S NOVEMBRE
Messieurs,
Il y a quinze jours à peine , appelé par mes fonctions à présider notre séance de rentrée , je vous signalai la cause qui s opposait à ce que je reçusse de la main de mon prédécesseur ces faisceaux académiques qu'il s était fait un bonheur de me remettre lui-même. Il ne s agissait alors que d'une indisposition dont rien ne laissait soupçonner la gravité, et je vous en parlai uniquement comme d'une circonstance regrettable, puisqu'elle nous privait de la présence d'un collègue, dont nous avions su apprécier les excellentes qualités. Tous nous comptions tellement sur une prompte guérison, que nous ne songeâmes point à ajourner notre banquet annuel , banquet de famille destiné à réunir quelques instants, autour d une même table, ceux que les mômes devoirs amènent journellement dans cette enceinte. Que de changements depuis lors!
Tandis que livrés à cette trompeuse sécurité, où se cachent trop ^ souvent de cruels mécomptes, nous appelions de nos vœux le réta — ^ blissement de la santé d'un ami absent ; tandis que nous nourrissioi l'espoir de le voir incessamment rendu à des fonctions qu'il remplis sait d'une manière si distinguée, la mort poursuivait sa fatale missioi^. Celte indisposition, légère en apparence, et qui n'inspirait pas âe
NOnCB NSCROLOGIQLB SUR M. LE PROFESSEUR DE LA VACHERIE. 637
craintes sérieuses, prit tout à coup un caractère inquiétant, et le mal DJentôt fit des progrès tellement rapides, qu au bout de peu de jours lotre digne collègue nous fut enlevé.
Une voix mieux exercée, plus compétente, vous dira les titres qui le recommandent au souvenir des savants. Je dois me contenter de vous rappeler ici quelques-unes des qualités qui le feront vivre dans la mémoire de ses nombreux amis, et les principales circonstances ie cette existence trop courte et si bien remplie.
Barthélemt-Yalentin de La vacherie naquit à Eysden , le 20 septembre 1 798. Orphelin dès son jeune âge . il fut , comme la plupart dentre nous, le fils de ses œuvres, car il appartenait à une de ces familles bourgeoises où Tordre , lactivité et le désir de s'instruire forment le patrimoine précieux que le père transmet à ses enfants. Après avoir terminé ses études au collège de Maestricht, il entra à luniversité de Liège, l'année même où elle fut installée (octobre 1 81 7). Son application ne tarda pas à Ty faire distinguer : au bout de trois mois, il fut nommé chef de clinique chirurgicale (30 décembre 1817). Désormais sa carrière était décidée, et il allait fournir une illustraion de plus à cette branche de la science médicale, dont il a écrit 'historique d'une main que déjà la mort convoitait.
Quatre ans après son entrée à runiyersité, il en sortit docteur en Dédecine et en chirurgie (juin et juillet 1821], et ne tarda pas à se 'endre à Paris, pour y suivre les leçons des savants professeurs de îette époque : Broussais , Dupuytren et Lisfranc. A son retour, il >btint le grade de docteur en accouchements, et compléta ainsi sa Dosition scientifique (novembre 1824).
De Lavacherie était, depuis quelques années, livré aux occupa- Lions de sa clientèle déjà nombreuse, quand survinrent les événements de 1830. Il y avait dans ce noble cœur trop de générosité, trop de patriotisme, pour qu'il restât froid en présence du sentiment national si heureusement réveillé parmi nous. A Liège s'est conservé le souvenir de ses actes de dévouement, et ses compatriotes les ont reconnus en lui confiant, dans la garde citoyenne, des fonctions élevées en rapport avec ses études. Pour lui, ce ne devait être qu'une occasion d'acquérir de nouveaux titres à la gratitude publique.