NAPOLÉON
Vu et scellé du sceau de l'État : Par l'Empereur :
Le garde des sceaux, ministre de Le ministre des affaires
la justice et des cultes j étrangères^
J. Babochs. Moustikb.
— Le comité réYolutionnaire qui s'intitule: Comité national romain^ et dont les principaux membres sont à Florence, en bon rapport avec le gouvernement italien, lance dans Rome la proclamation suivante:
décembre.] PROGLÂHÂTION DD COMITÉ NATIONAL ROMAIN. 499
« Romains!
« Enfin, le dernier soldat français a quitté Rome, le dernier étranger a abandonné l'Italie. Des Alpes à la mer, aucun drapeau étranger n'étend plus sur la terre italienne sa domination tyrannique ou sa protection injuste. Spectacle aussi douloureux pour nos oppresseurs saisis de peur qu'il est consolant pour nous I Après dix-huit ans, nous relevons la tôte et revoyons Rome maîtresse de ses destinées. Que ce grand jour se grave profondément dans la mémoire et dans le cœur de tout Romain qui a l'amour de sa patrie et qui en a senti l'humiliation. Le jour du 14 décembre 1866 ouvre toute une ère, l'ère qui, à côté du ministère religieux affranchi de l'impur contact d'un despotisme abhorré, verra Rome libre et florissante, elle aussi I
« A nous donc, ô Romains, la grande œuvre I une tardive justice nous remet en main les destins d'un pays qui, depuis si longtemps, n'était plus le nôtre. L'heure est décisive, solennelle. Le monde entier nous regarde, ému, agité en sens divers et opposés. Nous, forts de la force d'un droit imprescriptible, résolus à l'exercer sans offenser le moins du monde les droits du pouvoir spirituel, préparons pour le grand événement notre Ame, notre esprit et, au besoin, notre bras. Pas de vaincs paroles, pas de mouvements irréfléchis, pas d'agitations isolées, intempestives I Hors de nos rangs quiconque ne saurait apporter d'autre tribut que celui-là dans cet extrême besoin de résolutions graves et décisives I La patrie abonde en courages et en vertus civiques, et le jour suprême le montrera assez. Elle n'a nul besoin de manifestations inutiles et désordonnées. C'est là précisément ce que désirent avec le plus d'ardeur nos ennemis, spéculateurs en troubles^ rêveurs de nouvelles intrusions étrangères : ils sont nombreux et rusés; ils nous entourent, nous épient, nous tendent des pièges. Sur eux, n'en doutez pas, pèse infatigablement le regard de ceux qui veillent sur votre sort ; mais contre eux il faut encore, il faut absolument de l'unité, de l'ordre, une attitude ferme, résolue, quoique calme dans la période qui nous sépare de l'accomplissement de nos vœux. Recueillons-nous, tendonsnous la main et serrons-nous autour du nom et des gloires de Rome. Ainsi unis et compactes, sachons attendre. Le triomphe es^ certain; les jours du despotisme clérical sont inexorablement comptés ; votre Comité ne vous laissera manquer ni d'activité ni de conseil I »
Signé : le Comité national romain.
Ift. —Sa Sainteté, s'étant rendue dansTéglise des Capucins, de la place Barberini, à roccasion de la lecture du décret, relatif à la béâtifîcation du bienheureux Benoit d'Urbin, religieux de cet ordre, prononce en substance l'allocution suivante :
« Quand nous décrétons les honneurs de l'autel à quelque serviteur
de Dieu, on dit que les chrétiens acquièrent dans le ciel un noiiYeaa protecteur, et que la foi s'accroît, que la piété se réveille dans les cœurs. Et cela est yraî.
c Ce qui est vrai aussi, c'est que l'ennemi de Dieu sent redoubler sa haine, car de telles solennités multipliant les prières, amenant les fidèles à une plus grande fréquentation des sacrements, sont par là même un triomphe pour TÉglise de Jésus-Christ
« Avant de venir ici, j*ai reçu un livre écrit par un homme d'église, qui fera verser des larmes à l'Église. Je n'ai pas encore eu le temps de le lire, mais, en l'ouvrant, j'ai déjà vu qu'on me maltraite fort et qu'on me reproche de faire trop de saints.
« Dans ce livre, on va même jusqu'à me menacer de réviser les causes de canonisation que j'ai définies. Et c*est une preuve nouvelle de ce que j'affirme, que ces actes solennels servent à augmenter la foi parmi les hons, et malheureusement à augmenter aussi le mépris et la colère chez les ennemis de l'Église.
« Or, ces colères, ces mépris, ces délires ne viennent que de l'orgueil. Gardez-vous de ce péché, car l'orgueil est subtil et s'insinue partout. Souvenez-vous que votre patriarche séraphique saint François avait pris pour reine la pauvreté et pour sœur l'humilité.
€ L'humilité est la vertu du chrétien, et la charité constitue et conserve la paix dans les familles religieuses.
€ Le monde nous hait, mais nous pouvons le vaincre et assurer le triomphe de l'Église, lequel triomphe consiste dans la conversion des pécheurs, des hérétiques, des infidèles, que je désire de toute mon âme.
.« 0 mon Dieu I fortifiez le courage des prêtres, confirmez dans la vertu le cœur de ces bons religieux qui m'entourent, afin qu'intrépides, ils résistent aux violences des méchants, suivent les voies de l'humilité, de la pauvreté, de la charité, et glorifient votre saint nom.
— Le AfoniV^r reproduit les lignes qui suivent du Times de l'avant-veille :
« L'attente n'a point été trompée. L'Empereur Napoléon a exécuté à la lettre la convention de septembre. Dans la longue et importante carrière de l'Empereur des Français, il n'est point d'acte qui fasse briller son nom d'un plus vif éclat que le simple accomplissement d'une si grande et si solennelle obligation. Car, en des circonstances toutes particulières, l'accomplissement d'un devoir peut être considéré comme un acte de vertu, et peut-être ne saura-t-on jamais parfaitement à combien de perplexités l'esprit de l'Empereur a dû être en proie, et comliien il a dû en coûter à son cœur pour remplir sa promesse envers le gouvernement de Victor-Emmanuel.
« Suivant certains bruits qui circulent, la presse pontiBcale est en mouvement et déploie une grande activité. Quelque acte solennel,
décembre.] DISCOURS DE VICTOR-EMMANUEL. SOI
quelque bulle ou lettre encyclique vont être publiés^ et par quelque résolution soudaine Pie IX frappera le monde d*étonnement.
« Pour notre part, nous sommes depuis longtemps convaincus qu'une seule voie est ouverte au Pape, c'est la conciliation entre Tltalie et la papauté, fondée sur la cbute du pouvoir temporel ; ce ne sera pas le moindre des services rendus par l'Empereur des Français i la nation italienne.
n Les Italiens ont été souvent injustes à son égard ; ils ont été trof peu confiants, ils ont manqué de patience et de bienveillance. Ils doivent saluer en lui leur plus grand, leur plus constant et généreux bienfaiteur. »
Ces lignes sont suivies de celles-ci, que Torgane officiel du gouvernement français ne reproduit pas :
« Quelle qu'ait été sa conduite vis-à-vis des autres nations et des Français eux-mêmes, l'Empereur a toujours été sincèrement envers les Italiens ce Louis-Napoléon qui prit les armes en faveur de Tltalie et contre le pouvoir temporel il y a trente-cinq ans.
« Dans tous les autres actes^ soit de la politique intérieure, soit de la politique extérieure, TEmpereur a des amis et des adversaires. En tout ce qu'il a fait de bien ou de mal, d'autres peuvent avoir leur part d'éloge ou de blâme. Mais lui seul a joué la partie italienne, et la partie est gagnée. »
— Discours prononcé par le roi Victor-Emmanuel, à Touverture des chambres du royaume d'Italie, à Florence :
« Messieurs les sénateurs, « Messieurs les députés,
« La patrie est libre désormais de toute domination étrangère. C'est avec une joie profonde que je le déclare aux représentants de vingtcinq millions d'Italiens.
« La nation a eu foi en moi ; j'ai eu foi en elle. Ce grand événement couronnant nos efforts communs donne un nouvel essor à l'œuvfe de la civilisation et rend plus sûr l'équilibre politique en Europe.
«Par sa promptitude à s'organiser militairement et par l'union rapide de ses populations, l'Italie a acquis le crédit qui lui était nécessaire pour atteindre, par elle-même et avec l'aide d'alliances eiftcaces, son indépendance. Elle a trouvé un encouragement et un appui, pour cette œuvre laborieuse, dans la sympathie des gouvernements et ,des peuples civilisés, soutenue et accrue encore par 1& persévérance courageuse des provinces vénitiennes dans l'entreprise commune de l'affranchissement national.
« Le traité de paix avec l'empire d'Autriche, qui vous sera présenté.
502 ANNALES ECGLÉSIASTIQDES. \\9Ê^
sera SDivi de négodatioas qui faciliteront les échanges entre les deux
États.
9 Le gouvernement français, fidèle aux obligations qu'il a contractées par la convention de septembre, a retiré ses troupes de Rome. De son c6téy le gouvernement italien, observant les engagements pris^ a respecté et respectera le territoire pontifical.
«La bonne intelligence avec l'Empereur des Français à qui nous sommes liés par Tamitié et la gratitude, la modération des Romains, la sagesse du souverain Pontife, le sentiment religieux et le sens droit du peuple italien aideront à distinguer et à concilier les intérêts catholiques et les aspirations nationales qui se confondent et se débattent à Rome.
« Attaché à la religion de nos pères, qui est aussi celle de la plus grande partie des Italiens, je rends hommage en même temps au principe de liberté dont nos institutions s'inspirent et qui, appliqué avec sincérité et largeur, écartera les causes des anciens difiTérends entre TËglise et TÉtat.
« Ces dispositions de notre part, en rassurant les consciences catholiques, accompliront, je l'espère, les vœux que je forme pour que le Souverain Pontife demeure indépendant à Rome.
«( L'Italie est en sûreté maintenant, qu'en outre de la valeur de ses fils qui, à travers les variations de la fortune, ne s'est démentie ni sur terre ni sur mer, ni dans les rangs de Tarmée, ni dans ceux des volontaires, elle a pour remparts de son indépendance les boulevards môme qui ont servi à l'opprimer.
« L'Italie peut et doit donc maintenant tourner tous ses efforts vers l'accroissement de sa prospérité. De même que les Italiens ont apporté une concorde admirable dans l'affirmation de leur indépendance, qu'ils se consacrent aujourd'hui tous ensemble, avec intelligence, ardeur, et une constance indomptable, à développer les ressources économiques de la Péninsule.
« Plusieurs projets de loi vous seront présentés à cet eObt.
« Au milieu des travaux de la paix, favorisés par un avenir assuré, nous ne négligerons pas de perfectionner, d'après les leçons de l'expérience, notre organisation militaire, afin qu'avec la moindre dépense possible, l'Italie ne soit pas privée des forces nécessaires pour maintenir la place qui lui convient parmi les grandes nations.
« Les mesures prises récemment dans l'administration du royaume et celles qui vous seront proposées surtout pour la perception des impôts et la comptabilité de l'État contribueront à améliorer la gestion de la chose publique.
« Mon gouvernement a pourvu d'avance aux dépenses de l'année qui va s'ouvrir et aux payements extraordinaires de toute nature. Il vous demandera pour 1867 1a continuation des mesures financières votées pour 1806.
« Ainsi le pouvoir législatif pourra discuter mûrement les projets
décembre.] LES ÉVÊQOES DITALIB ET LE BARON RIGASOLI. S03
de loi qui lui seront présentés pour fournir à l'État les ressources nécessaires à ses besoins, pour améliorer Tassiette des impôts et les égaliser entre les diverses provinces du royaume.
cf Si, comme j'en ai rentière confiance, les populations de Tltalie ne manquent pas de cette activité qui a fait la richesse et la puissance de nos aieux^ il ne faudra pas longtemps pour que la fortune publique atteigne son équilibre définitif.
a Messieurs les sénateurs^
« Messieurs les députés,
« L'Italie est maintenant livrée à elle-même. Sa responsabilité est égale à la puissance qu'elle a acquise et à la pleine liberté qu'elle a dans Fusage de ses forces; ce que nous avons fait de grandes choses en peu de temps accroît pour nous le devoir de ne pas manquer à notre tâche, qui est de savoir nous gouverner avec la vigueur requise par les conditions sociales du royaume et avec la largeur voulue par nos institutions. La liberté dans nos institutions politiques, l'autorité dans le gouvernement^ Tactiviié dans les citoyens, l'empire de la loi sur tout et sur tous, porteront l'Italie à la hauteur de ses destinées^ à la hauteur de ce que le monde attend d'elle. »
— Les évoques d'Italie résidant à Rome écrivent la lettre suivante au baron Ricasoli, président du conseil des ministres de Yictor-Einmanuel :
Rome, le 15 décembre 1866.
Monsieur le président,
Votre circulaire aux préfets en date du 22 octobre dernier, par laquelle vous permettez le retour dans leurs diocèses aux évoques qui en sont éloignés pour un motif quelconque, nous a été à tous un sujet de consolation, non pas tant parce qu'elle met un terme à notre exil qu'à cause delà conviction que chacun de nous partage avec le glorieux défenseur de l'Église, saint Athanase, que « l'absence du pasteur fournit aux loups l'occasion d'envahir le troupeau dont le pasteur doit rendre un compte exacte celui qui le lui a confié. »
Nous avions encore trouvé un autre sujet de consolation dans les considérations générales sur lesquelles cette circulaire s'appuie pour rappeler les évoques. En vérité, nous ne pouvions voir qu'avec joie la solennité avec laquelle le gouvernement déclare qu'il a respecte la religion de l'immense majorité des Italiens, » lesquels étant tous catholiques, excepté une petite population enfermée dans les vallées des Alpes, le Statut a pu déclarer que « la religion catholique est la seule religion de l'Etat, » et n'accorder que la tolérance aux autres cultes qui existent au temps où nous sommes, il est facile de comprendre
M4 ANNALES SCCLÉSIASTIQUIS. [1S66
çu'on fait a cesser le trouble des consciences, • et qa*on « Ote tout empêchement à la marche da service religieux • en rappelant les évéques, qui constituent ayec le Pape le premier degré de la hiérarchie sacrée à laquelle le divin fondateur Notre-Seigneur Jésus-Christ a confié la religion catholique. Et nous avons loué le Seigneur en lisant cette autre promesse du gouvernement, de faire descendre des régions abstraites où elle s'était tenue jusqu'à présent, et de faire véritablement passer dans la pratique l'entière liberté sur laquel'e doivent s'établir les rapports de l'ÉgLise et de l'Ëtat. Ohl puisse l'Italie jouir bientôt du magnifique et imposant spectacle religieux dont les libres citoyens des États-Unis d'Amérique sont aujourd'hui les heureux témoins, admirant à Baltimore cette assemblée de plus de quarante archevêques et évêques, d'abbés mitres, de prélats inférieurs et de prêtres, qui se réunissent en un concile national en se conformant aui règles de la législation ecclésiastique, sans qu'ils aient eu besoin de demander à aucune autorité de l'État fédérai ou d'un État particulier la moindre autorisation !
Après avoir adressé leur respectueux honmiage à celui qui est le chef de toute l'Église, à S. S. Tinmiortel Pie IX, pour lui souhaiter une longue vie et le maintien des droits du Saint-Siège, ils ont ouvert leurs saintes discussions, où la liberté la plus illimitée a régné. Aucune réserve ne leur a été imposée, aucune garantie ne leur a été demandée au nom d'aucune loi fédérale ou locale; et quand les résolutions du concile auront été approuvées par le Pape, elles seront proclamées et mises à excution par l'autorité spirituelle dans chaque ville et chaque village, sans exe^ua/ur ei shns placet. Oh! oui, entière liberté de l'Église ! et nous ne verrons plus en Italie des préfets se donner la tâche étrange, pour ne pas dire plus, de décider quelles sont les fêles religieuses qui se doivent célébrer avec une pompe extérieure, et celles qui se doivent tenir dans l'intérieur des églises, et de régler les dépenses du culte en fixant le nombre des cierges et des lampes qu'il convient d'allumer, et de déterminer l'heure et le moment où doivent commencer et finir les fonctions sacrées, tandis qu'ils accordent aux spectacles profanes la liberté la plus illimitée 1
La circulaire ajoute que la dignité et Thonneur de la nation et l'autorité du gouvernement auront avantage au retour des évêques ; c'est vrai, non pas pour tel ou tel motif humain, toujours accessoire et indigne d'hommes sérieux, mais à cause de ce principe fondamental que le plus solide appui de l'Etat est renseignement catholique, dont les évéques catholiques, et le Pape à leur tôte, assurent l'éternelle durée. Cet enseignement résout parfaitement le terrible problème social qui, avant le sacrifice du Calvaire, resta insoluble entre les nations réduites à être victorieuses ou vaincues, ou déchirées par les discordes intestines; nous voulons parler du problème de la liberté et de régalité humaines en harmonie avec Tobéissance absolue. Selon l'enseignement catholique, les quelques hommes qui commandent et ceux beaucoup plus nombreux qui obéissent, reconnaissent pour leur
décembre.] LES ÉVÊQUES D'ITALIE ET LE BARON RIGASOU. SOS
chef commua et leur souverain maître Dieu qui est dans les deux ; de sorte que celui qui commande dans la société n'exerce pas sa propre autorité, mais celle de Dieu, et celui qui obéit n'obéit pas à Thomme, mais à Dieu. « Vous êtes libres^ mais comme des serviteurs de Dieu, » selon la parole du premier Pape, saint Pierre. (Eptt. I, chapitre ii.) De cette façon, Tordre règne dans la société, et la paix, qui est la tranquillité de l'ordre entre les citoyens, se maintient. C'est pourquoi l'objet de la circulaire et les considérations générales qui l'ont motivée, nous le disons de grand cœur^ nous ont apporté espérance et consolation.
Mais nous devons ajouter avec la môme franchise que cette circulaire, dans la partie qui a trait aux personnes, nous a profondément attristés. Il y a là comme une condamnation prononcée contre tous les évoques qu'on a éloignés de leurs diocèses ; ils sont représentés comme des ennemis qui « ont mis en péril l'existence de la nation, » laquelle, placée en face de la question d'être ou de ne pas être, a dû recourir à des moyens extra-légaux.
Monsieur le président, chacun connaît cet aphorisme de droit, que personne ne doit être présumé coupable avant que son crime ait été prouvé. La circulaire n'apporte aucune preuve; nous, au contraire, nous pouvons opposer à cette gratuite assertion : d'une part, le traitement subi par les évoques napolitains, pour ne parler que de ce qui nous concerne, les uns soumis à. la dure épreuve de la prison et du domicile forcé, les autres en butte au plus sacrilège des assassinats ou exposés aux plus grands dangers de mort, et, en outre, plus de soixante tenus loin de leurs diocèses, errants, misérables, affligés, presque mendiants, privés de tout revenu ecclésiastique, tous devenus des objets de contradiction et de mépris; d'autre part, nous opposons la conduite des agents de police, qui ont surpris leurs lettres, fouillé leur domicile, séquestré leur correspondance, et la procédure des tribunaux, qui ont fait durer pendant de longs mois des instructions criminelles contre les évoques. Eh bien l quel en a été le résultat? En dépit de tant d'efiforts de la part de la révolution et du gouvernement, on n'a pu trouver la moindre compromission politique qui permît de traduire un seul évoque devant la chambre des accusations. Et c^est ainsi que nous tendons « des embûches au gouvernenement » et que nous avons donné « des preuves récentes de nos menées politiques! » Nous en faisons ]uge tout homme sensé.
La conclusion de la circulaire est encore plus douloureuse pour tout honnête citoyen. Elle suppose non-seulement que les évoques rappelés sont des coupables, mais qu'ils sont incorrigibles, môme après les maux qu'ils ont soufiTerts, et elle les dénonce à la nation comme capables de « fomenter les discordes civiles « et de «c calomnier le gouvernement. » Gomme remède héroïque, elle propose de les soumettre à une « surveil» lance rigoureuse^ » moyennant des mesures législatives plus énergiques. En vérité, il suffirait de répondre que notre conduite passée depuis
8ÎX ans garantit notre conduite à venir. Mais non; la garantie que donnent les évoques rappelés n'est pas du tout dans le Code, qu'inToqne lacirculaire^et qui peut toujours être éludé ; elle est plus efficace et plus sublime ; elle se trouve dans le Code divin de la doctrine catholique, d'après laquelle les évéques enseignent en conscience, avec le grand Pontife Pi3 VII, que le devoir du citoyen est « de ne prendre part à aucune conspiration ou sédition contre le gouvernement établi, et d'être soumis et obéissants en tout ce qui n*est pas contraire aux lois de Dieu et de l'Église, » et qui, d'accord avec l'immortel souverain Pontife heureusement régnant, déclarent a la rébellion condamnable et toujours très-funeste. » ( Vby. l'allocution du 29 octobre dernier sur les affaires de Pologne.)
Nous pourrions enfin ajouter nos protestations particulières contre l'exception très-odieuse dont la circulaire frappe les évêques séjournant à Home; car nous avons été soumis aussi bien que nos collègues, etquelques-uns de nous encore plus, aux mêmes perquisitions et enquêtes judiciaires^ et pourtant on n'a pu en tirer aucun prétexte spécieux contre nous. Mais nous nous abstenons d'insister, parce que la voix publique nous fait croire que de pareils procédés ne se renouvelleront plus.
Les soussignés attendent donc de la justice de M. le président des ministres qu'il fera tomber en oubli la seconde partie de sa circulaire, injurieuse pour tous les évêques, en montrant dans la suite plus de confiance en eux, tant en ces évêques, a qui séjournent dans les diverses provinces du royaume, » qu'en ceux qui résident à Rome sous l'œil vigilant du pasteur des pasteurs, et père commun des fidèles.
Dominique, cardinal-archevêque de Bénévent; — Sixts^ cardinal-archevêque de Naples; — PaANCois-XAViEa, archevêque de Sorrente;^ Mariano, archevêque de Reggio; — Philippe, évêque de Mileto; — Janvier^ évoque d'Anglona et Tursi ; — François, évêque de Castellamare ; — Vincent, évêque de Termoli; — Barthéleut, évoque de Caivi et Teano, administrateur apostolique de Casiellaneta;' — F. Louis, évêque d'Aquila; — François-Xavier, évêque de Neuro; — MicHEL-ANGE,évêque de Palti.
— Quelques jours après le baron Ricasoli répondit par la lettre suivante, qui reproduit les doctrines de son Capitolato du 2 septembre 1861 :
0 MesseigneurSy
Je reçois aujourd'hui seulement la lettre que vous m'avez fait Thonneurde m'adresser deRome à la date du 15 courant, au sujet du rappel des évêques dans leurs diocèses. Cette lettre m'a été doublement agréable, d'abord pour les hautes raisons qui vous ont engagés à approuver
décembre.] RËPONSE DU BARON RIGASOU. 507
une telle mesure et dans lesquelles j'ai le bonheur de me rencontrer avec tous; ensuite parce que vous y demandez que la faculté accordée aux évoques par la circulaire du S2 octobre soit étendue aussi aux membres de l'épiscopat qui demeurent à Rome, ce qui me montre que votre esprit est disposé à la bienveillance et au respect des institutions et des lois à l'ombre desquelles vous demandez à vivre.
Je suis heureux d'avoir sur ce point prévenu vos désirs et interprété vos sentiments, car le jour même dont votre lettre porte la date, j'ordonnais que l'exception dont vous vous plaignez fût levée, et je suppose que vous en aurez reçu maintenant la notification officielle.
Les déterminations prises par le gouvernement à cet égard dérivent, ainsi que vous le dites, de la volonté d'agir de telle sorte que le principe d'une liberté entière dans les rapports de l'Église avec l'Ëtat sortent de la région abstraite des principes, pour passer dans la réalité des faits.
Le gouvernement ne désire pas moins que vous, Messeigneurs, que l'Italie elle-même jouisse bientôt du magnifique et imposant spectacle religieux dont se félicitent aujourd'hui les libres citoyens des États- Unis d'Amérique en présence du concile national de Baltimore, où se discutent librement les doctiînes religieuses et dont les décisions, approuvées par le Pape, seront proclamées et observées dans chaque ville ou village, revêtues de toutes les sanctions spirituelles, sans aucun eœequatur ou placet.
Je vous prie cependant, Messeigneurs, de vouloir bien considérer que ce spectacle admirable, c'est la liberté qui le produit, la liberté professée et respectée par tous, en principe et en fait, dans ses plus larges applications à la vie civile, politique et sociale.
Aux États-Unis, tout citoyen est libre d'observer la croyance qui lui semble meilleure, de rendre hommage à la Divinité dans les formes qui lui paraissent le plus convenables. A côté de l'Église catholique s'élèvent le temple protestant, la mosquée musulmane, la pagode chinoise; à cOté du clergé catholique fonctionnent le consistoire de Genève et la congrégation méthodiste. Un tel état de choses n'engendre ni confusion ni froissements. Et pourquoi ? — Parce qu'aucune religion ne demande à l'État ni protection spéciale ni privilège ; chacune vit, se développe, se pratique sous l'égide de la loi commune ; et la loi, également respectée par tous, garantit à tous une égale liberté.
L'intention du gouvernement italien est de montrer autant qu'il est en lui qu'il a foi dans la liberté, et qu'il veut l'appliquer, pour sa part, avec autant de largeur que le lui permettent les intérêts de Tordre public.
Il dit donc aux évêques de retourner à leur ministère, dont ils 5nt pu être éloignés précist^ment pour des raisons d'ordre public. Il t'y met d'autre condition que la condition suivante imposée à tout citoyen qui veut vivre tranquille, de se renfermer dans sa fonction et d'observer la loi ; l'État se charge d'empêcher qu'il soit troublé ; seulement, qu'il. ne lui demande aucun privilège, s'il ne veut souffrir aucun
lien : le principe de tout État libre, que la loi est égale pour tous^ n'admet de distinction d'aucune sorte.
Le gouvernement serait heureux de pouvoir écarter tout soupçon et renoncer à toute précaution, et, s'il ne fait pas aujourd'hui à ce sujet tout ce qu'il désire, c'est parce que le principe de liberté qu'il a adopté et mis en pratique n'est pas au même degré adopté et pratiqué par le clergé.
Remarquez, Messeigneurs, la différence entre la situation de TÉglise en Amérique et la situation de TÉglise en Europe. . Dans ces contrées vierges, l'Église s'est établie au milieu d'une société nouvelle, mais qui apportait avec elle, de la mère patrie, tous les éléments de la société civile. Représentant elle-même le plus pur et le plus sacré des éléments sociaux, ce sentiment religieux, qui sanctionne le droit, sanctifie le devoir et réunit dans une pensée plus élevée que toutes les choses terrestres les aspirations humaines, elle n'y a cherché que le gouvernement agréable à Dieu, le gouvernement des esprits. Venue avec la liberté et grandie à son ombre, l'Église y a trouvé tout ce qui suffisait à son libre développement, au tranquille et fécond exercice de son ministère, et jamais elle n'a cherché à interdire aux autres cette liberté dont elle avait le bonheur de jouir, ni à faire son profit exclusif des institutions qui la protégeaient.
En Europe, au contraire, l'Église est née au moment de la décadence du grand empire qui avait subjugué toute la terre ; elle s'est constituée, au milieu des cataclysmes politiques et sociaux des siècles barbares, et elle a dû penser à se donner une organisation assez forte pour résister au naufrage de toute civilisation, parmi les flots montants de la force brutale et de la violence.
Mais, pendant que le monde, sorti du chaos du moyen âge, se recomposait et reprenait la route du progrès qui lui a été marquée par Dieu, l'Église prétendit communiquer à tout ce qui avait quelque rapport avec elle l'immobilité du dogme dont elle est la gardienne ; elle yit avec inquiétude le développement des intelligences, la multiplication des forces sociales, et se déclara l'ennemie de toutes les libertés, en niant la plus précieuse et la plus incontestable, la liberté de conscience.
De là naquit le conflit entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civit parce que le premier représenta l'assujettissement et l'immobilité, le second, au contraire, la liberté et le progrès.
Ce conflit, par suite de conditions spéciales, a pris en Italie des proportions plus graves parce que l'Église, pensant que, pour exercer en dehors de toute autorité laïque son ministère spirituel, un royaume lui était nécessaire, elle a rencontré ce royaume en Italie. Le pouvoir ecclésiastique, par là même, se trouve ici en contradiction, noaseulement avec le pouvoir civil, mais avec le droit naturel.
Telle est l'origine de ces défiances et de ces précautions que j'ai indiquées dans ma circulaire et qui ont provoqué vos réclamations, alors qu'elles n'ont été inspirées que par la nécessité des choses.
décembre.] EXPOSÉ DES AFFAIRES RELIGIEUSES DE POLOGNE. 509
Les évoques ne peuvent se considérer parmi nous comme de simples pasteurs d'âmes^ parce qu'ils sont en môme temps les défenseurs et les instruments d'une autorité qui contrarie les aspirations nationales. Pariant, l'autorité laïque est contrainte de les soumettre aux mesures qui peuvent lui sembler nécessaires pour la défense de ses droits et de ceux de la nation.
Comment faire cesser ce déplorable et périlleux conflit entre les deux pouvoirs, entre l'Église et l'État ?
La liberté seule peut nous amener à cette situation heureuse que vous enviez, Messeigneurs, à l'Amérique. Que l'on rende à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu, et la paix entre l'État et l'Église ne sera plus troublée.
J'ai voulu rendre hommage à ces principes en relevant les évoques de la défense de retourner et de séjourner dans leurs diocèses. Je crois que la liberté est bonne à professer et à pratiquer; je croîs, de plus, qu'elle a la vertu de ramener à elle les esprits de ceux qui sont appelés à jouir de ses bienfaits.
J'ai la confiance, Messeigneurs^ qu'en retournant dans vos diocèses avec ces sentiments de respect pour la loi exprimés dans votre lettre, au milieu de populations qui veulent rester catholiques, sans renoncer aux droits et aux aspirations de la nation à laquelle elles appartiennent, vous bénirez cette liberté qui les protège, et sur laquelle seule il est possible de fonder la conciliation d'inléréts qui, jusqu'à présent, ont paru inconciliables. Ricasoli.
— Publication à Rome des documents promis dans l'allocution du 29 octobre, relativement aux affaires religieuses de Pologne.Le volume a pour titre : Esposizione document ata (Exposé avec pièces à VapY^ui), sulle costanti cure del summo Pontefice Pio IX a reparo dei mali che soffre la Chiesa cattolica net domtnû di Bussia et Polonia, Borna, délia stamperia délia segreteria di Stato^ 4866. C'est un gros volume in-S^ de 3i3 pages. V Exposé seul en embrasse 35. Il commence par le récit de l'entretien du czar Nicolas avec Grégoire XVI, et finit par celui de la fameuse audience du baron de Meyendorff, le 27 décembre i865, et par un aperçu sur la déportation et la mort de M*' Ralinski, évoque de Cheim, ainsi ,que sur les dernières persécutions du gouvernement moscovite. La scène avec M. de Meyendorff est à peu près telle que les journaux la racontèrent. Aux représentations que le Saint-Père fit au chargé d'affaires de Russie par rapport aux obstacles apportés au sacre de l'évéque. de Chelm, à la déportation deM^Felinski et à la pression exercée sur le chapitre de Varsovie, M. de Meyendorff répondit d'abord par un démenti formel, puis il dit au Pape que tout cela ne serait pas arrivé si les catholiques avaient
510 AN?iALES ECCLESIASTIQUES. [t866
imité les protestants^ qui, dans la dernière insarrection de Pologne, s'étant rangés du côté du gouvernement, en avaient obtenu des faveurs que l'hostilité des catholiques ne put obtenir & ceux-ci. Enfin, après maintes allusions inconvenantes, M. de MeyendorfT poussa la témérité jusqu'à dire au souverain Pontife que le catholicisme et la révolution étaient la même chose. Alors le Saint-Père, justement indigné, le congédia en lui disant qu'il respectait et estimait l'Empereur, mais qu'il n'en pouvait dire autant de son représentant, qui, certainement contre la volonté du souverain, venait l'insulter jusque dans son cabinet. Le Pape se plaint de n'avoir jamais reçu, à sa grande surprise, aucun acte du gouvernement russe tendant à désapprouver l'inqualifiable conduite de son chargé d'affaires, mais d'avoir vu, au contraire, redoubler les prétentions contre l'Église, et arriver enfin au point hyperbolique et inouï où elles sont maintenant Le Saint-Père déclare qu'en présence de ces méfaits, de ces crimes et de ces abominations, il ne lui reste plus qu'à déférer le présent Exposé et les documents qui le suivent au tribunal de l'opinion publique de l'Europe et du monde entier.
Cet appel solennel contre les énormités du gouvernement moscovite a été distribué aux Cardinaux et envoyé à toutes les cours étrangères.
Par suite de cet acte officiel, le gouvernement russe est mis en accusation par l'autorité la plus grande, la plus sainte et la plus vénérable du monde. C'est maintenant à l'Europe à formuler son verdict.
Les documents qui suivent Y Exposé sont au nombre de cent. Ils sont tous d'un intérêt hors ligne. Ou y remarque notamment le mémoire remis par Grégoire XVI, le 13 décembre 1845, à l'empereur Nicolas; la réponse du Czar présentée par lui-môme au Pape, le 17 décembre 1845 ; les noies du Saint-Siège et de la diplomatie russe sur les affaires de l'Église de Pologne; les ukases injustes et les ordonnances tyranniques du gouvernement russe; la correspondance du Pape avec les évoques de Pologne ; enfin sa correspondance avec Alexandre II. Voici la dernière lettre, écrite en français, du Czar à Pie IX; car celles que le Saint-Père lui adressa en dernier lieu n'eurent point de réponse ; elle porte la date du 31 mars 1859:
« Très-Saint Père, j'ai pris connaissance avec une grande attention de la lettre que Votre Sainteté m'a adressée. C'est avec une satisfaction bien sincère que j'y ai trouvé de nouvelles assurances de ses dis-
décembre.] MORT DU CARDINAL GOUSSET. 611
positions amicales et de la confiance qu'elle place dans les attentions qui m'animeot. Votre Sainteté ne saurai! douter de la vive sollicitude que m'inspirent ceux de mes sujets appartenant à TÉglise catholique romaine et du soin que j'apporte à protéger leurs intérêts religieux et moraux aux mômes titres que ceux des autres cultes professés dans toute rétendue de mon empire. Je me suis attaché à en donner à Votre Sainteté tous les témoignages qui ont pu dépendre de moi. Je suis heureux de voir qu'elle les a appréciés. Quant aux détails des divers sujets mentionnés dans la lettre que vous m'avez adressée, j*ai chargé mon ministre accrédité près de Votre Sainteté de s*en expliquer vis-à-vis du cardinal Antonelli avec la franchise et la bienveillance mutuelles qui président aux rapports de nos gouvernemeots. Je me plais à croire que', dirigées dans cet esprit, ces explications serviront à éclaircir des questions auxquelles J'ai toujours voué la plus sérieuse attention.
« C'est dans cet espoir, Très-Saint-Përe, que je renouvelle à Votre Sainteté l'assurance de ma haute considération. a Alexandre. »
22.*-Mort, à Reims, du cardinal Gousset, troisième archevêque de Reims^ depuis le rétablissement de ce siège, en 1817. — Thomas Gousset, qui ajouta plus tard à son prénom ceux de Marie- Joseph, naquit, le 1" mai 1792, h Montigoy-iez-Gherlieux, canton de Yitrej (Haute-Saône). Il était le huitième des treize enfants de Thomas Gousset et de Marguerite Bournom, honnêtes cultivateurs de la Franche-Comté. Ce ne fut qu'en 1809 qu'il commença ses études latines; mais il fit bientôt tant de progrès, qu'au boatde trois ans d'études il fut reçu bachelier. Il entra au grand séminaire de Besançon, et, le 22 juillet 1817, six jours avant la signature du Concordat qui rétablissait le siège de Reims, qu'il devait occuper plus tard, il fut ordonné prêtre par M*' de Latil, alors évêque d'Amyclée m partibus^ dont il devait être aussi le successeur. Vicaire à Lure pendant quelques mois, il fut appelé au grand séminaire de Besançon pour y enseigner la théologie; il la professa de 1818 à 1830, époque à laquelle il fut nommé vicaire-général de Besançon par M'' le cardinal de Rohan. II conserva ces fonctions jusqu'au jour où il fut promu à Tévêché de Périgueux par ordonnance royale du 6 octobre 1835. Préconisé le 1" février 1836, M" Gousset fut sacré à Paris, le dimanche 6 mars 1836, par M»' de Quélen, assisté de M»' de Forbin-Janson, évêque de Nancy, et de M*' Charles-Fortuné Mazenod, évêque de Marseille. Le 18 du même mois, M^ Gousset publiait sa première lettre pastorale et était installé à Périgueux, où il siégea quatre ans, et où son épiscopat fut laborieux. Il restaura le petit séminaire de Bergerac, fonda le couvent des Visitandines à Périgueux, trans-
fera le grand séminaire de Sarlat dans la ville épiscopale, restaura sa cathédrale, établit des retraites ecclésiastiques, fit un règlement pour les conférences, des statuts diocésains, et se multiplia pour les besoins de son diocèse.
Appelé au siège de Reims le 25 mars 1840, il fut préconisé pour ce siège le 13 juillet, et installé le 26 août de la même année. A Reims, comme à Périgueux, les séminaires furent son œuvre de prédilection, ainsi que la Caisse de retraite pour les invalides du Sacerdoce. Il a créé le collège Notre-Dame de Rethel, construit l'église Saint-Thomas de Reims, restauré Saint-Remy, tenu quatre synodes diocésains ; Tun des premiers évêques en France, il réta* blit la liturgie romaine dès 1848, présida trois conciles provinciaux, à Soissons en 1849, à Amiens en 1853, et à Reims en 1857, fit plusieurs voyages ad limina^ et se trouvait à Rome lors de la proclamation du dogme de rimmaculée-Conception et de la canonisation des martyrs du Japon. Il fut nommé comte romain et assistant au trône pontifical en 1845, enfin créé cardinal, le 30 septembre 1850, du titre de Saint-Calixte. II avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1840, officier en 1843, commandeur en 1856, et son titre de cardinal lui avait donné l'entrée au Sénat. M*' Gousset a publié d'importants ouvrages de théologie et de controverse ; nous allons citer les principaux: Les Conférences (T Angers^ annotées ; Doctrine de l'Église sur le prêt à intérêt ; Explication du Code civil ; Instructions sur le Rituel de Toulon^ annotées et commentées ; Dictionnaire de Bergier, avec des dissertations; Justification de la théologie morale de saint Liguori ; Statuts synodaux ée Pé'ngueux et de Reims; Observations sur la liberté d'enseignement et la situation de l'Église gallicane relativement au droit coutumier; Théologie morale et Théologie dogmatique, formant quatre volumes ; une Exposition des principes du droit canonique, etc., etc. M»' Gousset était l'un des évoques de France les plus attachés au Saint-Siège, dont il défendit les droits dans ses mandements et devant le Sénat. Le Moniteur du 28 décembre s'est exprimé ainsi à son sujet : « Il y a peu d'existences plus belles et plus nobles que celle de l'éminent cardinal, archevêque de Reims. Elleestpleine d'enseignements et d'exemples. Commencée dans les plus rudes labeurs^ sortie de la plus humble condition sociale, elle s'est développée, agrandie, illustrée par le travail, la persévérance, l'amour du devoir, la probité et la culture assidue d'une haute intelligence. Elle sera un des exemples les plus mémorables de cette démocratie chrétienne, la plus ancienne et la plus pure des démocraties, qui ouvre aux plus
décembre.] LE SAINT-PËRE REÇOIT LES VOEOX DU SACRÉ-GOLLÉGE. St3
humbles les larges voies et leur marque les buts élevés ; c'est Dieu luî-môme qui Tinstitua le jour où il voulut faire des pécheurs d'hommes. »
— M. Ponza de S.-Marlîno, qui venait de passer quelques jours à Rome, écrit de Turin la lettre suivante à la Gazette du peuple^ de cette ville :
« Monsieur, j*ai lu dans la Gazette du Peuple, de ce matin, un article dans lequel vous me mettez au nombre de ceux qui sont allés à Rome appuyer les intérêts d'une coterie toscane.
a Je vous prie de vouloir bien croire que mon récent voyage à Rome a été étranger à toute mission, soit de la part du gouvernement, soit de la part d'une coterie quelconque.
« Et, puisque vous m'avez fait prendre la plume, je saisis l'occasion pour déclarer qu'à mon avis personne ne peut sérieusement résoudre la question de Rome sans avoir cherché auparavant à faire prévaloir dans nos lois, de la manière la plus ample et la plus complète, la liberté d'association et d'enseignement, môme en faveur des institutions ecclésiastiques ou religieuses.
<f Si Ton n'entre pas dans cette voie, il ne fuut point penser à la possibilité d'une conciliation. Vouloir résoudre autrement les questions actuelles, ce serait soulever contre nous l'opinion de l'Europe ; car, aujourd'hui, l'Europe ne reconnaît pour vrais libéraux que ceux qui veulent la liberté pour les autres autant que pour eux-mêmes.
« C'était là le programme de l'association libérale que j'ai eu l'honneur de présider Tannée dernière. Et plus les événements se dérouleront, plus on reconnaîtra la nécessité d'entrer franchement dans cette voie. »
— Par décret impérial, M. Tabbé François-Marie Trégaro, aumônier supérieur de la marine, est nommé aumônier en chef de la marine.
94. — Mort de M»' Louis Rossât, évoque de Verdun, né à Lyon le 8 décembre 1789, nommé évoque de Gap le 25 juin 1840, sacré le 11 février 1841, et transféré au siège deVerdun le 22 août 1844.
9ft. — Au sortir de la messe solennelle de Noël, le Saint-Père, selon l'usage, reçoit les vœux du Sacré-Col lége. Le Cardinal vicaire, remplaçant le Cardinal doyen, en a porté l'expression aux pieds de Sa Sainteté. Voici, en substance, d'après une correspondance du Monde (1" janvier 1867), quelle a été la réponse du souverain Pontife :
hU ANNALES £C€LÉSIASTIQU£3. [186G
c Au sein de la tempête qui agite maintenant l'Eglise, nous aTom pour agréables les vœux que, dans cette circonstance solennelle, nous offre le Sacré-Collége, et les sentiments de son déyouement et de son tendre respect sont pour nous une force et une aide pour supporter répreuve que la Providence nous impose. Nous, ministres de Dieu, nous qui avons le bonheur de nous nourrir chaque jour du pain des forts, nous qui pouvons chaque jour restaurer nos forces en prenant l'aliment de vie au banquet eucharistique, nous, je le dis, nous ne devons pas craindre les périls, nous ne devons pas nous effrayer dans les épreuves, mais combattre avec intrépidité les combats do Seigneur.
« Nous avons appris ces jours-ci que plusieurs prêtres, en Corée, ont donné leur vie pour Jésus-Christ. Que cet exemple récent donné par les nouveaux martyrs nous raffermisse et nous excite à être en toute occasion prêts à sacrifier notre vie plutôt que de manquer à nos devoirs. En ce moment, il est vrai, nous ne sommes pas mis en mesure de subir le martyre comme en Corée : les épreuves qui nous sont imposées sont les embûches, les hypocrisies, les séductions, les tromperies^ les artifices diaboliques que se permettent nos ennemis pour combadre l'Église et fouler aux pieds ses droits et ses pouvoirs divins. Nous les voyons chaque jour venir au-devant de nous avec les pins flatteuses promesses. Nous voyons se renouveler tous les jours la tentation que Jésus-Christ a soufferte de la part de Satan sur le pinacle du temple : Omnia iibi dabo si cadens adoraveris me. Mais, à l'exemple de notre divin Maître, nous devons savoir répondre avec énergie : Vade reiroj Satanas, J'espère que la tempête dont la barque de Pierre est assaillie ne deviendra pas plus violente; mais, quoi qu'il en soit, nous devons nous tenir prêts à donner de plus grandes preuves de confiance en ce Dieu qui multiplie ses secours en raison du péril : Magis periculi ibi auxilium. Si Ton nous fait des offres de conciliation, si l'on nous présente l'olivier dé la paix, noué, ministres d^ paix, nous, représentants de Celui qui a la miséricorde pour principal attribut, nous n'hésiterions certainement pas sur ce que nous aurions à faire, mais toujours à la conditioa que nos droits seraient saufs et intacts, qu'il ne serait porté aucune atteinte à la constitution divine de l'Eglise et du Saint-Siège. Du reste, nous mettons toute notre confiance en Dieu; c'est de Dieu que nous attendons le secours et la force dans toutes les circonstances, certain qu'il saura toujours nous dicter notre règle de conduite, nos paroles et nos réponses. Plaise à Dieu que tous nous puissions avoir assez de confiance dans la toute-puissance de son bras pour dire en toute occasion : Lominus protector vitœ meœ : a quo trepidabo? »
M. — Le ministre des armes, le général Kanzler, présentant à l'occasion de sa fête patronymique, au Saint-Père, les officiers de l'armée pontificale, dit qu'ils sont tous dévoués ' au Pape et prêts à combattre, non pas les Romains, parce que les Romains
décembre.] LE SÉNAT ITALIEN VOTE L'ADRESSE. 515
sonl les amis de Tordre, mais les étrangers qui oseraient venir troubler la paix.
Le Saint-Père a répondu qu'il ne doutait pas des sentiments de «es soldats. Il les a engagés à se garder des dangers sur lesquels cooiptent les ennemis du Saint-Siège, à conserver parmi eux la concorde, la paix, la modération^ à résister aux séductions et à persévérer dans la défense de la grande cause à laquelle la Providence les a appelés et qui est la cause de la justice et de la religion.La Gazette de France à donné le texte suivant de celte réponse •
« Je veux vous dire deux choses :
« La première est un remerclment. Je vous remercie des vœux que vous m'adressez par la bouche de votre général. Je crois à leur sincérité.
« La seconde chose que j'ai à vous dire est un avertissement. Je vous avertis d'être calmes avec ce peuple de Rome, qui, au fond, est bon et pontifical. Mais je vous avertis aussi de ne pas trop compter sur la tranquillilé, et d'être sur vos gardes pour ce qui est du dehors. J'ai lu hier dans un journal, organe exalté de la révolution italienne, un de ces journaux que l'enfer inspire (il faisait allusion à la Nazione de Florence), que la révolution commencerait dans vos rangs, armée pontificale. D'un autre côté, je vous apprends qu'on a arrêté ici un des chefs de la révolution, qui voulait s'introduire clandestinement dans cette ville (Montanucci, colonel garibaldien, condamné à Rome), et qu'on a trouvé sur lui une lettre où il est dit que ces messieurs du pays de la liberté ne sont pas encore prôts^ maisque^ dans un mois ou deux, la révolution éclatera à Rome. Cet homme est mis en lieu sûr. En tous cas^ je résisterai, nous résisterons tous jusqu'à la fin de la fin ; nous défendrons tous cette terre du droite de la justice et de la religion.
« Et maintenant, je vous bénis. »
î5S. — Le sénat italien vote l'adresse en réponse au discours du trône ; on y lit :
« Augmentée, par la conclusion de la paix, d'illustres provinces qu'elle avait tant désirées et de formidables défenses, l'Italie se presse autour de votre trône, en attendant cet accord entre l'Église et l'État dont Votre Majesté a parlé, et qui est le vœu et l'espérance non-seulement des Italiens, mais de tout l'univers catholique, et qui doit s'accomplir de telle sorte que l'Église^ vraiment libre et indépendante dans sa sphère sublime, n'apporte aucun empêchement à l'État dans l'exer- ' cice de ses droits souverains et dans le déploiement de ses légitimes aspirations. Ce sera là le sceau de notre grandeur et le principe d'une restauration du sentiment religieux, s'il avait pu, peut*être à cause de l'ardeur des luttes passées, s'affaiblir quelque part. »
516 ANNALES ECCLÉSIASTJQOES. [1866
«•. — On Ht dans le Journal de Borne :
m Une commission composée de MM. le prince Rospiglioni, dac Grasioli, Eugène, prince Rospolî et marquis Palrizi, ayant eu rhoaneur, le 10 décembre, d'être reçue en audience parliculière par le Saiut-Père et de lui renouveler, au nom d*une grande partie da patriciat et des habitants de Rome, l'offre de leurs personnes déjà faite en d'antres circonstances, le Saint-Père, par autographe souverain en date du 26 décembre, a daigné exprimer à tous les fidèles sujets de Rome son entière sali^faction et ses remerclments, leur donnant la bénédiction aposloUque, et se réservant d'utiliser leur concours lorsqu'il le jugerait convenable.
« Cette expression de reconnaissance souveraine et l'espérance de ▼oir approuver leur off're est la plus belle récompense que pouvaient ambitionner ceux qui, conjointement avec leurs nombreux concitoyens, soit dans la milice, soit dans les fonctions publiques,servant fidèlement le gouvernement pontifical, désiraient encore prouver par des faits combien ils ont à cœur la défense des droits du Saint-Siège et le maintien de l'ordre public dans celte belle cité, ainsi que leur ambition de demeurer toujours, comme ils le sont, les bienheureux sujets de leur Pontife et souverain aimé,
Z9. — Les journaux publient un manifeste (sans date), de Hazzini aux Romains, manifeste qui a été saisi à Milan et à Florence, mais qui n'en est pas moins arrivé à son adresse. Mazzioi commence par repousser la paternité d'une lettre qu'on lui avait attribuée, et dans laquelle on recommandait la patience aux Romains. Ignorant « dans quelle position imprévue » ils peuvent être placés a par la tactique tortueuse du gouvernement italien, » il leur recommande avant tout d'agir avec dignité, et de ne disposer d'euxmêmes qu'en connaissance de cause.
Le courage de la population romaine est mis en doute à l'étranger, et dix-huit ans de c patience » semblent justifier cette accusation. Mais l'ancien triumvir donne à cette assertion « le plus solennel démenti. » Les Romains ne doivent pas même c être soupçonnés, » et pour cela il faut qu'ils se hâtent de se soustraire c à des influences énervantes. r>
Quel doit être le programme? demande Mazzini. Et il répond aussitôt: Le programme est aujourd'hui celui du 9 février 1849, jour de la proclamation de la République romaine :
« Vous êtes maintenant ce que vous étiez le 9 février, des républicains et vos maîtres... Vous vous devez, avant tout, d'affirmer à nouveau Totre propre existence, votre propre pouvoir. Gela fait^ vous agirez selon
décembre.] MANIFESTE DE MAZZINI AUX ROMAINS. 517
que Dieu et Totre esprit uational vous iuspirerout... Alors seulement vous déciderez si Rome doit se donner comme une cité secondaire et déshéritée de toute puissance à une monarchie déjâi condamnée, à une monarchie impotente et incapable de toute noble action, à une monarchie qui a accepté Venise comme une aumône de l'étranger, et qui graverait les noms de Lissa et de Custozza sur les murs du Gapitole, ou bien si la tradition glorieuse entre toutes de son passé, et sa mission qui a donné deux fois Tunité morale et juatérielle au monde, ne réclament pas une action plus noble, plus digne, plus glorieuse pour les fastes de la nation.
« L'épreuve a été tentée. Une longue série de faits irrécusables a prouvé à tout homme de cœur et d'intelligence que la monarchie ne pouvait être autrement que servile dans ses rapports avec Fétranger et répressive à l'intérieur. L'institution est jugée. Le pays peut encore, pendant quelque temps^ languir dans Tincertitude du moment propice ; de fait, il n'est plus monarchique.
« Romains, c'est de Rome que Je vous parle, de cette Rome qui fait exception parmi toutes les cités de l'Italie.
« Rome n'est pas une cité : Rome représente une idée.
«Rome est le sépulcre de deux grandes religions qui ont donné autrefois la vie au monde; et Rome est le sanctuaire d'une troisième religion future destinée à donner la vie au monde de Tavenir. Rome représente la mission de l'Italie au milieu des nations, letierbe de notre peuple, l'évangile éternel de l'union universelle.
« Puis-je lui dire de s'annexer à Florence comme une subalterne 7 Puis-je^ sans profanation, conseiller à Rome de couvrir de son prestige une institution mourante et de jeter l'ombre gigantesque de sa gloire sur les erreurs, les crimes, la servitude envers l'étranger ; d'une monarchie qui, en 1849, n'a pas émis un seul mot en votre faveur; qui, pendant les dix-huit ans de votre esclavage, n'a rien fait pour vous, et qui a déclaré, par la bouche de ses ministres, qu'elle n'irait Jamais à Rome sans la permission de la France et du Pape I
« Non, Rome ne peut s'annexer à Florence, et c'est notre devoir à tous de nous annexera Rome. Mais, pour cela, il faut que Rome s'élève une fois encore, comme elle le fit lorsqu'elle sauva l'honneur de la nation, perdu par la monarchie à Milan et à Novare.
« Il faut qu'elle sorte de son sépulcre, non pas au nom de son passé, mais au nom de sa vie future. 11 faut que, seule, elle brille devant nous, pour quelque temps encore, comme un phare de vérité et de progrès, et guide la marche inquiète et incertaine des populations italiennes. L'unité matérielle de l'Italie est presque achevée; mais ce que nous voulons, c'est un symbole représentant l'unité morale qui ne peut être réalisée que par la république. Nous avons maintenant le corps, mais il nous faut l'âme, qui ne peut venir t[ue de Rome, car Rome seule peut 'donner la vie à une forme Inerte, à la condition de se conserver
51$ ANNALES KCCLÉSIASTIQCES. [1866 déc]
pure aa milieti de la corroptioo dont elle est entoarée. Si Rome l'acceptait, Rome aussi tomberait, emportant avec elle, pour longtemps peat-étre, les grandes destinées de l'Italie en Earope. b
— Un décret impérial nomme à Tarchevêché de Reims M'' Landriot, évêque de la Rochelle.
Tels sont tes événements qui ont remplijasqa'à la fin de l'année 1866^1egIorieux pontificat de Pie IX. La Révolution s'est acharnée à la destruction du trône pontifical, et ce trône est encore debout, malgré les coupables espérances de ses ennemis; l'impiété a cru pouvoir assister bientôt à la ruine de la véritable Église, et cette Église fait chaque jour de nouvelles conquêtes, et toutes les erreurs de notre temps ont trouvé dans Pie IX un inébranlable défenseur de la vérité.