INTRODUCTION
La question proposée est une des plus élevées et des plus difficiles de la philosophie chimique; pour être bien traitée, elle exigerait une connaissance approfondie, non-seulement des phénomènes chimiques et de leurs lois, mais encore des phénomènes électriques, des lois qui les régissent, des liens qui les rattachent, d^une part à la chaleur et à la lumière, de Tautre aux actions chimiques; et pourtant Tétude de ceux-ci est encore loin d'avoir conduit à des
résultats sufiisants.. Aussi notre rôle se borne-t-il à discuter les théories émises jusqu'aujourd'hui. Avant d'entrer en matière, nous allons exposer brièvement comment nous comprenons la question, et quelle marche nous avons suivie.
Quand deux corps sont mis en contact, dans des circonstances favorables, ils réagissent Tun sur lautre, et leurs molécules s'unissent pour former un composé qui difiGère de ses éléments et dont les parties constituantes restent unies avec une énergie plus ou moins grande ; en même temps, il se développe de la chaleur, de Télectricité, parfois de la lumière. Mais un examen plus profond nous montre d'autres phénomènes à expliquer : outre la loi des proportions définies et multiples, qui appartient à une autre théorie, nous voyons que les corps ne se combinent pas au hasard, qu'au contraire, toute combinaison est formée de deux composants et que ceux-ci sont du même ordre. Si, par exemple, un corps simple est mis en présence de plusieurs autres, il ne se formera pas un composé de tous, mais plusieurs composés binaires, qui pourront quelquefois s'unir entre eux pour former d'autres composés, toujours binaires, mais d'un rang plus élevé; — nous remarquons aussi que plus un corps renferme de composants, en d'autres termes plus l'ordre auquel il appartient est élevé, plus sa tendance à la combinaison diminue, plus il devient neutre; — qu'un atome d'un corps ne se combine qu'à un nombre restreint d'atomes d'un autre corps; — que les combinaisons, en général facilitées par la chaleur, sont quelquefois détruites par elle ; — que celle-ci n'agit pas toujours simplement en diminuant la cohésion, témoin les combinaisons de gaz par la chaleur; — que tous les corps composés, amenés à letat liquide par la fusion oui la dissolution, sont décomposés par le courant voltaïque, à deux ou trois exceptions près, etc. Toute théorie qui veut expliquer raction
c/jim/quc doit également nous rendre raison de tous ces faits. Longtemps ils ont été attribués à une force particulière : Vaffinité.
Plus tard, Tanalogie enti*e la neutralisation des fluides électriques, et celle des acides et des bases, Tinfluence du courant électrique sur les combinaisons, d'autres motifs qu'il serait hors de propos d'énumérer ici, ont conduit des savants illustres à regarder l'affinité comme produite par rélectricîté : ils ont pi'ésenté plusieurs tliéories pour en donner une explication satisfaisante.
Mais Tintensité, la nature môme de laction chimique sont modifiées par plusieurs circonstances, telles que les impondérables, la cohésion, les proportions, etc.; sous leur influence, il se passe desréactiona particulières, et c'est en ce sens qu on peut les cou- «dérer comme causes d actions chimiques.
L^essence des réactions que nous venons d'examiner consiste donc dans une action réciproque de deux corps qui se combinent Ton à l'autre. Mais depuis un certain nombre d'années, on a découtert des faits nombreux dans lesquels deux corps réagissent l'un sur l'autre sans se combiner : ces réactions nouvelles ont été attribuées, en général, à une force diffiérente, nommée force ccttalytiqtu*.
D'après cela, notre mémoire est divisé en quatre chapitres. Dans le premier, nous examinons les opinions émises jusqu'à ce jour sur la cause des réactions ordinaires, sauf les théories qui attribuent Taffinitéà l'électricité; celles<*i font l'objet du deuxième chapitre: dans le troisième, nous étudions l'influence des circonstances sur les actions chimiques; enfin, dans le quatrième, après avoir rapporté les faits attribués à la force catalytique, nous étudions les eicplications que l'on a données de ce nouvel agent.
Nous sommes les premiers à sentir toute la faiblesse de ce travail, et rinsuffisance de la discussion que nous avons faite de la nature de Taffinité. Mais pour une question si ardue, si vaste, qui se rattache à tant de points non encore complètement élucidés, le temps dont nous pouvions disposer était court, et nos forces sans rapport avec les difficultés du sujet. Si nous Tavions choisi, on pourrait nous appliquer les paroles du poëte :
Sumite maleriam vestris^ qui scribitis, œquam Viribus^ et versate dià quid ferre recutenl, Quid valeanl humeri.
Aussi ne présentons-nous ce travail que comme un faible essai pour lequel nous réclamons toute Tindulgence de nos juges. Audere non dedeccL
SKS