JANVIER
Messieurs,
La perte d un homme d'esprit et d'un homme de bien est tou-
jours un deuil affligeant pour la science et pour la patrie. — Mais
C3elle que nous déplorons aujourd'hui doit nous affecter d'une ma-
:nière d autant plus sensible que, bien que depuis plus de dix ans la
^^etraite honorable dont jouissait celui que nous avons perdu nous
ût privés de sa présence dans nos assemblées, toutefois il vivait,
t luniversité, dont il était l'un des doyens d'âge et à la gloire de
laquelle il ne cessa jamais de s'intéresser, avait au moins la conso-
1 ation de le compter au nombre de ses membres les plus distingués.
Il possédait la confiance, 1 amour et le respect des siens et de tous
^cs concitoyens, comme médecin habile, comme professeur distingué
^t comme bon père de famille.
DiEUDONNÉ Sauveur naquit à Liège le 2G avril 176G. Son père le plaça fort jeune au collège de Visé où il fit ses premières études. Désireux d'étendre ses connaissances et d'acquérir en même temps un état qui lui permit de vivre d'une manière indépendante , il se rendit en France , où il entra à l'Oratoire d'Angers, corporation qui fournissait alors les professeurs les plus distingués pour les études humanitaires. Il y resta plusieurs années, et s'y lia avec des hommes qui plus tard jouèrent un grand rôle , je veux parler des Daunou , des la Rochejacquelin, des Chabrol de Volvic, des Fouché, qui tous l'affectionnaient, et qui,parvenusaufa!tedesgrandeurs, lui avouaient ingénument que de tous leurs anciens amis il était seul qui ne leur eût rien demandé : témoignage frappant de son désintéressement et de sa noble indépendance.
596 NOTICE NÉCROLOGIQIE
Quelque temps après, il fut choisi pour remplir la place /Je professeur de rhétorique au collège de Juilly près de Paris et dépendant de la congrégation de l'Oratoire. Au milieu de ces fonctions, qu il remplissait d'une manière distinguée, se déclara tout à coup sa vocation pour la science dans laquelle il devait briller un jour. Il se rendit à Paris pour y suivre les cours de la faculté de médecine. Mais les événements politiques qui bouleversèrent la France le forcèrent peu après à passer en Hollande, où il continua paisiblement ses études médicales, et obtint le grade de docteur en médecine à luniversitc d'Utrecht.
De retour à Liège, il médita longtemps la théorie de son art avant d'en hasarder la pratique: lenteur bien digne d'éloge, la médecine étant une profession trop délicate et trop importante pour qu'il soit avantageux à ceux qui Texercent de s'abandonner à la manie des réputations précoces.
Ses succès n'en furent que plus certains : il ne tarda pas à être choisi par l'administration des hospices pour remplir les fonctions de médecin de l'hospice de Saint- Abraham.
En 1809, il fit partie du bureau de santé du département de lOurthe ; il fut nommé peu de temps après médecin des épidémies.
En 1 81 4 le gouvernement prussien le confirma dans ses fonctions.
Nommé en 1818 président de la commission médicale de la province, il fut maintenu dans ces fonctions honorables jusqu'en 1830. Dans rintervalle il fut membre des commissions instituées par le gouvernement pour la rédaction de la pharmacopée belge et pour la révision des règlements relatifs à l'exercice de l'art de guérir ; récemment encore il fut consulté sur cet objet par le gouvernement actuel.
Tant de distinctions glorieuses sous les divers gouvernements qui se succédèrent sont une preuve bien éclatante de la considération à laquelle il s'était élevé. Rien d'étonnant du reste que Sauveur, pendant sa longue carrière, ait été constamment à la tétc du corps médical dans le pays : il avait toutes les qualités que requiert un semblable état ; il étudiait avec opiniâtreté la cause et les progrès du mal, que son savoir profond et sa longue expérience lui faisaient facilement découvrir. — Doué d'un extérieur heureux, il savait inspirer cette confiance qui suffit (juelquefois pour amener la gué-