DISCOURS PRONONCÉ PAR 11. LE PROFESSEUR BEDE
qu'il faudra aussi organiser. Or, si le système d'étude qui est depuis longtemps en vigueur, sur lequel tant d'esprits éminents ont répandu réclat de leurs lumières , est encore entouré de tant d^obscuritc quon ne voie pas clairement la route quil faut suivre, combien il est plus difficile de fonder un enseignement nouveau, multiple, qui satisfasse aux conditions d'unité et de variété , solide au point de vue de la science , pratique par la nature môme des connaissance^ ^ qu'il est chargé de donner !
L'ancienne discipline avait ce privilège qu on ne lui demand^^w pas de se préoccuper de Tinègalité des intelligences, ni de la diff* rence des destinées. Elle passait son niveau sur toute une génératii et sans souci de la vigueur ou de la faiblesse des esprits, elle Yi traînait tout entière vers le but qu elle se proposait d atteindre, lui importaient les traînards qu elle laissait sur sa route, les ei tences déplacées dont elle peuplait le monde ; pourvu qu elle arr" au terme avec quelques intelligences d élite, sa tâche était rem| les bonnes traditions se conservaient, la chaîne des temps n était interrompue.
Dans le nouveau système d études, qui a surtout pour objet d. ^«^m. pêcher cet abus des intelligences faussées, des existences détour .an^ ^g de leurs voies naturelles, il faudra tenir compte des différa v:»<;^ d'aptitude et de position, des besoins généraux de la société eft ^des besoins particuliers des individus, donner une instruction solide , 4qui maintienne à un juste niveau la culture des sciences , propager ^es connaissances théoriques nécessaires à Texercice des profession agricoles, industrielles et commerciales, créer en un mot des étabfur sements où toutes les classes de la société trouvent une culture intellectuelle qui réponde à leur vie et à leur destinée.
Cette nouvelle direction de l'enseignement est une déviation des lois qui ont présidé jusqu'à ce jour à linstruction de la jeunesse, l'application de nouveaux procédés au développement des intelligences, à la formation des esprits : les lettres anciennes, les langues latine et grecque étaient considérées comme la base d'un bon ensei gnement, elle les supprime; les sciences physiques, instructio spéciale, étaient réservées à l'enseignement supérieur, elle l
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^()(rocluit dans les écoles moyennes ; elle bouleverse tout Tancicn Système classique; quel édifice construira-t-elle sur ces ruines?
Quoi qu'il arrive, messieurs, la situation ne sera pas empirée. 'excellents esprits peuvent bien regretter labandon des études assiques, y voir une dégénération de la société ; nul n est coupable ^ œtte résolution extrême, c'est un fait depuis longtemps accompli ,
tre lequel les récriminations sont vaines , et qu'il faut accepter une irrésistible loi de lopinion ; mais ce qui est plus déploble, c*est labsence de toute instruction sérieuse, féconde pour LS.^es les classes de la société qui sont élevées en dehors de l'instruclittéraire des collèges. Que leur ont offert jusqu'à ce jour la
part des établissements qui ont créé en leur faveur des cours
eiaux? Un enseignement insignifiant de la langue française, nulle Ltare littéraire, les langues étrangères négligées, de la géométrie Kmâ applications ; pour tout enseignement spécial , dqs leçons de Eimne des livres, de la physique sans instruments, de la chimie sans C^oratoire, de la mécanique et du dessin sans machines ; et cepen- • Kit, d'après les résultats obtenus, on proclame linsuiBsance de c^^truction nouvelle, la supériorité de l'ancienne discipline. Ce
tni loyal ni généreux.
^)n a fait quelques essais à 1 étranger, mais partout on s'est jeté les partis extrêmes, on s'est trop préoccupé du côté pratique ^^connaissances, pas assez delà culture de l'intelligence ; il né suffit ^s en effet d'indiquer comme but la connaissance des sciences appli- ^l^les aux usages de la vie, si Ton n a pas pris soin de mettre les ^prits en état de les étudier; de créer un enseignement spécial, si ^^ élèves sont privés des connaissances générales nécessaires pour '^ comprendre. Quelque soit le système que l'on adopte, il doit avoir pour base les études propres à développer Imtelligence. Hors de là il n'y a qu'illusions trompeuses et vaines théories.
L'étude du langage , outre son utilité propre , a l'avantage d'être l'exercice le plus à la portée de l'enfance, celui qui excite le plus la spontanéité de l'esprit, qui fait mouvoir le plus de facultés à la fois.
Dans la première période de l'éducation, il doit dominer tous les
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autres enseignements, servir de principal aliment à Tadivité de lenfant ; les autres connaissances peuvent bien éveiller sa curiosité, etercer sa mémoire, mais elles ne laissent dans son esprit qu une impression fugitive, qui ne tarde pas à s effacer; ce n est point par lamémoire que la science doit pénétrer dans lesprit , c est par Imtelligence.
Cependant la langue maternelle est insuffisante, comme obje^ d étude ; ce n'est point par elle seule qu'il est possible d acquér^ une connaissance complète du mécanisme du langage; les exceptions que Ion cite ne peuvent pas détruire cette loi fondée si rexpérience et la nature même de 1 étude des langues. L'enfant difficilement amené à réfléchir sur des mots qui lui sont familie'^ ^.q. ^ sur les tours et des expressions qui sont pour lui la forme natui de la manifestation de la pensée. De quelle utilité lui serait-il chercher une méthode pour étudier une langue que la routine li apprise ? Mais s'il est mis dans la nécessité de vaincre les difficik. que présente 1 étude d un idiome étranger, il comprendra Fimg^ ^^y^ tance d analyser les différentes parties du discours, de se rerm^zire compte de la fonction de chaque mot , de la liaison des idées, ^ies différentes formes que revêt Texpression de la pensée. Par le trai^^^^// de la traduction, il s'habitue à chercher le terme exact de chaic^^e idée, le tour le plus convenable d une pensée ; en comparant et m combinant différents genres d analogie, il s élève à Tappréciation ^u caractère et du génie des deux langues qu'il étudie.
Nous n examinerons pas si les langues anciennes sont plus propr"))^ à ce travail de Tintelligenceque les langues modernes, nous ne faiso^^ pas de parallèle, nous ne discutons pas de théorie, nous cherchor'^ une base à Tinstruction nouvelle qui doit être bientôt organisée,?^ nous la trouvons dans Tétude simultanée de deux langues. Évidemment, à défaut des langues anciennes, il faudra employer les langues vivantes, fonder sur Tétude de ces idiomes une sorte d'enseignement classique, créer un nouveau cours d'humanités qui, s'il ne possède pas tous les avantages de celui qui a pour base les lettres anciennes. comblera du moins une lacune qu'il serait dangereux de laisser sab sister, etoffrira les conditions d'utilité pratique, quedoivent renfermi tous les éléments de cette instruction.
A l'occasion de la DISÎRIBITIOK DES PRIX (l85o). 571
Mais toutes les intelligences ne sont pas propres aux études ^Àstraites qui ont pour objet la pensée et le langage ; on peut avoir k ^cnB droit, dit Pascal, et ne pas également aller à toutes choses. Ainsi , o&rtwa esprits ont le sentiment de la forme, Tintelligcnce des prin- ^pes de la géométrie, Tinstinct des arts mécaniques; ils ne sont pas ^nsibles aux délicatesses du style , aux beautés de la poésie , aux SiSâsmes de l'éloquence, mais la forme des objets qui ont captivé MMtr attention se fixe dans leur mémoire, et ils excellent à les repro- :tii:^ ; ils ne savent pas analyser une pensée où les principes ne se issent pas facilement saisir, mais ils peuvent décomposer une «ichine , en apprécier les éléments , en calculer les effets. Si Ton t Isomait à cultiver Tintelligence par le langage, si Ton négligeait veloppement des aptitudes de certaines individualités, on retomdans tous les inconvénients de lancienue discipline. CDn satisfera à toutes les conditions d une bonne direction des ipiîts, si, dans le premier degré de Tinstruction secondaire, on limite ^ sphère d'activité de lenfant aux études et aux travaux que com~ or^ son âge, si Ton se borne aux connaissances et aux exercices qui Tiennent à ses dispositions et à son intelligence, si Ton se propose unique but le développement des facultés, conformément à ses dances et à sa destinée. Aux uns Tétude du langage, aux autres arts graphiques, l'arithmétique et la géométrie, à tous des notions ^ géographie et d histoire , des lectures propres à développer le ^v^timent moral. Aller au delà, créer un enseignement pratique avec» '^s propositions de géométrie en axiomes , de la physique et de la ^imie amusantes, de l'histoire naturelle en images, ce serait s'exf^^^er à négliger les connaissances essentielles, à gâter l'esprit en lui ^^nnant un faux air de science.
Si, dans les écoles d'adultes, on se borne à donner aux ouvriers des formules de géométrie, de mécanique ou de physique, des règles pratiquesdu dessin, c'est que cette classe intéressante de la jeunesse, qui consacre ses rares moments de repos à l'acquisition de connaissances dont elle sait l'impérieuse nécessité, trouve dans la pratique des arts, dans les rudes enseignements de la vie, des moyens d éducation qui manquent aux élèves de l'enseignement moyen; ces
ouvriers sentent, à chaque instant de la journée, rimportance de perfectionner leurs travaux, de trouver les procédés qui les dispensent des tâtonnements ; pour eux, les paroles du professeur sont Texpériencc du patron , la science de 1 atelier , et elles se gravent profondément dans leur esprit. Mais des enfants, sans carrière arrêtée , sans la nécessité , ce puissant stimulant , ne recueilleront aucun profit de coimaissances décousues, isolées, dépourvues d*intérôt. La mémoire, à qui on devra les confier, les aura perdues avant qu elles aient trouvé leur emploi.
Dans le second degré , les enseignements seront plus nombreux, plus étendus; s adressant à des esprits suffisamment préparés, à des intelligences capables de comprendre et de retenir, ils prendront d'une part un caractère plus littéraire, de lautre une forme plus scientifique et plus pratique à la fois. L étude approfondie du langage, les règles de la composition , lanalyse et la critique des ouvrage^^^ appliquées à la langue maternelle et aux langues étrangères, ouvn^ ront des perspectives nouvelles, développeront le goût, conduiro^^^ à une plus saine appréciation de lesprit moderne. Quintilien reooc^^^ mande les lectures qui fortifient lesprit, qui élèvent Tàme. ^^^^ maœimè ingenium alant atque animum augeant prœlegenda. Laa^îquité n a pas seule le privilège de posséder des écrivains à la parole élégante et pure, de brillants orateurs, des poètes inspirés; leslitS^-ratures modernes présentent un vaste champ d études; la Frano^t TÂllemagne, TÂngleterre, abondent en œuvres immortelles propT^^ à former Tesprit et le goût de la jeunesse ; la tribune, le barreau, 1^ chaire chrétienne ofirent d excellents modèles à étudier ; il est vr^' qu'il sera nécessaire d apporter une grande prudence dans le dioî^ des sujets d'études , mais tout n est pas également pur, également moral dans les ouvrages grecs et latins ; certainement le goût des écrivains anciens est plus sévère, on trouve moins chez eux lesoouleurs outrées et fausses de lart moderne ; lantiquité sera toujours la source vivifiante des nobles inspirations ; mais n est-il pas utile que certains esprits se détournent de la contemplation du passé et dirigent leurs regards vers lavenir? Les difierenis États de TEurope ne présentent-ils pas une vie intellectuelle qui mérite d'être étudiée?
A l'occasion db la distribution des prix (i850] . 573
Noire pays ne subit-il pas, même à son insu, Taction de leurs idées liltéraires et scientifiques , et ne serait-il pas utile de mieux coni^aitre le mouvement qui Tentraine , ne fût-ce que pour y opposer ^e résistance qui peut devenir nécessaire?
Le caractère de Tinstruction nouvelle , c est son étendue , sa Variété; elle est trop vaste pour être embrassée dans son ensemble, tfop diverse pour être également utile h tous ; elle est préparatoire pour les uns, complète pour les autres; elle aura donc des enseignements communs et des enseignements distincts, les premiers ayant pCNir objet le développement de Tintelligence, la culture de Tesprit; les «econds , de donner Tinstruction spéciale la mieux en harmonie ^vec la position et la destinée des individus. Mais il faut aussi à ce ue^é d'instruction une base, un centre auquel Tesprit rapporte toute 1m idées qu il acquiert ; on la trouvait dans les lettres anciennes , i^ua la plaçons dans les lettres modernes , et ce 'déplacement est , solon nous, la solution rationnelle, féconde, de la transformation de I enseignement moyen. Nous savons que certains esprits se passionnent davantage pour les abstractions de la géométrie, les propriétés "®s nombres ; que d autres se livrent de préférence aux recherches fP^ ont pour objet la découverte des lois de la nature , qu'il faut l^voriser les tendances vers l'étude des applications des sciences; '^'^U ces enseignements ont un caractère trop spécial , une action ^'^p limitée sur les facultés de l'esprit; ils ne peuvent pas recevoir l^nité et la généralité nécessaires pour qu ils deviennent le centre d^B autres études, tandis qu'autour des connaissances littéraires se S^^upent certaines branches qui ont avec elles une grande affinité, et %^ seront comprises dans renseignement des nouvelles écoles : telles ^Qt la géographie, Thistoire, leconomie politique, des notions sur les institutions politiques.
L'histoire au milieu de nos débats politiques , où Ion invoque à
toute occasion les enseignements du passé pour jeter dans les esprits
de folles terreurs ou des espoirs exagérés , fait partie essentielle
d'une éducation libérale ; si l'expérience de nos pères doit nous être
utile , c est à la condition que nous serons mis en état d'apprécier
leurs actes, ce qu'ils ont semé, ce qu'ils ont récolté, afin que si
Torage a grondé sur leurs têtes , nous n allions pas nous réfugier sous larbre qui leur présenta un trompeur abri et où la foudre les frappa.
Le jeune homme ne doit pas être complètement étranger à la société dans laquelle il va entrer, dont il va devenir un membre actif; alors même qu'il ne serait pas appelé à y remplir de fonction publique , il doit avoir quelque idée de la Constitution et des lois qui le régissent, et qui sont la garantie de son repos et de sa liberté. 11 lui faut aussi connaître Téconomie de la société , la circulatioo des richesses dans ses vastes artères, leur reproduction, ce qui les augmente, ce qui les détruit. Toutes ces connaissances doiven faire partie d'un enseignement bien organisé , entrer dans une édb cation bien faite.
On y joindra , pour les élèves qui se préparent aux études c^ écoles spéciales , un enseignement approfondi des mathématiqu pour ceux qui doivent se livrer immédiatement à lexercice d*o profession industrielle, les sciences physiques et mathématic[ifi appliquées , Thistoire naturelle et la science du commerce , qui s lie à toutes les sciences humaines.
Le mérite de Torgauisation consistera dans la formation des catégories d'élèves et dans la détermination de l'instruction spéciale qu'ils devront recevoir. Le gouvernement est seul juge des connaissances qu'il importe de donner, dans ses établissements, aux différentes classes de la société. S'il en était autrement, s'il laissait aux familles et aux élèves le libre choix des études, ceux-ci courant au plus pressé , sans souci d'une instruction complète , ne prendraient do l'enseignement que les branches dune utilité immédiate, et dédaigneraient toutes celles qui sont destinées à fortifier rintelUgence, à éclairer l'esprit.
Voyez ce qui se passe aujourd'hui chez les élèves qui se préparent aux examens exigés à l'entréç des écoles spéciales : ces examens sont leur unique préoccupation, le but exclusif de leurs efforts, ils se dispensent de toutes les études qui leur sont étrangères : les connaissances littéraires sont un vain luxe qu'Us ne recherchent pas, et si l'orthographe n'était pas cotée, ils se passeraient de l'orthographe.
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^libien plus exclusifs encore sont les élèves dont Tinstruction doit
^ borner aux connaissances assignées à renseignement moyen!
^^ ayant ni la perspective d'un examen , ni la conscience des avan-
^ges d'une instruction scientifique , ils s'efforcent de réduire le
^omJbre des leçons et d'abréger le temps des études. Ce serait donc
^A vcRin que la nation s'imposerait de lourds sacrifices , l'ignorance
•68 rendrait inutiles; on aurait créé un système complet d'instruc-
'<on , mais Tordre et l'harmonie, manqueraient dans les études.
l^^ gouvernement n'organisera pas son enseignement dans de sem-
Uabl^g conditions ; possédant un pouvoir qui manquait aux autorités
^n^iariunales , il peut prendre des mesures générales , qui , sans
TOis^^r aucun intérêt , tendront à élever le niveau des esprits , à
^"'S^^riser l'étude des sciences, à étendre le besoin des jouissances
intellectuelles. Il peut subordonner la fréquentation de ses écoles à
'a Oondition d'un ensemble d'études h y suivre , exiger un certificat
^^"^^ides moyennes complètes pour l'admission des élèves aux exa-
D*^i:is des écoles spéciales, solliciter les esprits indifférents par l'appât
^^s distinctions honorifiques , créer des diplômes d'élèves de î'in-
^^^^Yie , du commerce , et par ces titres faciliter aux jeunes gens
* ^ï^trée dans les ateliers , dans les bureaux de commerce , exciter
v^uxulation par des avantages attachés aux succès des études :
ourses d'études et de voyage , missions à l'étranger, explorations
^ientifiques et commerciales.
Telles sont les vues que nous voudrions voir présider à la réorganisation de l'enseignement moyen , et que nous croyons conibrmes à l'esprit de la loi : leur réalisation satisfera à deux ordres d'idées également légitimes , également respectables : ces longues et sérieuses études de l'antiquité, au milieu desquelles grandissaient autrefois les jeunes générations , qui préparaient , d'une manière si remarquable, les hommes d'élite à 1 étude des sciences, qui étaient une si puissante gymnastique de Tintelligcnce , reprendront , sous une direction forte et intelligente, leur salutaire empire. On aimera toujours ces graves initiations à la vie d'un monde qui a laissé partout une empreinte si profonde , des traces d'une lumière si vive ; ces grandes paroles de liberté et de patriotisme , qui ont le don do
remuer tous les cœurs , cette étude du beau et du simple antique qui donnait aux hommes qui nous ont précédés quelque chose de grave et d^élevé , qui va chaque jour s effaçant. Mais de nouveaux besoins à satisfaire , la grande diffusion des lumières , la participation de toutes les classes aux bienfaits de Tinstruction , TinterventioD toujours croissante des sciences dans les travaux de Tindustrie , la tendance générale des esprits vers les intérêts matériels, tout entraîne rinstruction dans d'autres voies ; à cette société qui dévore le temps et lespace , les longues préparations ne conviennent plus , il lui faut de prompts résultats, une initiation hâtive de la jeunesse aux affaires : on voudrait que Tinstruction fût l'apprentissage d'une profession.
Quoique légitime, nous croyons qu'il faut mettre un frein à cett& impatience; Tintelligence de Thomme, comme ses organes matériels, est soumise h des lois de développement qu on ne viole pas impunément; avant dy déposer la science qu elle doit féconder, il faut la préparer longtemps ; si de trop bonne heure on la condaome à un rude travail, elle se brise ; si , par un exercice exclusif, on développe une faculté , les autres en souffrent , la mémoire ne conserve rien avant que la réflexion lui vienne en aide. Voilà pourquoi, dans le choix des études , dans les connaissances qu'il convient de donner aux différents âges de Tenfant , au lieu de n envisager que le côté utile , c est-à-dire le profit matériel qui pourra en revenir au jeune homme , nous avons considéré Taction qu elles doivent exercer sur lintelligence elle-même, et la part qu'elles peuvent avoir au développement harmonieux de toutes les facultés.
Maintenant que la loi a parlé , que le gouvernement est résolu de veiller avec une égale sollicitude aux progrès de rinstruction littéraire et de l'instruction scientifique , que la culture des lettres anciennes et des lettres modernes , celle des sciences abstraites et (les sciences appliquées , doivent jouir de la même protection , le devoir des fonctionnaires de renseignement est d'entrer franchement, loyalement, dans les vues qui doivent présider à cette nouvelle situation de l'instruction publique. Que les admirateurs passionnés de l'antiquité, certains de Timportance attachée à leurs chères
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éludes, entrent plus profondément dans ce monde riche de grands boulines et de grandes choses , et quHs en rapportent de précieux trésoTS pour enrichir les jeunes intelligences ; que les partisans des iettres modernes, aidant au mouvement qui pousse 1 instruction dans des voies inexplorées , édiGent un enseignement qui , par la pureté des principes , le choix sévère des modèles , préserve les esprits du faux goût de la mode , de la contagion des mauvaises doctrines ; que les professeurs des sciences s'appliquent h en mettre les éléments à la portée de tous , h en faire discuter les principes , développer les conséquences ; qu elles soient d'abord de pures spéculations, qui donnent h l'esprit l'occasion de déployer ses forces, dd vigueur, que lés applications viennent ensuite, qu'une puissante inspiration comble l'espace qui sépare la pratique de la théorie et les éclaire l'une par l'autre ; que l'ordre et l'harmonie s'établissent entre tous les enseignements, que chacun concoure, pour sa part, aux progrès de la science , à l'élévation des esprits.
X^es professeurs ne failliront pas à ce devoir, nous enlivons la conviction profonde. La patrie , qui a jeté un regard bienveillant sur \eur8 modestes fonctions, trouvera partout des cœurs reconnaissants, d^B âmes généreuses, qui consacreront au bonheur et à la prospérité d^ ses enfants le fruit de leurs courageux travaux , de leur longue expérience. Ici le passé répond de l'avenir ; si , lorsqu'ils étaient isolés, sans direction, obligés de plier leur enseignement aux exigences d'intérêts aveugles , ils ont néanmoins élevé le niveau des études, soutenu la réputation des établissements communaux, lutté contre une concurrence qui se présentait avec toutes les conditions d'unité , de hiérarchie , de discipline , armée des influences les plus respectables; comment en serait-il autrement, lorsqu'ils seront unis par les liens d'une étroite et honorable solidarité , soumis à un pouvoir qui gouvernera avec prévoyance et régularité, lorsque leurs rangs ne s'ouvriront qu'à des intelligences cultivées , des vocations éprouvées ?
N'en doutez pas , messieurs , le gouvernement trouvera , dans le personnel des collèges actuels , des hommes aimant la jeunesse , ayant le goût de la science, gardiens des bonnes traditions; et
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pourvu qu'il leur crée une existence modeste, mais honorée, il verra grossir leurs rangs d'une foule d esprits sérieux, qui, avec la même abnégation , se dévoueront à Tinstruclion de la jeunesse. Le vœu de la loi sera réalisé , les établissements de TÉtat deviendront des modèles pour l'enseignement privé , et tendront ainsi à élever le niveau de renseignement dans tout le pays. Et ce sera une chose bonne et utile à tous que cette concurrence de bien faire. Elle profitera à la propagation des sciences , à la culture des lettres , elle aidera à lamélioration morale de la jeunesse , au développement des sentiments religieux, des idées d'ordre et de sage progrès , qui sont les caractères distinctifs du peuple belgo.
Cette loi, conçue dans lesprit de liberté qui fait la base de toutes nos institutions politiques , contribuera puissamment à procurer à la Belgique ces destinées glorieuses dont elle possède tous les éléments. Jadis les États se formaient par des conquêtes successives , les larmes des peuples en arrosaient toutes les assises , et ils s élevaient au milieu des misères et des malédictions ; TEtat belge s*est consolidé au contraire par l'établissement successif d*institutîons sages, fécondes, dont chacune , répondant à un besoin légitime , a été saluée d'acclamations unanimes. La nouvelle loi de 1 enseignement est la dernière pierre de ce bel édifice constitutionnel que l'Europe nous envie. Que ce soit l'éternelle gloire de l'auguste souverain à qui la Belgique a confié ses destinées !