‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 7 sur 52 · Rupture de l'armistice entre l'Espagne et le Maroc · texte numérisé non relu

Rupture de l'armistice entre l'Espagne et le Maroc

95. — Dépôcbe de M. Thouvenel à l'ambassadeur de France à Turin. Le ministre des affaires étrangères développe les raisons qu'a le gouvernement français d'accepter les combinaisons suivantes : i"" Annexion au- Piémont des duchés de Parme et de Modène ; ^"^ administration temporelle de la Romagne sous la forme d'un protectorat exercé par lé roi de Piémont au nom du Saint- Siège ; 3° rétablissement du grand-duché de Toscane dans son autonomie; 4* annexion de la Savoie et de Nice à la France.

29. — Le comte de Cavour répond au gouvernement français que le Piémont consent à l'annexion de Parme et de Modène, et au vicariat de la Romagne ; que l'autonomie de la Toscane doit dépendre du vote de§ Toscans, et réserve la question de Nice et de la Savoie.

Dépêche du cardinal Antonelli au nonce du Pape à Paris; le gouvernement pontifical n'accepte pas les reproches qui lui sont adressés, et ne peut consentir à la cession de la moindre partie des États de l'Église.

Mars.

,3. •— Dans une note adressée au gouvernement français, le comte de Cavour annonce que les populations de Nice et de la Savoie seront consultées au sujet de leur annexion à la France.

S*. -— Ouverture de la session législative en France. Nous repro-

mars.] OUVERTURE DE LA^SESSION LÉGISLATIVE EN FRANCE:. 17

duisons, du discours de TEmpereur, les parties qui ont rapport & la question religieuse :

« La pensée dominante du Inûté de Villafranca était d obtenir i'indépeodance presque complète de la Vénétie au prix de la restauration des archiducs. Cette transaction ayant échoué malgré mes plus vives instances. J'en ai exprimé mes regrets à Vienne comme à Turin, car la situation, en le prolongeant, menaçait de demeurer sans issue.

« Garantissant par mon armée l'Italie contre l'intervention étrangère, j'avais le droit de marquer les limites de cette garantie. Aussi n'ai^Je pas hésité à déclarer au roi de Sardaigne que^ tout en lui laissant l'entière liberté de ses actes, je ne pourrais pas le suivre dans une politique qui avait le tort de paraître, aux yeux de l'Europe, vouloir absorber tous les États de l'Italie, et menaçait de nouvelles conflagrations. Je lui ai conseillé de répondre favorablement aux vœux des provinces qui s'offraient à lui, mais de maintenir Tautonomie de la Toscane et de res* pecter en principe les droits du Saint-Siège. Si cet arrangement ne satisfait pas tout le monde, il a l'avantage de réserver les principes, de. calmer les appréhensions, et il fait du Piémont un royaume de plus de neuf millions d'âmes.

« En présence de cette transformation de l'Italie du nord, qui donne à un État puissant tous les passages des Âlpes, il était de mon devoir, pour la sûreté de nos frontières, de réclamer les versants français des montagnes. Cette revendication d'un territoire de peu d'étendue n'a rien qui doive alarmer l'Europe et donner un démenti à la politique de désintéressement que j'ai proclamée plus d'une fois : car la France ne veut procéder à cet agrandissement, quelque faible qu'il soit, ni par une occupation militaire, ni par une insurrection provoquée, ni par de sourdes manœuvres, mais en exposant franchement la question aux grandes puissances. Elles comprendront sans doute dans leur équité, comme la France le comprendrait certainement pour chacune d'elles en pareille circonstance , que l'important remaniement territorial qui va avoir lieu nous donne droit à une garantie indiquée par la nature elle-môme.

« Je ne puis passer sous silence l'émotion d'une partie du monde catholique; elle a cédé subitement à des impressions -si irréfléchies, elle s'est jetée dans des alarmes si passionnées ; le passé, qui devait être une garantie de l'avenir, s été tellement méconnu, les services rendus tellement oubliés, qu'il m'a fallu une conviction bien profonde, une con» fiance bien absolue dans la raison publique, pour conserver, au milieu des agitations qu'on cherchait à exciter, le calme qui seul nous maintient dans le vrai.

« Les faits cependant parlaient assez hautement d'eux-mêmes. Depuis onze ans je soutiens seul à Rome le pouvoir du Saint-Père , sans avoir un seul jour cessé de révérer en lui le caractère sacré du chef de notre religion.

« D*uD autre côté, les populationB de la Romagne^ abandonnées tout & coup à elles-mêmes, ont subi un entraînement naturel et cherché à faire dans la guerre cause commune avec nous. Devais-je les oublier à la paix, et les livrer de nouveau pour un temps illimité aux chances de l'occupation étrangère?

a Mes premiers efforts ont été de les réconcilier avec leur souverain, et n'ayant pas réussi, j'ai tâché du moins de sauvegarder dans les provinces soulevées le principe du pouvoir temporel du Pape.

« D'après ce qui précède, vous voyes, si tout n'est pas encore terminé, comment il est permis du moins d'espérer maintenant une solution pro- ■chaîne ; le moment semble donc venu de mettre un terme à de trop longues préoccupations et de rechercher les moyens d'inaugurer hardi* ment en France une nouvelle ère de paix. »

11. — Les archevêques de Pise, de Lucques, de Sienne et de Florence, protestent contre l'abolition du concordat toscan.

Commencement des votes dans les provinces de rÉmilîe et de la Toscane sur l'annexion à la Sardaigne. Cette annexion est votée.

15. — Le général Cialdini quitte Brescia pour opérer Toccupation militaire de la Romagne.

18. — Le roi de Sardaigne accepte les votes de la Romagne et décrète que cette contrée est annexée au Piémont.

20. — Le gouvernement sarde abolit de sa seule autorité en Lombardie le concordat conclu entre l'Autriche et le Saint-Siège.

24. — Le traité de cession de Nice et de la Savoie à la France est signé à Turin.

%&. — Les préliminaires de la paix sont conclus entre le Maroc et rSspagne. L'un des articles autorise l'établissement à Fez d'une maison de missionnaires catholiques.

29. — La bulle d'excommunication, datée du 26 mars, lancée par le Pape contre les envahisseurs et les usurpateurs des États de rJÉglise, est affichée à Rome aux lieux ordinaires. Voici la traduction de cette bulle, qui ne fut pas publiée par les journaux français ^; elle comnieuce par les mots Cum catholica Ecclesia :

1 Le gouvernement français se montra très-inquiet de la publication de cette bulle, parce qu*il craignait qu'elle ne Tatteignlt indirectement. Le Moniteur du 1** avril publia la note suivante, qui révélait ces inquiétudes :

« Le Gouvernement croit, dans les circonstances actuelles, devoir rappeler la disposition suivante de la loi organique du concordat :

mars.] BULLE D'EXCOMMUNICATION UNGÉE PAR LE PAPE. 19

L'Église catholique, qui a été fondée et instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour procurer le salut éternel des hommes, a obtenu, en vertu de sa divine institution^ la forme d'une société parfaite. C'est pourquoi elle doit Jouir d'une liberté telle, qu'elle ne soit soumise à aucun pouvoir civil dans l'accomplissement de son ministère sacré. Pour agir librement, ainsi qu'il était juste, elle avait besoin des secours convenables à la condition et à la nécessité des temps. C'est donc par un décret particulier de la divine Providence que, lors de la chute de l'Empire romain et de sa division en plusieurs royaumes, le Pontife romain, que le Christ a constitué le chef et le centre de toute son Église, a acquis le principat civil. Certainement, c'est par un dessein très-sage de Dieu lui-môme, qu'au milieu d'une si grande multitude et société de princes temporels, le Souverain-Pontife a Joui de cette liberté politique, qui est si nécessaire pour que son pouvoir spirituel, son autorité et sa juridiction puissent s'exercer sans obstacle dans tout l'univers. Ainsi il convenait entièrement qu'il n'y eût aucune occasion de penser, dans tout l'univers catholique, que l'impulsion des pouvoirs civils, ou la partialité à l'égard de quelques-uns, pût agir sur les déterminations de ce Siège, vers lequel , à cause de sa principauté supérieure^ il est nécessaire que toute VÉglise se tourne.

Or, il est facile de comprendre de quelle façon ce principat de l'Église, quoique temporel de sa nature, revêt cependant un caractère spirituel en vertu de sa destination sacrée et de ce lien étroit qui le rattache aux intérêts les plus grands du Christianisme. Rien ne l'empêche d'ailleurs de prendre toutes les mesures qui conduisent à la félicité même temporelle des peuples; l'histoire du gouvernement pontifical pendant tant de siècles en est un éclatant témoignage.

Le principat dont nous parlons ayant pour objet le bien et l'utilité de l'Église, il n'est pas étonnant que les ennemis de cette Église se soient efforcés, par toutes sortes d'embûches et d'entreprises, de l'ébranler et de le détruire. Hais, grâce au secours que Dieu donne constamment à son Église, ces entreprises criminelles ont échoué tôt ou tard. L'univers entier sait comment, en ces tristes temps, les plus acharnés ennemis de l'Église catholique et du Siège Apostolique, devenus abominables dcms leurs desseins et jMrlant hypocritement le mensonge^ s'efforcent criminellement, foulant aux pieds les droits divins et humains, de dépouiller ce Siège du principat civil qu'il possède, et cherchent à atteindre ce but, non plus comme autrefois par une attaque directe et par la force des armes, mais en répandant avec adresse de faux et pernicieux principes, et en excitant perfidement des mouvements populaires. En effet, ils ne rougissent pas de conseiller aux peuples une rébellion criminelle contre

« Aucune bulle « bref, j^crit^ décret, mandat, provision , signature servant de « provision, ni autres expéditions de la cour de Rome, môme ne concernant que « les particuliers, ne pourront être reçus, publiés, imprimés ni autrement mis « à exécution sans l'autorisation du Gouvernement. »

20 ANNALES ECGLÉSIASTIQDES. [1860

les princes légitimes, rébellion que TApOtre condamne clairement et ouvertement en ces termes : Que toute àme soit soumise aux puissances supérieures. Car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu; celles gui existent ont été établies par Lieu. Celui donc qui résiste à la puissance résiste à l'ordre de Dieu. Ceux qui résistent^ attirent la condamnation sur euxmêmes ^ Ces hommes perfides et rusés qui attaquent la domination temporelle de rÉgliçe, et qui méprisent son autorité vénérable, en arrivent à cet excès d'impudence, qu'ils ne cessent de vanter publiquement leur respect et leur soumission à l'égard de l'Église. Et ce q^'il y a de plus déplorable, c'est que cette criminelle manière d'agir a souillé plusieurs même de ceux qui, en qualité de fils de l'Ëglise catholique, doivent employer à la secourir et à la prot^er l'autorité qulls possèdent sur les peuples qui leur sont soumis.

A ces machinations perfides et perverses a pris la principale part le gouvernement subalpin. Tous savent combien de coups déplorables ont été portés dans ce royaume A. l'Église, & ses droits et à ses ministres. Nous nous en sommes déjà plaint vivement dans notre Allocution du 22 janvier 1855. Le gouvernement subalpin, après avoir méprisé nos plus justes réclamations, en est arrivé à ce degré d'audace de ne plus craindre d'attaquer les droits de l'Église universelle elle-même, en cherchant à renverser le principat civil que Dieu a voulu joindre au Siège du bienheureux Pierre, pour protéger et conserver, comme nous l'avons dit, la liberté du ministère apostolique. Le premier indice manifeste de cette agression s'est révélé au Ck>ngrès de Paris en 1856, lorsque, entre autres propositions hostiles, le gouvernement subalpin présenta un moyen spécieux d'amoindrir le domaine civil du Pontife romain, et de diminuer l'autorité de ce Pontife et du Saint-Siège. Mais lorsque, l'année dernière, la guerre dltalie éclata entre l'empereur d'Autriche et l'empereur des Français allié au roi de Sardaigne, aucune fraude, aucun crime n'a été épargné pour pousser de toute manière k une révolte criminelle les peuples de notre domination pofitificale. De là, des émissaires envoyés, de l'argent largement répandu, des armes fournies, des excitations au moyen des brochures et des journaux, toutes sortes de fraudes employées^ même par ceux qui, se trouvant à Rome en qualité d'ambassadeurs de ce royaume, ne leoant compte ni du droit des gens, ni de l'honneur, abusaient indignement de leur position pour machiner de ténébreux desseins contre notre gouvernement pontifical.

Ensuite, lorsque la sédition préparée de longue main en secret eut éclaté dans quelques provinces de notre domination , aussitôt des affidés proclamèrent la dictature royale, et des commissaires, appelés plus tard d'un autre nom, furent choisis par le gouvernement subalpin pour administrer ces provinces. Pendant que ces choses se passaient, nous souvenant des graves devoirs de notre charge, nous n'avons pas man-

i S. Paul. Ëp. ad. Rom.^ c. xiii, v. 1 et aeq.

mars.] BULLE D'EXCOMMUNICATION lANCÊB PAR LE PAPE. 31

que, dans dos deux Allocutions du 20 }uiD et du 26 septembre de Tan- Dée dernière, de noua plaindre hautement des atteintes portées au principal civil de ce Saint-Siège, et d'avertir en même temps les coupables des censures et des peines canoniques qu'ils avaient malheureusement encourues. On devait espérer que les auteurs de ces violences seraient détournés de leurs criminels projets par nos avertissements et par DOS plaintes réitérées, surtout en voyant les évéques de tout l'univers catholique^ et les fidèles de tout ordre, de toute dignité, de toute condition, confiés à leur soin, se joindre à nous pour défendre unanimement et courageusement la cause de ce Siège Apostolique^ de rÉglise universelle et de la justice, comprenant très-bien de quelle importance est le prîncipat civil pour le libre exercice de la Juridiction du suprême Pontificat. Mais (nous le disons avec horreur!) le gouvernement piémontais non-seulement a méprisé nos avertissements, nos plaintes et les peines ecclésiastiques; mais encore, persistant dans sa perversité, et captant contre tout droit le suffrage populaire au moyen de Targent, des menaces, de la terreur et de toute sorte de moyens perfides^ ii n'a pas hésité à envahir les pro^vinces de nos États dont nou6< venons de parler, à les occuper et à les réduire en son pouvoir et sous sa domination. Les paroles nous manquent pour flétrir un si grand crime^ qui en renferme plusieui^ autres et de considérables. C'est en effet un énorme sacrilège, c'est la violation des droits d'aulrui^ au mépris des lois divines et humaines j c'est le renversement de toute justice, c'est le renversement et la destruction des fondements sur lesquels s'appuient tout principat civil et toute société humaine.

Comprenant d'un côté , non sans une très-grande douleur de notre âme, que de nouvelles démarches seraient inutiles auprès dé ces hommes qui , bouchant leurs oreilles comme des ûspics sourds, n'ont été touchés jusqu'ici par aucun de nos avertissements, par aucune de nos plaintes ; sentant, d'un autre côté , profondément ce que , dans une si grande perversion des choses, demande de nous la cause de ce Siège apostolique et de tout l'univers catholique, si gravement attaquée par rœuvre de ces hommes méchants, nous avons à craindre de manquer aux devoirs de notre charge si nous tardions davantage à agir. Les choses en sont venues à ce point que, marchant sur les traces de nos illustres prédécesseurs, nous devons nous servir de cette suprême autorité que Dieu nous a donnée de lier aussi bien que de délier ; ainû la sévérité employée à l'égard des coupables est d'un salutaire exemple pour les autres.

C'est pourquoi, après avoir imploré les lumières du Saint-Esprit par des prières publiques et particulières, après avoir pris l'avis d'une congrégation spéciale de nos Vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église romaine^ par l'autorité de Dieu tout-puissant, par celle des saints apôtres Pierre el Paul, et par la nôtre, nous déclarons que tous ceux qui ont pris part à la rébellion, à l'usurpation, à l'occupation et à l'invasion criminelle des provinces susdites de nos États, et aux actes de

22 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [tSCO

même nature dont nous nous sommes plaint dans nos Allocutions du 20 juin et du 26 septembre de Tannée dernière, de même leurs commettants, fauteurs, aides, conseillers, adhérents ou autres quelconques ayant procuré, sous quelque prétexte et de quelque manière que ce soit, Texécution des choses susdites, ou les ayant exécutées par eux-mêmes, ont encouru l'excommunication majeure et autres censures et peines ecclésiastiques portées par les saints canons et les constitutions apostoliques, par les décrets des conciles généraux et notamment du saint concile de Trente (Sess. XXII, chap. xi. De la réforme), et au besoin nous les excommunions et anathématisons de nouveau ; les déclarant en même temps déchus de tous privilèges, grâces et induits accordés de quelque manière que ce soit , tant par nous que par nos prédécesseurs. Nous voulons qu'ils ne puissent être déliés ni absous de ces censures par personne autre que nous-même ou le Pontife romain alors existant (excepté à l'article de la mort , et en cas de convalescence ils retombent sous les censures) ; nous les déclarons incapables et inhabiles à recevoir l'absolution jusqu'à ce qu'ils aient publiquement rétracté, révoqué, cassé et annulé tous les attentats, qu'ils aient pleinement et effectivement rétabli toutes choses dans leur ancien état et qu'au préalable ils aient satisfait, par une pénitence proportionnée à leurs crimes > à l'Église, au Saint-Siège, et à nous. C'est pourquoi nous statuons et déclarons, par la teneur des présentes, que non-seulement les coupables dont il est fait mention spéciale , mais encore leurs successeurs aux places qu'ils occupent, ne pourront jamais, en vertu des présentes ni de quelque prétexte que ce soit, se croire exempts et dispensés, comme il est dit plus haut, de rétracter, révoquer, casser et annuler tous les attentats, ni de satisfaire réellement et effectivement, au préalable et comme il convient, à rEglise, au Saint-Siège et à nous ; nous voulons au contraire que, pour le présent et l'avenir, cette obligation conserve sa force, si jamais ils veulent obtenir le bienfait de Tabsolution.

Mais tandis que, pressé par une urgente nécessité, nous remplissons avec affliction cette partie de notre charge, nous ne pouvons oublier que nous tenons sur la terre la place de celui qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive, et qui est venu dans le monde pour chercher et sauver ce qui avait péri. C'est pourquoi , dans l'humilité de notre cœur, nous implorons la miséricorde divine, et demandons par de très-ardentes prières que Dieu veuille bien éclairer de la lumière de sa grâce ceux contre qui nous avons été obligé d'employer la sévérité des peines ecclésiastiques, et les ramener par sa toute-puissance de la voie de perdition dans le sentier du salut (suivetU les clauses finales ordinaires). ».»

Donné à Rome près de Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le !^6 mars 1860, l'an XIY de notre Pontificat.

PIE IX, PAPE

avril.] ORDRE DU JOOR OU GÉNÉRAL DE LK MORIGIÈRÎ!:. 23

2. — Les événements de 1859 et la conduite du Piémont avaient fait reconnaître au Saint-Siège la nécessité d'une véritable organisation militaire. On pensait bien que les soldats ne manqueraient point; mais le plus difficile était de trouver un général qui pût inspirer confiance aux troupes et à l'opinion. Le nom de général de La Moricière, si populaire dans l'armée française en 1848, fut prononcé, dit-on, par Mgr de Mérode, alors camérier secret du Saint-Père, et qui, avant d'entrer dans les ordres sacrés, avait servi en Afrique sous l'illustre général. Pie IX accueillit avec joie cette ouverture, et le futur ministre des armes vint dire à l'ancien soldat d'Afrique que le Pape avait besoin de son épée. M. de La Moricière comprit les difficultés de ce rôle, mais il ea comprit aussi la grandeur. Homme d'ordre et de vraie liberté, catholique convaincu, il répondit que la cause du Pape était la cause du droit, et qu'il s'y dévouait K Nommé commandant en chef de l'armée pontificale, le générai de La Moricière arriva à Rome le 2 avril. De nombreux volontaires étaient accourus d'Irlande, de Belgique, d'Allemagne et de France; Tarmée pontificale montait à environ trente mille hommes. Le gouvernement français avait accordé au général de La Moricière l'autorisation de prendre du service à l'étranger.

4. — Commencement de la révolution en Sicile; émeutes à Palerme, à Messine et à Gatane.

8. — Le général de La Moricière publie un ordre du jour dans lequel on lit : a Le christianisme n'est pas seulement la religion « du monde civilisé, mais il est le principe et la vie môme de la « civilisation, depuis que la papauté est le centre du christia- « nisme. Toutes les nations chrétiennes montrent aujourd'hui a qu'elles ont la conscience de ces vérités qui constituent notre «foi. La révolution, comme autrefois l'islamisme, menace au- « jourd'bui l'Europe; et aujourd'hui, comme alors, la cause de la (( papauté est la cause de la civilisation et de la liberté du monde. » Ces paroles, si justes et si vraies, excitèrent la fureur des révolutionnaires, qui ne songèrent plus qu'à détruire celte forcé qui se mettait au service de l'Église. Le comte de Cavour et ses com-

^ Yoy. le Piémont dans les États de VÉglise, par M. Eugène Veoillot, Paris, 1861. Nous ne sauriona mieux faire que de renvoyer à ce livre pour tout ce qiii cooceme l'invasion et l'asurpation des Marclies et de i'Ombrie par le Piémont.

34 ANNALES ECGLÉSIASTIQOES. [1860

plices firent valoir deux raisons. Lui, qui avait demandé au congrès de Paris que le Pape eût une armée suffisante pour rendre inutile le secours de la France et de rAutriche, se mit à protester contre la formation de l'armée pontificale, dans laquelle Victor- Emmanuel feignit de ne voir « qu'un ramassis de gens de tous tt pays » , et Cialdini « une bande d'ivrognes étrangers que la soif c de l'or et le désir du pillage animaient », et dont le général Fanti disait : « Des bandes étrangères, sans patrie et sans toit, ont (( planté sur le sol de l'Ombrie et des Marches le drapeau menteur « d'une religion qu'elles bafouent. » C'est ainsi qu^un roi usurpateur et que deux généraux qui allaient violer toutes les lois de la guerre, parlaient des La Moricière, des Pimodan et de ces milliers de jeunes gens qui étaient l'honneur et la gloire de leurs pays ; ils traitaient de mercenaires les hommes qui se dévouaient à la défense de l'Église et du Pape.

lo. — M. le duc deGramont, ambassadeur de France à Rome, envoie au ministre des afiaires étrangères une dépêche au sujet d'une prétendue audience accordée par le Saint-Père aux Bretons. Voici l'extrait du passage principal de cette dépêche :

« Monsieur le ministre, je dois appeler l'attention de Votre Excellence sur une nouvelle situation qui se dessine à Rome d'une façon trop ardente pour qu'il soit possible de la méconnaître.

«Â peine M. de La Moricière fut-il entré au service du Pape, qu'on vit arriver à. Rome de nombreuses députations françaises, qui se présentèrent en corps et avec pompe devant Sa Sainteté, affectant tous les caractères de l'oppression dynastique la plus prononcée, et tenant, jusques aux pieds du trône pontifical, un langage dont la violence dénote une exaltation extrême.

« Quelques camériers influents encouragent ces manifestations par tous les moyens dont ils disposent. Il y a quelques jours, un air de mystère régnait au Vatican; on arrêtait les visiteurs en leur demandant : « Êtes- « vous Breton? » et on leur expliquait que les salles étaient momenta- Dément fermées, parce que le Saint-Père y recevait Thommage de la Bretagne, qui, par députations, venait protester contre l'Empereur.

« Samedi dernier, c'était le jour des Lyonnais. Un Français qui, bien que catholique fervent, n'a pas cru devoir répudier des sentiments con-'' formes à sa nationalité, fut interpellé vivement en ces termes : « Mon- « sieur, on est sujet du Pape avant d'être sujet de son souverain ; si « vous n'êtes pas dans ces idées, que venez-vous faire ici ? »

«Le cardinal secrétaire d'État, dont l'esprit politique a parfaitement compris les dangers de cet état de choses > est loin d'encourager cette imprudente agitation.

« Je ne terminerai pas, Monsieur le ministre, sans revenir sur Téva-

avrU.] SËANCe BC QOBPS LÉGISLATIF. 25

cualion des États pontificaux par l'année françaÎBe. Gomme Yotre Excellence peut bien le penser, tout ce que je Tois ne fait que confirmer mon opinion sur l'opportunité du départ de nos troupes. J'ajouterai que cette mesure est, pour ainsi dire, généralement admise comme une conséquence naturelle de la situation. H. de La Moricière, à qui on en a parlé, a déclaré qu'il était parfaitement en état de se passer de la garnison française, et hier il en a renouvelé l'assurance à un des membres' du corps diplomatique qui, d'ailleurs, partage aussi son opinion.

a Veuillez agréer, etc. 4

Signé ; Grahomt. »

La dépêche de M. de Gramont montre à quel point les rapports étaient tendus entre Rome et le gouvernement français. L'am* bassadeur avait, du reste, été mal renseigné, comme cela résulte clairement d'une lettre écrite par le D' Imbert-Gourbeyre, professeur à l'école de médecine de Glermont, et qui faisait partie d'une caravane de pèlerins arrivés à Rome à roccasion des fôtes de Pâques. D'abord, la caravane était partie bien avant que le général de La Moricière arrivât à Rome, et même avant qu'on sût que l'illustre général dût s'y rendre. La caravane lyonnaise ne se composait pas que de Lyonnais ; elle comprenait même des Parisiens, et trois Bretons qui furent admis le 9 avril, avec les autres, à l'audience du Saint-Père ^ Quant à l'évacuation de Rome par les troupes françaises, on sait que le gouvernement impérial avait témoigné plus d'une fois qu'il désirait l'opérer le plus têt que cela serait possible sans contrarier les intérêts du Saint-Siège. Au commencement de l'année 1859, le Pape l'avait demandée lui-même, et elle était alors possible, parce que les États pontificaux étaient intacts. Le gouvernement français, qui voulait sans doute avoir des forces à Rome pendant la guerre contre l'Autriche, ne jugea pas à propos de reffectuer alors. Dans les premiers mois de 1860, l'évacuation fut décidée en principe pour le mois d'août; elle ne s'effectua pas davantage ; mais le cardinal Antonelli a déclaré, dans une dépêche du 19 novembre 1865, qu'on trouvera à sa date, que ai elle n'eut pas lieu, <c ce ne fut pas le Pape qui y mit opposition. »

12. — Séance du corps législatif dans laquelle M. Baroche, président du conseil d'État, s'exprime ainsi : « Le gouvernement « français considère le pouvoir temporel comme une condition es^

1 Le Monde, et, à sa suite, tous les Journaux catholiques ont reproduit la lettre du docteur Jmbert, qui est datée de Clermont-Ferrand, 4 mars 1861.

36 ANNALfSS ECCLÉSIASTIQUES. [1860

« sentielle de l'indépendance du Saint-Siège... Le pouvoir temporel (c ne peut être détruit. Il doit s'exercer dans des conditions sérieuses. n C'est pour rétablir ce pouvoir qu'a été faite l'expédition de Rome « en 1849... »

18. — Le parlement piémontais vote à l'unanimité l'annexion de l'Emilie (Romagne, Parme et Modène) et de la Toscane.

14. — Une dépêche de M. de Gramont, ambassadeur de France à Rome, fait connaître la réponse qu'il vient de recevoir du cardinal Antonelli au sujet des propositions faites au Saint-Siège. Voici cette réponse, qui fera connattre en môme temps les propositions :

(f Le Saint-Siège n'adhérera à aucun protocole qui contiendrait une réserve concernant la question des Romagnes. Admettre une réserve à cet égard lui paraît une concession au fait accompli. Si les puissances catholiques se réunissent pour traiter des affaires du Saint-Siège, la première question qui doit les occuper est celle des Romagnes. Ou bien ces puissances adhèrent à la spoliation, ou bien elles la désapprouvent. Dans le premier cas, le Saint-Siège ne peut conférer avec elles. Dans le second il ne peut admettre que tous les États catholiques, formant une force aussi imposante dans le monde, en soient réduits à souffrir en silence et à cacher leur mécontentement par crainte de déplaire à la Sardaigne. Qu'ils déclarent leur volonté et leur résolution, et le spoliateur rendra à la victime de son usurpation ce qu'il lui a ravi.

« Le Saint-Siège regarde la question des réformes comme résolue en principe, mais il persiste à différer la publication de celles qu'il a consenties jusqu'à ce qu'il soit remis en possession des provinces annexées à la Sardaigne.

« Il n'acceptera jamais une garantie pour les Etats restés sous sa domination, parce qu'à ses yeux ce serait reconnaître une différence entre ces États et ceux qui lui ont été ravis. Sous ce rapport sa résolution est inébranlable.

« Le Pape s'est déjà exprimé sur la question des subsides, et il n'accepte pas le syàtème d'une rente inscrite au grand-livre des États. Il ne se prêterait qu'à une combinaison qui aurait la forme d'une compensation des auciens droits canoniques perçus sur les bénéfices vacants et qui, par cela môme, serait très-difficile à concilier avec les institutions actuelles de la plupart des Etats contribuants.

« Quant aux secours de troupes à fournir par les puissances catholiques autres que la France et l'Autriche, le Saint-Siège préfère avoir la liberté de recruter lui-même son armée et acceptera avec plus de reconnaissance toutes les facilités que les gouvernements lui donneront à cet efiet. »

avril.] SIGNATURE DE LÀ PAIX ENTRE L'ESPAGNE ET LZ MAROC. 27

15. — L'arrondissement de Nice vote son annexion à la France.

Victor-Emmanuel commence sa visite des provinces annexées; aucun des représentants des puissances étrangères n'accompagne l'usurpateur.

lO. — Protestation adressée par le cardinal Antonelli au corps diplomatique, à Rome, contre l'annexion des Romagnes à la Sardaigne.

20. — Mgr Xavier de Mérode prend, à Rome, le portefeuille de la guerre avec le titre de pro-ministre des armes. Né à Bruxelles, en 1820, d'une des plus illustres familles de Belgique, le comte Xavier de Mérode, fils du comte Félix, fît ses études au collège de Juilly, alors placé sous la direction de Tabbé de Salinîs, plus tard archevêque d'Auch. Il en sortit pour entrer à l'école militaire de Bruxelles. 11 reçut son brevet d'officier en 1841. Bientôt après il prit du service dans l'armée française d'Algérie, où il se distingua par son courage, et où il fit la connaissance de ces brillants généraux, les Cavaignac, les La Moricière, etc., qui devaient jouer plus tard un si grand rôle. Il revint en Belgique en 1846. Dès lors ses désirs le portaient vers une autre carrière que l'état militaire. A la fin de 1847, il partit pour Rome avec l'intention bien arrêtée de se vouer exclusivement au service de Dieu. 11 suivit les cours du Collège romain. Déjà diacre, il subit la prison sous la république mazzinienne. Au mois de septembre 1849, après la restauration du gouvernement pontifical, il reçut la prêtrise. En 1860, Pie IX le nomma camérier secret participant. C'est dans cette situation qu'il se trouvait encore auprès du Pape en 1860, lorsqu'il eut occasion de parler du général de La Moricière, à qui Pie IX ofi'rit presque aussitôt le commandement en chef de son armée. Afin que la meilleure entente régnât entre le ministère des armes et le général français, il n'y avait pas de plus sûr moyen à prendre que de confier ce ministère à Mgr de Mérode : Pie IX le comprit, et Mgr de Mérode se mit en mesure de seconder l'activité et le zèle de M. de La Moricière.

«2. — La Savoie vote son annexion à la France par 131,744 oui contre 233 non.

98. — Le comte de Montémolin, après une tentative infructueuse, renonce à ses prétentions à la couronne d'Espagne, en faveur de la reine Isabelle.

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