP. 8S9
un éperon aigu attaché à leurs flancs, comme un souffle puissant qui excite leurs cupidités insatiables. Or, si ce parti est à peine et difficile* tnent réprimé dans d'autres États qui disposent de forces imposantes, que sera-ce s'il fait irruption dans le faible État pontifical ? On empêchera difficilement qu'il ne fasse naître quelque grand tumulte là où ses machinations auront trouvé le moins de résistance, et alors le roi de Piémont se croira autorisé à intervenir sous le prétexte de la défense du Saint-Père ou du rétablissement de Tordre et de la trao* quillité publique, et le but inique sera ainsi atteint.
Un antre prétexte d'interTention probable se présente dans le cm suivant. Les bandes de malfaiteurs, qui sont aujourd'hui le produit de la réaction excitée par l'annexion violente du royaume de Naples» notre voisin, molestent continuellement les frontières pontificales. La répression de ces bandes a occasionné jusqu'aujourd'hui au gouvernement du Saint-Siège de grands sacrifices sous tous les rapports, et a été de la part des troupes piômontaises, nonobstant la présence de l'armée française et la désapprobation de ses chefs, Toccasion de fréquentes ▼iolations du territoire. On comprend aisément combien plus graves et plus fréquentes seront nécessairement les violations susdites après l'évacuation des milices françaises, étant donnée la petitesse de l'armée pontificale, à peine suffisante à la sûreté intérieure. 11 en résultera de nombreux conflits et des réclamations incessantes; et déjà l'on sait par expérience quelle solution de pareilles contestations reçoivent toujours de la part de celui qui a la force de son côté.
Hais allons plus loin et supposons que le gouvernement piémontais ne veuille user ni des armes, ni des menées révolutionnaires, ni de prétextes d'intervention. Nous croyons, en effet, qu'au moins au commencement il voudra faire parade de sa modération et garder les apparences du bon voisinage. Eh bien, dans ce cas, la tactique qui sera suivie nous a été révélée par ceux qui sont mêlés au complot et qui n'ont pas craint, dans leurs écrits, de dévoiler eux-mêmes leurs plant. Ils disent : Ce n'est pas nous qui devons aller à Rome, mais c'est Rome qui doit venir à nous, et cela en rendant impossible le gouvernement pontifical. Ce but devra être atteint non pas en troublant le calme matériel, mais en travaillant à la décomposition du pays, en suscitant des difficultés dans les finances, dans l'administration, dans l'exercice de la justice, et en excitant, par des promesses et de l'argent, les soldats à la désertion. En vue de cette œuvre honteuse, on a même déjà acheté plusieurs individus qui reçoivent des pensions mensuelles payées par les auteurs et par les fauteurs de ces menées sacrilèges. C'est contre dé telles embûches, contre des machinations aussi perfides que le gouvernement pontifical doit lutter, seul et pour ainsi dire sans défense. Sans doute, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour éventer les trames iniques; mais, s'il ne réussit pas dans cette entreprise difficile, à qui en sera la faute ? au gouvernement pontifical, qui n'a pas su opérer des prodiges, ou à celui qui l'a conduit petit àpetit à de si dures extrémités ?
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Nous comprJnoni parfaitement les artifices que Ton emploira pour rejeter sur le gouTernement pontifical lui-même l'imputation des coDsé* quences, peut-être plus terribles qu'on ne pense, d'un état de choses aussi irrégulier. On dira que le Sdnt-Përe devait s'entendre amiablement avec ce qu'on appelle le gouvernement italien. Hais si quelqu'un a l'intention de vous dépouiller, comment pourrez- vous vous mettre d'accord avec lui autrement qu*en lui cédant tout ce qui vous appartient ? Si l'on avait pu se faire encore des illusions A cet égard, elles auraient élô complètement dissipées par un fait très-récent, sur lequel on n'a pas manqué de fonder un avenir imaginaire et qui a montré l'inanité de ces projets de conciliation. Cédant à un mouvement généreux et vraiment digne de son caractère de Pontife, le Saint-Père lui-même provoqua, il y a quelque temps, des pourparlers dans un but purement religieux, pour apporter quelque allégement aux souffrances de l'Église catholique. Tout le monde sait comment il fut répondu à cet appel, dont le résultat négatif ferma la voie A tout arrangement raisonnable. Il ne faut pas s'en étonner, si l'on considère les conseils qui prévalent dans ce gouvernement. Peut-on espérer de celui qui a pris la Révolution pour guide A Turin, qu'il arborera un autre drapeau à Florence? Ce qui importe surtout au parti révolutionnaire, c'est de détruire le règne social du catholicisme ; il ne pourra donc pas s'arrêter avant de voir abattu de fait le domaine temporel, qui est le boulevard et la force de ce règne.
Un autre artifice encore sera employé contre le Saint-Siège, pour faire tomber sur lui la faute des événements, et déjà la presse nous en a donné des indices.
On prétendra successivement réclamer pour les habitants du territoire désormais microscopique demeuré au Saint-Siège l'une ou l'autre réforme, en vertu de laquelle Pautorité temporelle du souverain Pontife se réduirait à être purement nominale, et par suite de laquelle aussi Rome deviendrait, sinon le siège, au moins la propriété du roi de Piémont. Et comme le Pontife devra se refuser entièrement A cette concession, à cause principalement du but de ceux qui la demanderont, on criera A l'obstination et à l'imprévoyance ; et l'on attribuera à ce refus les protestations qui suivront. Ce stratagème n'est pas nouveau, et déjà il a été employé avec quelque succès dans d'autres circonstances. On compte d'autant plus sur la réussite de ce moyen que Ton raisonne ainsi : Ou bien le souverain Pontife cédera à cette pression, et alors i\ perdra le reste de ses États, sinon nominalement, au moins en réalité; ou bien il résistera, et alors on aura un prétexte pour le dépouiller d'une autre manière, en faisant plus facilement retomber la faute sur lui.
Cet exposé des périls et des menées auxquels est abandonné le Saint-Père, sans qu'il puisse leur opposer des moyens de défense sérieux, doit infailliblement mettre l'Europe et le monde en mesure d'apprécier l'état réel des choses et de rendre justice au Saint-Siège,
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en recoonaissant qu'il ne peut encourir ancau reproche du chef des évéDemenls à venir, quels qu'ils puissent être. La crise actuelle constitue la plus grande épreuve à laquelle pouvaient être soumises la sûreté et Viodépendance du Saint-Si^ge; cette épreuve dépasse même celle qu'il a traversée en 1848. Alors une faction peu nombreuse en Italie^ méprisée par tous les gouvernements sans exception, attenta à la souveraineté du Pontife suprême ; tous savent ce qui en est advenu. Aujourd'hui^ parmi les gouvernements eux-mêmes, il y en a qui s'unis* sent aux factions perturbatrices et cherchent par tous les moyens à arriver aux mêmes fins. Youdra-t-on supposer qu'ils ne réussiront pas, ou que le souverain Pontife dispose aujourd'hui de moyens de résis-* tance plus puissants ?
D'après ces considérations, il vous sera aisé de vous rendre un compte exact de la nature et de la gravité des dangers auxquels se trouvera exposé le S/iint-Père après le départ des troupes françaises de Rome. J'ai voulu vous en faire un exposé plus étendu, afin qu'il vous serve de guide dans les entreliens que vous aurez avec les gouvernements étrangers au sujet de l'impression que fait au Saint-Siège le départ des troupes susmentionnées, et afin que Ton ne puisse pas croire que le Saint-Père lui-même se fait illusion sur les véritables intentions de ses ennemis. 11 attend les périls indiqués ci-dessus avec cette tranquillité d'âme que lui donne la conscience de ne pas les avoir provoqués; mais si, à Taide de toutes les forces qu'il pourra réunir, il ne réussit pas à éloigner les déplorables conséquences qui en peuvent résulter, il est bien manifeste que la faute en devra être attribuée à d*autres que lui.
Dans cette intention, je vous confirme les sentiments de mon
estime la plus distinguée.
Rome, 19 novembre 1865.
(Signé) G. Antonelli.
P. S. Je reçois à l'instant un télégramme contenant le discours par lequel le roi de Piémont a inauguré hier le nouveau Parlement de Florence ; la teneur de ce discours est plus que suffisante pour faire entrevoir quelles sont les véritables intentions de ce gouvernement.
Déeembre.
tt. — Mort, à Cologne, du chanoine Adolphe Kolping, né le 8 décembre 1813 à Rerpen, près de Cologne, et fondateur de l'œuvre du compagnonnage catholique en Allemagne.
lO. — Mort de Léopold I*', roi des Belges. Il était protestant. Il a pour successeur son fils Léopold II, qui est catholique.
19. — A Rome, mort du cardinal Louis Ciacchi, né à Pesaro le 16 août 1788, créé cardinal par Grégoire XVI, le 12 février 1838.