‹ ANNALES UNIVERSITES DE BELGIQUEChapitre 162 sur 218 · SIR M. LE PROFESSEUR BEKKER · texte numérisé non relu

SIR M. LE PROFESSEUR BEKKER

proposai une mesure pour que chacun de nous s'empressât de le

^conder de tous ses efforts. Heureux ascendant , heureux accord qui

^'a pas peu contribué h soutenir le rang honorable qua toujours

occtAjpè l'université de Liège !

Il fit preuve de désintéressement dans laccomplissement de ses

/bootioDS en une foule de circonstances, et notamment pour soutenir

àes élèves studieux qui étaient dans le besoin : aussi, en était-il aimé

conckKiDe il les aimait lui-môme. Je crois encore voir ses traits, altérés

p^** ^Jine maladie cruelle , se ranimer lorsque naguère je lui expri-

D^^*^ le vif intérêt que ses élèves, et môme ceux qui n'appartenaient

p^^ è^ sa faculté, prenaient à ses souffrances.

imme professeur, qui mieux que vous a pu juger, chers élèves, lien vaste était sou érudition ! comme il possédait les richesses mses des langues qu'il était chargé de vous enseigner ! comme ^*^ faisait ressortir la force et les beautés des auteurs qui faisaient la ^^iière de ses explications ! Vous vous rappelez à quel degré il était cloué du talent de s'énoncer avec justesse, avec clarté ; comme il savait exciter votre émulation et vous inspirer le goût des connaissances avec l'amour du travail. Vous vous souvenez aussi de ce zèle infatigable qui le portait à augmenter le nombre de ses leçons, alors que, dans l'intérôt de sa santé, ses amis lui conseillaient instamment de modérer son ardeur.

Avec des talents si éminents, Bekker, qui avait vécu dans le commerce et l'intimité des grands génies d'Athènes et de Rome, pouvait prétendre à briller et à se faire un nom dans le monde littéraire ; il préféra le rôle modeste de professeur, et concentra son activité tout entière dans ses fonctions : il pensait qu'avant tout il se devait à ses élèves; c'est là ce qui explique pourquoi il n'a publié que quelques dissertations plus spécialement utiles aux jeunes gens qui fréquentaient ses cours, et qui furent accueillies favorablement en Belgique et à l'étranger. Mais s'il a laissé peu d'écrits, il vit dans ses élèves, dont plusieurs sont devenus des professeurs distingués dans les universités et les athénées du royaume , et dont le mérite ajoute encore à sa gloire.

Une réputation si solidement établie devait inspirer aux sociétés

590 NOTICE NÉCROLOGIQUE SUR M. LE PROFESSEUR BEKkER.

savantes le désir de s attacher uu homme aussi distingué : il devint membre correspondant de l'Institut d'Amsterdam, et, en 1 834, il fut nommé membre de l'Académie des sciences et belles- lettres de Bruxelles , à laquelle il communiqua plusieurs rapports d*un grand intérêt qui sont insérés dans ses Annales.

Il me resterait à vous entretenir de sa vie privée, à vous montrer l'ami dévoué, le bon époux, le tendre père ; comment, frappé successivement dans les êtres qui lui étaient les plus chers, sa vie Gnit par devenir un tourment continuel : mais un de mes collègues, lié depuis longtemps avec lui , s acquittera bientôt de cette tâche , que des relations intimes le mettent mieux à même de remplir.

Adieu, Bekker ! puisses-tu, dans une vie où tes vertus t'assignent une place meilleure que celle que tu as occupée jusqu'à ce jour, être sensible encore à l'attachement de tes collègues ! La patrie perd en toi un bon citoyen, la science un littérateur distingué , l'université un professeur dont la perte est difficile à réparer.

Et vous, chers élèves, vous q.ue la douleur accable, environnez le cercueil de votre professeur : il vous appartient maintenant ; c'est à vous que revient le triste honneur de le déposer dans la tombe et de rendre ce dernier et public hommage de votre reconnaissance à celui qui vous portait dans son cœur.

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