‹ Annales littéraires (volume 2)Chapitre 4 sur 39 · A L ÉDITEUR. XJ · texte numérisé non relu

A L ÉDITEUR. XJ

de rencontrer cette expression épurée du vr^i, qui nest ni en deçà, ni au delà de la pensée, dont elle réfléchit la fidèle image : presque tous les articles, que renfermera votre Recueil, ont été écrits , au courant de la plume, sans corrections , sans ratures , sans copies ; ce n'est pas , assurément, un éloge que je prétende en faire, ni un mérite , dont je veuille me targuer : la fa^ cililé est un piège plutôt qu'un avantage ; et rien de vraiment bon, dans les arts de l'esprit, ne fut produit, sans effort, sans travail et sans peine : combien de fois en relisant , le lendemain , dans le Journal, l'article que j'avois envoyé la veille, n'en aLje pas vivement senti, et reconnu les défauts î et combien de bonnes critiques j'aurois pu, souvent, faire de mes propres critiques, elles-mêmes! Mais, au moins, je puis nie rendre cette justice, que, durant ce long cours de travaux pénibles , j'ai cherché , généralement , lat vérité dans mes censures ; que j'ai bien rarement trahi ma pensée, et que jamais je n'aisubstitué les vains caprices de mon imagination à la solidité des traditions consacrées, et aux droits im^ prescriptibles des véritables doctrines : c'esÇ par-là que vaudra, surtout, ce Recueil;, s'il peuî; yaloir quelque chose.

xiv LETTRE DE M. DUSSAULT

Vous VOUS souvenez, en effet, Monsieur, de l'état où laliltéralure éloit réduite, au commencement de ce siècle, date de cette entreprise, et je crois pouvoir me dispenser devons en présenter, ici, dans tous ses détails, l'affligeante peinture : depuis dix ans, la critique , toujours si calomniée, et toujours si utile, setaisoit; et, protégés par son silence, aussi-bien que par les désordres politiques du temps , les excès du mauvais goût, et les envahissemens de la barbarie acquéroient , tous les jours, plus d'audace : une barrière s'éleva, enfin, contre cette effrayante inondation , signalée déjà par tant de ruines , et qui menaçoit de toutrenverser, dans son cours destructeur ; le momentvint, où la littérature qui, suivantun profond publiciste, est Yexpression de la société^ après avoir répété dans son sein l'image du chaos, qui régnoit dans l'Etat, devoit offrir celle de l'ordre, qui sembloit renaître de toutes parts, et paroissoit rentrer dans tous les degrés de la vie civile, comme dans toutes les branches de l'administration renouvelée ; j'ai , sans doute , concouru, pour ma part, quelque foible qu'elle ait été, à cette amélioration littéraire : non-seulement il falloit s'opposer à la corruption ; mais il falloit combattre de nouveaux systèmes , qui commencoient

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ià s'élever, armés cle sophismes ingénieux, et d'argumentations plus ou moins éblouissantes, pour la ciéfendre, et la justifier : car, on vojoit déjà se développer, dans un ouvrage très-remarquable d'une femme célèbre , le germe timide de ces étranges, et pernicieuses théories, qui, depuis, se déployant, avec plus de témérité, n'ont cessé, jusqu'aujourd'hui, d'opposer leurs captieux paralogismes , et leurs inductions spécieuses , à l'autorité des doctrines sanctionnées par l'approbation des âges : la corruption devenoit systématique.

D'autres principes , ou plutôt de funestes conséquences, mal déduites de principes , en eux-mêmes , très-respectables, étendoient leur action jusque sur les lettres, auxquels cette influence n'étoit pas moins fatale , qu'à la morale même, dont elle minoit toutes les bases: il s'agissoit donc d'attaquer, non pas, certainement, la PHILOSOPHIE, cet éternel flambeau du monde, mais les fermentations dangereuses que ses rayons lumineux eux-mêmes excitoient, dans des esprits malades , comme ceux de l'astre du jour font, quelquefois, éclore de désolantes contagions : honneur à la philosophie, qui foule aux pieds la superstition et le fanatisme reli-

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