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CHAPITRE I

De raSolté «•■me féree pftrtieollère.

Dès 1 origine de la chimie, on a attribué h une cause particulière, laffinité, la tendance que deux corps possèdent à s unir pour former un produit différent des composants , lacté chimique par lequel ils réagissent Tun sur lautre pour se combiner.

Dans le sens chimique , le mot affinité possède maintenant une signification toute différente de son acception vulgaire : dans le langage ordinaire, il signifie parenté par alliance, et, par extension, conformité, rapports entre diverses choses. Quand nous verrons ce mot pénétrer dans la science , il se rapprochera de cette dernière signification.

Les anciens n avaient que des idées confuses sur les forces. Ils expliquaient la combinaison par une ressemblance, diaprés le principe d'Hippocrate (i) : */««<w \pxtroit npo^ t© bfioiwy simile venitadsimUe^ principe que Ton retrouve souvent dans la philosophie grecque, qui servit de fondement à la théorie des Homéoméries d'Anaxagore, et qui s'est conservé parmi les anciens chimistes. On trouve encore dans Bêcher que les corps saisissent plus volontiers leurs semblables ; ce qui s accordait avec les idées alchimiques sur le nombre et la nature des éléments, ainsi que sur leur existence dans les mixtes.

L'introduction du mot affinité dans la langue scientifique parait due à Albert le Grand, vers le milieu du xiii*' siècle. Il dit, en parlant du soufre : Propter affiniiatem naturœ metalla adurit (a) . Après

(Ij De Morbis, lib ÎV.

(i) De Rebuê metuUiciê et mineralibus, lib. V.

lui, il faut arriver jusquen 1698 pour retrouver ce mot dan Pyrosophia de Barchusen. Ici, il se rapproche évidemment d signification vulgaire, pour signifier une ressemblance entre corps mélangés, en vertu de laquelle ils se comportent de la m manière : « Arcta7n enim atque reciprocam inter se habent affin tem (i) » En outre, on peut voir qu'il attribue à la ressemblance phénomènes d'affinité : « Sic et motus vtolentus fit à conjuncté acidi atque alkali, ah amicis arctissime sihi cognatis (2) . »

Vers la même époque, Tinfluence des systèmes de Descartes ^ manifesta dans la chimie. D'après ses idées sur les atomes et 1 matière subtile, on s'imagina que les dissolvants étaient formés d particules pointues, pyramidales et autres, s'introduisant dans le^^ pores du corps à dissoudre, en séparant les molécules et les tenant ^ en suspension. La grandeur des pores n'était pas négligée pour expliquer l'action ou l'inaction dans les cas particuliers. Cette doc^ trine s'est maintenue longtemps ; elle fut soutenue par Lémery (3) et a continué après lui. J. Juncker (4] expliquait ^affinité par les hypothèses cartésiennes, avec cette différence, qu il attribuait à la pression atmosphérique les mouvements des atomes, sans s'apercevoir que les réactions chimiques s'accomplissent également dans le vide.

Stahl , au contraire , attribue les combinaisons au simple contact des particules : a Combinationes quascunque non aliter fieri quam per arctam appositionem (5) ...» « Non per modurn cunei, nequeper modum incursûs in unam particulam separandam, sed potiùs per modum apprehensionis, seu arctœ applicationis (c). » On peut recueillir de ses expériences un grand nombre de faits qui tendent déjà à établir qu'une union ne peut être rompue que par une union plus intime. Geoffroy aîné les rassembla et les compléta.

"(1) P^ros ,lib. I, cap. m.

(2) Jbid.^ cap. i¥.

(3) Ctfur»(f«C/itwit>, 4675.

(4) Cunnpec.Chêmiœ iheor. pract.f î toI.; 1730-1738.

(5) Spécimen Beth.y sect. i, n° ti.

(6) /W(/.,ii'>40.

DES CAUSES QUI D£TER!dlNBNT L ACTION CHIMIQUE. 379

Sa Tabk des différents rapports observés en chimie entre différentes

substances (i) nest, en définitive, que Icxpression de faits connus

et généralement bien observés. Il y classe en séries linéaires les

métaux, les acides, les bases, dans l'ordre suivant lequel ils se

déplacent des combinaisons, d après ce principe : « Toutes les fois

que deux substances, ayant quelque tendance à se combiner l'une

avec l'autre, se trouvent unies ensemble, et qu'il en survient une

troisième qui ait plus d'affinité avec Tune des deux, elle s y unit en

faisant lâcher prise à l'autre (s) . »

Cette Table d'affinité exprimait donc des faits certains ; malheureusement Geoffi'oy croyait que ces faits étaient absolus, et ne tenait pas compte des réactions qui les modifient : ainsi, il confondait les îéaclions par la voie sèche et par la voie humide. Cette Table eut beaucoup de vogue , quoiqu'elle ail été assez mal accueillie par l'Académie qui craignait d'y voir des attractions déguisées , tant on redoutait alors de retrouver les qualités occultes et les sympathies des anciens. Peu de temps après la mort de Geofiroy, Senac adopta ses idées dans le Nouveau Cours de chimie, suivant les principes de Tf^otonetde Stahl (1787), pour autant que cet ouvrage soit de lui. A la même époque, on avait déjà publié beaucoup de tables d'affinité avec' plus ou moins de colonnes ; on en compte dix ou douze jusqu'à celle de Bergmann (s) ; nous croyons inutile d'en donner les titres. Leurs auteurs s'occupaient peu d'expliquer les phénomènes de chaleur et de lumière qui accompagnent la combinaison ; les phénomènes électriques leur étaient inconnus. En môme temps, ils étaient forcément conduits à admettre une foule d'espèces d'affinités II y avait des affinités simples, des doubles, des composées, des réciproques; des affinités par intermède, des affinités de prédisposition, de précipitation, de décomposition, de dissolution, etc. On en trouve encore trois ou quatre dans l Encyclopédie (Guyton-Morveau). La raison de cette confusion était simple : jusqu'à Berthollet, on régardait les effets de l'affinité comme constants; en négligeant les effets

(1) MéM,del'Acad.,\l\S.

(3) 3' volume des OEuvres, 1783.

des circonstances où Ion opérait, une force unique n'expliquait pa tous les faits ; si Ton partait des faits, on devait multiplier sans règl ni mesure les forces ou modifications de force.

Lillustre Boerhaave (i] a discuté savamment laction des dîssol vants ; c est lui qui a le plus contribué à faire adopter le mot d'affinik Ses ouvrages, écrits en latin, furent traduits dans toutes le langues, et le mot affinitas, rendu, dans chacune, par le mot propr correspondant.

Pour lui, laffinité n'est plus une ressemblance; c'est, au con traire, une aptitude à s'unir a magis ex amore, qtiam ex odio, d qi nécessite une dissemblance de nature. Il fait remarquer que le actions chimiques sont d'un ordre tout particulier, et ne peuven être dues à de simples causes mécaniques. « Particulœ solventes t sdutœ se affinitate suœ naturœ cdligunt in corpora homogenea, d c un peu plus loin : (( Non igiiur hic ettam actiones mecliantcœ, fio> prapulsiones violentée, non inimicitiœ cogttandœ, sed amicitia, si amo dicendus copulœ cupido. d Puis, quittant ce langage poétique, il fai rentrer cette affection dans les propriétés de la matière, en lappe lant vis, virtus aiiractrix.

Non-seulement il insista sur le produit de l'action chimique, mai encore sur les circonstances qui accompagnent la combinaison ; I chaleur, le bruit, le mouvement, l'effervescence, cest là Téck des noces.

A Newton commence, pour ainsi dire, I étude scientifique de forces. Il est le premier qui ait dit positivement que la dissolutio et l'affinité procédaient de l'attraction ; il dit des acides : « Vi magn attractivâ pollent et in hdc viconsistit eorum activitas... Acidumdic\ mus quod multùm aiiràhit et attrqhitur (3). d Mais il parait avol admis une différence dans la loi du décroissement par la distance des newtoniens ont pensé que cette force attractive décroît en raîso du cube de la distance. Il était môme quelquefois tenté d'admetti d'autres forces attractives et répulsives : « La marche de la natur

(<) Elem. CAom., part. Il, ^0 Menatruù; 1731. (2) OpHêc, XX.

DES CAUSES QLI DETERMLNENT l' ACTION CHIMIQUE. 381

est donc très-simple et toujours conforme à elle-même, puisqu'elle produit tous les grands mouvements des corps célestes par la gravitation ou lattraction réciproque de ces corps ; et presque tous les petits mouvements des particules des corps par d autres forces attractives et répulsives entre ces particules (i). »

Bientôt Buffon [%) essaya d expliquer Taflinité par lattraction moléculaire en raison inverse du carré des distances, en y faisant entrer la considération de la forme des molécules, qui, indifférente à. grande distance, ne peut manquer d influer à des distances moindres; ne sait-on pas que la précession des équinoxes est due au renflement de la terre à 1 equalcur ? Voici comment il s exprime : « Lia figure, qui, dans les corps célestes, ne fait rien, ou presque rien , âi la loi de laction des corps les uns sur les autres , parce que la distance est très-grande, fait, au contraire, presque tout, lorsque la distance est très-petite ou nulle. Si la lune et la terre, au lieu d'une figure sphérique, avaient toutes deux celle dun cylindre court et d un diamètre égal à celui de leurs sphères, la loi dé leur action réciproque ne serait pas sensiblement changée par cette différence de figure, parce que la distance de toutes les parties de la lune ^ celles de la terre n aurait que très-peu varié. Mais si ces mêmes globes devenaient des cylindres très-étendus et voisins l'un de 'autro/la loi de l'action réciproque de ces deux corps paraîtrait fort ^«lerente, parce que les distances de chacune de leurs parties entre elles et relativement aux parties de l'autre aurait prodigieu- ^meràt changé : ainsi, dès que la figure entre comme élément dans '^ ^i^t^nce, la loi parait varier, quoiqu au fond elle soit toujours la

^ XDaprès ce principe, l'esprit humain peut encore faire un pas

^' pé viétrer plus avant dans le sein de la nature : nous ignorons

9^ell^ est la figure des parties constituantes des corps. .. nos neveux

ï^y****^nt, à l'aide du calcul , s'ouvrir ce nouveau champ de con-

naiss^^nces, et savoir à peu près de quelle figure sont les éléments

^* ^ <^pt., «"ÎOI; Ht. llî, à la fin, et IV, quest. D. ' ^^iit. nalur.^ 1765, XIII. Sjc. tua do la tmturo.

(les corps; ils partiront du principe que nous venons d établir, ils le prendront pour base : Toute matière s attire en raison inverse du carré de la distance, et celte loi générale ne parait varier dans les attractions particulières, que par lefTet de la figure des parties constituantes de chaque substance, parce que la figure entre comme élément dans la distance. Lorsqu'ils auront donc acquis, par des expériences réitérées , la connaissance de la loi d attraction d'une substance particulière, ils pourront trouver par le calcul la figure de ses parties constituantes. »

L influence de la figure fait donc varier les effets de lattraction au point de les soustraire à nos calculs : c est aussi lopinion que Bergmann a adoptée [\)\ et le nom A' attraction élective ou prochaine qu'il a donné à cette force, indique assez le principe sur lequel il en a fondé l'explication . ce Ille vero ad unionem nistts qui, inter qiUBvis in telluris superficie vicinaobservatur, et attractio propinqua vocaripotesi, [cùm exiguas tantùm sdlicitet moleculas, idque vix intrà contactum, dùm longinqua immenso spatio ingénies cogit moles) aliis omnino regulis adstricta videtur; videtur, inquam, nàm res forte circumstantes omnem effîciunt dijferentiam; scilicet respectu immanis dislantiœ diametri evanescunt, adeb ut corpora cœlestiaplerùmque instar punctorum gravium considernri possint ; eorum verd quœ propinqua sunt, lange alia est ratio, etenim non solùm totius, sed partium quoque figura et situs attractionum effectus magnoperh variant. Hlnc quantitcUes quœ pro longinquis negligi possunt, legem attractionum propinquarum notahiliter immutant (2) . »

11 appelle attraction de composition, celle en vertu de laquelle deux corps se combinent; attraction élective simple, celle qui détermine les décompositions, telles, par exemple, que celle des carbonates par les acides; et attraction élective double, celle des doubles décompositions. Ces divisions sont loind'ôtre nécessaires.

Il admet que l'ordre des attractions est constant, quoiquil ait bien, vu les modifications que produisent la chaleur, les attractions

(S) De ÀttracL vlect. {Opusc. phys. chim.^ lll.) (2) DiMcrt. XXXÎII, p.

instant. Les aflSnitos, telles qu on les considérait avant lui, étaient souvent des faits complexes où interviennent des propriétés physiques dont il a su démêler les effets.

Il n'entre pas dans notre sujet d analyser ses ouvrages; nous ne dirons rien, par exemple, de la mesure des affinités qu'il croyait trouver dans la masse des corps en combinaison, méthode qui ne lui eût donné que les équivalents. Mais nous examinerons ses opinions sur Imfluence de la cohésion, etc., comme cause d actions chimiques , et l'hypothèse du partage des corps en présence , par laquelle il les explique. C'est surtout en étudiant les réactions qui se passent au sein d'un liquide qu'il a fait connaître ses vues ingénieuses à ce sujet.

Si l'on verse un acide dans la dissolution d un sel, tout demeurant dissous, par exemple de l'acide sulfurique dans une dissolution de nitrate potassique, on ne voit aucun phénomène apparent; on pourrait dire qu'il ne se passe rien. Bergmann, cependant, croyait déjà qu'il pourrait bien en être autrement. Pour BerthoUet, les acides se partagent la base en raison de leur affinité pour elle et de leur quantité (il dirait aujourd'hui de leur nombre d'atomes). Mais si l'on chauffe le mélange, l'acide nitrique, étant le plus volatil, est éliminé, et, à mesure, une nouvelle quantité de nitrate est décomposée jusqu'à ce que la décomposition soit complète.

La môme chose arrive si l'on verse une base dans un sel : Tacide s'unit à une portion de chaque base, et le reste de chacune demeure libre. Mais si l'une d'elles est volatile, comme l'ammoniaque , elle est éliminée peu à peu.

Si le corps rais en liberté est insoluble au lieu d'être volatil , les phénomènes sont les mêmes, et l'acide ou la base sera complètement éliminé, si la quantité du corps nouveau est suffisante pour le remplacer en totalité.

Les mêmes principes s'appliqueront aux doubles décompositions. Si l'on mêle deux sels pouvant en former deux autres solubles, la liqueur les contient tous les quatre, les acides se partagent les bases on raison de leur quantité et de leur affinité. Que Tun de ces sels disparaisse par sa volatilité, ou son insolubilité (qui n'est pour

DKS CAUSES QUI DÉTERMINENT l'aCTION CUIMIQUE. 385

BerthoIIet que sa cohésion], l'équilibre sera détruit : il se reformera de nouveau une nouvelle quantité de ce sel qui disparaîtra par la même cause, et ainsi de suite jusqu'à ce que la séparation soit complète. ]Hais ces phénomènes successifs ont lieu dans des instants si rapprochés que le temps nécessaire à la réaction est indivisible pour nous.

Il est bien entendu que telle réaction se passant dans un dissolvant, pourra changer complètement dans un autre. Ainsi le carbonate potassique dissous dans leau est décomposé par lacide acétique à cause de la volatilité de Tacide carbonique, tandis que l'acétate potassique dissous dans Talcool est décomposé par Tacide carbonique >i cause de l'insolubilité du carbonate potassique dans ce liquide. Les principes établis par BerthoIIet possèdent donc, sur ceux de ses devanciers, l'avantage de ramener à la règle les exceptions que cùtorci négligeaient, parce qu'ils ne savaient s'en rendre compte; flofiis, de plus, il a donné l'explication de faits impossibles à expliquer d après leurs idées; ainsi le sulfate calcique et le carbonate animonique donnent à froid , au moyen de l'eau , du sulfate aDunonique et du carbonate calcique, en vertu de l'insolubilité de oelui-rci; à chaud, les deux derniers sels reproduiront les premiers à cause de la volatilité du carbonate ammonique.

BerthoIIet admet donc qu'il y a partage entre les corps en présence; que ce partage peut avoir lieu en toute proportion, d'après les quantités de ces corps; puis il ajoute que, si l'un des produits, en vertu de ses propriétés, peut s éloigner de la sphère d'activité, le partage cesse, et la séparation est complète. Cette dernière proposition est une loi confirmée par la pratique de tous les jours. Alais cette loi ne se comprend, ne s'explique qu'en admettant un partage des corps dans une dissolution. Ce partage a-t-il réellement lieu? Cette question divise les chimistes , même les disciples de BerthoIIet; ainsi, M. Gay-Lussac l'admet, M. Thénard le repousse. Il faut avouer qu'il parait n'avoir pas toujours lieu : M. Thénard rapporte divers faits à l'appui de cette opinion (i) Si l'on verse dans

(I) Traité de chit»., 6* éd., v. 503.

une dissolution de borax colorée par le tournesol, quelques gouttes d acide sulfurique, la liqueur se colore en rouge vineux, et cette coloration persiste jusqu'à ce que Tacide sulfurique ait saturé toute la soude du borax; dès que Ton ajoute la plus petite goutte d acide sulfurique au delà de ce qui est nécessaire, la liqueur prend la teinte pelure d oignon. Si le partage avait eu lieu, cette coloration se serait montrée plus tôt. C'est sur cette réaction que M. Gay-Lussaca proposé un procédé d'essai du borax ; néanmoins il persiste à croire (i) que le partage a réellement lieu, mais que la part de lacide sulfurique est incomparablement plus grande que celle de lacide borique.

La même chose se passe dans un mélange de sels. On associe en teinture la crème de tartre à l'alun, aux sulfates ferreux et ouivrique pour rendre les bases de ces sels plus faciles à fixer sur les étoffes. Comment expliquer qu'un sel avec excès d'acide rende une base plus libre, à moins d'admettre qu'il y a échange, et que cest sur le tartrate de fer, de cuivre, ou d'alumine que s'exerce 1 action de la matière colorante ?

M. Gay-Lussac a observé lui-même des faits semblables (2). Si Ton dissout des phosphates fcrrique et calcique dans du chloride hydrique, et qu'on ajoute de l'acétate potassique, le premier sel se précipite en entier. Si le chloride n'avait pas décomposé lacétate, la portion de chloride restée libre dissoudrait du phosphate ferrique.

De même, le fer dissous dans l'acide sulfurique n'est pas précipité par le sulfide hydrique ; si Ton ajoute de l'acétate potassique, ce gaz le précipite en entier : il y a donc eu décomposition totale. M. Gay-Lussac ajoute : (c Nous avons admis comme un fait, que l'acide minéral se saturait entièrement d'alcaH, et laissait précipiter le sel insoluble dans l'acide végétal. Inversement, on peut en conclure que deux acides en présence sont loin de se partager toujours également une base ; car si le partage avait lieu dans des rapports

(1) Ann. de cAi/ii., XXX, 291; Atin. do chim. et de phifa., XL!X, 323.

(2) Ann. de chiin. ei de phijs., XLIX, 323.

DES CACS£S Qti DÉTERMINENT i/aCTION CHIMIQIË. 387

qui ne fussent pas trop diflcrents, la séparation ne pourrait jamais être complète, y»

BA. Pasteur (i) vient de démontrer, au moyen de la polarisation circulaire :

4"* La formation de quatre sels dans un mélange de tartratc potassique ou amjnonique, et d'un sel sodique, ou de tartrate sodiquc avec un sel ammonique ou potassique ;

S** Le déplacement partiel de lacide tartrique du tartrate sodiquc par les acides sulfuriquc, nitrique, acétique, et le chloride hydrique. ^insi lopinion do Berthollet est diflicile à démontrer; lexpériei:ice indiquerait, au contraire, que souvent lacide le plus fort prend toute la base, ou n en laisse à l'autre que des traces inapprécialiles, quoique le partage soit admissible dans le cas d acides ou de bases dont lénergie est à peu près égale (3). D'un autre côté, la loi de Berthollet, résultat de faits positifs, vérifiée chaque jour, ne se comprend qu en supposant le partage entre les corps en présence. Cette difficulté reste encore h résoudre.

Il nous reste à appeler 1 attention sur Tinfluence que Berthollet attribue à la cohésion. Il la regarde comme une force puissante qui peut balancer laffinité des molécules hétérogènes, et déterminer des combinaisons et des décompositions. Elle existe non-seulement au moment où elle se manifeste, mais môme longtemps auparavant (3]; il le démontre, d après cette analogie, qu au moment où un lîqoide va devenir gazeux , et un gaz, liquide, la dilatation de Tun ou la contraction de lautre est influencée par l'approche du changement d état. Cette force intervient dans toutes les solutions et précipitations : a L affinité qui peut produire l'état solide doit ôtre considérée comme une force qui agit, non-seulement lorsque la soli- J^té se manifeste, mais avant ce terme ; de sorte que toutes les fois ^luil se produit quelque substance solide, soit par une séparation, ^*t par une combinaison, il faut chercher dans laction réciproque

1 ) Thèse présentée & la Faculté des sciences. Paris, août 1847.

f- Cf. Dc^s^ Philos, chitn. p. 385; Paris, <8i7. - Toéh^ho, /V. th chim., G« cd , v.500.

W Viatique chim., l, 27.

388 QIESTION DE SGIBNCEI^ NATURELLES.

des parties qui acquièrent la solidité, la cause môme qui la produit, quoiqu'elle ne se manifestât pas auparavant (i). » Cette opinion a été combattue par M. Gay-Lussac. Nous y reviendrons lorsque nous traiterons des causes qui modifient laiBnité.

Notre célèbre compatriote Van Mons (s) , tout en se distinguant en général de ses contemporains, adopta aussi Tidée que 1 affinité est une modification de lattraction. Sa théorie, d'une originalité remarquable, est malheureusement assez difficile à comprendre; beaucoup de points demanderaient h ôtre exposés avec des détails^ dans lesquels nous ne pouvons entrer. Pour lui, il n existe que troi^ éléments matériels : 1 hydrogène , loxygènc et le calorique ; Télec^ — tricité et la lumière sont deux modifications du calorique ; loxygène « que nous connaissons, est de Toxygène combiné à du calorique; K métaux sont de la matière brute (c est-à-dire .hydrogène et oxygèn» sans calorique , comme ayant la création ) , à laquelle du caloriqui en diverses proportions s est combiné en déplaçant des quantil équivalentes d oxygène ; la différence de propriétés qu'ils présentei^ provient des diverses proportions d oxygène éliminé ; les métalloïdi^ sont la môme matière brute dans laquelle le calorique a remplacée de rbydrogène, ou bien à laquelle il s est uni; la différence de prc — priétés des métalloïdes dépend de la quantité de calorique combiné, avec ou sans déplacement d'hydrogène. U tire de là la conséquence que la combinaison est rechange que fait l'oxygène, ou un corps qui en contient, de son calorique, contre de Thydrogène ou un corps qui en contient. Le dégagement de chaleur, de lumière et d électricité dans laction chimique, est dCi à la mise en liberté du calorique, qui peut se manifester sous Tune ou l'autre de ces formes ; cet ade est dû à une force qui n'est que l'affinité ; la permanence de la combinaison en est un autre effet.

Il y a là un ensemble très-net dans lequel tout se lie et s explique ; mais nous n'irons pas plus loin, et nous ne la discuterons pas; il est évident que plusieurs de ces propositions seraient aujourd'hui insoutenables.

(I) Slati'qje chitn.^l, 30.

(i) Phiioë. fhiin , et Notes à la (raduct. d« lu Pùilos. chim. de Da^t, pa§*im.

Ainsi considérée, laifinité nous parait rendre compte du manière suffisante de lactc de la combinaison chimique : runi de deux corps avec altération profonde et durable de leurs p: priétés cs.t son effet le plus direct ; le dégagement d électricité q l'accompagne peut s'expliquer sans adopter une théorie éleclr chimique particulière : le développement d'électricité par laffini n'est pas plus étonnant que celui qui a lieu par le frottement ou chaleur. Le dégagement de chaleur, l'apparition de lumjère pr^> viennent de la réunion des deux électricités (i).

Mais ce n'est pas là, comme nous l'avons vu dans rintroduction, tout ce dont l'affinité doit nous rendre compte ; et maintenant nous allons voir des objections graves à cette manière d'envisager la cause des actions chimiques. En effet, elle n'explique pas pourquoi souvent deux corps ne réagissent l'un sur l'autre qu'à l'aide de la chaleur ; pourquoi, par exemple, le soufre fondu ne s'unit au mercure qu'à une température élevée, pourquoi certains gaz ne se combinent que dans la môme circonstance. En supposant que ce ne soit pas Teffei d'un état allotropique du soufre, on veut expliquer ces faits en admettant que la chaleur exalte les affinités. Berzelius admet que la polarité électrique, ou l'affinité, est nulle au zéro absolu. Remarquons que ni l'une ni l'autre de ces hypothèses n'est générale : il y a des faits exceptionnels. Maintenant laquelle est la plus admissible? 11 est difficile de le décider : la meilleure des théories sera celle qui expliquera le plus de faits.

Quant au dualisme des composés, on peut dire que l'affinité est une force relative, qu'on ne peut la considérer que dans deux cor()s entre lesquels il y a action réciproque; qu'ainsi l'affinité d'un acide correspond à celle d'une base, en d'autres termes que la force acide doit avoir pour antagoniste la force alcaline ; que, de môme, la force comburante a pour antagoniste la force combustible; que, par conséquent, dans un mélange de plusieurs corps, il ne se formera que des composés binaires, chaque corps s'unissant à celui pour lequel il a la plus grande affinité relative ; que ce résultat est encore

(IJ Cr. Mariées, Rcflexionë sur i/iê théor. électtO'Chitn. de l'affinité. Mém. de l'Acad. royale de Kruxilltfs, X.

DES CAUSES QUI DÉTEUMINENT i/aCTION CII151IQIE. 391

favorisé par le peu d atomes qui entrent en combinaison. Mais celte explication est évidemment insuffisante ; elle nous fait comprendre pourquoi un corps simple ne s'unit pas à un corps compose; mais , il reste à montrer pourquoi il ne s'unit pas à plusieurs autres corps simples; les quelques rares exceptions que Ton pourrait citer ne détruisent pas la généralité de celle règle. Par exemple, deux atomes de chlore peuvent s'unir à sept atomes d'oxygène ; pourquoi ces sept atomes ne peuvent-ils pas être l'un du soufre, l'autre de 1 hydrogène, un troisième du potassium et ainsi des autres? Évidemment ici cette théorie laisse à désirer.

La limitation du nombre des atomes qui peuvent entrer dans une

Gombinaison dépend de la rapidité avec laquelle décroît 1 intensité

de Taitraction moléculaire ou afiinité. Les molécules qui contiennent

le plus grand nombre d'atomes sont formées sous l'influence des

forces cjui président à la vie des végétaux et des animaux , à une

CeDopérature où les affinités mutuelles de leurs éléments n'ont pas

l'énergie quelles posséderaient à une température plus élevée; elles

sont avissi très-souvent quaternaires ou môme quinaires. Dans le

l'ègDô inorganique, les nombres un peu élevés sont très-rares;

eiicor^i appartiennent-ils à des sels doubles. Remarquons encore la

faîolesse de cette explication : rattraction moléculaire chimique

Jifler^^ de rattraction générale par une propriété caractéristique :

elle ^^t susceptible de saturation ; une seconde molécule est moins

g^ttit^o qu'une première, et une troisième moins qu'une seconde;

^pcïidant les distances entre ces trois molécules et celle à laquelle

^\\e^ sont unies peuvent être égales. Quand nous voyons qu'une

^pb^re peut être tangente à douze sphères de môme diamètre, n'y

^^t'îl pas lieu de s'étonner qu'un atome d'un corps ne puisse s'unir

qu à un nombre si restreint d'atomes d'un autre corps?

Plus un composé appartient à un ordre élevé, plus il s'approche de la neutralité. Celte loi s'explique par l'antagonisme des affinités et leur saturation réciproque.

Un aulre défaut de celte théorie de l'aflinito, c'est d'être trop vague et de ne conduire à aucune loi comme la théorie électrochimique. Nous croyons que le dégagement d'électricité dans l'acte

de la combinaison, la destruction de tout composé conducteur et liquide par réiectricité peuvent s expliquer en conservant la théorie de laifinité. Mais aujourd'hui que les points de contact entre les diverses forces nous font espérer qu'un jour on pourra les réduire à une seule, ce serait un premier pas que de réunir laffinité à Télectricité. Ce n est pas que nous trouvions les théories électrochimiques irréprochables : tant s en faut, comme on va le voir ; mais c'est peutêtre dans cette voie qu'il faudrait aujourd'hui chercher la vérité. D'un autre côté, les rapports qui existent entre les électricités et les affinités ne nous indiquent pas nécessairement un rapport de cause h effet : chaque force connue peut produire les autres, directement ou indirectement. Il peut n'y avoir là que corrélation, en ce sens que ces forces pourraient bien u*ôtre que des modifications d une cause unique, mais qu'il ne faut pas en prendre une comme cause première et universelle (i).

( I ] Cf. Giovi, Cot relation des fora § phy tiques. Revue scientifique; traduit parLouyet.

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