ANlfALES ECCLÉfilASnQtJBS. [îSSb
!•• — Dépôche de M-Drouyo de Lhuys aa ministre de France,
à Fiorenee, M. le baron de Maiaret :
Monsieur le baron, il est revëDU au gouYernemeot de Sa Majesté que le cardinal secrôtûre d*État aurait adressé aux envoyés diplomatiques de Sa Sainteté une dépêche-circulaire à Toccasion du départ d'une partie de nos troupes. Si mes informations sont exactes, ce document, se lirrant à des prévisions et à des méfiances que nous nous plaisons à considérer comme étant sans fondement, annonce et trace à ravaoce les envahissements futurs du gouvernement italien, et lui attribue des menées et des excitations tendant à renverser le pouvoir du Pape.
Vous voudrez bien, monsieur le Baron, déclarer dans les ternies les plus formels au gouvernement italien, au nom de l'Empereur, que Fhonneur de Sa Majesté, non moins que celui du roi Victor-Emmanuel, est engagé à donner à ces prédictions un éclatan tdémenti. Vous savex quelles sont, en ce qui concerne l'exécution de la Convention du 1^ septembre, les vues et les résolutions du gouvernement de l'Empereur.
Je suis d'avance assuré que les nouvelles déclarations que vous ferez entendre seront de nature à ne laisser aucun doute à cet égard dans l'esprit du gouvernement italien.
•t. — Le ministère italien donne sa démission; le généra! La Marmora est chargé de former un nouveau cabinet, dans lequel entre M. Scialoja comme ministre des finances.
t5. — Pie IX répond à peu près en ces termes aux félicitations que lui adresse le Sacré-Gollége :
« Agréant les félicitations du Sacré-Gollége, Pie IX désire en retour aux princes de TËglise qui le composent toute prospérité. Il a toujours, lui, le Pape, depuis son exaltation au trône de saint Pierre, trouvé en eux un soutien fidèle, et tel il le trouve en ce moment, tel il le trouvera jusqu'à la fin. L'Église a, de tout temps, subi de grandes épreuves. Ces épreuves font sa force. A peine née, elle a dû lutter contre la cruauté des empereurs païens, contre l'orgueil des philosophes, contre la perversité des hérétiques, puis contre la sauvage fureur des Barbares, contre la rage fanatique des musulmans. Mais dès qu'on les croit finies, ces luttes recommencent; et l'on est à cette heure en présence des hérétiques et des philosophes, qui se ruent sur TÉglise comme pour la détruire de fond en comble. C'est de tous les points à la fois; la lutte est universelle^ formidable; c'est la reproduction de la tempête qui assaillait la barque sur le lac de Génézareth, cette tempête pendant laquelle le Seigneur dormait*
« Jésus semble dormir aujourd'hui. Nos prières, nos souffrances n'ont pu le réveiller. Nos fautes^ peut-être, et peut-être aussi les desseins in* sondabies de sa Providence prolongent-ils le sommeil. »
dteémbre.] LA RUSSIE DÉTRUIt LE CATHOLICISME EN POLOGNE. 393
leî, disent les oorrespondaàces, le Saint-Père a dépeint avec toevgie et en traits fort Tifs les mamrqa^enâurent les fidèles amis du Saiot-*Sîége, les perfidies dont l'Église est victime, perfidies sMîcraes de toute sorte 'de scandales, et il a ajouté :
ft Des hommes éminemment profanes ont mis dans la bouebe d*un roi ces paroles : L'avenir est aux mains de Dieu. Eh bien ! nous répétons avec un esprit chrétien ces paroles^ et nons attendons, nous appelons cet avenir, sans en vouloir pénétrer l'heure et le secret, sachant seulement que Dieu fait souvent servir les causes secondes à l'accomplissement de ses desseins.
« Les prophètes avaient annoncé que le Christ naîtrait à Bethléem, et l'Empereur, en ordonnant le recensement de l'Empire, qui contraignit la Vierge Marie à quitter sa demeure, était bien loin de se croire un ministre de la volonté divine. » (Pie IX^ continuant, a ajouté qu'en attendant l'heure voulue de Dieu, il fallait se préparer, selon la parole de Jésus-Christ : Vigilate et orale.) « Veillons en servant d'exemple à notre prochain par les vertus chrétiennes, par la chaiité, par la patience, par le pardon des ennemis, par la fermeté dans les persécutions. Et prions, parce que la prière est le plus sûr moyen d'appeler sur nous les grâces dont nous avons besoin.
« Le sommeil du Christ sera passager, et le jour viendra où le Christ, se levant, commandera aux vents et à la mer, et il se fera un grand calme. TranquiUitas magna,,» »
« J'ignore ce qui m'est réservé, mais j'espère que plusieurs de ceux qui m'entourent seront témoins un jour du triomphe qui ne fait Jamais défaut à la cause de Dieu* »
M. — La reine d'Espagne ouvre la session des Cortès nouvellement élues, et prononce un discours dont voici le passage relatif à la question romaine :
« Des raisons de diverses natures, basées sur les intérêts et les sentiments permanents de la nation, m'ont engagée à reconnaître le royaume d'Italie. Cette reconnaissance n'a pas pu afifaiblir mes sentiments de profond respect et d'attachement cordial pour le Père commun des fidèles, ni diminuer ma ferme résolution d'avoir l'œil sur les droits appartenant au Saint-Siège. »
%9. — A Rome, à la réception des ambassadeurs par le Saint- Père, M. de Meyendorff, chargé par intérim des affaires de Russie, se montre plein d'insolence vis-à-vis du Pape. Ayant dit que la Pologne continuait à donner de l'embarras au gouvernement russe et que le clergé se montrait surtout hostile à l'empire, le Pape fit observer que, cependant, le gouvernement russe avait apporté tout le soin voulu dans le choix des évéques catholiques ; que
394 ANNALES EGGLISIASTIQUES. [t86&
révéque de Ghelm, par exemple, et l'évéque de Varsovie avaient été proposés par ce gouvernement ; qu'il n'y avait pas de la faute des catholiques si aujourd'hui le gouvernement ne voulait plus de révéque de Chelm, avait exilé l'archevêque de Varsovie, avait exilé aussi le vicaire-capitulaire de ce diocèse, et si le chapitre enfin, fidèle à son devoir, refusait de nommer un'autre vicairecapitulaire.
Sur ce, M. de Meyendorfr répondit avec beaucoup d'insolence, et une insolence directement offensante pour le Pape, qu'après tout le gouvernement s'était trompé sur ces personnages, et qu'après les avoir choisis il les avait trouvés indignes; qu'il arrivait à tout le monde de se tromper; que le Saint-Père luimême s'était bien trompé au sujet de Passaglia et du cardinal d'Andréa; qu'au surplus il avait eu, lui Meyendorff, à constater que la cour de Rome était toujours mal informée sur les événements de Pologne.
Pie IX, réprimant l'indignation qu'un tel langage faisait éprouver à son âme apostolique, reprit doucement que la question n'était point de savoir si la cour de Rome était bien ou mal informée et si lui. Vicaire de Jésus-Christ, s'était ou non trompé, mais qu'il résultait de l'ensemble des faits présents, autant que de ceux dont l'histoire a coûté tant de larmes à TÉglise romaine, que la Russie s'applique avec une persévérance inexorable à détruire le catholicisme dans le royaume de Pologne.
Et le diplomate, s'échauffant, s'écria : C'est la Révolution, Saint- Père, que la Russie s'attache à détruire^ et ce n'est pas notre faute si la Révolution et le catholicisme ne sont qu'une même chose.
Alors Pie IX, se levant de son siège avec une dignité suprême, dit froidement : Monsieur, j'ai pour votre maître la considération et les égards que les souverains se doivent entre eux. On le dit tolérant, mais sa tolérance ne va pas certainement jusqu'à supporter que son représentant m'insulte chez moi... Sortez.
M. de Meyendorff demeura atterré. Il sortit à pais lents et alla s'enfermer chez lui pour raconter peut-être à sa manière, c'està-dire à la manière moscovite, à son parent Gortschakoff, la scandaleuse scène qui venait de se passer. Pendant ce temps, le Pape chargeait son secrétaire d'État d'informer la nonciature de Vienne.
K — Sont nommés, par décret impérial, M. l'abbé Grimardias, archiprêtre de Notre-Dame de Clermont, à l'évêché de Cahors ; M. l'abbé Bécel, archiprêtre de Saint-Pierre de Vannes, à l'évêché de Vannes, en remplacement de M'' de Gazailhan, démissionnaire.
1. — A Paris, le nonce, au nom du corps diplomatique, adresse à l'Empereur les paroles suivantes :
« Sire,
« Le corps diplomatique est heureux de vous renouveler son hommage très-respectueux à l'occasion de la nouvelle année.
« A cet hommage, qu*au nom de tous les membres du corps diplomatique réunis auprès de Votre Majesté, j'ai Fhonneur de lui offrir, chacun de nous s'empresse de joindre en ce jour solennel l'expression des vœux qu'il forme pour le bonheur de Votre Majesté, pour celui de S. M. l'Impératrice et du Prince Impérial, et pour la prospérité de la France.
L'Empereur a répondu :
0 Tous les ans, à pareille époque, nous faisons un retour vers le passé et nous jetons un regard vers l'avenir. Heureux si nous pouvons, comme aujourd'hui, nous féliciter ensemble d'avoir évité des dangers, fait cesser des appréhensions, resserré les liens qui unissent les peuples et les rois 1 Heureux surtout si l'expérience d'événements accomplis nous permet d'augurer pour le monde de longs jours de paix et de prospérité 1 Je remercie le corps diplomatique des félicitations qu'il veut bien m'adresser à Toccasion du jour de l'an. »
— A Rome, Pie IX répond à peu près en ces termes aux vœux de bonne année présentés par le général de Montebello, commandant en chef l'armée française d'occupation :
0 J'accepte avec plaisir les vœux offerts par votre général. Comme toutes les années, Je vous donne ma bénédiction apostolique. On m'a
dit, on m'a répété que l'armée française devait quitter Rome C*est
donc pour la dernière fois que J'ai la satisfaction de vous donner cette bénédiction; aussi je vous la donne avec tout mon cœur, la plus large, la plus complète, la plus remplie d'affection et d'amour.
« Je vous rappellerai une parole du grand apôtre saint Paul : Scio quoniam intrabunt post discessionem lupi rapac€s..,f et, l'appliquant aux
circonstances présentes, Je la traduis ainsi : Je sais qu*aprês votre départ les bêtes farouches entreront... Alors Je serai comme Jésus-Christ avant de monter au Golgotha, lorsqu'il pria au jardin de Gethsémani et qu'un ange Tint le consoler... Je suis trop misérable pour être comparée Jéaua- Christ... Cependant^ moi aussi Je prierai pour obtenir des consolations; je prierai pour cette pauvre Italie, dont on a fait une terre malheureuse, et qu'on a précipitée dans un abime de misère, d'impiété et d'irréligion... Mais Je m'éloigne du sujet que je me suis proposé... Je prierai, dis-je, pour la France^ pour tonte l'armée française, que j'estime, pour la famille impériale; Je prierai pour tous touS;à qui Je dois tant.
« Que Dieu donc, que Dieu le Père, auteur de tout bien, tous bénisse ; que le Fils, sagesse éternelle du Père, tous communique cette sagesse si nécessaire au milieu des difficultés de la Tîe ; que le Saint-Esprit, amour éternel du Père et du Fils, tous communique cet amour, afin que TOUS tous aimiez les uns les autres l »
«. — Le ministre de France à Florence, M. le baron de Ma* làret, envoie la dépêche suivante à M. Droujn de Lhuys, ministre des affaires étrangères :
Monsieur le ministre, ainsi que j*ai eu l'honneur de vous le mander, j'ai jugé à propos d'attendre la constitution définitive du nouveau Ministère pour appeler l'attention du général La Marmora sur voire dépêche du 19 décembre. Son Excellence m'a dit que l'Italie s'étaut engagée à exécuter loyalement la Convention du 15 septembre, personne n'aTait le droit de supposer au gouTcrnement du Roi l'intention de manquer à sa parole. Il a, d'ailleurs^ ajouté qu'il n'avait aucune difficulté à déclarer une fois de plus qu'il désaTOuait, sans exception aucune, les projets et les sentiments attribués à celui du roi d'Italie.
J'ai répondu à M. le président du conseil que le gouTernement de l'Empereur n'avait jamais cessé d'avoir la plus grande confiance dans la loyauté du gouvernement italien, et qu'il croyait lui donner une nou- Telle preuTe de cette confiance en le mettant au courant de tous les incidents qui peuvent se produire dans une question où Thonneur et l'intérêt de la France se trouvaient également engagés.
Il m'a paru naturel et conforme aux vues de Votre Excellence d'insister sur ces considérations. J'ai dit à M. le président du conseil que l'histoire parlementaire des quelques jours qui viennent de s'écouler, sans inspirer aux esprits calmes et patients des craintes sérieuses pour l'avenir de l'Italie, était cependant de nature à faire envisager comme possible, sinon comme probable, la durée plus ou moins prolongée d'une situation intérieure évidemment plus troublée qu'elle ne l'était il y a trois mois.
f ai fait observer que, par suite de l'insuffisance ou de l'incertitude de la majorité, le pouvoir pourrait, à la rigueur, passer en des mains
janner.] DËPÊGHB DE M. LB BARON DE MAURET. ' 397
moins, anciennement conservatrices que celles qui l'exercent aujourd'hui, et que, dans Tliypothèse où raccomplissement des engagements contractés par la Conyention du i5 septembre devrait être un jour confié à des hommes qui ont combattu Cet acte international, il pouvait être opportun de préciser une fois de plus la portée des obligation^ désormais irrévocables, auxquelles aucun gouvernement ne saurait se soustraire en aucun cas et sous aucun prétexte*
J*ai> en outre, fait remarquer au général La Marmora que maltieureusement, et malgré l'entente établie à ce sujet dans les documents diplomatiques qui ont été publiés, le langage de la presse italienne, et quelquefois celui de certains hommes d'État, n'avait pas toigours été de nature & faire disparaître les équivoques et 4 décourager les espérances de ceux qui veulent tirer de la Convention de septembre les conséquences qu'elle ne comporte à aucun degré. Il m'a été facile de citer des exemples, et j'ai saisi cette occasion pour renouveler les- observations que, dans diverses circonstances, j'avais cru devoir adresser À ce sujet à M. le président du conseil.
Votre Excellence connaît trop bien le langage que j'^ai constamment tenu, d'après ses ordres, toutes les fois que l'ai qu à parler ici des sdTaires de Rome, pour que je croie nécessaire de }ui rapporter en détail mon entretien avec le général La Marmora.^
En résumé, j'ai constaté une fois de plus, !<> que, contrairement à ce qui s'imprime journellement dàJns la pressCi italienne (eh dehors du gouvernement, cela va sans dire), nous, avions, entendu, en si^ant la Convention du 15 septembre, assurer la coexistence en Italie de deux souverainetés distinctes : celle du Pape, réduite aux proportions où elle est aujourd'hui, et celle du royaume dltalie ; •
%o Que ces mots de moyens moraux, dont on a un peu abusé,, signifient pour nous la persuasiop,. l'esprit d$ conciliation, l'influence des intérêts moraux et matériels, enfin l'effet du temps» qui, en calcçiant les passions, doit faire disparaître un jour les obstacles qui se sont opposés jusqu'à présent à la réconciliation d'une puissance éminemment catholique avec le chef de la catholicité;
3<* Enfin qae, pour toutes les éventualités non prévues par la Convention, la France s'est formellement réservé la liberté d'action la plus absolue, sans restriction d'aucune espace*
Votre Excellence m'approuvera, j'ensuis certain, d'avoir, en terminant cette conversation, renouvelé au général La. Harmora le témoignage de la confiance que la loyauté de son caractère q'a jamais cessé d'inspirer au gouvernement de l'Empereur. Je lui ai 4it que, tant qu'il resterait au pouvoir, nous avions la certitude que la Convention du 15 septembre serait exécutée dans l'esprit de conciliation, d'équité et de justice qui en a dicté les dispositions. J'ai ajquté que, même dans le cas où les vicissitudes de la vie, parlementaire lui donneraient un jour des successeurs dont les opinioas sur la question romaine n'ont été jusqu'à présent .ni les siennes ni les nôtres, le respect et Testime que nous
308 AltmLlS ECCLtStASnQDES. [186i
avions pour l'Italie ne nous penMttaient pas de réToquer en doute la stricte exécution du traité.
9. .. Consistoire secret dans lequel fif Ledoehowski, nonce à Bruxelles, est préconisé archevêque de Posen, et Ms* Melchers, évoque d'Osnabruck, transféré au siège archiépiscopal de Cologne.
•, -— La Sacrée-Congrégation des Rites tient une session (séance) dans laquelle elle s'occupe de la béatification da vé* nérable Louis-Marie Grignon de Montfort, mort à Tàge de quarante* cinq ans^ le 28 avril 1716^ et du vénérable prêtre Louis-Marie Baudouin^ né à Montaigu, diocèse de Luçon, le 2 août 1765, mort à Chavagnes le 12 février 1835.
11. — Le siège épiscopal de Marseille devient vacant par la démission de M'' Cruice ; M. l'abbé Place, supérieur du petit séminaire de Paris, est désigné pour lui succéder.
18. — Mort du R. P. Guidée, de la Compagnie de Jésus, supérieur de l'école de la Providence, à Amiens, et l'un des anciens professeurs du collège Saint- Acheul.
18. — A Turin, mort du chevalier Massimo Taparelli, marquis d'Azeglio, ancien ministre piémontais.
%9. — Ouverture de la session législative en France. On lit dans le discours du trône : « L'Italie, reconnue par presque toutes fl les puissances de r£urope, a affirmé son unité en inaugurant sa tt capitale au centre de la Péninsule. Nous avons lieu de compter « sur la scrupuleuse exécution du traité du 15 septembre et sur le « maintien indispensable du pouvoir du Saint-Père. »
94. — On lit dans le Livre-Bleu^ contenant l'Exposé de la situation de l'Empire français, ce qui suit sous le titre Italie:
Durant la période qui a suivi le rétablissement de l'Empire, le gouvernement de Sa Majesté a été amené à intervenir presque constamment dans les affaires européennes et à exercer largement son initiative pour assurer à la France le rang qui lui appartient. Aujourd'hui, dégagé des luttes diplomatiques, il peut librement consacrer ses soins à réaliser, dans l'ordre économique, les idées d'union et de progrès qu'il a inaugurées. Cette politique a été féconde en résultats dont les peuples sont appelés à recueillir le bienfait.
Tout en évitant de s'immiscer dans les débats où des intérêts français n'étaient point directement en cause, le gouvernement de l'Empereur avait k s'occuper de différentes questions restées pendantes. Il les a
jMTier.] EXPOSÉ DE LA SITDATION M L'EMPIRE FRANÇAIS. 899
suivies avec attention, et il a la confiance d'avoir, en tontes circonstances, tenu la conduite et le langage les plus conformes aux principes que la France représente dans le monde.
La convention conclue le 15 septembre 1864 avec Tltalie traçait aux deux puissances signataires des devoirs réciproques. Elle stipulait, d'autre part, en faveur du Saint-Siège, qui n'était pas intervenu dans les négociations, des facultés dont il pouvait user selon ses convenances. L'exécution de cet acte suit régulièrement son cours, et le Pape se montre disposé à profiter des garanties qui lui sont offertes.
La translation du gouvernement italien s*est effectuée sans difficulté, avec l'assentiment désintéressé des anciennes provinces piémontaises et aux applaudissements des provinces nouvelles du royaume. Florence a été^ dans les temps modernes, le vrai foyer de la renaissance nationale ; par ses souvenirs, comme par sa position, cette grande cité était naturellement désignée pour devenir la capitale de Tltalie. Le sentiment du pays à cet égard, aussi bien que le bon sens et la loyauté des hommes d'État, sont des gages de l'accomplissement des obligations contractées le 15 septembre.
Le gouvernement du roi Victor-Emmanuel ayant rempli la condition qui a été le point de départ de ces arrangements, le moment nous a paru venu de commencer l'évacuation du territoire pontifical. La rentrée successive de nos troupes par détachements avait toujours été considérée comme la combinaison la plus favorable pour le Saint-Siège. On évitait ainsi les secousses que leur retour simultané aurait pu produire. Celte mesure avait un autre avantage : en concentrant sur un certain nombre de points l'occupation française, et en laissant les provinces évacuées à la garde de l'année pontificale, on l'habituait à se suffire à elle-même. Sa Sainteté a bien voulu apprécier ces dispositions, et elle nous a fait remercier de la sollicitude qui les avait dictées.
Un premier détachement a quitté les États romains au conunencement du mois de novembre, et nos garnisons se sont retirées des délégations de Yelletri et de Frosinone, qui ont été remises à des troupes du Saint-Siège. La gendarmerie romaine, ainsi que les soldats des autres armes placés sur la frontière, ont déployé beaucoup d'énergie contre le brigandage^ et des faits déjà nombreux attestent l'efficacité de leur surveillance.
La cour de Rome s'occupe, en outre, d'augmenter l'effectif de son armée et de se mettre en état de pourvoir par elle-même au maintien de l'ordre intérieur sur tout son territoire. Nous lui avons offert notre concours pour faciliter le recrutement et l'organisation de ses forces.
Par l'art. 4 de la Convention du 15 septembre, l'Italie s'est déclarée prête à prendre à sa charge une part proportionnelle de la dette des anciens États de l'Église. Le gouvcNiement impérial désirait assurer à la cour de Rome les bénéfices de cette clause. La difflcuhé consistait à trouver les termes d'un compromis qui n'impliquAt de la part du
400 AMNALIS SCaÉSUSTlQUCS. [1M6
Pape aocoae renonciation à ses précédentes réserves. Le cabinet français a l'espoir d'arriver prochainement, avec le cabinet de Florenee, à une entente que le Saint-Siège pourra accepter sans aucun sacrifice pour sa dignité.
Tous les efforts de la France en Italie tendent à faire triompher les idées de conciliation entre le goovernement du roi Victor-Emmanuel et la Papauté. Ces deux puissances ont donné une preuve de l'apaisement des esprits en entrant en négodalions^ sur l'initiative spontanée de Sa Sainteté, pour le règlement des affaires religieuses. Ces négociations n'ont pas eu, il est vrai, tous les résultats qu'elles avaient fait espérer d'abord. Elles ne sont pas cependant demeurées stériles, puisque les parties se sont entendues sur la rentrée de plusieurs évêques dans leurs diocèses. Sans intervenir dans ces pourparlers, nous ne pour viens que les encourager. Nous avons hautement applaudi à cette tentative des deux cours italiennes pour débattre sans intermédiaire leurs intérêts communs.
En s'engageant par la Convention du 15 septembre à respecter l'indépendance de la Papauté, le cabinet de Florence s'est acquis l'adhésion de ceux des gouvernements catholiques, autres.que l'Autriche» qui hésitaient encore à nouer des rapports diplomatiques avec lui. Rassurée par cette garantie dans son dévouement pour le souverain Pontife, l'Espagne a reconnu le roi Yictor-EmmanueL La Bavière a suivi cet exemple, et la Saxe, qui, de même que. les cours de Madrid et de Munich, est liée par la parenté avec les pripces italiens dépossédés, a pris une résolution semblable. Ces rapports se trouvent consacrés par un traité de commerce qui vient d'être conclu entre le ZoUverein et l'Italie. C'est un gage précieux pour la paix générale.
99. — A Rome, mort de M. Georges Wigley, architecte anglais catholique, organisateur des pèlerinages de Jérusalem, etTundes plus actifs correspondants de la presse religieuse : le Weckly Ilegisterde Londres, le Catholique de Bruxelles, V Univers j puis le Monde de Paris, le comptaient au nombre de leurs collaborateurs les plus assidus.
%9. — La discussion d'un projet d'Adresse à la reine commence dans le Sénat espagnol. L'amendement suivant est proposé par MM. de Seijas Lozano, Arrazola, de Lersundi, le duc de Véragua et le marquis de Novaliches :
«Nous demandons que le troisième paragraphe présenté par la commission soit remplacé par celui-ci :
« Le Sénat déplore que le goovernement de Sa Majesté, cpasuUant avec calme les intérêts permanents et les sentiments inaltérables de la nation, ne se soit pas arrêté devant la gravité de la reconnaissance
janvier.] LETTRE BU CARDINAL BARNABO. 401
du royaume d'Italie et de ses conséquences incalculables. L'occasion, la fomie, les moyens choisis pour réaliser cet acte ont été les moins convenables pour atteindre le but principal auquel pouvait aspirer FEspagne dans une question si compliquée, lequel était d'obtenir des garanties sûres pour la conservation et la consolidation du pouvoir temporel du Pape. Votre Majesté ne doit pas ignorer que ce pouvoir, dans Torgatiisation actuelle des nations, est indubitablement nécessaire pour le libre exercice du pouvoir spirituel du souverain Pontife, dont l'indépendance peut seule garantir non-seulement les plus hauts intérêts du catholicisme, mais encore la tranquillité du monde.
« Le Sénat espère de la sagesse de Votre Majesté et de ses sentiments élevés, que dans cette très-grave affaire elle saura faire respecter les principes de justice, de piété et de respect pour le droit, ainsi que l'Espagne catholique Tattend avec confiance de sa reine catholique. »
«1. — Lettre adressée par le cardinal Barnabô, préfet de la Propagande, à M«' Spalding, archevêque de Baltimore, relativement au concile que les évoques des États-Unis doivent tenir au mois d'octobre suivant :
« Très-illustre et très-révérend Seigneur,
t( Les évéques des États-Unis ayant été empêchés par les troubles publics de tenir un concile en 1862, et ayant obtenu la permission du Saint-Père de le tenir maintenant, d'autant spécialement que, la tempête de la guerre civiJe étant calmée, il semble convenable que l'on mette en avant et discute les moyens propres à conduire à une uniformité de discipline (autant qu'il est possible de l'atteindre) et au plus grand avancement de la cause catholique ; et surtout que Ton applique des remèdes aux maux qui résultent nécessairement de secousses si sérieuses ; qu'enfin l'on délibère sur les mesures les meilleures pour procurer une bonne situation aux nègres émancipés. Sa Sainteté a voulu que, puisque le devoir de convoquer et de présider ce synode avait été attribué à Votre Grâce, il vous fût indiqué par cette Sacrée- Congrégation (de la Propagande) quelques points particuliers que, soit les statuts de celte congrégation, soit les décrets de synodes antérieurs recommandent entre autres aux mûres délibérations des évoques :
« I. — En premier lieu donc, les évoques se remémoreront la lettre encyclique adressée à tous les évêques de l'Amérique du Nord, le 21 janvier 1861, dans laquelle, outre les anciennes règles établies par le» conciles passés, de nouvelles et excellentes mesures sont adoptées pour que la nomination des prêtres aux évêchés vacants devienne dans la plupart des cas absolument irréprochable. Les Pères de la Sacrée- Congrégation de la Propagande ont remarqué, en effet, que les règles salutaires contenues dans cette encyclique, par rapport surtout à l'envoi qui doit être fait à la Propagande, tous les trois ans, de notices sur les prêtres les plus méritants ; à la tenue d'assemblées pour discuter Annales ecclés. 36
402 ANNALES EGCLÉSUSTIQDES. {19/66
le mérite des caodidaU; à la méthode à Baivre pour rediercher et leconaaltre leurs qualités, n'eut pas toujoun été obsenrées. Toutefois, en considérant les troubles de l'époque* les Pères n'ont pas attribué ce manquement à la volonté des éTéques» mais bien à la condition troublée des affaires.
c Aujourd'hui que la paix est rétablie, la Sacrée Ck>ngrégation a confiance que les évoques, obéissant aux désirs du Siège Apostolique, se conformeront pleinement aux instructions de cette eocyclique.
« 1I« — Les décrets des conciles généraux antérieurs doivent être observés avec non moins de soin, tellement que ceux de ces conciles qui n'ont pas été observés généralement Jusqu'ici soient confirmés, et que, si des changements ou additions j sont trouvés utiles, on ne procède qu'avec la plus grande attention pour les observations de la Sacrée- Congrégation (de la Propagande) à cet égard.
« 111. ~~ A cet égard, l'objet le plus important de tous semble être ce qui concerne les prêtres errants (wandering priesi) ; car tous les prêtres, surtout parmi ceux qui émigrent d'Europe en Amérique, ne cherchent pas le salut des êmes; mais plusieurs sont guidés par l'avidité des profits matériels, de telle sorte qu'il n'y a pas lieu d'être surpris que, parmi eux, il y en ait quelques-uns revêtus de la peau du mouton, mais qui sont à Tiniérieur des loups rapaces qui n'épargnent pas le troupeau chrétien. Ayant reconnu cela, les Pères du précédent concile de Baltimore, tenu en 1852, ont décrété sagement dans leur neuvième canon : c Afin que des prêtres errants et inconnus ne soient pas admis trop « légèrement à accomplir les fonctions sacrées au grand péril des ftmes, 0 nous défendons de recevoir parmi notre clergé les prêtres venant « d'Europe avant que des lettres ayant préalablement été écrites à leurs « évêques propres, ils n'aient obtenu le consentement de l'évêque nou- « veau dans le diocèse duquel ils désirent se fixer. » Et les Pères da septième synode de Baltimore, pour empêcher les prêtres de devenir errants, avaient déjà décrété que c nul prêtre de cette province arcbi- « épîscopale, désirant passer dans un autre diocèse, ne doit obtenir « des lettres dimissoires de son évêque avant qu'il soit certain que 0 Tautre évêque consent à le recevoir. » Malgré ces saintes et sages mesures, la Sacrée-Congrégation (de la Propagande) déplore que« suivant des rapports qui lui sont souvent faits, on mette en certains endroits trop de nonchalance en cette matière. Les évêques doivent donc veiller à ce que si, sous la pression d'une grande nécessité, ils doivent quelquefois admettre des prêtres errants, ils ne le fassent que pour ceux dont des témoignages non douteux assurent la vertu et la science.
« IV. — Lorsque les prêtres manquent au point que, pour donner un ecclésiastique à chaque église, il devient indispensable d'admettre des prêtres étrangers pour que le peuple chrétien ne soit pas laissé sans pasteurs, chaque évêque doit travailler avec zèle et diligence A établir le plus tôt possible des séminaires partout où ils peuvent manquer, et dans lesquels des prêtres puissent être élevés et formés à la sainte
janvier.] LETTRE DU CARDINAL BARNABO. 403
discipliDe, C'est ce qui avait déjà été prescrit par le concile précédent dans son quatorzième canon, qui décrète que c les évoques qui n*ont « pas de séminaires doivent s'entendre avec les autres évéques de la « môme province ecclésiastique, de façon à ce qu'il y ait au moins un « séminaire par province. » Jusqu'à présent, et par suite des troubles du temps, plusieurs prélats ont été empêchés à cet égard. Mais maintenant qu'on a déposé les armes et que vos contrées jouissent de la paix, il est du devoir incontestable de ces prélats de prendre des mesures pour assurer ce grand bienfait à leurs églises. Et puisque le concile de Trente a désiré que des collèges de cette nature fussent établis pour qu'il y ait des pépinières perpétuelles de ministres du Seigneur qui pussent brillei; dans la sainteté de leur vie pour l'édification du peuple, les évéques doivent veiller à ce que les étudiants, pour devenir clercs, soient non« seulement instruits dans les sciences et les lettres, mais, ce qui est le priotcipal, soient dressés à une piété sincère et à une vie édifiante*
V« — Un autre objet non moins important doit fiier l'attention des Pères du concile, c'est l'observance des fêtes et des jeûnes. La Sacrée- Congrégation n'ignore pas qu'il y a quelque controverse parmi les évéques américains à ce sujet ; les uns tiennent à l'ancienne discipline de leurs diocèses; les autres consultent les convenances des fidèles; et d'autres encore suivent les règles du concile antérieur, telles que la Sacrée-Congrégation (de la Propagande) les a approuvées.
« Les évéques doivent, pour autant que cela est de leur compétence, essayer de résoudre les diverses questions touchant le nombre des fêtes et des jeûnes. S'ils se déterminent pour établir une plus grande uniformité que maintenant dans les différents diocèses^ qu'ils se rappellent ce qui a été prescrit par la Propagande dans ses instructions pour le concile plénier de Baltimore tenu en 1852. Quand les Pères, dans leur 25* décret, eurent résolu de demander à Sa Sainteté que les fêtes fussent réduites à quatre au plus^ savoir : Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint, et que les jours de jeûne et d'abstinence fussent les mêmes que ceui qu'on observait dans les diocèses du Sud^ les jeûnes des sii vendredis de TAvent restant supprimés, la Sacrée -Congrégation décida qu'on ajouterait aux fêtes la Circoncision et l'Immaculée-Conception, et avertit les évéques qu'en établissant l'uniformité de discipline, quant aux fêtes et aux jeûnes, ils ne devaient pas tout rapporter à ceux qui n'en observaient que le moins. 11 ne faut pas non plus que les efforts des Pères pour établir une discipline uniforme dans des choses qui diffèrent considérablement des observances générales de l'Église universelle, laissent l'apparence de création d'une sorte d'Église nationale. Ils se dirigeront plutôt dans le sens de ramener peu à peu à la rigueur {strictness) de la discipline universelle les règles qu'on a eu l'indulgence de relâcher.
« VL — Comme il est de la dernière importance d'assurer la sécurité des propriétés de l'Église, les Pères des synodes antérieurs en Amérique! considérant la situation aux États-Unis, ont enjoint sérieusement
404 ANNALBS ECGLÉSUSTIQUBa. [1866
aux évéques de prendre soin de la sécurité de ces propriétés et de les placer, quand cela serait possible^ sous la protection de Tautorité civile. Dans le 4* canon du septième synode de Baltimore spécialement, il a été décrété que « toutes les églises et les autres propriétés ecdésiasc tiques qui, soit acquises par don^ soit offertes par les fidèles, sont « consacrées à des usages religieux ou charitables, appartiennent à « révéque, à moins qu'il ne résulte de documents qu'ils les ont laissées c à quelque ordre régulier ou congrégation de prôti es pour leur propre « usage*
« Malgré ces règles, souvent rappelées par la Sacrée-€ongr^ation, plusieurs disputes se sont élevées spécialement entre les évéques et les réguliers sur le titre de propriété ecclésiastique. Les Pères prendront en conséquence des mesures pour mettre fin à ces disputes et ne permettront pas qu'on enfreigne les droits ni de TJ^^ise ni des ordres réguliers.
tt VU. — La Sacrée-Congrégation verrait aussi avec plaisir qu'à l'occasion du. prochain Concile, on songeât à mieux régler l'état de certains diocèses. Quoique, conformément à la requête du Condle plénier de Baltimore en 1852^ plusieurs nouveaux sièges épiscopaux aient été créés, cependant le nombre des fidèles dans les régions éloignées s'est accru si rapidement, qu'il parait convenable d'aviser de nouveau à la matière. La Sacrée-Congrégation a été informée que l'étendue de territoire comprise dans le diocèse de Dubuque est si grande, qu'il est difficile pour l'évêque de veiller sur tout son troupeau, et spécialepient d'appliquer sa vigilance à tout son clergé ; il serait donc expé* dient de diviser ce diocèse. D'autres ont aussi songé à établir an nouveau vicariat apostolique dans le vaste territoire appelé Montana, dans les montagnes Rocheuses, la plus grande partie duquel est soumise aujourd'hui au vicariat apostolique de Nebraska. On dit, en effets qu'il y a des catholiques innombrables dans cette partie de pays qui ne voient Jamais un prêtre et n'ont pas d'église, et aux besoins desquels ni le vicaire apostolique ni l'évêque le plus proche ne peuvent, à cause des distances, porter leurs soins. De plus, la Sacrée-Congrégation est informée qu'une controverse existe au sujet du vicariat apostolique de la Colombie anglaise, et qu'il semble douteux à quel métropolitain ce territoire est soumis et quelle église il doit suivre dans sa discipline. Il sera donc de votre devoir de demander l'opinion des Pères à ce sujet, ainsi qu'au sujet de matières analogues qui pourraient être portées devant vous.
« VIII. — Enfin c'est le désir de la Sacrée-Congrégation que les évéques des États-Unis^ en accomplissement du devoir qui leur a été imposé de paître le troupeau du Seigneur, délibèrent ensemble touchant une méthode uniforme de pourvoir au salut et à l'éducation chrétienne des nègres émancipés. Cette question a été soulevée, etc'est, en effets une question de première nécessité. Si les évéques n'agissent promptement en cela, et ne récoltent cette grande moisson dans les
lévrier.] LETTRE DU PRINCE ORLOFF HINIST. DE ROSSIE EN BELGIQUE. 405
greniers du Seigneur, ce peuple souffrira des maux irréparables des artifices et de la cupidité de i'enuemi.
« Ces objets, parmi les autres à proposer par les évoques, doivent ôtre pesés diligemment, et des résolutions opportunes prises sur eux par le Concile.
« Lorsque le Condle sera terminé, vous transmettrez immédiatement ses actes et ses décrets à la Sacrée-Congrégation pour leur révision et leur approbation,
« Je prie Dieu de vous tenir longtemps dans sa sainte garde.
tt Donné à Rome, à l'office de la Sacrée-Congrégation de Propaganda fide, le 31 Janvier 1866.
« Alex. Card. Barnabô, préfet, H. Capalti, secrétaire,
« Au Très-Révérend Martin-Jean Spalding, Arcbevôque de Baltimore. »
FéTiler.
4. — Dans une lettre écrite de Bruxelles au Times^ le prince Orloff, ministre de Russie en Belgique, rend ainsi compte d'un meeting tenu à Londres, le 15 novembre 1865, relativement à un projet d'union de TÉglise anglicane avec l'Église russe :
« Monsieur,
« Quelques malentendus ayant été produits par la publication d'une lettre particulière dans laquelle j*ai donné le résumé d'un meeting qui a eu lieu à Londres le 15 novembre dernier, je crois qu'il est' de mon devoir envers mes amis d'Angleterre de dissiper par quelques explications les doutes et les insinuations équivoques.
« J'ai gardé le silence pendant plus d'un mois, afin de voir comment l'idée d'une intercommunion serait envisagée par mes coinpatriotei, et Je suis beureux de pouvoir constater que la presse russe a accueilli avec la plus vive sympathie la perspective d'unité chrétienne 4ui a été si chaleureusement avancée par VEastern Church Association*
« Rien ne pouvait être plus franc et plus loyal que la conduite enveors nous des hommes savants et respectables réunis dans ce meeting.
0 Ils déclarèrent hautement qu'ils n'avaient ni autorité ni pouvoir pour engager en aucune manière l'Église anglicane, et que chacun d'eux ne représentait et n'énonçait que ses opinions personnelles* Je fis a même déclaration en mon nom et en celui de mes compatriotes.
0 Aussi, aucun engagement, aucune promesse illusoire n'a été faite d'aucun côté, car, tous nous étions bien convaincus que le meeting n'avait qu'un caractère privé, et que son seul objet était de rechercher les moyens à l'aide desquels nos deux Églises pouvaient se rapprocher un jour.
« Deux opinions distincles furent énoncées dans le courant de It discussion. Quelques-uns des membres se prononcèrent pour Tintercommunion immédiate, sans attendre Tunité dogmatique; d'autres trouvèrent que cette unité devait nécessairement précéder Tin tercommunion. Tous cependant tombèrent d'accord sur un point : qu*il serait utile, indispensable même d*étudier à fond, de part et d'autre, l'histoire et la doctrine des deux Églises; de montrer toute Tétendue des vérités évangéliques qu'elles professent toutes deux, et de limiter et de faciliter l'examen des points divergents de doctrine et de pratique.
« L'impression que j^emportai de ce meeting fut que des hommes de pays différents s'y étaient réunis au nom du Seigneur, qu'ils avaient été uniquement guidés par l'amour chrétien le plus pur, et qu'ils s'étaient séparés, après quelques heures de discussion, avec la conscience d'avoir rempli leur devoir de chrétiens, en cherchant à rapprocher deux branches de l'Église de Dieu.
« Quant à moi personnellement, je crois à peine nécessaire d'ajouter que Jamais je n'aurais employé le manteau de la religion pour déguiser un but d'intérêt mondain ou politique. En cas pareil, l'arrière-pensée eût été une sorte de sacrilège. Encore moins pouvais-je, en prononçant des paroles de concorde et de paix, avoir Tintention de fomenter une alliance hostile contre une autre branche importante de rËglise chrétienne.
« L'idée d'une union (dans le sens évangélique) exclut tout sentiment pareil, et, pour ma part, je ne puis que répéter Tardent désir que non-seulement les intérêts russes et anglicans deviennent identiques en Orient, mais que les intérêts religieux du monde entier puissent un jour devenir identiques pour l'établissement de la paix universelle et pour le bonheur du genre humain.
« On a aussi cherché à insinuer que j'avais eu à m'excuser, devant mes coreligionnaires, d'avoir pris part aux prières par lesquelles on a commencé et clos le meeting. L'Église orthodoxe d'Orient n'a jamais interdit à ses membres de prendre part aux prières d'autres chrétiens, et surtout lorsque ceux-ci élèvent leur voix vers Dieu pour lai demander la paix universelle et la réunion des différentes branches de la chrétienté.
0 Aussi cette insinuation est-elle complètement dénuée de fondement.
0 Permettez-moi de terminer ces lignes en rectifiant une erreur qui s'est glissée dans la reproduction de ma lettre; elle peut avoir été causée par moi-même, quoique je ne puisse exactement m'en rendre compte.
« L'archevêque de Ganterbury n*a pas exprimé l'intention d'envoyer des évèques en Russie. C'est plutôt moi qui ai suggéré l'idée que des ecclésiastiques anglicans entreprennent ce voyage lorsque la question de l'intercommunion aurait été attentivement étudiée. En 1864, un membre
lévrier.] DiPÊGHE DU GÉNÉRAL LA MARMORA A MADRID. 407
éiniDeDt de l'Église anglicane m'avait fait part de 8on désir de visiter
lIoBCOu, afin de sonder les dispositions du clergé russe, mais changea
d'intention lorsque Je lui eus dit combien la langue anglaise était peu
familière à notre clergé, et combien la question de FiniercommuDion
était encore peu connue à cette époque.
m Je suis, etc.
« Prince Orlofp. »
H. — Le général La Marmora envoie au marquis de Tagliacarne, ministre du roi Victor-Emmanuel à Madrid, une dépêche dans laquelle il se plaint que l^spagne, après avoir reconnu le royaume d'Italie, veuille encore s'occuper de ses affaires intérieures, et, par ces affaires intérieures, il entend la question de Rome. Il dit, entre autres choses :
« Nous étions donc fondés à croire que le gouvernement espagnol s'abstiendrait de toute immixtion dans des questions politiques et territoriales qu'il avait reconnu lui être étrangères. C'est avec surprise que je constate aujourd'hui^ en lisant les documents diplomatiques que le gouvernement de Madrid vient lui-môme de publier, qu'il a jugé pouvoir faire, relativement aux affaires de Rome, des démarches qui ne me semblent pas d'accord avec les déclarations que je suis amené à rappeler. À ce que me paraît établir le dernier recueil présenté aux Chambres espagnoles, le gouvernement de Sa Majesté la Reine a demandé que le gouvernement français lui donnât la garantie que le pouvoir temporel de la cour de Rome serait dans tous les cas assuré, même contre les conséquences de ses propres actes, et sans tenir compte de la volonté des populations ; le gouvernement et les agents de S. M. la Reine affirment que toutes les puissances ont, comme telles, le droit et le devoir de prendre des mesures et d'agir à l'égard des changements politiques qui pourraient se produire sur le territoire romain après le départ des troupes françaises ; l'ambassadeur de la Reine à Paris ayant cru que la France pourrait admettre l'intervention des autres puissances dans la question romaine, et se mettre d*accord avec l'Espagne pour sauvegarder l'autorité temporelle du Saint- Siège, S. Exe. M. Bermudez de Castro l'engage à prendre part autant que possible aux résolutions qui pourraient être prises dans ce dessein; enfin, le gouvernement espagnol croit pouvoir interpréter des paroles prononcées dans le sein du Corps législatif de France comme constituant, de la part du gouvernement impérial, un engagement contracté envers les puissances catholiques, et pour celles-ci un titre acquis, en vertu duquel la question romaine, dans certaines éventualités non prévues par la Convention, et malgré l'accomplissement intégral de celle-ci de la part de l'Italie, deviendrait une question européenne et rentrerait dans la compétence de toute la catholicité. Je laisse à S. Exe. M. Bermudez de Castro le soin d'indiquer si, comme je crois devoir le sup-
poser, il juge à propos de le faire^ par quel lien cette conduite da gouvernement espagnol peut se rattacher aux déclarations qui ont accompagné la reprise des rapports diplomatiques entre les deux États...
« Je dois donc vous charger, monsieur le ministre^ de rappeler de nouveau à S. Exe. M. Bermudex de Castro, au nom du gouTernement du Roi, que, si la Convention du 15 septembre 1864, en rendant hommage au principe de non-intenrention, a soumis cependant à des conditions déterminées l'application de ce principe au territoire romain, ces conditions concernent exclusivement la France et nous; vous déclarerez que, par conséquent, pour les autres puissances, leur non-inter- Tcntion dans les affaires politiques de Rome demeure le principe pur et simple sur lequel se règle invariablement la conduite de l'Italie.
« Je me suis borné, dans les déclarations qui précèdent, à apprécier l'attitude de l'Espagne au point de vue des droits respectifs des deux nations. J'aurais à y ajouter des observations sur le caractère peu bienveillant du langage et des actes du cabinet de Madrid envers l'It^e, si je ne tenais à réserver dans toute son étendue Findépendance réciproque que les deux Gouvernements ont voulu maintenir intacte en rétablissant leurs rapports. Sans renoncer^ bien entendu, à manifester ses appréciations particulières sur la Convention du 15 septembre^ appréciations dont nous n'avons pas à prendre acte, et sa sollicitude pour le Père des fidèles et pour les intérêts religieux qui ne nous sont pas moins chers qu'à lui, le cabinet de Madrid aurait pu, à notre exemple, faire dans ses démonstrations une part plus large aux sympathies que comportent la communauté d'origine et la similitude d'institutions des deux peuples. Je ne veux pourtant pas appuyer sur les sentiments d*amitié que le cabinet de Madrid a bien ?oulu nous té^moigner en d'autres occasions.
« Je ne prétends pas non plus rien 6ter à la liberté de ses considérations sur la question romaine. Je pourrais à cet égard observer que, si le cabinet de Madrid peut apprécier comme il lui plaît l'influence que la politique de la cour de Rome a exercée sur les destinées de l'Espagne, nous sommes certes les meilleurs juges des événements de notre propre histoire, où, depuis des siècles, les catholiques italiens ont appris à déplorer les maux que la confusion des pouvoirs temporel et spirituel a causés, en Italie, aux intôvéts de la patrie et au prestige de la religion. »
9. — Allocution adressée par le Pape aux prêtres qui doivent prêcher la station du carême à Rome :
0 Aucun de vous n'ignore qu'aujourd'hui les hommes sont tont entiers adonnés à l'amour et au développement des biens terrestres. Ici, vous voyez des chemins de fer, là, des mines, plus loio« des fouilles, partout, de grands armements, de puissants navires, des emprunts, un travail continuelj enfin^ pour augmenter la force des États
février.] ALLOCDTÏON DU PAPB POCR LA STATION DU CARÊME. W9^
et accumuler les richesses matérielles. Et personne ne semble s'occuper de la richesse des biens impérissables, des biens célestes. D'où il suit que TOUS devez prêcher aux hommes le mépris des choses mondaines et leur montrer la nécessité d'acquérir le ciel*
« Au milieu de ces hommes se tiennent, pleins de zèle et de bonnes oeuvres, les évéques. Quant à vous, frères très-chers, vous devez vous unir aux évoques et combattre avec eux les combats de Dieu, car vous êtes des aides de Dieu : Adjutores Dei. Le monde vous méprisera, mais conduisez-vous de telle sorte qu'on vous estime comme ministres de Dieu et comme dispensateurs des mystères de Jésus-Christ : Sic vos exùtmet h(miù sicut miuùtros' Bei eidiêper&atores mys^enorum ChiisH^ Pour qu'il en soit ainsi, souvenez-vous de l'exieinple et del'encouragement que vous donnent les miracles de la multiplication des pains opérés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsque le Rédempteur rassasia cinq mille personnes avec cinq pains d'orge, et lorsque, avec sept pains de froment, il rassasia également la foulé du peuple affamé.
« Dans le premier de ces deuï miracles, les Pères de l'Église (vous pouvez retrouver leurs textes, vous avez pour cela plus de temps que moi) voient la conversion des cinq mille Juifs qui furent baptisés après le premier discours de saint Pierre. Jésus-Christ se servit de pain d'orge, le plus ordinaire des grains, parce que le peuple juif était bien inférieur au peuple chrétien.
« Dans le second miracle, les Pères voient la conversion des Gentils, la fondation de l'Église, la doctrine et la loi; et, en effet, la foule figurait le peuple chrétien à qui Jésus-Christ envoya l'Esprit septiforme et laissa sept sacrements.
« Jésus, ayant compassion de cette foule, commanda aux Apôtres de laî diviser en groupes de 30, de 50, de fOO personnes, nous enseignant par là que la division du peuple chrétien en diocèses et en paroisses..» (ici le Saint-Père a comme souligné ses paroles) n'a pas été confiée aux souverains, aux rois, aux empereurs, mais aux Apôtres, sous sa propre direction.
a La division de ces groupes accomplie, le Sauveur prit du pain, le rompit de ses mains, pour montrer qu'il a apporté la véritable lumière, qu'il a donné la véritable doctrine, qu'il a été le premier à. l'expliquer, et que la foule la reçoit des Apôtres à qui Jésus donna le pain à distribuer.
« Nous sommes les successeurs des Apôtres. Notre dignité, à nom qui dispensons d e la parole divine, est sublime et vénérable au delà de toute expression. Mais avec la dignité croissent les devoirs, et, pour les remplir, nous avons besoin de secours. Ces secours, nous les trouvonsdans ce commandement de Jésus-Christ : Vigilate et orate. Vigilance au moyen de Taumône, des œuvres de miséricorde, du bon exemple, dq la parole divine. Oraison humble, continuelle, confiante.
« Pour vous obtenir ces choses de Dieu, je m'adresse à son divine
41« ANNALES KGCLtSIASTIQOES. [1866
Fils; j'élôTe vers lai cet brM défoillants* Les tiens tiont forts et toutpaissants. •
9. — Dissolution de la légation russe et rupture des relations diplomatiques entre Rome et la Russie par cette dernière puissance.
t%. -—Le Sénat français discute le paragraphe de T Adresse qui est relatif aux affaires de Rome, Le comte de Ségur*d'Aguesseau, le cardinal de Bonnechose et le général Gémeau se montrent contraires à la convention du 15 septembre; le cardinal Mathieu approuve cette convention, parce qu'il y voit « moins une conces* sion qu'une menace à l'Italie. » M. Bonjean parle contre le pouvoir temporel. M. Rouher, ministre d'Etat, fait les déclarations suivantes, qui amènent le vote du paragraphe :
La Convention du 15 septembre a été attaquée; on a paru se défier de la bonne foi d'une des parties qui Tont signée, on a prévu des difficultés dans rèxécution de la Convention elle-même, et, se plaçant au point de vue d'une inexécution possible, on a retracé les immenses dangers que courait cette grande institution de la papauté temporelle. (Très-bien! très- bien!)
Ce sont ces points que je veux toucher.
L'esprit, la portée de la Convention du 15 septembre^ se sont déjà nettement dégagés, à travers bien des défiances injustes, lors de la discussion dont elle a été l'objet devant le Sénat et devant le Corps législatif.
Elle a créé deux souverainetés distinctes. (Approbation.) Elle ne s'est pas réfugiée dans des ambiguïtés à propos du mot pouvoir. Nous ne traitons ici que des questions de souveraineté temporelle. (Vive appro« bation.)
Elle a voulu venir en aide au gouvernement pontifical, et elle a cherché à consolider ce gouvernement par deux moyens : la formation de son armée, la diminution de sa dette.
Ces dispositions sont-elles interprétées ailleurs comme je les interprète moi-même? Sont^elles entrées dans la voie d'un commencement d'exécution, qui serait déjà une garantie sérieuse pour l'avenir? Examinons.
S. Ém. M'' le cardinal de Bonnechose a dit : « J'ai peu de confiance dans la sincérité des intentions du gouvernement italien; je me souviens des paroles qui ont été prononcées dans les Parlements de Turin et de Florence; je vois un grand péril et je le signale. »
Messieurs, quand un gouvernement comme le gouvernement français fait une convention ou un traité, il ne le fait que parce qu'il a une confiance sérieuse dans la bonne foi de l'autre partie contraclante. Sinon, au bas de celte convention ou de ce traité, il n'apposerait pas le sceau de la France.
Iftflier.] LA GONVENTIOff W SEPTSMBM DANS LB SÉNAT FRANÇAIS. 41 1
Pourquoi ces doutes? poorquoi ces soum^as que rien ne justifie et auxquels les faits viennent donner un éclatant démenti?
En Italie, un ministre des finances, s'adressant à ses électeurs, disait, il 7 a deux mois^ en parlant de la Convention du 15 septembre : « Vous connaisses la position faite à Fltalie par cette Convention. Au mois de décembre 1866, les Français doivent évacuer ce qu'on appelle le Patrir moine de saint Pierre, et nous nous sommes engagés à empécber les agressions armées contre ce territoire. Nous tiendrons avec une loyauté scrupuleuse nos engagements, et quiconque tentera de les violer sera un rebelle. •
(Après avoir encore donné connaissance d'un document émané du gouvernement italien, et qui constate qu*& la loyale exécution de la Convention du 15 septembre sont profondément intéressés la signature du roi et l'honneur national, M. le ministre d'£tat poursuit en ces termes : )
Cependant le gouvernement français apprend que le cardinal Antonelli a adressé au nom du Saint-^iége une circulaire capable de semer dans tous les esprits l'inquiétude et la défiance*
140 ministre des afl'aires étrangères envoie, à ce sujet, une dépêche à Rome, à notre chargé d'afi'aires, le 10 décembre 1865, et, le 2 janvier 1866, M. le baron de Malaret répondit au ministre que personne n'avait l'intention de manquer à sa parole, et qu'il avait à cet égard une certitude complète.
Quoi de plus loyal que cette réponse exprimant la volonté sincère d'exécuter la convention signée? Et les actes' viennent en aide aux paroles : la formation de l'armée pontificale et la question de la répartition de la dette romaine.
La formation de l'armée ! elle se fait : sous M^' de Mt^rode, l'armée se composait de sept ou huit mille hommes, et maintenant elle est de douze mille. Elle se recrute en Suisse, en Belgique, en Allemagne, et en même temps le gouvernement français^ se mettant à la disposition du souverain Pontife, se charge d'organiser une portion de celte armée.
On désire la formation d'un bataillon étranger de 1,200 hommes; immédiatement on prend des dispositions pour qu'il soit constitué; il sera composa de soldats et d'officiers français, sans qu'aucun d'eux puisse perdre sa qualité de citoyen. Ce bataillon sera organisé, discipliné à Anlibes ; de là il sera, sur des vaisseaux de la marine impériale, conduit à Civita-Vecchia^ où il sera alors remis au gouvernement du Saint-Père. (Très-bien l très-bien !)
Tout a été prévu, les moindres détails ont été réglés, la paye de cette troupe, les droits à la retraite, à l'avancement, tout enfin est or- .ganisé par une convention, et vous vous demandez si cette convention est une illusion, un mirage, un leurre? Elle a été loyalement consentie, elle est et sera loyalement exécutée. (Très-bien 1 très-bien l)
Allons plus loin encore. Comment, dit-on, répartir la dette entre les Ëtats romains et le nouveau royaume d'Italie? Comment placer le gou-
412 ANNÂLKS IGOÉSIASTIOOBS. [186e
vernement italien en face du Saint-Père? Ne résultera-t-il pas de cette situation plutôt un conflit qu'une transaction amiable?
Non, Messieurs; on examine, on discute, et c'est par Tintermédiaire plein de bienveillance de la France que Ton s'explique, que les affaires se traitent^ et au moment, à l'heure où je parle, partent de Florence «t des chancelleries italiennes tous les documents utiles, nécessaires à la conclusion de cet important règlement. Tout cela se fait par rentremise du gouyernement français^ animé des sentiments de la piu9 hante bienvelUance, et qui, pour ménager tontes les susceptibilités, n'a pas voulu qu'entre le Saint-Père et le roi d'Italie la négociation fût directe. (Noik Telle et vive approbation.)
S. Em. le cardinal de Bonnecbose a dit que les défiances de la France auraient dû être éveillées par l'insuccès de la négociation Vegezzi. Messieurs, je ne veux pas chercher de quel cûté est le tort on la raison, je ne veux pas descendre dans l'intimité des faits. Ce que je TOUX dire, c'est que le rôle de la France a toujours été nettement dessiné, tour à tour offrant à Florence et A Rome ses efforts de conciliation.
Les négociations^ commencées d'abord sous d'heureux auspices, ont échoué à Rome. Le Saint -Père a pensé que les évèques ne devaient pas prêter serment au roi d'Italie. Ce n'était pas une des questions sur lesquelles on devait traiter, on laissait aux évêques la liberté de décider s'ils devaient ou non prêter le serment.
S. Em. M'' LE Cabdinal de Bonnbchoss : Je ne savais pas cela.
M. RouHEH : Je n'entends pas l'observation de Monseigneur le Cardinal de Bonnechose.
S. Em. W^ le Cardinal de Bonmecbosk : Je dis, monsieur le Ministre, que les documents n'en parlent pas.
S. Exe. M. LE Ministre d'Etat : Admettons ce que dit M'' le Cardinal» il n'y en avait pas moins un scrupule du Saint-Père, et, d'un autre côté, le roi d'Italie ne pouvait déchirer de ses mains l'organisation de son royaume.
Ces deux sentiments sont également bien respectables, mais il ne faut rien en conclure contre la réconciliation entre les deux souverains*
Les prévisions humaines sont toutes empreintes de faillibilité. Lea calculs, les espérances peuvent être déjoués par les événements. Les appréhensions qu'on exprimait tout à l'heure peuvent ne pas avoir de fondement ; l'avenir, c'est Tinconnu, et vous nous demandez : Que fera la France?
Mais l'année dernière, dans cette eîiceinte, j'ai répondu à cette question ; la discussion a été épuisée , la question a été résolue, et, je vons l'ai dit, le Gouvernement s'est réservé sa liberté d'action; déclarer l'emploi qu'il en ferait, cela n'est pas possible. (De toutes parts : Nonl nonl) Ce serait l'enchaîner, la détruire. (C'est juste. — Très-bien I)
Et au profit de qui ferait-on cette déclaration que la France ne quittera pas Rome ou retournera à Rome ? Croyez- vous qu'il n'y ait pas au* tour du trône du Sainl-Père des désirs, des ardeurs pour que les projeta
ftfrier.] RÉPONSE DU MINI& PB6 AFFAOL tTRANOtRES D'ESPAGNE. 4ia
de coDdliatioQ n'alteigneût pua leur but 7 Et n'aYez^vous pas vu des effluves de ces espérances dans le. langage de M. le comte de Ségurd'Aguesseau, auquel, par politesse» Je ne vaux pas répondre. - Mais la réponse à cette queiticm : fue feva la France l ne vous a-t-elle pas été faite par la bouche de celui qui a été nne de nos plus grandes illustrations, dont la perle a été pour nous tous un deuil^ et qui a laissé un si grand vide^sur ce banc, par M. Billault, enfin, qui vous disait en 1861 : JNon/il n'est pas pcesible de tourner les baïonnettes françaises contre l'Italie ; et les adresses du Sénat et du Corps légi^tif donnèrent raison à la réserve de Torateur du Gouvernement.
n 7 a encore quelques espérances, quelques formules ardentes ; eh bieq ! voiulez-vous les encourager par une déclaration intempestive? 11 y a là un danger. Je m'en préoccupe peu cependant; mais il y en a un autre. Si le gouvernement disait que sa résolution est arrêtée, que les baïonnettes françaises ne retourneront plus à Rome, ne serait-ce pas donner le signal aux passions révolutionnaires de se déchaîner et d'envahir Tasile de cette papauté qui n*est pas si vieille qu'on veut bien le dire ? (Très-bien ! très-bien !) Et ce seraient nos déclarations hâtives qui auraient facilité ce grand malheur. (Mouvement.) . Cette question si difficile marche dans une voie d'apaisement entre deux écueils que signalent les crédulités, les emportements, les pas« sions ; elle s'avance, en un mot, entre une réaction aveugle et la violence révolutionnaire. Entre ces deux termes inconciliables, la volonté de l'Empereur a proclamé un terme nouveau, la conciliation, qui doit être suivi, maintenu avec persévérance.
— Aux Etats-Unis , mort de M*' John-Fitz-Patrick, évoque de Boston; il n'avait que cinquante-trois ans; il était né à Boston, et était évoque depuis 1844.
16. — M. Bermudez de Castro, ministre des affaires étrangères d'Espagne, répond au général La Marmora en envoyant au piinistre plénipotentiaire d'Espagne à Florence, une dépêche dans laquelle il rectifie les faits* Il dit :
a Je n'ai pu être que surpris de ce que le générai La Marmora se croie aujourd'hui dans le cas de se montrer fâché, et de ce qu'il se plaigne des démarches que l'Espagne a pu faire ou qu'elle ait rintention de faire relativement à la question romaine, surtout lorsque cette question était si bien prévue, et que le gouvernement de la Reine s'était exprimé sur elle d'une manière si explicite, et qui ne laissait point de place à la plus légère erreur.
a Sans mettre en doute, disais-je dans la dépêche du 12 juillet déjà citée, les intentions publiquement et fréquemment manifestées par le gouvernement italien, de respecter l'autorité spirituelle et le territoire du Saint-Siège^ le cabinet de Florence comprendra les devoirs que
414 ANNALES ECCLtSIASTIQUCS. HM^
nous impose notre position de paissanee exclusivement catholiqae. Et, dans ce cas, il me semble presque inutile d'ijouter que, en renouant nos rapports officiels arec le goutemement du ro! Victor^Emnaamiély et en reconnaissant sa monarchie nouvelle et agrandie , nous n*i dons en aucune façon affaiblir la valeur des protestations formulées la cour de Rome.
« Il ne saurait y avoir rien de plus explicite : si nous reconnaisnoos le fait de l'annexion au nouveea royaume d'Italie de diverses provinees quî^ avant, appartenaient au Étala pontificaux ; si, malgré cela, noos ne voulions pas affaiblir la valeur des protestations du Saint-Père, et si ces protestations que nous respectiimt de cette manière se rapportaient à des événements passés, il est évident que, sous peine de tomber dans une grave et inconcevable inconséquence, les paroies que Je viens de transcrire faisaient connaître d'avance notre opinion, contraire ft toute politique qui aurait tendu à démembrer plus tard ie territoire qui, alors comme aujourd'hui, constituait le patrimoine où le souverain Pontife exerce sa souveraineté temporelle. ••
« Nous sommes donc en droit d'affirmer que nous n'avons point dévié de la ligne politique que nous nous sommes tracée, et que, loin de la cacher, nous l'avons, dès le principe, montrée avec loyauté et franchise* On ne saurait non plus, comme le fait le général La Marmora, donner le nom d'ingérence aux démarches que nous avons faites auprès dn gouvernement impérial par Tentremise de Tambassadeur de Sa Majesté à Paris. Le fait d*étre restés étrangers à la conclusion de la Convention du 15 septembre, et d'avouer en conséquence qu'il ne nous appartenait ni de l'interpréter ni de la faire exécuter, n'a pu, comme je Pal déjà dit, signifier que nous fussions indifférents à la question romaine, ni que nous admissions la validité de cette doctrine, qu'à Tltalie et à la France seules appartient le droit de s'occuper de ce qui touche un État indépendant comme l'est celui du Saint-Siège, ni moins encore nous priver de la faculté et du droit de faire des observations à un gouvernement ami, dont l'opinion sur cette question était Identique à la nôtre, et qui donnait la même importance que nous à la conservation du pouvoir temporel, et dont un des hommes les plus considérables de l'Italie, le comte de Cavour, avait déclaré que le conseutement était nécessaire pour que Rome arrivAt à être la capitale du nouveau royaume.
« Nous n'avons donc tenté aucun acte d'ingérence à nous montrer d'accord avec la signification que le gouvernement impérial accorde à la Ck>nvention, ni à nous servir du droit qui nous appartient de nous occuper d'une question dont nous n'avons jamais caché l'intérêt pour l'Espagne; et s'il était nécessaire d'appuyer de quelques preuves cette affirmation, il suffirait de remarquer que, loin de repousser nos démarches, la France les a accueillies avec le même sentiment amical qui nous les suggérait. Et il était naturel qu*ii en fût ainsi : les efforts de l'Espagne en faveur du pouvoir temporel sont exempts de toutes vues ulté« rieures qui pourraient les faire paraître intéressées; les opinions se trou-
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Teat en outre d'accord sur ce point avec ce qu'a à diverses reprises eiposé le gouvernement impérial, dont les déclarations ont été bien récemment reproduites, ainsi qu'il résulte de la dépêche adressée par le baron de Malaret au ministre des affaire» étrangères de l'Empereur sous la date du 2 janvier dernier. Dans cette dépêche, le représentant de la France dit entre autres cboses qu'en plus d'une occasion il avait manifesté au nom de son gouvernement, à S. Eic. le général La Marmora, que la France, en arrêtant la Convention du 15 septembre, l'avait fait dans l'intention d'assurer la coeiistence en Italie de deux souverainetés distinctes : celle du Pape, réduite à ses proportions actuelles, et celle àji nouveau royaume. •
19. —Lecture, au Ciorps législatif, de l'Adresse en réponse au discoars du trône. Voici le paragraphe relatif h la question romaine, ayec Tindication des mouvements auxquels la lecture a donné Heu :
« Nous avons toujours partagé avec l'Empereur le Terme espoir de voir s*opérer, entre la papauté et l'Italie, une conciliation nécessaire à leurs intérêts, à la paix de TEurope et au repos des consciences. La Convention du 15 septembre, loyalement exécutée, sera une nouvelle garantie de la souveraineté temporelle (Très-bien 1 très-bien !) dont le maintien est indispensable à l'exercice indépendant du pouvoir spirituel du Saint-Père. (Nouvelle approbation.)
— La discussion de la question romaine vient au Congrès espagnol (Chambre des députés), à propos de l'Adresse en réponse au discours de la reine. Les députés catholiques ont présenté un contreprojet d'adresse où se trouve le paragraphe suivant :
« Le Congrès se félicite de ce que les relations de l'Espagne avec les autres puissances continuent à être amicales ; mais il ne peut s'empêcher de déclarer à Votre Majesté, et il remplit en cela un de ses devoirs les plus sacrés, que la nation a vu avec une peine profonde et une amertume sans égale, le gouvernement de sa reine, qui se glorifie du glorieux titre de Catholique ^ reconnaître ce qu'on appelle le royaume d'Italie , résultat monstrueux de vols sacrilèges et d'iniquités révoltantes. Catholiques par excellence, comme leur reine, les Espagnols ne peuvent, ne doivent, ni ne veulent reconnaître ce qui est qualifié de criminel par le Saint-Siège et condamné dans ses auteurs, dans leurs complices , leurs conseillers et adhérents. Les sentiments et la noblesse proverbiale de notre patrie n'admettent pas ce fait; ses traditions le repoussent comme portant atteinte à sa grandeur dans l'avenir. •
Les signataires du contre-projet sont : MM. Candido Nocedal,
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Francisco Nayarro Villoskda, Gftvino Tejado, Manuel Maria Her-' reros, José Maria Ciaros, Antonio Maria de Mnrua, Antonio de Arguinzonîz. '
••. — On lit dans le Moniteur de r Armée :
D'après les. dispositions concertées, en vertu des ordres de l'Empereur, entre le, cardinal secrâtaire d*Ëtat de Sa Sainteté et notre ambassadeur à Rome, le gouvernement français^ pour faciliter la complète exécution de la Convention du 15 septembre 1864, mettra à la disposition du Saint-Siège un corps de troupe présentant un effectif de 1,200 hommes et composé de catholiques français ou étrangers.
Voici quelles seront les bases de la formation de ce corps do troupe.
La légion romaine sera foi^mée à Antibes et recevra une organisation semblable à celle des troupes pontificales.
Son recrutement s^effectuera :
10 Par des enrôlés volontaires français ou étrangers;
2® Par des sous-officiers et caporaux français libérés du service et qui entreront avec leur grade dans la légion.
L'enrôlement volontaire sera d'une durée de quatre ans.
Les officiers de toutes armes en activité de service seront admis» sur leur demande, à concourir pour la formation du cadre de la légion.
Ces officiers, considérés conime en mission, continueront à figurer sur les contrôles de l'armée française et conserveront leurs droits à l'avancement à l'ancienneté* Il restera entendu que les grades qui pourraient leur être conférés par le gouvernement romain ne seront dans aucun cas reconnus par le gouvernement de l'Empereur, et qu'en rentrant en France ils reprendront les grades dont ils étaient pourvus au moment de leur départ^ ou auxquels ils auraient été promus au tour de Tancienneté, par application de la loi française.
La solde de la légion sera la môme que celle qui est allouée aux troupes pontificales, mais ne sera jamais inférieure à celle déterminée par le tarif français.
Quant aux pensions de retraite, le gouvernement pontifical prendra à sa charge les pensions des officiers qui demeureront à son service jusqu'au jour de leur retraite; celui de l'Empereur, les pensions de ceux qui rentreront sous nos drapeaux.
Les militaires décorés de la Légion d'honneur et de la médaille militaire toucheront leur traitement à leur corps par les soins de l'administration française.
Les militaires de tous grades appartenant à la légion romaine ne pourront, une fois rendus en Italie, exciper en aucun cas de leur nationalité pour se soustraire à la discipline et à la juridiction romaine.
L'organisation terminée, la légion sera transportée à Civîta-Vecchia par des bâtiments de la marine impériale, après avoir été reçue par un commissaire du gouvernement du Saint-Siège envoyé à Ântibes à cet
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effet. La remiBe effecluée, le fpoayemeliient finnçais restera complète* ment étranger à son admioislratioa et à son recrutement, maiS' lé Saint-Siège pourra établir dans une ville française un agent chargé* de recoToir les engagements des volontaires qui se présenteraient pour entrer dans ce corpst*
Enfin le gouyernei]|ieQt français pourvoira aux frais d'armement, d'équipemeaty d'habillement, de solde et d'entretien de la légion jusqu'au jour du débarquement à Givita^Vecchia, sauf remboursement de ce» frais par le gouvernement romain.
En raison des dispositions qui précèdent, il y a lieu de pourvoir au commandement du corps de troupe dont il s*agit.
Dans ce but, par une déicisîon impériale du 15 de ce mois, rendue sur la proposition du ministre de la guerre, M. d'Argy, colonel d'infanterie en retraite , a été autorisé à passer au service du gouvernement pon^ tifical.
91. — M. Candide Noeçdal défend, dans le congrès national, le paragraphe relatif à la question romaine du contré*{irojet d'Adresse qu'il a présenté avec six autres députés catholiques. Après avoir rappelé cette parole de M. Odilon Barrot en 1849 : a II im- « porte que les deux pouvoirs, teitiporel et spirituel, soient unis « à Rome pour qu'ils puissent être séparés dans le reste de TEu- « rope; » il conclut ainsi :
<c C'est une chose connue de tout le monde, c'est une chose de sens commun que la souveraineté temporelle du Saint-Siège est à l'avantage de tout le catholicisme, de tout l'univers catholique, et non au désavantage de Rome, qui, outre qu'elle est beaucoup mieux administrée, trouvp une source de richesses dans l'affluence de dons et de voyageurs qui viennent de tout le monde connu. Ce n'est pds en vain que Rome est l'école de tous les artistes, le point de réunion de tous les savants, la commune patrie de toutes les âmes élevées et de tous les talents privilégiés, et cet avantage, elle le doit à ce qu'elle est gouvernée par ce vieillard vénérable sur la tête de qui est placée la triple couronne de la royauté, de l'âge et de la justice.
« Si les Etats pontificaux sont et doivent être possédés par le Saint- Siège pour leur grand avantage moral et spirituel et pour l'avantage dé tout le catholicisme ; si, pour que les pouvoirs spirituel et temporel soient distincts et séparés dans le reste du monde, il est nécessaire qu'ils soient unis et concentrés dans une même personne, dans les mêmes mains, au sein des États pontificaux; si, à cause de cela, nous autres, catholiques, nous pouvons tous nous proclamer citoyens romains, nous avons donc le droit de dire à l'empereur de France qu'il ne lui est pas permis de nous tenir à l'écart, lorsque nous demandons à concourir selon nos forces à la conservation de ces Ëtats, — et ce que nous pouvons dire comme catholiques, à plus forte raison je puis le dire comme Annales ecclés* * 27
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Espagnol, panse qae c'est dans le catholicisme qao se condeûsent toute rhistoire, toutes les traditions de ma patrie.
• Rappelez-vous donc, Messieurs, les termes de notre humble amendement : « La reconnaissance du soi*4i8ant royaume dlialie est contraire « aux traditions de la patrie, à son proverbial honneur, à sa grandeur c future. » C'est-à-dire qu'elle est contraire à ce qui constitue notre patrimoine moral, qui est notre honneur. Savez-Tous ce que font les peuples et ce que font les gouvernements qui renoncent aux principes qui constituent les traditions de la patrie? Je n'ai pas besoin de vous le dire moi-même, c'est une personne qui ne peut être suspecte au sujet de la question actuelle, qui vous le dira : « Chaque peuple vit de ses a traditions, de son histoire, des exemples de ses pères; le peuple qui « renonce à son histoire renonce à sa prospérité future. Malheureux et « déshonorés les Espagnols qui renoncent aux gloires de leurs ancêtres ! c Ils ne transmettent rien à leurs enfants. »
« Savez-vous dans quelle occasion Don Salustiano Olozaga disait ces paroles si pleines de vérité? c'était à l'occasion de la fête civique da Deux-Mai ^, Je ne puis que les répéter à propos de la reconnaissance de ce que vous appelez le royaume d'Italie. •
L'amendement des députés catholiques ne fut pas adopté, mais les députés espagnols, quoique dévoués au ministère O'Donneil, ne donnèrent la majorité à ce ministère qu'après avoir reçu l'assurance que le gouvernement de la reine n'entendait pas sacrifier la souveraineté temporelle du Pape.
•tt. — Décret du cardinal Patrizi, qui érige à Rome uoe Confrérie des Chaînes de saint Pierre :
« Constantin Patrizi, etc.
« Il est manifeste et bien établi par le témoignage de l'histoire et par la magnificence .de la célèbre basilique Eudoxienne» que le monde chrétien tout entier a toujours professé une vénération publique et solennelle pour les chaînes sacrées qu'a portées le B. Pierre, prince des Apôtres, grftce à la perfidie des impies, et auxquelles il a communiqué une certaine vertu divine en les laissant comme un monument du triomphe de la foi et comme un gage à cette Église qui ne périra pas. Dans les conditions iniques des temps présents, où nous voyons avec douleur qu'on met tout en œuvre pour priver de sa liberté TÉglise universelle et en quelque sorte pour enchaîner de nouveau son Chef visible, quelques hommes pieux et sincèrement attachés au Siège apostolique ont eu Theureuse idée de montrer qu'ils sont catholiques et fils dé-
> On sait que cette ffete a été instituée en souvenir du 2 mai 1808, jour où éclata à Madrid une insurrection contre les troupes françaises, le lendemain de la renonciation forcée du roi Ferdinand à la coiumme.
mars.] HaRT BE HT PARIS». 4tO
voués du Pontife romsin, en portant oet^naibleinent sur leurs habits de petites chaînes offrant une reproduction exacte des chaînes sacrées, accompagnées d'une petite croix dite de saint Pierre, et bénites sons les auspices du Saint-Père par le contact de ces chaînes. Se montrant unanimes et fermes dans leur pieux projet, ils ont désiré s'unir par le lien d'une confrérie et ont imploré à cet effet, dans les formes prescrites^ notre autorité ordinaire. En conséquence, par le présent décret, nous érigeons et constituons une Société sous le titre de Confrérie des Chaînes de scUrU Pierre^ dont les membres, portant les susdites petites chaînes comme signe distinctif, feront en sorte de réciter chaque Jour certaines prières, de TÎsiler les chaînes de saint Pierre dans la basilique Eu* doxienne, et de s'approcher, les jours établis, partout où ils le pourront, des sacrements de pénitence et d'eucharistie. Nous voulons que cette Société soit assimilée aux autres pieuses instructions, en nous réservant à nous et à nos succeœeurs les facultés qui nous compétent quant à la Société et à sa règlOi aux termes de la Constitution apostolique de Clément VIII Quœcumque.
« Donné à Rome, au palais du Vicariat, le 26 février 1966.