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SUR QUELQUES RÉSULTATS AGMCOLES REMARQUABLES

OBTENUS DANS SES CULTURES, A SAINT-CHRISTÔT-EN-JARRÉT Par M. aAGOD

Messieurs,

Toutes les questioDs relatives aux céréales sont d'une importance capitale pour Tagricultiire, et aussi pour la nourriture d'une nation. Toutes les opérations qui entrent dans la culture de ces plantes précieuses méritent d'être étudiées de prés; car c'est de leur prix de revient que dépend le prix de la vie humaine.

Messieurs, en vous présentant ces quelques échantillons» je me suis proposé de vous en faire connaître le prix de revient, mais avant, parlons un peu des travaux préparatoires.

fl* lie Dér«MMmmit.

La question du défoncementdes terres est une des plus importantes, et qui n'est pas des moins négligées. L'opération, qui consiste à défoncer un terrain, à le remuer profondément avec la bêche ou la cbarrue fooilleuse, a été préconisée par les uns, par le plus grand nombre, il faut en convenir, et blâmée par ceux qui ne s'en sont jamais servi. Ge désaccord peut encore s'expliquer.

Ceux qui occupent des contrées argileuses et qui disposent de beaucoup d'engrais, ont eu et auront à se louer plus que tout autre du défoncement; car il a pour résultat d'assainir la couche arable, de favoriser le développement des racines des plantes et de soustraire ces racines au contact permanent des eaux stagnantes. En retour, ceux qui n'ont point sous la main une quantité suffisante d'engrais pour subvenir aux besoins des végétaux, besoins qui augmentent en raison même du développement souter-

rain des (VgaDes nourriciers, ne se soacœnt guère da défonce ment, et font aux terres remuées le reproche d'être trop gourmandes. L'observation est juste, ce qui n'empêche pas Topératioa d'être excellente. Un cultivateur habile ne dmt jamais être à court d'engrais.

Quelques praticiens reculent devant les firais d'un défoncement énergique, pour un molif autre que celui qui précède. Os sont persuadés qu'une terre divisée, remuée, bouleversée, ne tarde pas à rqirendre son assiette et sa compacité primitives. Or, c'est là une erreur qu'il s'agit de combattre, car elle s'oppose à des améliorations précieuses.

Tout terrain qui a été divisé par les mains de l'homme conserve sa porosité, son état de division, plus longtemps qu*on ne le siq)pose. Si la surface se tasse assez vite, en revanche, les couches im peu plus profondes ne se tassent qu'avec une difGcolté extrême. Vous n'aurez jamais de peine à distinguer une terre remuée d'une qui ne l'aura jamais été, et cette distinction ne vous échappai pas plus au bout de plusieurs siècles, qu'au bout de plusieurs années seulement. Nous en avons eu la preuve en maintes circonstances. Je crois certaioemcait qu'il y aurait de l'inconvéni^it à défoncer les sols sablonneux, par cela même que le tassement des couches profondes devient difGcile, et que l'état de division s'y maintient durant des siècles, les eaux des réservoh^ souterrains ne profitent plus au même degré que dans le principe des avantages de la capillarité, et les plantes exigent des arrosages fréquents et des masses de fumier. Aussi nous avons compris qu'il était inutile de défoncer nos terrains aussi profond que des terrains argileux et qu'il valait mieux renouveler ces opérations tous les six ou sept aus, c'est-à-dire ramener à la surface la terre arable qui s'est reposée aussi longtemps. C'est alors que vous obtiendrez, avec une fumure de deux cents quintaux métriques, fumier de ferme (100 fr.), et cinq de poussière d'os ou de viande (65 fr. Total 165 fr.), cinq belles récoltes; sans autres engrais. H est donc important de savoir que les terrains légers ne doivent être défoncés qu'à une profondeur de cinquante ou soixante centimètres au plus.

9o Cft«lx dm Terrain.

Le froment exige un sol qui ait un peu de consistance, sa réussite est plus assurée et son produit plus considérable dans

Si

les terres fortes ou argileuses; cependant, Messieurs, il y a peu de sols qu*on ne puisse rendre propres à sa culture en y culti- Tant de teiups en temps des fourrages artificiels, qui par Thumus qu'ils laissent lui donnent un certain degré de consistance, soit, par exemple, le trèfle rompu, et sur un seul labour ; la récolte qui en provient est ordinairement du plus grand rendement.

s» Du Bnltolace «n ChaiiUic® dv Blé.

Le sulfatage ou chanlage du blé de semence est de la plus grande importance ; de nombreuses expériences m'ont démontré que le moyen que j'emploie, et je suis certain, que des milliers de cultivateurs ont cette sage précaution, est le préservatif le plus efficace qu*on puisse employer contre la carie du froment ou blé bouté. Cette maladie qu'on désigne encore sous le nom de charbouille, et dans nos campagnes sous celui de chambucle, a été cette année même funeste aux récoltes de cette céréale. Les substances dont je me sers sont de la bonne chaux vive en pierres et du sulfate de soude. A cet effet, il faut 80 grammes de ce sel par litre d'eau, et l'on en vide sur le blé autant qu'il peut en absorber. Gela exige communément 7 ou 8 litres de solution par hectolitre de grain; on ne doit s'arrêter que lorsqu'on voit qu'une plus grande quantité s'écoulerait du tas. Il Défaut pas cesser, pendant cette opération, de retourner le blé avec des pelles en bois. La chaux que l'on a eu soin de faire réduire en poussière doit être versée par quantité de 2 kilog. par hectolitre, sur le tas qui doit être retournée de nouveau, afin qu'il ne reste aucun grain qui n'ait été imprégné de ces substances.

Le paquet n» 1, que j'ai l'honneur de vous présenter est le blé sans barbe; le terrain ensemencé était 40 ares. Le no 2 est le blé à barbe; 40 ares aussi d'ensemencés. Je ne puis m' empêcher de vous faire connaître l'état où était ce terrain au 17 juin 1855, époque de son acquisition.

Deux hectares de terres incultes, couvertes de rochers, il y en avait 107 petits ou gros, sortant tous de terre, m'avaient été vendus moyennant le prix de 1400 fr. Ce terrain était tellement maigre que la première année, ayant voulu confier au meilleur de la terre deux doubles décalitres de seigle, à la récolte la semenoeaété simplement doublée; la plupart des plantes n'avaient pu arriver à l'épi. Alors, Messieurs, voyant que ce terrain était

entièrement ruiné, j'employai le grand moyen, c'est-à-dire le miné, je l'appelle ainsi parce que c*est la ressource de tout bon cultivateur. Bn octobre 1856, le sol fut miné à 0,50 centimè^es de profondeur, au prix de 600 Ir. l'hectare, y compris une fumure préparatoire de 20,000 kilos, fumier de ferme (à fr. 50 le quintal métrique, 100 fr.). La pierre trouvée dans les fossés à servi à faire 100 mètres de fossés de drainage dans une des parties de cette terre qui se trouvait humide. Ce terrain après avoir donné quatre récoltes successives sans engrais, a élé retourné en 1860, c'est-à-dire que la terre végétale qui s'était reposée pendant cinq ans a été remise à la surface ; c'est ce que nous appelons fauger; le prix de revient par hectare de ce travail est de 150 fr. Trois mois après le faugeage, en mai 1860, ces 80 ares ont été plantés, 60 ares en pommes de terre et vingt ares en choux, betteraves et rutabagas. Les 60 ares de ponunes de terre ont reçu une fumure de 10,000 kilos fumier de ferme à fr. 50 les' 100 kilos 50 fr., 300 kilos poussière d'os à 13 fr. les 100 kilos, 39 fr., total 89 fr. Les 20 ares plantés en choux, betteraves, rutabagas ont reçu une fumure double de celle du champ des pommes de terre, c'est-à-dire à l'hectare, 26,000 kilos fumier de ferme, 130 fr. et 500 kilos poussière d'os, 65 fir., total 195 fr., ce qui fait pour les 20 ares 5200 kilos fumier de ferme à fr. 50 les 100 kilos, 26 fr. et 100 kilos poussière d'os à 13 fr., total 39 fr.

Voici maintenant le produit de la récolte :

Vendu à différents brasseurs, 1000 têtes de choux à 30 fr. le cent, 300 fr., au marché pour 120 fr., total des choux 420 fr.; betteraves et rutabagas, 50 quintaux métriques à 4 fr. le quintal métrique, 200 fr.; 30 sacs pommes de terre (100 k. par sac), à 7 fr. les 100 kilos, 210 fr. L'oïdium s'étant emparé de ce champ de pommes de terre, la moitié a été perdue. Tous ces produits font un total :

(îhoux 420 fr.

Betteraves et rutabagas 200

Pommes de terre 210

Total 830 fr.

Reete à faire maintenant la déduction des travaux prianttoires:

Faugeage, les 80 ares. 120 fr.

Labour de plantage et conduite

d'engrais 25

Journées d'hommes pour le plantage 10

Achat des plançons 15

Pommes de terre, semence. ... 40

Fumier de ferme 76

Engrais chimique 52

Sarclage et binage 25

Frais de rentrée 40

Total 403 fir.

A déduire sur 830 fr.

Beste 427 fr.

Valeur localive 40

Reste, bénéfice net . . . 387 fr.

 la fin de septembre de la même année (1860), j'ai confié à ces 80 ares 8 doubles décalitres de blé du pays, sans aucune fumure. Il est inutile. Messieurs, de vous faire remarquer que cette semence n'a pas été prise sur la récolte de 1860, mais bien sur celle de 1859, je crois que la beauté de mes blés, surtout l'absence complète de blé bouté, de blé noir ou charbouille, provient du sulfatage bien régulier et de la semence qui était bien préférable à celle de 1860. Les dépenses de cette récolte en travaux préparatoires sont insignifiantes, le plus coûteux est le prix de la semence. Deux journées d'une paire de bœufs ont suffi pour retourner ce terrain avec la charrue Dombale

Labourage à 6 fr. par journée i2f. »

1/2 journée de cheval pour herser 2 50

Grain, 8 doubles décalitres, à 4 fr. le double. 32 »

Ghaulage et sulfatage > 75

Sarclage 2 •

Total, en frais préparatoires 49f.25

Frais de rentrée :

5 journées de moissons^ à 2 f. la journée • . lOf. >

Nourriture. . . 1 — . . 5 »

Battage, 2 jours, 6 hommes, à 1 f. 25 l'un. 15 •

Nourriture l » — .12 »

2 femmes pour le service de Faire, à 0,60 c.

chacune par jour 2 40

Nourriture, 0,75 c 8 »

Ces 80 ares contenaient les deux espèces de Wé, no 1 et n® 2, que j'ai eu l'honneur devons présenter par égal contenance, les produits ont été presque les mêmes. Le blé sans barbe a été supérieur par le rendement en hectolitre. Les 40 ares, blé sans barbe, ont produit 85 doubles décaUtres ou 17 hectohtres du poids de 86 kUos l'hectolitre, à 33 fr» ^ les 100 kilos, ce qui fait un total de 489 fr. 77. Les 40 ares de blé à barbe ont produit 80 doubles décalitres ou 16 hectolitres du même poids.

Total : Blé à barbe 460f.86

Blé sans barbe 489 77

Total général . 950f.33

Sur cette somme il faut 6ter :

En frais préparatoires ou semence 49 f. 25

En frais de rentrée 47 40

Et valeur locative, à 1 5 f. les 1000 mètres. 110 >

Total 216f.65

A déduire sur 950 60

Total, net 733 f. 95

Prix de revient :

Le double décalitre 1 fr. 31

L'hectolitre 6 fr. 55

Le no 3 représente des plantes de blé prises aux champs sans choix, afin que Ton puisse reconnaître Fexactitude des sujets représentés par les no« 1 et 2.

. Le no 4 sont des blés russes ensemencés pour essais, assez satisfaisants,

Le n» 5 sont des seigles d'Âmbert, ensemencés à raie, grain par grain, les quantités sont si petites qu'il ne vaut pas la peine d'en parler.

Le no 6 est l'avoine bauceoise, semée à la volée, sixième récolte sans engrais, à Texception d'une cinquantaine de voitures de terre, prise dans les accotements et les fossés de la route; 30 ares ont été semés avec 4 doubles décalitres. Le rendement a été de 4 hectolitres 35 litres par double décalitre de semence, ce qui fait 17 hectolitres 40 litres pour la totalité. 17 hectolitres 40 litres à 1 fr. 75 le double décalitre donnent 152 fr. 25.

Dépenses :

50 voitures de terre à f. 50. . . 25 f. »

Labour 7 50

Semence 8 »

Hers2|ge 1 25

Moisson et battage 12 »

Valeur locative 45 »

Total des dépenses ... 98 75 A déduire de 152 25

Reste pour bénéfice. . . 53 50

Prix de revient :

Le décalitre If. 13

L'hectolitre 5 67

En vous faisant connaître ces prix de revient exceptionnels, vous comprenez. Messieurs, que je n'ai pas la prétention de vous les donner comme représentant la moyenne des prix de revient de tous mes blés; cette moyenne est de 2 1. environ, le double décalitre ou 10 fr. l'hecti^tre. La paille est laissée pour couvrir les frais de l'assurante, de la grêle, de l'impôt et de l'emmagasinage.

RAPPORT

SDR DN PETIT UVRE DE M. LE COMTE HÀLLEZ-DARROS Intitulé iUrlemUwre primaire, «te

MBSSiEinis,

Dans la séance du mois de mai dernier, vous m'avez confié un peut livre intitulé : Agriculture primaire ou Science agricole mise à la portée des enfants, par H. Hallez-d*Arros. Après un examen attentif, j'ai reconnu que M. Hallez-d'Aitos avait su resserrer dans les limites restreintes de son petit livre, les notiobs les plus élémentaires, sous uoe forme attrayante et d'une simplicité de style rare. Je ne doute pas. Messieurs, que vous n'éprouviez le désir de voir répandre un ouvrage aussi utile parmi les populations agricoles; lorsque vous saurez que son but principal est d'attacher le cultivateur au sol et de combattre cette tendance toujours fâcheuse, qu'ont les jeunes gens de la compagne, à émigrer vers les grands centres de populations industrielles. Ace double point de vue, de Finstruction agricole à répandre et de la dépopulation des campagnes au profit des villes à œmbattre, je demanderai à la Société d'émettre le vœu que le conseil de l'instruction publique veuille bien faire mettre en usage ce petit livre dans toutes nos écoles primaires, où il remplacera avantageusement beaucoup d'autres ouvrages moins utiles et plus chers. Son renseignement amoindrira, |e l'espère, s'il ne le détruit pas entièrement, le plus grand obstacle des améliorations agricoles, la routine, cousine germaine de l'ignorance, si scrupuleusement conservée dans nos campagnes.

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