‹ Annales littéraires (volume 2)Chapitre 5 sur 39 · XVI LETTRE DE M. DUSSAULT · texte numérisé non relu

XVI LETTRE DE M. DUSSAULT

gicux, en respectant toujours la religion, qui éclaire les hommes sur leurs devoirs, comme sur leurs droits , qui, jamais, ne caresse , d'une main impie, ni le despotisme, ni la licence, qui place, auprès des trônes, celte sage et noble liberté, non moins auguste que la majesté des rois , qui inspire aux princes de généreuses pensées , et leur dicte ces lois sublimes , conciliatrices heureuses de l'indépendance des peuples, et du pouvoir des monarques ! Honneur à la philosophie des Fénélonsy des Massillons y des Montescjuieiis y des Francklins j des Malesherhesl Anathème au fanatisme anti-relisi-ieux, au charlatanisme politique, au pédantisme littéraire, qui se couvrent du manteau de la philosophie, et veulent en usurper le nom saint et sacré ! Si cette distinction, Monsieur, ne fut pas toujours soigneusement exprimée, dans mes articles, elle ne cessa jamais d'être présente à ma pensée : vqus l'honorez, vous-même, cette philosophie, le charme des âmes honnêtes, et la lumière des bons esprits; et vous savez bien qu'elle n'est point blasphémée , dans ces pages fugitives , que vous rassemblez , et dont se compose votre Recueil : les abus seuls, qu'on en a faits, j sont signalés.

A l'Éditeur. xvij

Cependant, au zèle des journalistes se joignoit , encore, le secours de quelques gens de lettres , qui , secondant l'impulsion donnée par les principaux écrits périodiques , s'empressoient de publier de nouvelles éditions de ces chefs-d'œuvre , de ces excellens ouvrages , qui sont l'honneur de notre littérature , et dont la gloire , éclipsée , ou méconnue , luttoit , en vain , depuis long-temps , contre un injurieux oubli , et n'en triomphoit , par intervalles , que pour s'j voir, aussitôt^ replongée par le dédain ; tant la fureur de la nouveauté aveugloit , alors , les esprits ! ces éditions, qui n'exigeoient pas les soins particuliers d'une analyse spéciale, devenoient, pour nous, des sources fécondes de réflexions générales , d'observations moins restreintes , de comparaisons , et de rapprochemens d'une utilité plus étendue : il faut convenir que nous ne nous en sommes pas fait de faute ; pour ce qui me regarde , personnellement, j'ai, peut-être, abusé, quelquefois, de ce moyen facile; et, peut-être, ai-je, aussi, trop souvent , voulu l'étendre au delà de ses limites naturelles , en le substituant, avec plus de zèle, que de convenance, à des analyses nécessaires , et à des extraits obligé? ; mais , j'é-

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prouve qu'insensilîlement , ma sincérité m'induiroit à faire la critique de mes articles : c'est une attention qu'il l'aut laisser à d'autres; je ne dois ni me louer, ni me critiquer; je puis dire, seulement, sans blesser, je crois, aucune bienséance, qu'ayant toujours, vivement, désiré que la cause du bon goût, en littérature, et des bonnes doctrines, en tout genre, triomphât, j'ai fait tout ce qui a dépendu de moi , pour contriljuer à ce triomphe , et que , plus d'une fois , j'ai cru pouvoir me permettre de remplacer , par des réflexions générales , qui me paroissoient utiles , la censure, presque toujours assez inutile , d'un mauvais ouvrage : j'avoue que je dérobois une jouissance à la malignité ; mais l'intérêt de ses plaisirs ne fut , jamais, un des principaux mobiles qui dirigèrent ma plume.

On regarde les journalistes comme essentiellement animés d'un esprit de détraction et de méchanceté : on les croit occupés, sans cesse, à broyer des poisons ; on se les figure se nourrissant , avec délices , de tous les venins de l'envie j et les haines, qui naissent de ces tristes préventions, ne sont pas un des moindres inconvéniens attachés au métier de critique :

A l'éditeur. XIX

elles vous suivent partout; elles épient le moment favorable, et finissent, tôt ou tard, par vous porter le coup funeste, qu'elles tiennent en réserve : presque solitaire , et vivant, à peu près , dans la retraite , quoiqu'au milieu de Paris , sans ambition , sans intrigue , sans vues de fortune, toujours content de peu , considérant l'indépendance , même dans la pauvreté , comme le premier des biens , et incapable de payer, d'aucun prix avilissant, quelques parcelles d'or, je pou vois , autant que personne, braver ces haines non moins injustes que dangereuses: je ne me suis jamais fait un jeu de les provoquer; j'ai senti, dans mon propre cœur , toutes les plaies, que je faisoisàl'amour-propre d'autrui ; et quelle que soit l'opinion qu'on se forme des journalistes, je proteste que j'ai toujours éprouvé plus de douceur à louer, qu'à blâmer; je proteste que j'aurois toujours mieux aimé proclamer la gloire de Virgile , que la honte de Bavius et de Mevius : que si des renommées imposantes n'ont pas, toujours, désarmé ma sévérité, croit-on que j'aie trouvé du plaisir à jeter des nuages sur l'éclat de quelques noms illustres? Non; l'intérêt seul des lettres m'engageoit à signaler ou des défauts aimables et séduisans , ou des irré-

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