‹ ANNALES UNIVERSITES DE BELGIQUEChapitre 157 sur 218 · LE 24 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LE 24 SEPTEMBRE

A IWasiAn df la distribolioD des médailles et des prix aux lauréats do coDCours universitaire

et du concours de renseignemenl moyeu de 1850.

Messieurs ,

Le concours entre les établissements d enseignement moyen vient, après une expérience de dix années , de recevoir la consécration définitive de la loi. Nous sommes heureux d'avoir placé sous cette autorité suprême une mesure dont l'initiative , subissant le sort réservé à toute innovation , rencontra des difficultés et des défiances, alors même qu'elle était signalée comme un premier éveil de la sollicitude du gouvernement pour Tinstruction secondaire.

Revêtu désormais de la double sanction de l'expérience et de la loi , le concours va devenir pour les établissements , pour les professeurs et pour les élèves , une source permanente d'émulation profitable aux progrès des études. Cette émulation sera stimulée plus encore , si les établissements privés , répondant à l'appel généreux de la loi , viennent mesurer leurs forces , en ce champ clos de la science , avec les établissements publics. Qu'importe que la victoire se balance et se partage , si le bien-être de l'instruction générale est au bout, si chaque lutte provoque et constate de nouveaux progrès !

A ce double point de vue , l'institution des concours offre une

554 DISCOURS PaONONCÉ PAR M. LE MINISTRE DE L*1KT£R1EUR

utilité incontestable. Un autre moyen non moins efficace, et plus sûi — ■ peut-être de provoquer et de constater tout ensemble le progrès desi^ études, se rencontre dans l'épreuve préparatoire qui attend Télève^ à la sortie du collège , et ne lui permet plus de franchir, utilement pour lui , le seuil des universités , que muni d'un passe-port litté — . raire délivré en bonne et due forme.

La création du grade d'élève universitaire corrige et complète , â mon avis, ce que Tinstitution du concours pouvait encore oSrir d'incomplet et de défectueux.

Cette innovation de la nouvelle loi de l'enseignement supérieur est appelée , de lavis de tous les hommes d'expérience , h produire les meilleurs fruits. Elle relève le niveau des études moyennes, et, par une conséquence nécessaire , elle défend à l'enseignement de nos universités de descendre : elle leur assure des élèves sérieux et bien préparés; et avant qu'ils y engagent à l'aventure et leurs années et leur fortune , elle les éclaire sur la route qu'ils ont à suivre ou à éviter. L'expérience , faite à deux reprises de cette innovation notable , a donné déjà la mesure de son utilité , comme elle a servi, d'autre part, à démontrer l'esprit parfaitement impartial qui préside à l'exécution de la loi.

Nous n'avons rien ici à dissimuler. Si le concours a ramené la.^ vie dans l'enseignement moyen et rétabli une sorte de discipliner dans ses programmes, il a révélé, dans quelques établissements ^ une faiblesse d'études malheureusement trop marquée. Les miers faits constatés par les jurys d'examen d'élève universitaire se venus confirmer ceux que le résultat du concours avait déjà mis jour. En plus d'un collège , l'état des études moyennes parait avoir gagner en force et en élévation. Soit qu'appliqué à trop de matièr diverses , l'esprit des élèves ne s'attache assez sérieusement aucune, soit qu'indécis sur leur propre situation et découragés dvj? provisoire dont ils ne voyaient pas la fin , certains professeurs n aient pas apporté à l'accomplissement de leur tâche les soins opiniâtres qu'elle exige , toujours est-il que notre enseignement moyen ne se présente pas en tous lieux sous une apparence également favorable. Cette faiblesse paraît se faire particulièrement remarquer.

A l'occasion de la distribution des prix (i83o]. 555

et il faudrait le regretter profondément, dans Tétude des langues aociennes.

C'est une imperfection à laquelle il sera nécessaire de chercher vm remède dans la nouvelle loi. Cette loi trace, entre les études classiques et les études professionnelles , une ligne de démarcation tranchée qui permettra à l'avenir de faire disparaître toute con- (V&sion. Elle ofire, dans les deux degrés d'enseignement, un programme qui peut s'approprier aux besoins des localités , à la oonditioD des familles , à la vocation et à l'aptitude des élèves. A <]tielque branche que ces derniers s'attachent , il faudra désormais S[u'ils s y tiennent et qu'ils y trouvent un approvisionnement scien- ^*fic|ue suffisant, solide, complet. Il s'agira dès lors de substituer la *^^tteté et la précision au vague et au décousu de certains pro- SffiHnmes, et de regagner en profondeur et en densité ce qu'on '^^^•anchera à l'étendue et à la diversité des matières. L'élève ^ ^X^ercera sur un terrain plus rétréci sans doute , mais il marchera ■'•^ pas plus sûr vers un but déterminé. La sagesse des professeurs

la bonté des méthodes prémuniront les familles contre les dan~

des études rapides et superficielles et contre les mécomptes

ne instruction mal appropriée ou mal digérée.

^ous tenons , quant à nous , en haute estime cette doctrine du

Bossuet qui disait , décrivant le cercle des études qu'il avait

*^^^ parcourir à son élève : a Toutes les choses ne lui ont été ensei-

Ç^^es que peu à peu, et chacune en son lieu. Et notre soin principal

^ été qu'on les lui donnât à propos et chaque chose en son temps ,

^^n qu'il les digérât plus facilement et qu'elles se tournassent en

ï^O^irriture. r>

Vainement le législateur aurait-il inscrit dans la loi les dispositions les plus sages; vainement le programme des matières serait rédigé avec lart le plus accompli, rien ne serait fait, si le professeur ne venait point les vivifier par un enseignement toujours clair, attachant, sagement distribué. La loi, c'est la théorie. Le programme, c'est le dessin. Au professeur il appartient, comme le disait encore le grand orateur, de lui donner des os et des nerfs, de la chair, de l'esprit, du mouvement.

556 DISCOURS PRONONCÉ PARU. LE MINISTRE DE LlNTÉRIEl'R

C'est dans un tel esprit que la loi sera comprise et exécutée. J' ai pour garant la présence d'hommes rompus à l'élude non moi qu'accoutumés à la pratique des saines doctrines. Qu'ils les mal tiennent avec sévérité , qu'ils les propagent avec un soin vérant !

La loi nouvelle, messieurs, marquera une date importante d la vie des professeurs. Ce n'est pas seulement qu'elle leur ouvr leur assure une carrière honorable , ce n'est pas seulement qit'^^a substitue à une position précaire ou dédaignée une position sta. J et respectée. Mais en créant des garanties (MM. les professeurs sont convaincus) , la loi crée aussi pour eux des obligations; agrandissant les positions, elle agrandit aussi les devoirs. ¥o tionnaires publics investis de la mission sociale la plus difficile e plus délicate , c'est devant le pays tout entier qu'ils auront h ré dre de l'accomplissement de leur tâche. Et ils n'auront pas seu^ ment à compter avec l'Etat, ils auront à compter aussi avec liberté. Dans l'arène ouverte aux établissements publics comme a^ établissements privés, infailliblement la victoire sera aux plushabil aux plus courageux, aux plus dignes. Grâce à Dieu, l'espace large et libre pour tous les concurrents. .. Et loin de nous la faiblesi$<^ de considérer d'un œil défiant ou jaloux les efforts des établisse — ments privés! Leur bonne direction pourra devenir un stimulant souvent utile aux établissements publics , et ceux-ci, h leur tour, j'en ai la confiance , seront pour eux une source de bons exemples et de belles traditions.

Qui profitera, messieurs, de la concurrence? Qui triomphera finalement à la lutte ? L'instruction de la jeunesse , c'est-à-dire l'avenir moral et la civilisation de la patrie.

Qu'elle surgisse donc , cette franche et noble émulation , à qui fera le plus et le mieux pour l'avancement intellectuel du pays! Sous cette double et vivifiante action de l'enseignement libre et de l'enseignement légal , que les esprits s'éclairent , que les caractères se développent et que se fortifient les âmes I Qui s'en plaindra? Qui ne battra des mains au spectacle d'une si belle lutte? qui n'y verra un motif de plus de bénir l'œuvre de haute conciliation et de haute

A L OCCASION DE LA DISTRIBUTION DES PRIX (l8So). 557

prévoyance de notre Congrès immortel? — Nous sommes ici les organes du gouvernement, profondément pénétrés de Timportance de ses devoirs et de la constitutionnalité de ses droits , mais trèsdisposés aussi à rester justes et bienveillants pour les droits de la liberté, pour les services qu'elle peut rendre à Téducation de la jeunesse.

JÉUner la jeunesse! Belle parole! comme le faisait remarquer un savant prélat. Eh! messieurs, que d'obligations et quel iir renfermés dans ces simples mots! A les prendre dans leur iption la plus vraie , élever la jeunesse , c est développer, par un noble et incessant travail, les intelligences et les âmes ; les orner, les agi-sindir et les rapprocher progressivement de la source souveraine du. vrai, du beau, du juste et du bon. Pour atteindre un tel but, po\ir conduire la jeunesse d'un pays tout entier dans ces hautes directions, est-ce trop, messieurs, de tous les efforts, de toutes les volontés, de tous les dévouements?

A ce point de vue , n'est-ce pas à juste titre que la mission du proresseura pu être appelée sainte ? N'y a-t-il pas là de quoi enflam- ^^r le zèle, soutenir le courage, satisfaire l'ambition dans une carrière où la fortune , il est vrai , ne se mesure pas toujours aux ^ines et aux sacrifices? La position est modeste, je l'avoue ; la grandeur de l'effort est parfois méconnue , mais la conscience peut être ^TMquille et fière , car les services sont éminents.

Nous sommes à la veille d'une importante réforme longtemps

attendue. L'œuvre législative qui vient enfin de s'accomplir assure

à la fois l'avenir de l'enseignement public et celui des professeurs.

Il leur tarde, je le comprends, de voir leur position fixée dans la

nouvelle carrière qui s'ouvre devant eux. Mais ils seraient les pre-

aiiers à condamner une impatience irréfléchie , qui pourrait tout

compromettre en voulant tout précipiter. Le plan de l'édifice est

excellent , je le crois. Il s'agit de l'asseoir sur des bases solides et

durables. Il s'agit d'apporter à sa construction une main énergique,

active et prudente. Nul ne pressera de vœux plus ardents, nul ne

saluera avec plus de bonheur que nous le jour de l'achèvement de

cette grande œuvre nationale. Que tous ceux qui doivent y con-

558 DISCOURS i'HOiNONCÉ PAR M. LE MIMSTRK DE L LMERIBUR.

courir, soit par le conseil , soit par l'action , rivalisent de zèle et de bonne volonté , et Tannée ne se passera pas sans que l ediûce sélève en ses parties essentielles et oiFre un abri protecteur à la science et à ceux qui ont mission de la protéger.

Messieurs les professeurs ,

Jusqu ici nos relations ont été moins fréquentes et moins directes que je ne Taurais voulu. Ce n est que de loin en loin et pour ainsi dire accidentellement que des rapports s établissaient entre nous. Cet isolement va bientôt cesser. Le même intérêt, la mémo pensée, les mômes devoirs nous lieront désormais. Tous ouvriers de la môme œuvre, travaillons sans relâche à la consolider et à Tembellir. Que les cœurs, que les volontés, que les mains s unissent, que la passion du bien, lamour du pays, la confiance réciproque nous animent, et que sur ces bases indestructibles la grande famille professorale soit constituée ! {Applaudissefnents.)

et<6

DISCOURS yrononré pav M» &ihtf

rrtfiMav k riote iiintrielte et titléntre ée Tcnien,

A la iisIribalioB des nédiilles et des prix anx lauréats do eoncoon Dniversitaire et da concours

de reaseigneflent Bojen de 1850.

Messieurs ,

Je serais ud organe infidèle du corps professoral , si mes premières paroles n étaient pas un acte de reconnaissance pour le Ministre éminentqui préside cette cérémonie, pour le gouvernement tout entier, qui vient enfin de doter l'enseignement moyen d'une loi si souvent promise , si longtemps retardée. Soyez loués , messieurs, de votre œuvre accomplie , de votre courageuse persévérance, des luttes brillantes que vous avez soutenues pour la plus juste des causes, des belles pages que vous avez ajoutées aux annales parlementaires du peuple belge.

La circonstance présente , la spécialité de mes fonctions et , je pense , le vœu de mes collègues , tout m'engage à traiter la question de renseignement au point de vue de la nouvelle loi, de son organisation prochaine. Je ne me dissimule pas la grandeur de cette entreprise ; nous pouvons bien , dans quelques pages éphémères , jeter les idées éparses d'un système que nous ne sommes pas obligés de formuler dans son ensemble , livrer nos réflexions du jour aux hasards de la discussion ; mais s'il s'agit d'exposer, dans une assem> blée composée des hommes les plus éminents du pays , le système d'études qui réponde le mieux aux conditions d'art, de science, de moralité et d'ordre public, qui satisfasse aux besoins légitimes d'un

peuple intelligent , moral , religieux , on reconnaît bientôt toutes les difficultés (l'une pareille tâche , et j ai besoin , messieurs , de réclamer toute votre indulgence avant de Tentreprendre.

Instruire la jeunesse , préparer les générations qui s'élèvent à occuper la place de celles qui s'éteignent, à continuer l'œuvre du passé ; confier le dépôt sacré des sciences à des esprits solides , capables de le conserver et de l'enrichir ; former à la patrie des citoyens qui l'illustrent par leurs travaux, qui la rendent honorée au dehors, heureuse au dedans par la pratique des vertus publiques et privées , telle est la grande et noble mission de l'enseignement.

Ainsi l'ont comprise les législateurs , les gouvernements éclairés qui ont placé dans la prospérité publique , dans la gloire nationale, la base de leur pouvoir ; c'est pour atteindre ce but poursuivi à travers les âges , que tant d'écrivains ont consacré leurs veilles , les uns à enrichir les sciences du fruit de leurs recherches , les autres à nous léguer les trésors de sagesse et de lumières péniblement amassés' par de nombreuses générations d'hommes ; c'est grâce à leurs travaux que toute la suite des hommes , pendant le cours de tant de siècles , peut être ôonsidérée comme un môme homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement (i). Et cependant nous ne pouvons pas nous faire illusion sur la constance de cette loi : il y a, dans l'histoire du monde , des périodes où l'intelligence humaine sommeille, où non-seulement elle n'augmente pas ses connaissances, mais où elle perd les traces de celles qui avaient été acquises auparavant ; c'est que , si grande que soit l'influence des instituteurs de la jeunesse , il y a au-dessus d'eux une puissance dont nous ne sommes tous que les aveugles instruments , c'est la Providence qui veille aux destinées de l'humanité , qui assigne à chaque époque sa tâche, à chaque homme sa place , qui met un sceau divin sur toute intelligence et dépose au fond des cœurs les germes des nobles instincts et des hautes pensées.

Quelle part nous est-il laissée dans l'œuvre mystérieuse de la formation des esprits, du développement de ces précieux germes? Quels aliments donnerons-nous à cette intelligence qui veut tout connaître.

(4) Pascal.

A L OCCASION DE LA DlSTaifilTlON DES PRIX (l85u]. 561

to^J^^ examiner, tout discuter? Comment développerons-nous dans ocBurs les sentiments du beau, du grand, de Thonnéte, dont nous ns, à certaines époques, la trace perdue? Problèmes obscurs ! lions sans cesse renaissantes et bien dignes d'occuper ia méditât ion des hommes préposés au gouvernement des peuples !

ni voudrait étudier Tinfînie variété des systèmes qui ont été »osés pour les résoudre , ceux qui ont été appliqués aux diOeépoques et chez les différents peuples , succomberait sous les faCi^iies d'un pénible labeur; et parvint-il à débrouiller cet inutile cbft^os, ce serait sans profit pour 1 époque présente , pour une société coxBistituée sur d autres bases , pour la satisfaction de besoins inconnu!^ aux hommes d'un autre âge.

n est pas l'éducation sévère de Sparte qui conviendrait à nos

et à nos institutions ; ce n'est pas l'éducation facile des Athé-

, confiée à des esclaves et à des sophistes ; ce n est pas à la

Roine corrompue des Césars que nous irions demander l'art d élever

^^ hommes. Rien d ailleurs, dans l'antiquité , ne répond aux grandes

institutions que TEurope chrétienne a fondées pour Tinstruction de

la jeunesse; rien ne ressemble à ce besoin de savoir qui travaille

notre société, à cette diffusion de lumières qui caractérise notre

époque, et si j en parle dans cette occasion , c'est que, par une sorte

d^ glorieux privilège de ces peuples , nous ne pouvons nous occuper

d^ sciences ni de lettres , sans que leurs noms viennent se mêler à

tios discours.

Depuis deux mille ans, et malgré Tabime jeté par la main de Dieu

entre la civilisation dont ils sont les illustres représentants , et celle

qui s'est développée sous la divine influence du christianisme, le

monde intellectuel subit leur joug , les générations qui se succèdent

sont élevées dans l'admiration de leurs œuvres : les comprendre est

une marque de distinction , considérée comme la source de tout

savoir. La civilisation d'un peuple se mesure au degré d'estime dans

lequel il les place, et le reproche le plus fréquemment adressé à

notre époque, la cause que Ton assigne à l'abaissement des esprits,

c'est que les écrivains de Rome et d'Athènes ne sont plus l'objet

exclusif des études de la jeunesse.

562 DISCOURS PRONOiNCÉ FAR M. LE PROFESSEIR BEDE

Non-seulement cette prééminence de leurs noms s'est attachée aux œuvres de leurs poêles , de leurs philosophes, de leurs orateurs, aux édifices, aux statues, ouvrages de leurs artistes, à tous les illustres débris dont nous ornons nos bibliothèques et nos musées : leurs langues , monuments impérissables de leur génie , sont admirées à 1 égal des créations les plus parfaites de 1 homme ; elles sont considérées même comme l'instrument le plus propre à former Tintelligence , à donner de la rectitude au jugement , à développer toutes les forces vives de l'esprit. Erreur ou vérité , cette opinion est générale , et quelles que soient les institutions qu'on ait élevées h l'éducation de la jeunesse , nous avons toujours vu ces langues posées comme la base la plus solide de l'instruction , leur enseignement employé comme l'exercice le plus propre à préparer les jeunes intelligences à l'étude des sciences.

La loi devait tenir compte de cette disposition des esprits , et le gouvernement , qui a placé les lettres anciennes à la tête de toutes les connaissances attribuées à Tinstruction secondaire , emploiera tous ses eflbrts à fortifier un enseignement auquel on attache une influence aussi grande sur les arts , la littérature et les sciences ; il examinera la situation de ces études , les tendances qui leur sont imprimées, aussi bien dans l'enseignement supérieur que dans l'enseignement moyen , et tracera , s'il y a lieu , les voies nouvelles dans lesquelles il importe de les faire entrer.

Car si l'on est généralement d'accord sur l'utilité de 1 étude de ces langues , il est rare que l'on s'entende sur les méthodes à y appliquer, et Ton suit des voies différentes suivant les points de vue auxquels on se place. Les uns y voient des langues logiques, et, à ce titre, en considèrent la grammaire comme le meilleur exercice de l'esprit ; les autres en font la clef de l'étude de l'antiquité , source de toute beauté et de toute grandeur : les mots les occupent moins que les choses ; d'autres enfin les étudient dans leurs rapports avec les lettres modernes. Ces vues diverses , ces systèmes qui s'entrechoquent , impriment nécessairement à cette étude des caractères différents , et ne doivent pas produire des résultats également satisfaisants. Cependant les méthodes les plus divergentes ont leurs

A L'0CCASI0^ DE LA DISTRIBUTION DES PRIX [l85o). 563

urs convaincus , passionnés , qui ne manquent pas de solides

pour démontrer l'exceilence de leur manière de procéder :

yj^Il^ma§pe tient en grand mépris celle que la France y applique,

Ile-ci se rit de la philologie allemande.

n'est pas notre époque seule qui marche incertaine dans cette

étcmd^* Jadis le latin était la langue vulgaire , on lapprenait pour le

et récrire, la routine y aidait plus que la méthode ; le grec

C la langue savante , ce fut toujours un grand mérite de la corn-

pr^K^dre, et le mot : Il sait du grec, exprime la profonde admiration

de coûtes les époques pour un si rare savoir. Plus tard ces langues

{(BX'^jat employées à enrichir les idiomes modernes , on leur emprunta

leujix*s mots les plus expressifs , leurs tours les plus élégants , on les

corRsidéra comme les types du beau langage , on les étudia dès lors

le point de vue littéraire ; le fanatisme de l'érudition , qui avait

tous les esprits, à l'arrivée des savants fugitifs de Constanti-

aople, disparut peu à peu, et tandis que les Juste Lipse, les Scaliger,

tes Saumaise, tous les patients commentateurs du xvi" et du xvn*siè-

cie, consacraient leurs veilles à l'interprétation des écrivains grecs

et latine, professaient encore le culte exclusif de l'antiquité , une

nouvelle école se formait qui , se proposant de transporter dans la

langue française les beautés littéraires des langues anciennes , sou-

i^ettait celles-ci à de nouveaux procédés d'investigations , et cher-

cWit dans leur étude de tout autres instructions. Montaigne,

pascal, Boileau, Racine , Fénélon, Bossuet et tant d'autres illustres

écrivains du xvn* siècle portent dans leurs écrits l'empreinte visible

de ce travail , le caractère distiuctif de cette étude ; nourris de la

lecture des anciens , les étudiant avec goût et discernement , non

pour les reproduire comme on Tavait d'abord essayé vainement,

mais pour découvrir le secret de leur art , ils s'appropriaient leurs

beautés qu'ils s'étaient appliqués à sentir, et les transportaient dans

leurs écrits. L'enseignement se modela sur cette direction des

esprits , 1 étude des langues anciennes fut employée à former le goût

des jeunes gens, à leur fournir des sujets de comparaison pour

lexactitude et l'élégance de la diction, pour la justesse et l'élévation

des pensées.

DISCOIKS PRONOKCE PAR M. LE PROFESSEUR BEDE

Chose étrange ! il y a aujourd hui une tendance à revenir au système do la renaissance , 1 érudition cherche à reprendre son empire, rAllemagne nous renvoie les commentaires du xvi** et du xvn* siècle, corriges , amplifiés ; nous sommes menacés de retomber dans les gloses , les scolies , les variantes ; on emploie deux heures à expliquer trois vers d'Horace , on fait des commentaires sur des textes , des commentaires sur des commentaires , on discute la fidélité des copistes du moyen âge, le mérite des éditions, des manuscrits; on ne néglige qu une chose , lintclligence de lauteur qu on étudie , la beauté du plan, lexactitude des détails, la justesse des idées, 1 élégance de la diction ; des jeunes gens ont consacré dix ans à letude des lettres anciennes , qui ne connaissent pas le plan de YÉnéide, la structure d une tragédie grecque. Nous avons tous sacrifié à cette érudition renouvelée du xyi*" siècle ; notre jeune ardeur s est éprise de cette science dont nous inondèrent, pendant dix ans, les philologues de Hollande et d'Allemagne , et que nous avons propagée , hélas ! avec une soumission bien flatteuse pour les maîtres qui nous rinculquèrent , mais avec peu d utilité , je pense , pour les élèves qui l'ont reçue.

Les anciens ne procédaient pas ainsi : les Grecs n'étudiaient pas les langues étrangères , ils apprenaient la leur dans les ouvrages immortels de leurs grands écrivains : les Romains étudiaient, à la vérité, la langue des Grecs, mais c'était pour eux une langue vivante, qui se parlait au milieu d'eux, qui avait encore d'éloquents orateurs, de spirituels critiques , d'excellents historiens ; mais ni les uns, ni les autres n'enseignaient cette prétendue science de la critique, qui substitue d'arides discussions à letude approfondie des lois du langage , à l'appréciation judicieuse des règles de la composition oratoire, des beautés de la poésie.

Si nous voulons voir rcileurir letude des lettres anciennes, en faire aspirer le suave parfum h nos jeunes élèves , retournons à la simple et belle méthode do Rollin ; voyons dans les œuvres de Tantiquité les types du bon goût, les sources des grandes pensées; pénétrons-nous des beautés de leurs langues et ne nous enquérons pas trop longtemps des règles du que retranché , des gérondifs et des

ni

Mil

A L OCCASION DE LA DISTRIBUTION DES PBII [l8S0;. 565

sufn^^i n ennuyons pas nos élèves avec des questions de formes, des (fîsouissions de textes; ne traitons pas ces œuvres dans nos leçons, corcftKne les commentateurs dans les publications qu ils en ont faites, 0L& l^s textes disparaissent sous lamas des notes qui les étouffent.

'X'out cet attirail de faux savoir ne fait qu'allonger le temps que Tocm consacre à cette étude. Montaigne, qui sentait le vice de ce s]r^€ème , le seul en usage à son époque , en prenait occasion de coxïcJamner renseignement même des langues anciennes : C'est un gr-^XT^d et bel agencement sans doute que le grec et le latin, dit-il , mats OTM^ Z'achepte trop cher.

Combien de personnes attribuent ainsi à cette étude les défauts qui sont ceux des méthodes qu on y applique. De nos jours surtout, o^ 1* instruction secondaire s est agrandie de tant de connaissances <l^t y ont été ajoutées , on s en prend volontiers aux langues anciennes du peu de fruit que l'on retire de cette extension ; on trouve, avec 1-aison, que l'avantage décrire en latin ne compenserait pas Yignorance de sa propre langue, des chefs-d'œuvre de notre littératures ; qu il faut cultiver dans le jeune homme les dons précieux de VaT^ de parler et d'écrire-, qu'il ne suffirait plus de faire apprendre le second chant de \ Iliade pour donner des notions suflBsantes de gëog^phie ; que l'histoire ne peut plus se borner aux actions des ç^^ples de l'antiquité ; que l'arithmétique et la géométrie , considérées comme de puissants moyens de culture intellectuelle alors quelles étaient dans l'enfance, ne peuvent pas être ignorées des hommes de notre temps. Nous ne parlons pas des études philosophiques , qui ont été placées dans l'enseignement supérieur et qui couronnent toutes ces connaissances ; nous ne citons pas l'enseignement des dogmes religieux, qui est en dehors de tous les autres enseignements; nous omettons l'étude des langues vivantes, des institutions politiques, de la physique, que la loi met au nombre des études attribuées à ce degré d instruction.

Certainement toutes ces connaissances sont utiles, contribuent, à différents degrés, à la formation de 1 homme moral et intelligent; on ne pourrait en négliger aucune sans qu'il y eût, dans les esprits, quelque chose d'incomplet, de heurté, des faces grossières et ternies.

à câté d'autres faces qui rayonneraient du plus vif éclat ; il s agit donc d'établir entre elle Tharmonie , la subordination nécessaires pour qu elles se classent avec ordre dans les intelligences, qu elles ne se fassent pas. obstacle, qu'elle sentr'aident au contraire. Ainsi letude de la rhétorique et de la poésie se combine avec celle des m langues, les lettres anciennes et les lettres modernes se portent un m mutuel secours ; c est de leur union, de la simultanéité de leuraction, « de leur tendance commune qu'on doit attendre le développement des « dons de la parole et du style ; l'histoire s'y mêle sous toutes sortes 2= déformes. De tout temps on a reconnu l'utilité de faire connaître aux:3 enfants les beaux faits des grands hommes, Iqs gloires et les misères^ de la patrie, de présenter à leurs jeunes imaginations les actes?* d'héroïsme qui élèvent l'âme et l'ouvrent aux nobles aspirations. IcL encore Rome et Athènes ont joui du privilège de voir, pendant vingt siècles , les actions de leurs hommes illustres servir d'exemple de patriotisme , d'abnégation , de courage. L'Europe moderne leur a sacrifié son histoire, elle l'a longtemps dédaignée, l'a flétrie du nom do barbarie, elle semblait avoir honte de faire connaître aux enfants les actes de leurs pères. Cette fausse appréciation a cessé; le moyen âge a été exploré, les temps modernes ont été étudiés avec soin, et partout nous avons trouvé, dans les faits longtemps obscurcis de ces temps dédaignés, des enseignements aussi élevés, plus en rapport avec l'état de notre société. Mais notre manière de concevoir l'histoire diffère essentiellement de celle des anciens; nous en avons (ait une sorte d'encyclopédie, où nousavons tout fait entrer : questions de droit, de commerce, de science, d'art; or, si nous voulons que les enfants s'intéressent aux récits des actions de leurs ancôtres , nous devons sacrifier ce lourd bagage de science, en extraire les faits qui renferment de beaux exemples ou d'utiles leçons, les revêtir des formes attrayantes qui font le mérite des histoires de l'antiquité, et ont donné à ses héros une immortalité qu'ils n'eussent pas obtenue probablement, si leurs actions avaient été conservées dans des ouvrages moins parfaits. On peut confier à la mémoire de l'enfant une série de faits qui l'intéressent, attirer son attention sur la moralité de certains actes, le faire réfléchir sur les suites qu'ont entraînées le5 vices

A l'occasion de la DISTRIBITION DES PRIX [l850;. 567

oiA les vertus des grands, Tignorance ou la corruption des peuples, rcftsiison ne doit pas soumettre à son jugement des considérations qui

ilépâssent la portée de son intelligence.

Ole qui est vrai de Thistoire lest également des mathématiques ; il y SL dans l'arithmétique et la géométrie des principes d'une utilité ft.érale, faciles à comprendre, et dont l'élude est propre à développer laines facultés de l'esprit ; mais cette science a pris un tel dévelop- , lanalyse a envahi à tel point son domaine, qu'il est difficile l'allier aux autres études. Si Ion veut qu'elle ne les absorbe pas, ^t cju elle exerce toutefois sa part d action sur le développement de Viràtelligence, il faut en borner l'enseignement aux principes rigouïi^^sement nécessaires, et le dépouiller de ce luxe de discussions, de théories et de cas particuliers qui en font une science toute spéciale. Il est donc possible de fortifier renseignement des lettres anciennes p^r remploi d'une méthode qui soit en rapport avec la fin que l'on ^^ propose, de grouper autour de cet enseignement les connaissances dont il importe d'orner l'esprit des jeunes gens , celles qui le préparent à l'étude des sciences et qui ont un caractère spécial , avec lequel il importe de se familiariser de bonne heure. Ce sera l'œuvre du gouvernement , qui doit déterminer l'étendue de l'instruction secondaire, indiquer sa direction, tracer les méthodes, empêcher que les professeurs ne s'abandonnent à la pente de leurs goûts et de Jeurs habitudes, choisir, entre tant de roufes qui se croisent, la véritable voie du progrès.

Mais là ne se borneront pas les difficultés de sa mission; un autre enseignement réclame également ses soins : les études des écoles consacrées à l'art militaire, à l'exploitation des mines, aux constructions, à l'industrie, exigent une préparation spéciale des esprits, des connaissances préliminaires étendues ; les jeunes gens qui, de bonne heure, doivent se livrer aux travaux de lindustrie, aux opérations du commerce , ont aussi besoin d'enseignements appropriés à leur destination ultérieure , qui déblayent les abords de ces professions des difficultés qui les hérissent, et que la pratique est trop longue à vaincre. La loi prévoyante a pourvu à ces nouveaux besoins de notre époque, elle a décidé la création d'un enseignement professionnel

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