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A L'EXPOSITION DE LONDRES

Quoiqu'une philosophie puérile ait trouvé la source de tous DOS progrès dans la conformation de notre main, l'homme réduit à ses quatre membres serait le plus impuissant des producteurs; henreusement il a eu Vesprit, en créant des oulUs, de se donner mille mains supplémentaires qui l'investissent d'une sorte d'aptitude universeUe. Il tenterait en vain, avec ses dents ou ses on- 0es, de dépecer le bois aussi bien que le castor ou que le rat, mais quel animal pourrait couper un madrier aussi bien que l'homme dès qu'il est armé de la scie? Une opération bien simple, celle d'enfoncer un clou dans une poutre, est impraticable à Thomme laot qu'il est réduit aux organes qui lui ont été départis; ce n'est plus qu'un jeu aussitôt qu'il a dans la main un marteau ou seule* ment un caillou.

Un caillou, une de ces haches de pierre que M. Boucher de Perthes a trouvées dans un terrain antérieur au déluge, voilà le point de départ de l'industrie et le premier engin de l'homme. Et YOid un des derniers : on installe aujourd'hui sur les vaisseaux de guerre des machines dont la force nominale est de quatorze cents chevaux, mais la puissance possible, celles qu'elles déploient quand la nécessité s'en fait sentir, allant jusqu'au qnintunle, ce sont réellement des machines de sept mille chevaux de vljpeur. Gomme le cheval de vapeur a le double de la puissance du cheval de chair et d'os, et que ce dernier ne peut travailler communément au-delà de huit beures par jour, un cheval de vapeur, qui ne se fatigue jamais, rend les mômes services que six chevaux à l'écurie, et l'appareil à vapeur de nos grands vaisseaux représente à lui seul 42,000 ch^aux vivants. C'est du progrés à pas

de géant, si vieux que soit le monde ! Et la main de l'homme ne VillOIBK. — 18G2. 8

fait qu'accomplir l'œurre de Diea, car noe décowferks oot ^ troiivéM ëaas notre propre eêçini ok l'Âuleor StipréiBe les tfait cachées, comme dans le gland il a caché le chêne. Cet immense édat de la ^^dence moderne qui nous éhtouit et novs fascine, c'est peut-être déjà Taurore de temps nouveaux, du règne de la frat^nité universelle annoncée par l'Evangile.

On a voulu évaluer par chiffires les progrès accomplis. S l'on compare, par exemple, la puissance productive de l'homme dans rindustrie de la mouture aujourd'hui, à ce qu'elle était à 1'^ que de la guerre de Troie, selon ce que rapporte Homère de la tenue de la maison d'Ulysse à Ithaque, on a lieu d'estimer que la progression a été de i à 150 environ; c'est-à-dire que, par tête d'hommes occupés à ce travail, la quantité de hlé moulu est aujourd'hui, dans un moulin bien monté, 150 fois plus grande que dans l'atelier oii de pauvres femmes esclaves s'exténuaient à écraser du blé par la force de leur bras, pour la reine d'Ithaque et pour les cinquante prétendants obstinés à demander sa main.

Dans l'industrie du fer on peut admettre que depuis les croisades la puissance productive est devenue trente fois plus grande. Dans la filature du coton le changement a été encore plus marqué, quoiqu'il n'ait commencé qu'à l'époque d'Arkwright qui prit son brevet d'invention en 1769. Un honmie appliqué à un métier fait trois cents et quatre cents fois plus de fil qu'une bonne fîleuse en produisait jadis. Cet exemple montre assez avec quelle rapidité la puissance productive s'accroit dans les temps modernes.

La période qui sépare les expositions universelles n'est pas aésez longue pour qu'il y ait toujourij dans cet intervalle des progrès considérables. Cependant l'industrie n'a point été stationnaire, à beaucoup près, depuis 1851 ni depuis 1855. Yoidce qu'on peut signaler de plus important.

La machine à vapeur s'est perfectionnée de plusieurs manières. On a trouvé moyen de faire rendre à la machine fixe le même eièt utile avec une moindre consommation de combustible, en perfectionnant surtout l'emploi de la détente variable de la vapeur dans le cylindre. On a rendu la machine moins encombrante. Celle de Watt avait son cylindre debout et se présentait avec un grand balancier, elle était soutenue sur des colonnes de fonte qui lui donnaient un aspect imposant, mais cette majesté coûtait cher. On fait aujourd'hui des machines à cylindre horixontal, et l'ensemble du mécanisme» Art perfectionné, est ramassé

SOI m petit massif de maçonnerie. Il est bon de notar qa'il y a 40 ans une macbine de 50 chevaux, système Watt, coûtait à Parii un peo plus de 100,000 fr», elle y coûterait aujourd'hui moina 4s 50,000 fr.

La locomobile a été imaginée pour Tagricullure. Tout réoe» ment il a été permis à plusieurs membres de la Société de la Toir fonctionner, avec un remarquable succès, ches un grand agitentteur de la plaine du Forez, le marqiûs de Pondus. C'est un engin léger, assis sur deux roues, qu'une paire de cheyaux traîne aisé*ment; il vient de pénétrer dans les ateliers et il y est jqgé d'we commodité extrême. La machine à gaz va, en ce genre, plus loin eocore, on peut l'asseoir sur un plancher et la transporter au grenier. Ce sera bientôt le moteur de Touvrier en chaoilNre, tra-^ Taillant avec ses enfants.

Enfin, la machine locomotive a acquis une grande puissaace. On a vu à Texposition une locomotive qui, placée à la léte et k la queue d'un convoi, pourrait traîner des chargements nets de 156 tonnes environ sur des rampes de 40 milUmèUres par mètre. C'est la pente extrême autorisée sur les routes impériales, le moment est donc venu de dire qu il n'y a plus ni Pyrénées ni Alpes. La construction des chemins de fer est devenue plus active que jamais; à la fin de 1861 il y avait déjà en Europe et en ÀméFique au-delà de cent mille kilomètres en exploitation, qui ont coûté plus de trente mille millions de francs. La discrétion est une grande vertu. Si NM. les Ingénieurs avaient laissé entrevoir un tel chi&e de prime abord, nous ne serions peut-être pas si avancée aujourd'hui.

Machines hydrtmUgues, On fait de mieux en mieux les roues, les béliers, les presses hydrauUques. Dans le dock flottant de Blackwall, la presse hydraulique, armée par les Anglais d'une machine à vapeur, retire un navire de l'eau en quelques quarts d'heure. Un tel dock dispense complètement de ces constructions dispendieuses qu'on appelle les formes de radoub. Un autre em-^ ploi ingénieux de la presse hydrauhque mérite d'être remarqué, c'est celui qui a pour but la fabrication d'objets d*art en b&U durci. L'action énergique de la presse s'y conîbine avec celle de kl chaleur produite par des jets de gaz enflammé pour donner une grande dureté à la poussière de bois dont on a rempli les moules. A Saint-Etienne on se sert d'un procédé analogue pour agg^ mérer le charbon menu.

Màâtdfé^ à air comprimé. Sur remploi de ces machines est ftmdée en ce moment Tentreprise hardie du percement du mont ^nis sm* une longueur de 13 kilomètres. Non-seulement on pourvoit ainsi au besoin de Tair respirable dans les profondeurs du mnel, mais Fair comprimé fait encore mouvoir les outils perforant le sol. Dans les grès calcah^ qu'il s'agit de perforer, les dttvrtos, par tes moyens ordinaires, n'auraient pu percer, de chaque o6té, au-delà de vingt centimètres par jour, ce qui ferait 1 15 ans pour la trouée complète. Heureusement on avance trente fois li» rapidement avec le nouveau procédé. Enthousiasmé par cette sMntkm du problème du percement des montagnes, un ingénieur pfùpose un chemin de fér de Paris à cette CAPrrALE du nord, dont le nom inamt en caractères glorienx sur la poitrine des soldats firançais, n'est pas la moindre merveille de ce siècle merveiQeux. Je parte de Pe-ffing.

Dans les fleuves dont le lit offre une épaisseur indéfinie de terrains meubles, l'air comprimé rend praticable la fondation des plies. Le pont du Kbin, à Kehl, est un remarquable exemple de cetle difflculté surmontée. Le procédé du refoulement des liquides par l'air est appliqué dans plusieurs mdustries, dans les savonneries entr'autres.

Maehinet'-outUs. Elles servent à faire mécaniquement les opérations par lesqnelles doivent passer les pièces de métal, afin de devenir les organes des machines. On admirait à l'exposition un âtbte de couche pour une machine à feu de vaisseau, pièce longue 4e neuf mètres et deux fois coudée, tournée et polie dans la perfection. La lime n'y a pas touché, les machines-outils ont tout fait. G*e8t une manière de bijouterie, mais de la bijouterie de Titans.

Acîer. Le procédé Bessemer ouvre des voies nouvelles à la fahrtoation de cette substance précieuse. Il se réduit à faire passer un courant d'ak dans la fonte liquide, qu'on peut prendre au sortir du haut-^bumeau, et il permet d'opérer à la fois sur 2,000 kilogrammes de matière, qui en un quart d'heure est passé à l'état d'acier. L'acier deviendra une substance commune, ce qui, pour la puissance du genre humain et pour son bien être, est d'une autre portée que, par exemple, les découvertes des mines d'or.

Chimie et physique. L'acide sulfurique, matière de première néeessité dans les arts, se fabrique ai^urd'hui en employant au lieu du soufre les pyrites de fer, qui abondent et qui étaient sans

emploi; aus^ile prix de l'acide sulfurique s'est abaissé audiziir me de ce qu'il était vers la fin du siècle passé. Le carbonate Qt le sulfate de soude et quelques sels de potasse sont également sur le point d'éprouver une baisse de prix sensible^ par rapplicalion^au trailement de l'eau de mer, de la machine à faire la glace de M. Carré. Cet appareil qui laisse dérober à l'Océan, en quantité et à bon marché, la potasse qui s'y trouve en proportion imperceptible, ce même appareil produit la glace comestible à si bpn compte, qu'il pourra entraîner souvent la suppression des glacières.

On a retiré depuis peu du goudron produit par la distillation de la houille dans la fabrication du gaz, différentes couleurs de la plus grande beauté : un jaune, un rouge, un bleu, un riolet, un vert, et un autre corps doué d'une propriété bien précieuse, celle d'empêcher la putréfaction des matières animales. Une solution contenant un centième de l'acide phénique suffit à cet effet. Le coaltar, qui lui doit sans doute ses propriétés désinfectantes, figurait àVexposition àun titre nouveau. En élaguant lesarbreset pour empêcher la pluie de s'infiltrer entre l'écorce et le bois, H. de Gourval imagina d* enduire la plaie d'une couche de coaltar. Ce procédé fort simple a donné contre la carie de si bons résultats qu'on estime pour la France à plusieurs millions la plus value que x>ourraient acquérir les coupes annuelles si l'usage du coaltar se généralisait.

Le prix de l'aluminium est descendu à 80 fr. le kilogramme. C'est, pour certains usages, comme si la pièce d'argent de un franc ne valait que dix centimes. Le sulfure de carbone qu'on emploie pour extraire la graisse des résidus sans valeur, et pour détruire les insectes nuisibles, comme les charançons dans les silos de blé, est descendu de 200 firancs à moins de vingt sous.

Dans les arts dérivant de la science physique, l'exposition a constaté plusieurs perfectionnements notables. Le télégraphe électrique peut désormais reproduire un dessin et imprimer une dépêche plus vite qu'un imprimeur ne la composerait. La météorologie s'en est emparée avec succès. L'idée de prévenir les tempêtes par le télégraphe a été pour la première fois mise en avant dans la réunion de rAssociation britannique, tenue à Aberdeen en 1859. Elle a depuis rendu de bons services. Un soir, l'avis étant arrivé à Liverpool qu'une tempête était imminente, le capitaine (II* port prit toutes les précautions nécessaires, et un violent

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oongfto édaU qadqnes heures plus taid sans qu'Oeil arriva air cane ararie pour les navires. La tempête qui fit périr la corvette pruBsieime Y Amazone avait été annoncée d'avance. On cite plusieurs exemples de prévisions ainsi réalisées.

On a appliqué le courant électrique à la division des iostmments de précision et on a obtenu une exactitude supérieure à tout ce qui avait été fait jusqu'à présent. La question de Téclairage par Télectricilé vient de faire un grand pas. En produisant le courant électrique au moyen d'aimans rois en mouvement par une force quelconque, on obtient une lumière égale, très vive et à bas prix. Elle n'a qu'un défaut, mais il est grave pour la pratique ordinaire, c'est qu'on ne peut l'obtenir qu'en grande et indivisible quantité. Ce ne serait bon que pour un phare. Avec une petite dépense de combustible dans un moteur à vapeur on a une lumière équivalente à un millier de bougies. M. Edmond Becquerel estime que cette lumière coûterait à peine le dixième du tarif de l'éclairage au gaz à Paris.

Ce serait nne grande besogne que d'énumérer seulement les appareils secondaires économisant la main d'œuvre qui surgissent tous les jours, depuis le piano électrique, qui prétend dispenser les pianistes de tant remuer les doigts, jusqu'à la machine faisant les sacs de papier tout collés. Mais on ne peut pas omettre dans l'appréciation même très superficielle de Tiduslrie, l'inlroducUon de produits nouveaux, conune la soie de Vailante qui conmience à' donner des espérances, ou la jute. La jute est une nouvelle plante textile du Bengale et de la Chine; la ville écossaise de Dundee en importe déjà pour plus de 45,000,000 de francs, qu'elle convertit provisoirement en tissus communs, comme ces tapis revenant ^ur les marchés français à un franc le mètre au plus, et qu'on voit aux étalages de Saint Etienne portant l'étiquette : tissti d'aloés, i fr. 65 le mètre. Un capitaine de navire prend à Guayaquil, en guise de lest, des noyaux d'un arbre qui y abonde, durs, pesants et gros comme le poing. C'est l'origine du cora$o ou ivoire végétal dont on fait maintenant les boutons d'habit. Leecesium, \e rubidium, \ethallium, ne servent peut-être à rien, mais le procédé qui a fait découvrir ces corps nouveaux arrache des cris d'admiration. Si le télescope nous laisse, pour ainsi dire, sonder l'immensité des cieux, le spectre de Kirchoff et Bunsen nous permet d'atteindre l'atome, l'infini de la petitesse.

n faut tenir également pour un progrès fécond l'accroissement

considérable de llmportatioQ des matières premières au profit de l'industrie européenne, comme les soies de la Chine et du Japon, ou les bois du Nouveau-Monde. Les fabriques anglaises d'allumettes dévorent les forêts du Canada! Qu'on nous permette, à ce propos, de reproduire quelques renseignements sur les bois de FAustralie, dûs aux exposants de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Les arbres y sont généralement très élevés, peu branchus et garnis de feuilles épaisses, dures, persistantes et riches en huiles essentielles, dont on tire souvent un très grand profit pour Téclairage, pour la fabrication des vernis, pour la parfumerie ou la médecine. Le bois, qui a rarement le cœur sain, se fend, non comme les nôtres, de la circonférence au centre, mais suivant des couches concentriques. Il est fort dense et doué d'une grande puissance calorifique, quoique très difficile à allumer. Quelques-uns de ces bois durcissent considérablement après la coupe, grâce à la solidification des gommes et des résines qu'ils contiennent en grande abondance. Le nombre d'espèces est énorme, relativement à nos forêts qui en renferment vingt-cinq au plus; en Australie on en a compté plus de soixante dans un kilomètre de long. On ignore l'époque de la floraison et de la fructification de la plupart d'entr'eux, non qu'on ait négligé de les observer, mais parce que ces phénomènes, loin d'être annuels, ne s'y reproduisent, à ce qu'on prétend, qu'à de longs invervalles. En somme, la flore comme la faune du nouveau monde diffèrent singulièrement des nôtres ; de là est venu l'idée à M. de Candolle que TÂustralie comme l'Amérique appartiennent à une formation géologique beaucoup plus ancienne que l'Europe ou l'Asie. Le nouveau monde serait infiniment plus vieux que l'ancien. En Amérique nous aurions hérité des Mastodontes, et l'Australie remonterait peut-être à une époque encore plus reculée puisqu'on y voit, en pleine végétation, les araucarias des terrains jurassiques ou les fougères arborescentes de nos houillères. Le berceau du genre humain appartient décidément à l'Asie, quoiqu'il soit maintenant indubitable que l'Europe elle-même était peuplée fort longtemps avant le déluge. Non- seulement on a découvert (dans ie Somerset entr'autres) des haches et des flèches en pierre, mêlées aux ossements des rhinocéros, par exemple : ce qui en détermine l'origine d'une manière irrécusable, mais on n'hésite plus à reconnaître dans l'accumulation des outils en silex ren« contrée près d'Amiens, l'emplacement d'une fabrication en

gr^ dt ces outils, contemporaine à la période géologigoa qui laissait vivre dans nos contrées les animaux africains. Et il est permis d'en conclure, dans Tétat de la biologie, que ces lointains ancêtres, que ces patriarches de l'industrie et du commerce, qui exploitaient lechantier de Saint-Âcheul, devaient ressembler quelque peu aux habitants actuels de l'Afrique.

Les riches toisons de l'Australie nous ramènent à l'industrie moderne. Les pays sont cultivés, dit Montesquieu, non en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté. On serait en peine d'expliquer autrement les résultats suivants. Il y a 65 ans, Mac Arthur ht venir en Australie trois béliers mérinos et cinq brebis, pour améliorer un médiocre troupeau de moulons que la colonie possédait alors ; elle en possède aujourd'hui plus de 20,000,000, et l'exportation de laine en 1861 a dépassé 137,000,000 de firancs.

îîous devons signaler en Jemier lieu les nombreux perfectionnements dans les établissements même de l'industrie. Pendant les excursions du Congrès Scientifique, on nous a fait remarquer à Terrenoire des tableaux dressés tous les jours, analysant avec exactitude, dit-on , le travail et le gain de chaque ouvrier. Ce serait là un grand progrès. Admis à visiter la belle fabrique de lacets de notre honoré collègue M. E. Richard, nous avons admiré combien chaque chose y est disposée pour son usage avec le plus de commodité et de simplicité possible. Puis-je mentionner au moins une autre visite du Congrès, à ce grand domaine agricole dont l'heureux créateur, nimium fortunatus agricohu a pu offrir au Congrès affamé un somptueux repas et une pleine corbeille de médailles d*or ou d'argent.

La division du travail de plus en plus parfaite, et l'agrandissement prodigieux des fabriques doivent concourir efficacement à la diminution des frais. M. Mame, éditeur d'ouvrages de piété à Tours, livre journellement, dit-on, environ vingt mille volumes, à un prix dépassant de quelques centimes à peine le prix du papier. Dans les filatures,il est commun aujourd hui de voir les fabriques de quarante et cinquante mille broches; le point de départ c'est pourtant la fileuse à la main qui produit moins qu'une broche. La fabrique de Sallaire, de Yorkshire, livre chaque année, des tissus mélangés laine et coton, pour cinq cent millions de francs. Le cable transatlantique, qui maintenant git inanimé dans les abîmes de l'Océan, adonné aussi une haute idée de notre puis-

sance productive. Pour avoir le fil nécessaire à la formatioa de la , spirale protectrice du fil conducteur, on a transformé en quelques mois une masse de fer qui serait représentée par un cube de vingt pieds de côté^pesant 2,500,000 kilogrammes. Cette masse de fer, après avoir passé par la dernière filière, a produit un fil de 126,000 lieues de longueur, suffisant pour aller de la terre à la lune et faire une couple de cordon de ceinture à chacun de ces globes.

Voici un autre exemple montrant à quelle souplesse notre industrie arrive au besoin. Une fabrique de boutons, près de la Bastille, a fait dans ce demi siècle, suivant les exigeances de la mode, environ 600,000 espèces de boutons, ce qui ferait, en calculant les heures de travail, un genre nouveau de boutons produit tous les quarts d'heure. À quel consommateur prodigieux doit on attribuer un pareil tour de force? En général ce sont les dames et les militaires qui se boutonnent le plus, mais au point de vue ethnologique le pays d'Europe qui met le plus de variété et de magnificence en boulons, c'est l'Espagne incomparablement. Dans le monde entier TEgyple emporterait la palme. Pendant que son suzerain émettait de la monnaie en papier, Saïd-Pacha commandait vingt mille uniformes, dont les boutons, même pour les simples soldats, sont d'argent massif et de grande dimension. Nos modestes boutons métalliques à suspendre les bretelles valent un centime les cinq, et on a pour le même prix de 16 à 34 boutons de porcelaine pour la lingerie.

Plusieurs de nos collègues ont visité le palais de Kensington ; l'un d'eux nous a appris, qu'en fait de puissance industrielle ce qui Ta le plus impressionné, après la ville de Londres, c'est la voie de Manchester. C'était, il y a un siècle et demi, une bourgade comme Saint-Cbamond, mais le souffie de la grande industrie a passé sur elle, et c est maintenant une immense manufacture de dnq cent mille habitants, et d'un million d'ouvriers, parce qu'elle a converti à dix lieues à la ronde les villages et les bamaux en villes manufacturières de 30 à 100 mille habitants. Chaque jour (sauf le chômage, hélas!) de 240,000 métiers qui battent dans le Lancashire, sortent tant de millions de métrés de cotonnades qu'il y en aurait suffisamment pour faire une tente qui abriterait tout Sain t-Elien ne avec sa banlieue.

Pour conclusion, nous avons demandé au mémoire analysé la réponse à la question suivante : Quelle est la branche de Tindus-

trie qui, dans cet épanouissement presque magique du progrès, a fait le progrès le plus grand? Ce n'est pas Tagriculture ni Vart de vivre en paix. C'est, qui s'en serait doulé? l'industrie de l'extraction de Tor. Les premiers mineurs de Galfrornie lavaient les alluvions aurifères suivant la méthode qui est décrite sur les murailles des temples égyptiens, mais les gisements s'étanl appauvris, le génie de^ mineurs a été vivement aiguillonné. Us retirent maintenant, avec d'énormes profits, le kilogramme d'or noyé dans quatre millions de kilogrammes d'argile. Pour laver un mètre cube d'alluvioïis on dépensait à l'origine 75 francs ; ces frais sont descendus à moins de trois centimes, ce qui constitue un progrès de 1 à 2,500.

Signe du temps? Point du tout. M. Michel Chevallier est convaincu que l'homme a été captivé de temps immémorial par les qualités de l'or. On en voyait à l'exposition une preuve étonnante. Les vitrines de l'Egypte offraient aux regards du public les bijoux en or, d'un bon dessin et d'une exécution très soignée, provenant du tombeau d'une reine qui a vécu cinq cents ans avant l'époque du fameux Veau d'or, pour lequel Aaron réclame dans l'Exode les pendants d'oreilles des femmes, des filles et des fils d'Israël.

L'homme est toujours le même, il n'a pas encore changé, mais il changera peut-être dans ce siècle de lumières. 11 se croyait le roi de la terre (encore dans Buffon), pour avoir réduit à l'état de serviteurs dociles, le cheval, le bœuf ou Tàne. Mais nous avons dompté et apprivoisé les affinités chimiques, les forces élastiques des vapeurs et des gaz, les puissances explosives des fulminates, le choc des vento, les courants des rivières et des lacs souterrains. Le magnétisme terrestre nous trace les voies de l'Océan, ou à cheval sur le fil télégraphique, devance l'ouragan en portant nos dépêches. Nous avons mis le Jupiter tonnant en apprentissage chez M. Ruolz, et Phebus s'essaie à nous tirer des portraits à un franc.

0! Prométhée, 6! Empédocle, il n'y a plus sur le chemin qui conduit à l'Arbre de science des Chérubins armés de glaives de feu; les agents de la nature, les mystérieux éléments, nous obéissent. Nous allons t remplir la terre et la soumettre à notre domination. >

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