ENQUETE SUR LES VIPERES
Doomnents foiirals par 11* DUMBIT
La Société impériale zoologique d'acclimatation désirant se faire une juste idée des accidents occasionnés en France par les vipères indigènes et ne pas s'en rapporter uniquement à ce qui a été écrit jusqu'ici sur cette matière, a décidé qu'une enquête serait ou- Terte sur ces serpents. Une Commission nommée par elle dans ce but a rédigé un questionnaire qu'il nous a adressé conmie à toutes les Sociétés savantes de France.
Vous m'avez chargé de répondre à ce questionnaire dans le plus bref délai possible, je l'ai fait, tout en regrettant vivement qu'un temps suffisant ne m'ait pas été laissé pour faire sur ce sujet des études et des reclicrclies spéciales qui m'auraient permis de répondre d'une manière plus précise et pliis complète.
lf« Question. — Existe-t-il des vipères dans votre département?
Réponse. — U existe des vipères dans notre département à peu près dans toutes les localités rocailleuses, du moins je puis le certifier pour F arrondissement de Saint<Etienne, où mes chasses et mes excursions zoologiques m'ont permis de constater très sousouvent la présence de ces reptiles et souvent d'en faire la capture.
2iB« Question. — Distinguez-vous plusieurs espèces? A quels caractères les reconnaissez-vous?
Réponse. — Je distingue les vipères des couleuvres à leurs corps moins allongé, à leur tête plus large, leur queue plus courte, leurs couleurs tirant sur une teinte de rouille avec des plaques dorsales d'un beau noir foncé, enfin à des crochets à venin qui sont ployés lorsque l'animal a la bouche fermée et qui se redressent lorsque l'animal ouvre la bouche avec colère pour mordre.
MÉMOIU». -*- 1862. 6
Aulant que je puis m'en rapporter à mes souvenirs, il n'eiiste que deux espèces de vipères dans notre arrondissement. Gomme jusqu'à présent je n'avais pas porté mon attention sur ce sujet, je ne puis énoncer ici leurs caractères différentiels ; je puis cependant affirmer que l'une des deux espèces est la vipère ordinaire (vipera aspis).
L'autre est désignée par moi sous le nom de vipère noire, parce que ses caractères ne me paraissent pas se rapporter aux espèces figurées dans le questionnaire. J'espère pouvoir l'année prochaine vous en donner la description exacte avec un spécimen.
Z^ QoESTiON. — Quelles sont les localités habitées de préférence par chacune de ces espèces ?
Les trouve-t-on dans les buissons ou dans les arbres? YontroUes à Teau, les voit-on nager sur les lacs et sur les étangs?
Pénètrent-elles quelquefois dans les habitations? Réponse, — La vipère affectionne les localités rocailleuses et les sites exposés au midi. Elle s'éloigne peu de sa retraite ; die est timide, se cache au premier bruit et ne cherche point à mordre, à moins qu'on l'attaque.
La vipère ordinaire habite de préférence les buissons et les vieux murs, elle est toujours solitaire; la vipère noire habite plutôt les rochers escarpés. Un certain jour de printemps j'en ai pris une qui s'était réfugiée sous une très grosse pierre. Nous étions deux pour faire cotte capture. Lorsque nous eûmes soûle vée la pierre à l'aide d'un levier et mis ainsi son gîte à découvert, la vipère commença à manifester sa colère en dardant sa langue avec rapidité, elle se mit ensuite à faire entendre des sifflements aigus réellement intimidants. Noos parvînmes à la saisir avec un bâton fendu en forme de pince ; ce ne fut pas sans peine ni sans courir le danger d'être mordus ; je la conservai pendant trws jours pour observer le jeu de ses terribles crochets.
De la p&te arsenicale que je lui insinuai dans la bouche ne suffit pas poiu* la faire périr; au bout de 24 heures elle était encore très vivace et je fus obligé de l'achever en la serrant fortement avec une pince.
Je n'ai jamais vu de vipères nager, c'est toujours dans les endroits secs, exposés au soleil qu'on les rencontre. Je ne les ai pas vues non plus pénétrer dans les habitations.
4«w Question. — Les rencontre-t-on en toutes saisons?
Quelles sont celles où on les rencontre le plus souvent?
Réponse. — On rencontre les vipères seulement dans la belle saison, c'es-à-dire depuis le mois de mai jusqu'au mois de septembre, époque oii l'animal cbange de peau, phénomène dont j'ai été témoin et que j'ai mentionné dans une note insérée dans le tome n de nos AnruUes, page 102»
5>°« Question. — Sont-ce des animaux nocturnes ou les trou vet-on à certaines heures du jour?
Réponse. — Ce n'est guère que de 10 heures du matin à 4 heures du soir qu'on rencontre les vipères. Elles sortent de leur retraite pour aller s'exposer à la chaleur du soleil. Les jours plu- Tieux elles restent cachées.
6"w Question. — Se retirent-elles pendant l'hiver en grand nombre dans iine même retraite, entortillées les unes avec les autres?
Répanse. — Pendant Thiver la vipère se retire sous les pierres, dans les vieux murs et dans les broussailles, sous les feuilles mortes entassées, ou bien dans les cavités qui se rencontrent bOus les racines des arbres. Il est rare de trouver deux vipères dans le même gile. Elle se tient roulée en sphrale, la tête au centre, comme lorsqu'elle se repose au soleil. Lorsqu'on met son gite à découvert, pendant l'hiver, elle se réveille peu à peu, et se met lentement en mouvement pour chercher une autre retraite.
7nie Question. — Quelle est leur nourriture?
Peut-on les considérer comme des destructeurs d'animaux nuisibles, tels qu'insectes, mollusques, taupes, mulots, rats et rongeurs?
Mangent-elles des oiseaux ?
Réponse. — J'ai ouvert l'estomac d'im certain nombre de vipères, je n'y ai rencontré que des rats ordinaires, des taupes et des mulots. Ces animaux sont toujours avalés la tête la première.
J'ai trouvé des oiseaux et des crapaux vivants dans l'estomac de quelques couleuvres; j'ignore si les vipères les détruisent également.
8m« Question. — Ont-elles quelques inconvénients pour les animaux de basse-cour (poules, dindons, etc.) ?
Réponse. — Je n'ai pas connaissance que la volaille ait jamais eu à souffirir de» attaques de la vipère. Un fait que j'ai pu obse^-
ver relativement aux dindons et que je crois opportun de signaler ici, c'est que ces volatiles attaquent et détruisent parfaitement les serpents. Au moment où le reptile est aperçu par Tun d'eux, sa présence est aussitôt signalée à la troupe par un cri d'alarme; tonte la bande accourt et forme autour de l'ennemi un cercle qui se resserre peu à peu. Le plus hardi commence l'attaque en donnant un coup de bec; tous l'imitent et le reptile ne tarde pas à succomber sous ces coups multipliés, et en peu d'instants il est dévoré avec avidité. J'ai vu un combat de cette espèce se passer sons mes yeux à Létra, en 1840, contre une couleuvre ordinaire.
9«* Question. — Blessent-elles les chevaux et autres animaux qui paissent dans les prés?
Résulte-t-il des accidents de ces blessures ?
Réponse, — Je n'ai jamais entendu parler de morsure de vipère sur les chevaux et autres animaux qui paissent dans les prairies. Ces accidents doivent être rares.
tO««»« Question. — Quels sont les accidents observés sur les chiens?
Réponse. — J'ai vu souvent des chiens de chasse périr par suite de morsures de vipère non cautérisées. Les morsures sur les chiens sont assez fréquentes, parce que ces animaux, je crois, attaquent la vipère. J'ai vu, du moins pour ma part, un cbi^i de berger de moyenne taille s'acharner à la poursuite d'une vipère qu'il avait aperçue et qui s'était réfugiée dans les trous d'un mur. Il finit par être mordu à la tête et il en périt dans les 24 heures. Les morsures à la tête, chez les chiens, sont beaucoup plus graves qu'aux membres.
lime Question. — Quel est approximativement le nombre de personnes piquées dans votre département?
Réponse. — Ces accidents sont assez rares, je n'ai pas les éléments suffisants pour en fixer le nombre. Un de mes amis, qui exerce la médecine à Saint-Etienne depuis vingt ans, n'a rencontré encore qu'un cas de morsure de vipère.
12nM Question. — • Quels sont les accidents déterminés par ces piqûres?
13°>e Question. — Ces piqûres sont-elles quelquefois mortelles et dans quelles proportions environ?
1 4«w Question. — Quand elles ne sont pas mortelles, laissent-teUeâ après elles des lésions et des maladies chroniques?
Béponse. — Je n'ai pas d'éléments de réponse à ces trois questions* (1).
15™« Question. — Y a-t-il des conditions de saisons, d'âges, de sexes, de tempéraments ou autres qui influent sur la gravité des accidents?
Réponse. — C'est au printemps que les habitants des campagnes redoutent le plus la morsure de la vipère. Ils prétendent qu'à son réveil de Tengourdissement de Vhiver le venin est beaucoup plus dangereux,
16™« Question. — Les accidents résultant des piqûres faites soit à rbomme, soit aux animaux et qui n'entraînent pas la mort, se dissipent-ils naturellement ou bien exigent-ils un traitement?
Réponse. — Pas d'éléments de réponse à cet article"^
17™e Question. — Quels sont les traitements en usage dans votre département?
Y en a-t-il un qui soit plus généralement préféré?
Réponse. — Le traitement usité dans nos campagnes consiste à cautériser la plaie avec le fer rouge ou une pincée de bonne poudre de chasse enflamée sur la plaie ou bien encore avec de l'alcali volatil. On donne quelque gouttes d'alcali à l'intérieur avec de l'eau.
Igme Question. — Quels seraient les moyens les plus convenables à employer pour amener la destruction de la vipère?
Répfjnse. — A mon avis il n'y a qu'un moyen efficace à employer pour amener leur destruction; c'est de mettre leur tête à un prix assez élevé pour que Tappat du gain décide les habitants des campagnes à leur faire une chasse incessante. Il n'y a pas, à ma connaissance, de piège usité pour prendre les vipères; mais l'appât du gain, comme la nécessité, rend les hommes industrieux, et il est probable qu'on en trouverait s'il y avait intérêt à en chercher. Peut-être poiu'rait-on utiliser l'attrait spécial et bien connu dans les campagnes que le lait a pour les serpents. J'ai va sous mes yeux une couleuvre de forte taille laper avec avidité un plein sabot de lait chaud.
(1) Nota. — La Société de médecine de Saint-Etienne a fait, sur la demande de notre Société impériale, une enquête spéciale dans le département de la Loire pour répondre aux questions médicales. Les résultats de cette enquête sont xonsignês dans un rapport du docteur Beroud, inséré dans les Annales de la Société de médecine de S^intïtienne, tome II, 2"« partie, année 1862, page 396.
19^ QoBSTMMi. — Y a4-il des animaiix répatée pour être ennenÛB et ôesùrudcan de ce r^tfle?
One peoses-Tous comme tels des chiens t^riars, du hérisson, du codûm et de la dgogne?
Réponse. — Les buses, les milans, les aigles et les cigognes sont certainanrat des destructeurs de serpents; en faisant mes préparations taxidermiqnes sur ces oiseaux, j'ai souvent rencontré dans leur estomac des reptiles encore entiers.
20^ QuEsnox. — Distribue-t-ondes primes dans votre département; quels en sont les résultats ?
La Société d'acdûnatation serait désireuse de recevoir des spécimens des différentes espèces de vipères.
Répanse. — Aucune prime n'est distribuée dans notre département.
n ne m'a pas été possible de récolter aucun spécimen de vipères cette saison; le désir de répondre à la demande de la Société d'acclimatation, sous ce rapport, a été la seule cause du retard que j'ai mis à répondre au questbnnaire. J'espère combler celte lacune Tannée prochaine.
Par la même occasion, la Société d'acclimatation sollicite quelques rensdgnements sur la tortue d'eau douce.
Réponse. — La tortue d'eau douce n'existe sur aucun pmnt da département de la Loire.