S9 MAI
Messieurs ,
Avant d enlever à des lieux qui lui furent si chers celui qui cause aujourd'hui nos regrets, qu'un dernier adieu soit dit au nom de l'université au collègue dont la mort précoce laisse un si grand vide parmi nous.
A la vue d'un auditoire si nombreux, je comprends, messieurs, combien la perte que luniversilé et la science viennent de faire est douloureusement sentie. Personne ne méritait mieux tant d'estime et d attachement ; personne ne remplissait à un plus haut degré toutes les qualités qui constituent lexcellcnt collègue et le bon professeur. A un jugement sain, au goût du travail, à un caractère plein d*aménité, il joignait un savoir profond, une probité sévère et une vie sans reproche.
Gborgs Bbkksr reçut le jour à Waldùrn, grand-duché de Bade, en 1792, de parents honnêtes, mais obscurs; ce qui relève encore son mérite. Il fit ses études académiques sous la direction d'un des plus grands philologues de TAIIemagne, du célèbre Creutzer : il était digne dun si grand maître. Persuadé que le moyen le plus certain d'acquérir des connaissances propres à lui assurer dans favenir un état utile et honorable était de suivre exactement les leçons et les conseils de ce philologue expérimenté, Bekkcr eut foi dans Creutzer ;
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il s'attacha à lui, ci devint son disciple le plus assidu, le plus docile et le plus laborieux. Ses succès furent si marquants qu*il fiia de bonne heure lattention publique, et fut appelé, en 1817, jeune encore, à occuper dans Tuniversité de Louvain la chaire de littérature grecque et latine. Il remplit ces importantes fonctions avec autant de zèle que d'éclat ; aussi, à une époque où la qualité d'étranger pouvait être suspecte à une nationalité naissante , Bekker, qui d ailleurs avec un tact exquis s était identifié avec nos usages et nos mœurs, qui de cœur était Belge, fut maintenu avec empressement par le gouvernement provisoire , et continua à entretenir dans le pays le goût des sciences philologiques , dont le sort , plus que jamais , semblait être compromis.
En 1835, par suite de la réorganisation de renseignement, il fut nommé aux mêmes fonctions à l'université do Liège et chaîné du^^ rectorat qui lui avait déjà été confié auparavant en récompense dc^ ses importants services. C'est alors seulement que la plupart denlr»--^ nous qui ne le connaissions que par une juste renommée, noct:^^^ pûmes apprécier tout son mérite et en juger favorablement dès arrivée, par les nombreux amis dont il était entouré. Nous ne tai dames pas h reconnaître en lui lexcellent collègue qu on aimait consulter, à cause de sa sagesse et de la modération de son caractè Qui de nous n'a apprécié une amitié si commode , un commerce doux, cet esprit si calme en apparence et qui pourtant dans lep^ chôment de la conversation devenait vif, pétillant , plein d'agréabA saillies?
Comme recteur, il était conciliant et ferme à la fois.
Son rôle était difficile à une époque d'organisation nouvelle , où il s'agissait de diriger vers un seul et môme but tant d esprits divers qui se connaissaient à peine. Avec quel art il savait ménager les amours-propres I Comme il savait maintenir l'union entre tous! Jamais on ne le vit réclamer pour lui de prééminence ; il ne demandait que la part d autorité qui lui était indispensable pour faire le bien et pour assurer l'exécution des règlements , afin de maintenir la dignité de ses collègues, l'éclat de l'université et Tordre nécessaire aux bonnes études. Tel était son ascendant moral qu'il suffisait qu'il