EN CONVENTION
17 septembre 1787.
Monsieur,
Nous avons maintenant Thonneur de soumettre aux délibérations des Etats -Unis, assemblés en congrès, cette constitution qui nous a paru la plus convenable à notre situation.
Les amis de notre patrie ont depuis long-temps désiré que le pouvoir de faire la guerre , la paix et les traités ; celui de lever de l'argent et de régler le commerce et l'exercice de l'autorité executive et judiciaire, fussent confiés entièrement et pleinement à un gouvernement général de l'union ; mais le danger de déléguer un pouvoir si étendu à une seule corporation d'hommes est évident; de là résulte la nécessité d'une organisation différente. ,
Il est évidemment impraticable dans le gouvernement fédéral de ces états, d'assurer tous les droits de souveraineté indépendante à chacun d'eux, et de pourvoir néanmoins à l'intérêt et à la sûreté de tous. Des individus se réunissant en société doivent céder une part de
liberté pour préserver le reste. La grandeur du sacrifice doit dépendre tant de la situation et de la circonstance, que du but qu'on veut atteindre. De tout temps il a été difficile de tracer avec précision la ligne entre les droits qui doivent être cédés et ceux qu'on peut conserver; et dans la circonstance présente, cette difficulté était augmentée par une différence parmi les divers états, quant à leur situation, leur étendue, leurs coutumes et leurs intérêts particuliers.
Dans toutes nos délibérations sur ce sujet, nous avons toujours envisagé ce qui nous paraissait le premier jintérêt de tout véritable Américain, la consolidation de notre union , à laquelle sont attachées notre prospérité, notre félicité, notre sûreté et même notre existence nationale. Cette haute considération , sérieusement et profondément empreinte dans nos esprits, a fait que chaque état présent à la convention a été moins rigide sur les points d'une importance secondaire, qu'on n'aurait pu le craindre d'ailleurs ; et ainsi la constitution que nous présentons maintenant est le résultat d'un esprit d'amitié et de cette déférence et concession mutuelles que notre situation politique rend indispensables.
On ne peut guère espérer que cette constitution recevra l'entière et pleine approbation de chaque état ; mais chacun d'eux considérera sans doute que , si ses intérêts^ seuls avaient été consultés, les conséquences auraient pu être particulièrement désagréables ou offensives pour d'autres; nous espérons et croyons qu'elle prête le moins possible aux exceptions; c'est notre vœu le plus ardent qu'elle contribue à la prospérité d'une patrie si chère à nous tous , et qu'elle assure sa liberté et son bonheur. Avec un grand respect, nous avons l'honneur d'êtr«,
monsieur, de votre excellence les serviteurs les plus obéissants et les plus humbles ,
George "Washington, Président.
Par l'ordonnance unanime de la convention. A son excellence le Président du congrès.