ENTOZOAIRES OU VERS INTESTINS
Par le IV MikUIUCaB
Les entozoaires ou vers intestins sont des animaux qui naissent et vivent dans Tintérieur du corps des autres animaux, où leur présence constitue une maladie quelquefois légère, mais aussi quelquefois assez grave pour entraîner la mort. Us ne se bornent pas en effet à habiter le canal intestinal ; on les rencontre dans les membranes séreuses qui ne communiquent ni avec le canal intestinal, ni avec Textérieur ; on les rencontre même dans l'épaisseur de tous les tissus, et il n'est pas d'organe, quelque profond et cacbé qu'il soit, qu'on puisse dire à Tabri de leurs atteintes. Ainsi on en a trouvé dans le péritoine, la plèvre, les muscles, dans les poumons, dans le foie, dans les reins, dans Tœil, dans le cœur, dans le cerveau, etc. Leur présence dans tant de lieux différents est restée jusqu'à ces dernières années un problème tout à fait insoluble. Aussi les partisans des générations spontanées n'ont-ils pas manqué de s'en faire un argument contre leurs adversaires. Mais les travaux des helminthologistes modernes, entre lesquels il faut citer surtout MM. Steenstrup, Yan-Beneden, Leucart, deSiebold, Kuchenmeisler, Haubner, E8chricht,Virchow, Davaiue, Baillet, etc., sont enfin venus jeter sur ces obscures questions des lumières si longtemps vainement attendues et nous faire espérer qu'avant peu d'années la science pénétrera ces mystères.
Quant à ceux des vers intestinaux auxquels on reconnaît des sexes distincts et qui produisent des œufs, quelque difficile que soit à expliquer leur transmission d'un individu malade à un* individu sain; cependant, la multitude inconcevable de ces œufs
leur ténuité extrême et microscopique .fiaisaient que jusqu'à un certain point on pouvait admettre sans trop d'invraisemblance que quelques-uns, échappant aux nombreuses causes de destruction qui les accueillent à leur sertie du canal intestinal, pouvaient arriver accidentellement à se mêler aux aliments et boissons ingérés par des animaux et parvenir ainsi dans un nouveau lieu favorable à leur développement, puis à leur multiplication ultérieure. Si cette explication pouvait être admise, et il faut dire dés maintenant que des expériences tentées depuis sur ces œufs par M. Davaine (1), en démontrant leur grande puissance de résistance vitale à Faction destructive des causes extérieures, sont venues donner à cette opinion une certitude à peu près complète; si cette explication, disons-nous, pouvait être admise pour les entozoaires intestinaux, il n'en était plus de même pour les entozoaires qui vont se loger dans la trame même des tissus et dans le parenchyme des organes. Ces animaux, la plupart de forme vésiculaires, n'ont point de sexes distincts et semblent manquer do moyens de reproduction. Comment expliquer, dès lors, leur migration et leur apparition dans les organes d'animaux sains auparavant? C'est sur ce point siurtout que les découvertes des helmintholigistes modernes sont venues jeter un jour tout nouveau.
En étudiant l'organisation de ces vers vésiculaires on avait, depuis longtemps déjà, constaté qu'ils sont formés par une membrane plus ou moins sphérique ou ovoïde, à la surface extérieure ou intérieure de laquelle se remarque un plus ou moins grand nombre d'appendices terminés par des espèces de tètes dites scolex, munies de suçoirs ou ventouses et d'une couronne de crochets, ayant une très grande analogie avec les têtes qui terminent en avant les vers plats de la famille des Ténias ou vers solitaires.
Cette grande ressemblance des scolex des vers cystiques avec les ténias suggéra l'idée que ces scolex pourraient bien être l'origine des ténias. Des expériences, instituées dans le but de vérifier cette
(1) M. Davaine a démontré que les œufs de Vascande lombricolde, espèce si commune chez l'homme, peuvent rester dans Teau d'une mare, d*un ruisseau, d'un puUs, etc., pendant six, sept mois et plut, sans subir aucune altération. L*embryon s'y développe et n'est mis en liberté que lorsque Tovule arrive dans le tube digestif de l'homme.
hypothèse, eurent un plein succès etonyit apparaître des ténias chez des chiens et des lapins à qui on avait fait avaler des scoiex de vers vésiculaires. Ce point démontré, la logique conduisait à cette nouvelle hypothèse que les œufs du ténia, ingurgités par un autre animal, devaient à leur tour donner naissance à des vers vésiculaires. C'est ce que de nouvelles expériences sont encore venus démontrer. Après beaucoup d'expériences et de recherches les lielmintologiste&, cités ci-dessus, sont enfin parvenus à établir comme résultat de l'observation des faits les pdnts de doctrine suivants :
Les œufs d'un ténia, avalés par un animal, donnent naissance en éclosant dans son tube intestinal, à des embryons. Ces embryons, organisés pour perforer les tissus, sortent du canal digestif en en perçant les parois; puis, soit qu'ils soient diarriés par le courant sanguin des vaisseaux dans lesquels ils auraient pénétré ; soit qu'ils arrivent directement en cheminant eux-mêmes à travers les tissus, ils finissent par aller se loger dans divers organes plus ou moins éloignés de leur point de départ. Là, ils donnent naissance à des hydatides ou vers vésiculaires. Ces Aydatide$^ à leiu: face extérieure ou intérieure, produisent par gemmation ou bourgeonnement des $colex ou têtes de ténias.if ais pour qne ces scolex ou télés de ténias puissent devenir de vrais ténias, il faut qu'ils subissent une migration nouvelle, car ce n'est que dans le canal intestinal d'un animal qu'ils peuvent acquérir leur développement ultérieur. 11 faut donc par conséquent pour cela qu'un autre "animal dévore la partie qui contient les scolex.
Arrivé dans un nouvel habitat favorable à son développement, le scolex s'allonge peu à peu en produisant par bourgeonnement la 'série d'anneaux qui constitue le vers rubané qu'on appelle ténia, vulgairement vers solitaire. Le ténia n'est pas un animal unique, c'est au contraire un animal multiple composé d'autant d'individus qu'il contient d'anneaux ou articles; chaque article ou anneau a sa vie propre et indépendante et constitue un animal distinct qui a ses organes mâle et femelle et qui produit des œufs. Le scolex ou la tête ne sert qu'à produire les anneaux et à les nourrir jusqu'à ce qu'il aient atteint leur développement complet. Alors ceux-ci s'en détachent et continuent souvent à vivre, c'est ce qu'on appelle des progloitis. Le proglottis est l'animal parfait ; \^ scolex n'est que la mère nourrice des anneaux qui deviennent peu à peu proglottis. C'est le proglottis qui contieutles oeufiB qui
ils
dooneroDi mûsance à d'autres hydatidei . L'animal qui est porteur d'un ténia rend de tonps en temps des progloUis mêlé» arec ses eicréments et il va semant ainsi de çà^ de U les germes des maladies hydatiqnes.
Pour arriva de l'état d'embryon à Tétat parfait, le ténia passe donc par une série de phases successÎTes qui ne sont pas comme dans d'autres classes d'animaux^ des métamorphoses du même individu, mais bien une série de générations véritables par bour geonnement, qui finissent par ramener la génération sexuelle. U première phase est l'état d'embryon, la deuxième celui d'hydatidâf la troisième celui de teoUx^ le quatrième celui de progloUis ou anneau mûr de ténia .
De Vendfryon nail Vkydatide OMproscoUx^ par métamorphose ou par bourgeonnement, on l'ignore enone; de Vkydatide (m proscolex naissent les iro^ ou têtes de ténia par bourgeonnement; des icoUx naissent, encore par bourgeonnement, les anneaux qui deviennent pro^fo/Zis; enfin du pragloltis, anioud parfait, naissent les cmfs qui contiennent les embryons^ par génération sexuelle.
Cette succession de générations dissemblables sexuelles ou asexuelles^ après lesquelles reparait le type primitif, est ce que Steenstrup, l'auteur de cette théorie, a appelé la génération allemanle ou digénèse; magnifique théorie qui a réalisé un progrès immense dans l'histoire des vers intestinaux, en ce qu'elle a permis de comprendre une foule de faits d'observation tout à fait incompréhensibles et inexpliquables auparavant.
L'histoire des vers intestinaux s'est encore enrichie, depuis peu de temps, de recherches excessivement intéressantes sur le trichina spiralis^ petit vercylindrique, de grosseur microscopique qui se rencontre également chez l'homme et ch^ les animaux, auxquels il cause quelquefois une maladie mortelle. Ces recherches dues aux professeurs Zencher, Virchow, Leucart, sont venues démontrer que les trichines se transmettent à un animal lorsque celui-ci mange de la viande d'un autre animal qui en est infecté, que, parvenus ainsi dans l'estomac, ils sont mis en liberté par le travail digestif, qu'ils passent ensuite dans les intestins où ils achèvent de se développe!. Là ils se multiplient par l'accouplement des mâles et des femelles et ils donnent naissance à une multitude innombrables de petits filaires qui traversent les parois du canal intestinal et vont se logœ dans les faisceaux musculaires. Leur
présence dans ces organes détermine une sorte d'atrophie progressive, accompagnée de symptômes rhiimatoïdes et typhoîdiques qui se terminent soit par la mort dans un délai de quelques semaines, soit par la guérison au bout d'un temps plus ou moins long. Dans ce dernier cas on trouve plus tard les vers plus ou moins altérés et renfermés dans des kistes ou petites coques celluleuses ou fibreuses. Cest dans cet état qu'on avait d* abord trouvé cet entosoaire et pendant assez longtemps on ne lui en a pas connu d'autre; aussi sa présence dans les tissus était-elle encore naguère un problème d'apparence insoluble.
Les découvertes, que je viens de vous exposer très brièvement, présentent incontestablement un haut intérêt soit au point de vue de l'histoire naturelle pour laquelle elles réalisent ïjn très notable progrès, soit au point de vue de la philosophie, en ce que révélant quelques-uns des merveilleux moyens que la nature emploie pour la multiplication des êtres, elles enlèvent définitivement aux partisans des générations spontanées un de leurs plus puissants arguments; mais ces découvertes sont surtout intéressantes pour la médecine et l'hygiène de l'homme et des animaux ; en effet, les maladies qui dérivent des entozoaires, soit chez l'homme, suit chez les animaux, sont, comme nous l'avons déjà dit, nombreuses et quelquefois très graves. 11 importe donc de s'en préserver. Or, à ce point de vue, toute découverte qui nous fait connaître le secret de leur multiplication nous donne une arme défensive dont il ne dépend plus que de nous de faire usage Voici, à ce qu'il me semble, celles que fournissent les découvertes exposées cidessus.
Les entozoaires dérivant toujours d'autres entozoaires dont les germes, quoique souvent microscopiques, sont cependant trop lourds pour rester en suspension dans l'air, ils doivent être apportés du dehors et s'introduire dans les animaux avec les aliments ou les boissons.
C'est donc sur la qualité des aliments et des boissons que doit se porter le contrôle préventif.
L'observation et les expériences des naturalistes déjà cités ont démontré que parmi les aliments la viande des animaux est presque toujours le véhicule de ces germes. L'on doit donc adopter pour règle générale d'hygiène de proscrire de l'alimentation de l'homme toute viande ayant appartenu à un animal malade, lors même qu'elle ne présenterait aucune altération morbide évidente et à plus forteraison si elle en présente.
Et comme ce contrôle peut être insuffisant pour écarter tons les dangers, on doit également adopter cette autre régie générale de conduite : que toute viande fraîche doit avant de servir à l'alimentation, être soumise à la cuisson, c'est-à-dire aune température assez élevée pour détruire les germes d'entosoaires qui peuvent s'y trouver. C'est faute d'obberver cette régie presque généralement adoptée par tous les peuples civilisés, que les Abyssins, habitués à manger souvent de la viande crue, sont presque tous atteints du ténia. La préparation des viandes qui consiste à les saler ou fumer est peut être sufflsante dans Finmiense nuyonté des cas pour détruire également les germes, mais il n est pas mal d'y ajouter la cuisson.
Celte régie de la cuisson préalable des viandes aliments devrait à mon avis être adoptée même pour la nourriture des animaux domestiques, qu'ils servent ou non à l'alimentation de l'homme; car lorsqu'ils sont infectés eux-mêmes ils présentent plus de chance d'infection pour ceux qui les entourent. C'est ainsi que les chiens et les chats qui mangent de la viande crue sont très fréquemment atteints de ténia, et alors ils deviennent une source inépuisable d'infection pour les herbivores qui les entourent En effet, ils s'en vont semant incessamment de çà et de là sur le sol et sur l'herbe des prairies des proglottis dont chacun recèle des milliers de germes. L'ingestion de ces proglottis détermine chex les herbivores des maladies quelquefois très rapidement mortelles comme l'a observé M. Baillet, de Toulouse, Le tournis des moutons, des chèvres et des sujets de la race bovine ne reconnaît pas d'autre cause. Cette maladie, en effet, est causée par le développement dans le cerveau de l'animal d'un hydatide appelé cœnure cérébral qui doit sa naissance, d'après les expériences de M. Baillet, à l'ingestion des proglotiis du ténia ecmurvs^ habituellement rencontré chez le chien.
11 est excessivement probable aujourd'hui que la ladrerie du porc, maladie caractérisée par la présence dans les chairs de l'animal d'une multitude de petites granulations Uancbes qui ne sont autres que des hydatides ou vers vésiculaires,'appelés cysiicerqws ladriques, doit son origine au ténia de l'homme ou vers solitaire dont les |)ro^to//is mêlés aux excréments de l'homme et dévorés avec avidité, conune chacun sait, par l'animal glouton, vont donner naissance dans son tube digestif à une multitude d'embryons ou proscolex qui en perforent les parois pour aller se
répandre par tout le corps. Par contre, il est également probable que c'est à l'usage de la chair des porcs plus ou moins ladres que nous sommes redevables de la maladie du vers solitaire.
Un des premiers soins de Tagriculteur, éleveur d'animaux domestiques, devra donc élre de s'assurer minutieusement de Texisteuce eu de la non existence de ténias chez les personnes comme chez les animaux qui renlourent, surtout les chiens de garde et les chats, pour cela il suffit d'inspecter de temps en temps les excréments rendus par chacun d'eux. S'ils sont atteints du ténia, une fois ou l'autre, on trouvera, mêlés aux matières, des pro' glottis ou débris du vers, reconnaissables à leur couleur blanche et à leur forme de ruban plat étroit, ou de graine de citrouille tronquée. Dans ce cas on s'empressera de faire subir aux sujets atteints un traitement approprié soit avec la décoction d'écorce fraîche de racine de grenadiers, suit avec celle de la fleur de Kousso ou bien encore une des préparations de la racine de fougère mâle. Une précaution encore bonne à prendre spécialement pour les porcs, sera de les empéclier de se repaître des excréments humains qui, au milieu de matières probablement peu nourrissantes, peuvent receler parfois le germe de la ladrerie.
Quant aux boissoiis, I.s expériences de M. Davaine, mentionnées plus haut, nç laissent aucun doute que l'eau ne puisse être et ne soit effectivement le véhicule habituel des germes de la plupart des vers intestinaux, notamment des ascarides si communs chez l'homme. Les eaux pluviales qui lavent la surface du sol, autour des habitations, ne peuvent faire autrement que d'entrainer les œufs microscopiques de ces entozoaires, recelés en quantité innombrable dans les déjections intestinales des individus qui en sont atteints. Le filtrage naturel du sol auquel on confie le plus souvent le soin de purifier les eaux qui servent à l'usage de Thomme n'est pas toujours assez parfait pour les débarasser de tous ces germes en suspension; il suffit de quelques-uns, échappant de temps en temps à l'action du filtre, pour déterminer la maladie vermineu3e. Aussi voit-on celte maladie sévir surtout sur les populations qui boivent des eaux provenant de sources super- Gcielles.
Deux moyens se présentent pour purifier les eaux que leur origine superficielle peut rendre suspectes, d'abord l'ébulition qui agitcoDune la coction sur les aliments en désorganisant les germes, et ensuite l'usage d'un bon filtrage artificiel qui élimine de HlmoiiRBS. — 1862. 9
Teau les êtres nuisibles. Il me parait peu douteux que ai Ton usait constamment de Tuu de ces deux procédés pour purifier l'eau destinée à être ingérée par Tbomme ou les animaux, on ne leur évitât ainsi aux uns et aux autres une foule de maladies toujours fâcheuses et incommodes lorsqu'elles ne sont pas dangereuses.
L'hygiène des animaux domestiques me parait surtout sous ce rapport laisser grandement à désirer dans nos campagnes. En effet, dans beaucoup de localités rurales on est loin de prendre pour eux les mêmes précautions que pour l'homme, précautions elles-mêmes souvent insuffisantes, comme nous Tavons dit. Pour beaucoup de paysans l'eau est suffisamment bonne pour le bétail du moment que celui-ci, pressé par la soif, consent à la boire, et par suite ils se contentent de choisir pour abreuvoir la mare la plus proche, c'est-à-dire le trou fongeux où se ramassent les eaux pluviales qui ont lavé les rues du village ou le pourtour des habitations voisines et se sont chargées ainsi de toute espèce d'immondices. Faut- il s'élonner après cela que les pauvres bétes tombent souvent malades de maladies vermineuses ou autres^ Ne devrait-on pas au contraire s'étonner qu'elles puissent résister encore aussi longtemps à l'usage habituel de boissons aussi impures et malsaines?
Pour les animaux ainsi que pour les hommes il faut, pour se bien porter, des aliments sains et des boissons saines. C'est là un précepte d'hygiène révélé par le simple bon sens et que nul ne doit ignorer ou dédaigner. Qui le trangresse pour soi ou pour son bétail subit tôt ou tard le châtiment de son incurie.