DES MOYENS A EMPLOYER POUR CONSERVER LINDO-CHINE
Menaces extérieures pour notre domination en Indo-Chine.
Les événements de la guerre Russo-Japonaise nous ont fait sauter aux veux les dang-ers sérieux qui menacent notre domination en Indo-Chine. Le rapport du général Kodama, apocryphe ou non, a nus en lumière d'une façon très nette ce fait indéniable, que si nous ne prenons pas les mesures les plus sérieuses pour parer aux événements qui nous menacent, notre superbe colonie nous sera enlevée au moment même où l'achèvement de son réseau ferré la mettrait en état d'être encore plus florissante.
L'Indo-Chine a été dotée jusqu'ici de forces militaires suffisantes pour résister à un soulèvement de la race conquise ou aux incursions de bandes de pirates, ou même aux attaques de la Chine, armée à la mode ancienne, mais un fait nouveau a surgi en Extrême- Orient :
Le Japon était considéré jusqu'ici comme un pays dont l'éducation militaire était en bonne voie, mais auquel il faudrait encore un certain temps pour s'assimiler les méthodes de guerre et le maniement des engins de toute espèce qui constituent le matériel militaire. On savait que la race guerrière des Nippons devait produire de bons soldats, mais on regardait comme impossible que dans l'espace de cinquante ans, elle eût pu former un état-major général et un corps d'officiers capables de mener une campagne contre une nation européenne. Aussi, sans préjudice de la malechance qui semble avoir
accompagné les entreprises des Russes sur terre et sur nier, et, il faut bien l'avouer, de leur mancjue de préparation, de décision et d'habileté, avons-nous été obligés de saluer l'apparition dans le monde d'une nouvelle grande puissance militaire et maritime.
Et voilà le fait nouveau qui est venu modifier l'équilibre des forces en présence en Extrême-Orient.
Si l'on admet que l'accord Franco- Japonais nous mette pour quelque temps à l'abri des attaques des Nippons, il n'en faut pas moins tenir compte de ce fait que la victoire japonaise amène après elle une conséquence d'une portée incalculable pour l'Indo-Chine : c'est le réveil chez le colosse chinois, qui semblait assoupi dans l'ignorance de sa force latente, du sentiment militaire et du sentiment national.
On sait que les Saints et les Génies que les Célestes vénèrent avec le plus de dévotion, de ferveur et de foi, sont les guerriers, qui par leur courage et leur habileté dans l'art militaire, ont su le mieux défendre le sol de leur patrie contre les envahisseurs étrangers, ou protéger le trône de leurs empereurs contre les assauts de la rébellion. Il est impossible de ne pas voir une race guerrière dans un peuple dont l'admiration et le culte va tout d'abord aux gloires militaires.
Et le culte de Confucius, dira-t-on ? Le culte de Confucius est un culte discret auquel le peuple ne prend d'ailleurs aucune part. C'est le culte des lettrés, des fonctionnaires, le culte ofliciel et obligatoire dont les hauts mandarins sont les prêtres. Il n'a rien de conqjarable aux manifestations populaires et spontanées auxquelles donnent lieu les processions des Génies Guerriers.
On peut objecter encore que les grades du mandarinat militaire sont dévolus en Chine à ceux qui se montrent les plus adroits à tirer de l'arc ou à manier la lance. Il est vrai que le métier des armes a manqué depuis l'avènement de la dvnastie Mandchoue, de tout prestige, mais il ne faut voir là qu un état de choses volontairement institué par un gouvernement qui avait tout à craindre du réveil du sentiment militaire. En choisissant les chefs de l'armée parmi les illettrés, il a cherché à en ruiner le prestige aux yeux de ce peuple qui honore les lettres, et son but a été atteint : rendre l'armée méprisable
et par suite inoU'ensive. Miiis au fond tle son cœur le Chinois a conservé le culte des Guerriers Antiques.
Depuis l'intervention intcMiiationale des Puissances au Petchili en 1900, le vice-roi de cette province, Yuan Chi Kai, a entraîné son pays dans une voie nouvelle : c'est la réorfj^anisation de l'armée sous la direction d'instructeurs japonais, c'est-à-dire suivant les méthodes européennes déjii adaptées à la race jaune. Les novateurs se sont rendu compte que les armées provinciales étaient vouées à l'impuissance et ont commencé l'org-anisalion d'une armée nationale. Dans ce but on a créé, en 11)03, le « lien ping- chou >>, un conseil supérieur de la guerre ayant une autorité réelle, contrôlant et dirigeant à la fois le ministre de la guerre lui-même et les vice-rois, en ce qui touche aux questions d'ordre militaire. L'empire a été divisé en 18 régions militaires coi'respondantes aux 18 provinces. Dans chacune de ces circonscriptions, on projette de créer successivement deux divisions mixtes comprenant chacune deux régiments d'infanterie à 3 bataillons, un régiment de cavalerie à 3 escadrons, un régiment d'artillerie à 9 batteries, un bataillon du génie et un bataillon du train, soit au total 12.000 hommes par division, et 430.000 hommes pour les 3G divisions. Les Chinois espèrent avoir, vers 1920, une armée d'un effectif de paix égal au nôtre et possédant une organisation copiée sur celle de l'armée japonaise. Cette armée remplacera peu à peu l'armée de la bannière verlc qui se compose des diverses troupes de style archaïque qui subsistent encore dans cha(jue province de l'Empire, comme pour servir de repoussoir aux belles unités constituées à l'européenne. Quant à l'armée des huit bannières, qui se compose d'un contingent de 250.000 mandchous et dont le but est de défendre la dynastie régnante, il est fort probable qu'elle sera soumise à son tour à une réorganisation et constituera un ou deux corps d'armée dans la région de Pékin. Une division de cette armée existe déjà à Pao Ting Fou et d'autres se forment en plusieurs points du Petchili.
Comme éléments de l'armée nationale dont nous avons parlé plus haut, il existait déjà en 1905 : 1° Sous les ordres de Yuan Chi Kaï, le créateur de l'armée du Nord, 4 divisions de l'Anhouei, du Huan, du Chantoung et du Petchili, formant un elfectif de plus de 100.000
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hommes. 2*> Sous les ordres de Tchan Chi Ton^ dans le moyen Yangtsé, à Outchang, 4 autres divisions formant un elTectif de 50.000 hommes. 3° A Nankin, 2 autres divisions dont l'effectif est de 23.000 hommes. On peut déjà supputer qu'à l'heure qu'il est, la Chine dispose d'une armée constituée ;i l'européenne, d'un effectif dépassant 200.000 hommes. Ces troupes ont exécuté, en 1905 et 1906, des grandes manœuvres qui démontrent très nettement que ce serait folie que de continuer à refuser aux Chinois des aptitudes militaires très sérieuses.
Le corps d'officiers était à créer de toutes pièces. Aussi les écoles militaires qui existaient déjà ont-elles reçu un grand développement. Outre les anciennes écoles de Han Keou, Tien Tsin et Nankin, on a décidé, en 1905, d'ouvi'irune école du!*"' degré par province, 4 écoles du 2^ degré à Pao ting fou. Ou Tchang, Singan Fou et Nankin, On créera à Pékin une école supérieure de guerre, une école spéciale militaire pour les fils de famille riche et distinguée, une école d'artillerie et de génie, et même une école de musique militaire. D'une manière générale, les candidats officiers doivent être de bonne famille et lettrés. La durée des cours est de quatre ans, pendant lesquels on leur enseigne en même temps que les sciences militaires, la géographie, l'histoire, le calcul et la topographie. Quelques-uns apprennent aussi une langue étrangère.
De plus, des milliers d'officiers ou sous-officiers chinois font des stages dans les troupes ou écoles japonaises, en même temps que de nombreux militaires japonais instruisent les troupes chinoises. Enfin des émissaires japonais parcourent les provinces les plus reculées du Céleste Empire, répandant par le journal et par la parole, la renommée des exploits accomplis sous les plis du drapeau du Soleil Levant.
Outre les anciens arsenaux qui existaient déjà à Tien Tsin, Shang hai, Nankin, Han Yang, Foutcheou, etc., on a décidé de créer d'autres centres de construction à Pin Siang dans le Kiang si, et peut-être à Pao ting fou. En attendant de pouvoir se suffire à euxmêmes dans la constitution de leur armement, les Chinois font de grosses commandes en Europe.
En somme, la réorganisation est très active et très complète. Les
nouveaux corps de troupes dressés et habillés k l'européenno, (jue nous avons vus sur la frontière du Tonkin, venant du llou Nan et du Hou Pê, n'ont plus aucune ressend)lance avec les hordes de lié(juliers qui constituaient jusqu'ici l'armée de la frontière. Ce sont des soldats propres, disciplinés, roinjjiis ;i la inanteuvre, commandés par des officiers qui semblent avoir les qualités de l'officier européen. Quant aux qualités militaires du chinois, nous savons quelle est la résistance des pirates de cette race que nous avons eus à combattre sur les frontières du Tonkin et qui, piivés de toute ressource, mal vêtus, mal nourris, savaient exécuter des marches forcées par tous les temps, et se montraient de bons soldats sous le feu.
Quoi (ju'il en soit, ces projets de réformes fondamentales, (jui ne sont nullement du goût de la vieille impératrice, auraient fort bien pu ne pas aboutir, grâce au morcellement de l'Empire en une sorte agglomérat de vice-royautés. On aurait pu penser que les vice-rois, menacés dans leur toute puissance par une centralisation gênante, auraient dû devenir pour ce nouvel état de choses autant d'adversaires dangereux. Mais, une brise vivifiante souffle de l'Est sur le patriotisme du colosse chinois et les succès des Japonais, remportés sur une puissance européenne, ont réveillé chez lui le vieux guerrier qui sommeillait sous la robe du lettré. Voilà pourquoi rien ne viendra arrêter la réorganisation militaire du Céleste Empire.
Ainsi, nous constatons d'une part la qualité des éléments dont dispose la Chine au point de vue physique comme au point de vue moral et d'autre part la ferme volonté d'en tirer un bon parti, qui semble animer ses gouvernants, et le réveil du sentiment militaire qui anime l'âme chinoise. Nous en tirons cette conséquence que dans quelques années nous aurons comme voisine immédiate de notre Indo-Chine, une puissance militaire d'une force imposante, et plus loin, à une distance de 8 jours de mer avec une sentinelle avancée, Formose, placée à S jours seulement de Haï Phong, une autre grande puissance militaire et maritime qui s'appelle l'Empire du Soleil Levant.
En admettant que les Nippons, trouvant, en Corée et en Mandchourie, un exutoire suffisant pour leur besoin d'expansion et fidèles à l'accord qu'ils viennent de signer avec nous, ne songent plus aux
belles rizières de rindo-Chine, il est évident que le guerrier chinois, tout frais équipé et dont les muscles bien exercés seront tendus pour la lutte, piétinera d'impatience derrière la frontière du Tonkin et brûlera du désir d'essayer ses armes toutes neuves contre ce soldat fran(,'aisqui l'a mis à la porte du T(Mdvin en 1885.
Les événements de l'année lUOt), dont le développement a ensanglanté les rues de Shang* Haï, viennent encore ajouter aux considérations qui précèdent un nouveau sujet de perplexité. Les Chinois, sous l'inspiration japonaise, voient avec une mavivaise humeur de plus en plus marquée les Européens installés sur leur territoire dans des concessions où ils prétendent faire la loi, ou occupés à construire des lignes de chemin de fer pour la mise en valeur de leur pays. Un esprit nouveau semble soufïïer sur les côtes du Céleste-Empire. Il a pour devise « La Chine aux Chinois ».
Mais ce n'est pas tout. Menacés au Nord sur notre frontière sinoannamite, menacés à l'Est et au Sud sur nos côtes, nous avons encore à l'Ouest un voisin dont l'hostilité toujours en éveil est prête à favoriser toute entreprise japonaise ou chinoise ayant pour objet la ruine de notre prestige en Extrême-Orient. C'est le Siam, le rival séculaire de l'Annam pour la possession du Cambodge et du Laos, qui est devenu pour notre domination en Indo-Chine un antagoniste envieux de nos succès, acharné à notre perte et furieux de ne pouvoir la consommer tout seul. Les Japonais ont bien senti tout le parti qu'ils pouvaient tirer de cet état d'esprit et depuis quelques années ils se sont attachés à pénétrer au Siam sous toutes les formes. Ils se sont introduits dans l'armée comme instructeurs et dans les dilférents services publics comme employés. Sous leur impulsion Chu la long Korn a réorganisé son armée, créé une vingtaine de régiments d'infanterie et quelques batteries d'artillerie. Les manœuvres, luniforme, le fusil lui-même, tout est emprunté au Japon. Entîn, à l'heure qu'il est, notre voisin de l'Ouest est en mesure de mettre en ligne sur la frontière du Cambodge un corps mobile de 1 5 à 2(1.000 hommes. Si l'on songe que la garnison de guerre de la Cochinchine ne s'élèvera qu'à une dizaine de mille hommes on comprend qu'une pareille menace, venant s'ajouter aux autres, soit de nature à nous inspirer de graves inquiétudes.
Mesures à prendre pour la défense de l'Indo-Chine sur terre et sur mer contre les ennemis extérieurs.
Nous venons de passer on revue les menaces qui peuvent surgir de l'extérieur. Nous allons maintenant étudier les mesures à prendre pour y faire face pendant le laps de temps qui sera nécessaire à notre flotte pour venir reprendre la maîtrise de la mer et à nos transports pour apporter sur le sol de notre colonie les renforts indispensables à sa défense terrestre. On peut évaluer k quatre mois le temps nécessaire à cette mobilisation.
Pendant cette période, toutes nos énergies devront se tendre pour garder les points de notre territoire qu'il ne faut à aucun prix abantlonner au pouvoir de l'ennemi. Au premier rang de ces points qui doivent rester inviolables, il faut citer la place de Saïgon-Cap St-Jacques qui est notre seul point d'appui de la flotte en Extrême- Orient. Sa perte serait irréparable puisque la flotte française arrivant pour reprendre l'offensive ne trouverait plus aucun port pour se ravitailler et se réparer. Saigon sera le premier but des convoitises de l'ennemi, non seulement parce que sa prise ruinerait chez nous toute espérance de retour offensif, mais encore parce qu'elle entraînerait par surcroît l'occupation de la Cochinchine toute entière. Des efforts considérables ont été déployés dans ces dernières années pour mettre en état de défense du côté de la mer et du côté de la terre la place de Saïgon-Cap St-Jacques. Les voies navigables aux grands bateaux qui donnent accès à Saigon sont la Rivière de Saigon et le Soirap. Une fois ces deux voies barrées par des ouvrages, des lignes de torpilles fixes ou automobiles, les estacades et les bateaux coulés dans les coudes des deux rivières pourront assurer leur interdiction à l'ennemi. L'envahisseur a encore la ressource de remonter sur des bateaux de faible tirant d'eau le Mékong ou le Vai Co, puis de débarquer sur leur rive gauche pour marcher sur Saigon et attaquer son front Ouest. Mais cette opération qui serait très longue donnerait le temps à nos troupes de se porter à la rencontre de
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l'ennemi et de rendre son débarquement très précaire. Bailleurs si l'ennemi arrive à remonter les rivières ou à tourner leurs défenses, il se trouvera encore en présence d'un système de défense assez sérieux pour l'arrêter. Au Nord de la ville l'Arroyo de l'Avalanche constitue un fossé dont il sera facile d'interdire le passage. A l'Est la rivière de Saigon et au Sud l'Arroyo Chinois présentent des obstacles encore plus importants. Reste donc le front Ouest dont la défense par des ouvrages de fortification permanente est en l)onne voie d'organisation.
La défense de la Cochinchine est complétée par un centre important de défense mobile maritime composé de torpilleurs et de sousmarins. Il sera également néces.saire de créer quelques postes de refuge pour la défense mobile en certains points remarquables du réseau fluvial voisin de la côte et à Poulo Gondore.
La situation de cette île à quelques heures du Cap, attirera certainement l'attention de l'escadre chargée d'opérer le blocus de nos côtes, comme présentant pour elle une bonne base d'opérations, un abri et un refuge poin^ ses navires. Elle cherchera à s'en emparer pour en faire un point d'appui provisoire. C'est pourquoi il serait bon d'y construire dès le temps de paix les ouvrages permanents (jui permettraient d'en interdire l'approche à l'ennemi.
Nous n'avons pas parlé du rôle de notre escadre de l'Extrême- Orient au début des hostilités. Sa faiblesse, comparée à la flotte ennemie, lui imposerait probablement la retraite vers le port de Saïgon. Elle s'y réfugierait jusqu'au moment de la reprise de l'olfensive, qui sera déterminée par l'arrivée des escadres venues de la Métropole.
Après Saïgon, le second objectif de nos ennemis sera le Tonkin, qui peut être menacé à la fois sur ses côtes par le Japon et sur sa frontière du Nord par la Chine. Dans l'état actuel de nos voies de communication, il est malheureusement impossible de faire concourir les mêmes troupes à la défense de nos deux colonies du Nord et du Sud. Il se passera encore plusieurs années avant que les dilférents tronçons existant du trans indo-chinois soient soudés entre eux de manière à permettre la communication complète entre Saïgon et Hanoï. Encore cette ligne côtière, exposée aux entreprises de l'ennemi, ne sera-t-elle toujours que d'un usage précaire.
Nous sommes donc amenés à considérer la défense du Tonkin comme devant être indépendante de celle de la Cochinchine. Des débarquements peuvent être tentés k Vinh, à Thanh Iloa, à Tembouchure du Day, mais en tous ces points les transports ennemis et les navires de g-uerre qui les protèg'eraient se trouveraient le lonj^ d'une côte dénuée de tout abri et où les mauvais temps sont fré(juents. Ces opéi'ations trouveraient des circonstances plus favorables à Haïphong et à Hon Gay, d'où l'ennemi pourrait facilement marcher sur Hanoi, et à Tien Yen d'où il pourrait se porter vers Lan<^ Son pour y donner la main à un corps chinois franchissant la frontière. Il ne semble pas utile de prévoir un débarquement japonais à Canton, car il est inadmissible que les Ang-lais tolèrent sans intervenir une telle opération en un point si voisin de Hong- Kong.
D'autre part sur la frontière de Chine, nous avons vu que nous devons nous attendre à une attaque sérieuse. Il appartiendra au Commandant Supérieur des troupes de faire face, d'une part k cette attaque en faisant renforcer les troupes des deux groupes du Quang Si et du Yunnan et d'autre part aux corps de débarquement k mesure qu'ils se présenteront ; mais certains points du territoire doivent être organisés à l'avance afin de pouvoir servir de points d'appui aux troupes de défense. C'est ainsi que Lang Son, Cao Bang, Ha Yang et Lao Cai semblent devoir être des points de résistance de première ligne, que Yen Bay, Tuyên Quang, Thai Nguyên et Lang Son pourraient être fortifiés de manière à servir de base à des mouvements offensifs vers la frontière, qu'une série de positions défensives seraient à préparer dans le delta et qu'enfin un réduit de la défense devrait être choisi et organisé. Sera-ce Hanoi ou Haïphong ou un point à désigner vers le mont Bavi? Rien n'est encore décidé à ce sujet, mais il semblerait cependant logique de placer ce réduit à notre port d'embarquement, Hai Phong. N'avons-nous pas montré plus haut que la période de défensive qui nous est imposée au début par notre faiblesse locale doit être suivie d'un retour offensif au moment où nos escadres viendront reprendre la maîtrise de la mer, nous amener des renforts et isoler nos ennemis de tout secours maritime. Mais que nous servirait alors d'avoir conservé intacte une parcelle de notre territoire, si elle était éloignée du point d'où
— nouons viemlrout les secours et séparée d'elle par un pays occupé par rennemi. Il semblerait donc préférable de placer le réduit de la défense à liai Phong-, qui sera toujours en communication avec la baie d'Along où viendra mouiller notre escadre. C'est en ce point que doit être organisé le camp retranché dans lequel viendront se réfugier les défenseurs du Tonkin. C'est en ce point que doivent être accumulés les approvisionnements de toute espèce, et c'est lui aussi qui doit servir de base secondaire de la flotte. II a d'ailleurs été substitué au port de Hon Gay qui devait tout d'abord remplir ce rôle.
Une autre question importante se pose et celle-ci est d'ordre à la fois économique et stratégique. Le port de Hai Phong est séparé de de la haute mer par trois bras de mer qui ne permettent pas l'accès des gros navires surtout à marée basse. Ce sont le Lac Huyèn à l'Est, le Cua Nam Trièu au milieu et le Cua Cam à l'Ouest. Le premier a l'avantage de communiquer directement avec la baie d'Along et de forcer les bâtiments qui le suivent à raser l'île de la Cac Ba. C'est de cette situation que devrait découler^ d'une part le choix du Lac Huyèn comme devant être le bras à approfondir ainsi que l'ouverture d'une coupure dans l'île de Ha Nam pour rendre le port de liai Phong accessibles aux grands bateavix, et d'autre part la nécessité de construire sur le front Est de l'île de la Cac Ba les batteries nécessaires pour interdire à l'ennemi le passage du Lac Huyên.
Nous avons vu plus haut quelles étaient les grandes lignes de la défense terrestre du Tonkin. Il nous reste maintenant à indiquer sommairement par quels moyens pourra s'etfectuer la défense des côtes. Elle se fera à l'aide d'une défense fixe et d'une défense mobile. La première sera assurée par des lignes de torpilles judicieusement placées. La défense mobile commence à installer son centre à Hon Ga}'. C'est de là que ses torpilleurs, ses sous-marins et ses submersibles pourront rayonner au milieu du labyrinthe que forment les îles de la baie d'Along et de la baie de Fai si Long. Les navires ennemis n'y trouveront qu'un refuge précaire lorsque chaque rocher de ces archipels pourra être soupçonné de dissimuler l'arme mortelle qui se prépare à venir sournoisement les frapper au cœur.
Un autre centre de défense mobile pourrait être créé à Tourane à
300 kilomètres plus au Sud sur la cote (rAnnani, un troisième à Cam Ranh à 290 kilomètres plus bas et qui ne sera séparé de celui du Cap Si Jacques que par 170 kilomètres. Ces distances n'ont rien d'exaf^évv puisqvie le rayon d'action des submersibles est de iOO kilomètres et celui des contre-torpilleurs de (SOO. Il sera nécessaire d'aug-menterle nombre de nos canonnières cuirassées, qui rendraient de grands services dans la surveillance de nos côtes, de créer des centres de ravitaillement secondaires pour j)ermettre aux torpilleurs et aux submersibles, surpris par un mauvais temps, de venir s'y ravitailler avant de rejoindre leur centre de défense mobile, d'établir un certain nombre de postes de refug-e. Ceux du golfe du Tonkin pourraient être placés par exemple à Tien Yen, k la Cac Ba et à l'embouchure du Dai ou à Vinh.
Une précaution s'impose encore pour rendre plus difficiles les débarquements de l'ennemi sur les côtes du Golfe du Tonkin, c'est de lui interdire l'accès de la l)aie de ( Kiang Tchéou Wan dont il aurait tout avantage à faire, dès le début des opérations, un point d'appui provisoire de sa flotte. Il faut donc y prévoir pour plus tard, après l'exécution des travaux plus urgents, quelques batteries appropriées pour la défense des passes.
La cote d'Annam offre aux débarquements ennemis plusieurs points favorables tels que Vinh, les baies de Tourane, de Qui Nhon, de Ilone Cohe et de Cam Ranh. Il est impossible de soncj^er à fortifier les abords de tous ces points vulnérables. Il semble suffisant de fortifier solidement Tourane qui est sans contredit le plus important et donne accès par voie de terre à la capitale annamite Hué, et d'interdire Cam Ranh k l'ennemi par quelques batteries. Les troupes qui débarqueraient entre ces deux points, k Qui Nhon ou k Hone Cohe, seraient obligés de passer ensuite par Tourane ou Can Ranh pour se diriger soit vers le Tonkin, soit vers la Cochinchine.
Le système défensif maritime devra être complété par des postes de surveillance échelonnés le long- de la côte et communiquant par télégraphe électrique ou optique avec les ouvrages fortifiés et avec les centres de défense mobile. La télégraphie sans fil pourra également rendre d'importants services pour communiquer les renseignements obtenus sur les allées et venues des navires ennemis. Des
postes radio-télégraphiques vont être installés incessamment dans les phares de la côte d'Annam.
Voici exposé dans ses g^randes lignes le système défensif que nous pouvons opposer aux entreprises du Japon et de la Chine. Nous avons vu plus haut que le Siam pouvait, non pas nous attaquer seul, mais faire sur notre frontière du Cambodge une importante diversion. Dans l'état actuel de notre organisation, nous serions dans l'obligation de lui opposer une partie de la garnison du point d'appui Saïgon-Cap St-Jacques qu'il peut être dangereux de dégarnir. Aussi, sommes-nous amenés à penser que la création d'un régiment Cambodgien et d'un groupe de trois batteries, s'impose pour parer aux éventualités venant du côté du Siam.
Quant à la défense mobile des côtes du golfe de Siam, elle aurait son centre soit à Hà Tien, soit à ITle de la Baie.
Nous avons déjà laissé entrevoir que nos moyens de défense, qui peuvent être suffisants pour attendre trois ou quatre mois l'arrivée de nos escadres et de nos renforts, ne pourront résistera la pression des deux ou trois cents mille hommes qui peuvent nous être opposés, que si toutes les énergies sont bandées comme un ressort vers la résistance opiniâtre qui est notre seul salut pendant ce laps de temps. Si nous avons pu atteindre ce but, nos escadres arrivant de France reprendront aisément la maîtrise de la mer et les ennemis débarqués se trouveront pris entre nos troupes renforcées par les transports venus de la métropole et nos navires de guerre qui empêcheront leur rembarquement. Ce sera l'offensive succédant à la défensive et, fussions-nous un contre deux, si la population nous aide et que nos tirailleurs marchent loyalement avec nous, notre succès est possible. Ce sont ces deux conditions qu'il faut réaliser èi tout prix et nous allons étudier dans le § suivant le moyen d'y parvenir.
Réformes à faire sans hésitation ponr appliquer sincèrement la politique d'association qui doit nous faire regagner les sympathies des Annamites. — L'Indo-Chine Franco-Annamite.
A l'heure qu'il est nos protég-és ne feraient aucun effort pour éviter de changer de maîtres. Ils préféreraient fort probablement entre deux suzerains, celui de qui les rapproche leur origine, leur civilisation, leur religion, leur langue et dont la domination aurait de plus quelque chance de les blesser moins dans leurs traditions et hmr amour- propre.
Le problème est donc le suivant : Nous ne pouvons garder l'Indo- Chine qu'avec l'appui loyal et unanime du peuple annamite. Nous n'aurons cet appui que si la comparaison qu'établiront nos protégés entre nous et de nouveaux conquérants est sans conteste à notre avantage. Il faut qu'ils se disent que jamais aucun peuple ne leur donnera un joug plus léger et moins humiliant que notre Protectorat. Pour cela il faut entrer résolument et sans retard dans la voie que nous ont tracée nos derniers ministres des Colonies, en préconisant la politique d association. Il faut faire la conquête morale du peuple annamite. Il faut combler le fossé que nous avons creusé de nos propres mains entre les deux races. Il faut descendre du haut de notre orgueil de conquérants et voir chez nos protégés des hommes libres et non des esclaves. Il faut cesser de juger une race sur la lie de sa population, qui consent à nous fournir nos domestiques et à nous traîner dans des petits véhicules à deux roues, ou bien, pour être logiques avec nous-mêmes, admettre que notre race soit également jugée sur ses plus mauvais éléments.
De grandes réformes doivent être accomplies dans le régime douanier comme dans le régime administratif.
Il paraît urgent d'améliorer le mode de perception des impôts indirects et de supprimer les visites domiciliaires des agents des Douanes dont la forme est souvent si vexatoire qu'à elle seule elle suffirait pour nous faire détester de la population annamite.
Quant au régime administratif actuellement en usage au Tonkin et en Annam, qui sont des pays de Protectorat, le voici : Chaque province est administrée par un Résident français qui porte le titre de Chef de Province, assisté d'un administrateur adjoint, de délégués qui le représentent dans les centres éloignés du chef-lieu, de commis, d'un percepteur, d'un inspecteur et de gardes de milice, etc.. Parallèlement à ce personnel européen il existe aussi un personnel de fonctionnaires indigènes : il y a un tông dôc ou un tûan phu, qui porte le titre de gouverneur de la province, mais qui en réalité n'est que l'exécuteur des ordres et quelquefois le conseiller du Résident, un quan an ou juge provincial qui ne prononce ses jugements importants qu'après avoir consulté le Résident, des phu et des huyèn qui reçoivent le plus souvent des ordres directs, soit du Résident, soit d'un de ses délégués. 11 y a en un mot deux administrations, Tune toute puissante, l'autre subordonnée à la première dont elle n'est que la doublure et l'humble assistance, sans qu'il lui soit réservé aucune part d'initiative.
Nous avons donc foulé aux pieds de la façon la plus catégorique les traités qui ont placé un Résident à côté du chef de province dans le but de s'assurer que son administration était loyale envers la France. Nous avons enlevé sans vergogne à ces hauts mandarins leurs véritables attributions pour les remplir en leur lieu et place. Mais avons-nous au moins ménagé leur amour-propre en les plaçant à un rang honoral)le et en ayant pour eux les égards correspondant à leur grade? Non. La vérité est que la façon dont ils sont traités par les Européens est de nature à leur faire perdre la face aux yeux des indigènes ; la vérité est que le moindre Français, une fois débarqué en Indo-Chine, se drape dans sa dignité de conquérant et, quelle que soit la modestie de sa condition, regarde de haut un mandarin annamite.
Que doivent penser ces hauts fonctionnaires dont les prédécesseurs ne sortaient que suivis d'un cortège de satellites courant derrière leur cheval et abrités sous leurs parapluies d'honneur? Ils pensent que nous sommes injustes et maladroits. La haine s'accumule dans leur cœur contre ces Français qui leur prennent au mépris des traités leur charge et la considération qui y est attachée.
11 est souverainement maladroit de notre part d'empêcher la classe des lettrés d'accéder au «^ouvtîrnenient des provinces dont elle s'acquittait si bien avant l'occujjation fran(,'aise. M. de Lanessan le leur avait rendu en 1891 en ne laissant aux Résidents qu'un rôle de haute surveillance et pendant trois ans la classe des lettrés a ouvert son ccrur à l'espérance de dirijj^er enfin l'administration des provinces, le peuple s'est senti plus fier de voir à sa tète des gens sortis de son sein. Puis tout ;i coup le ciel s'est obscurci de nouveau et l'Annamite s'est senti retombé dans l'humiliante condition qui lui est réservée.
On peut se demander quelle est la conception ([ui nous a amenés il ces procédés d'administration directe et d'assimilation d'un peuple dont la mentalité est si éloignée et qui possède une civilisation beaucoup plus ancienne que la nôtre. N'avions-nous pas l'exemple de l'Empire romain qui est resté un maître en matière de colonisation. Rome envoyait ses proconsuls conquérir et administrer ses Provinces sans leur donner d'instructions sur les méthodes à employer a priori. Ils adoptaient une réglementation expérimentale appropriée à chaque région et au caractère des races subjuguées, conservaient l'autonomie communale des cités et faisaient une place prépondérante à l'aristocratie, ils maintenaient scrupuleusement les lois et l'administration de chaque pays ainsi que les institutions qui n'étaient pas en opposition directe avec les intérêts de Rome. Au-dessus des administrateurs et des juges indigènes, se tenait le proconsul romain rattachant par des liens plus ou moins tendus le pays conquis à la métropole conquérante, tenant dans ses mains les forces qui assuraient la sûreté publique et dirigeant ses grands travaux publics et la gestion des finances. Une fois par an, le gouverneur parcourait le pays et séjournait dans les centres importants afin de solutionner les questions qui sortaient des compétences des magistrats indigènes et de contrôler les actes de leur administration. En un mot, Rome se contentait de la possession des Provinces qu'elle considérait toujours comme terres étrangères et qu'elle ne cherchait jamais à assimiler à l'Empire. Voilà quelles étaient les méthodes qui ont servi aux Romains à assurer la conquête du monde. Voici maintenant quel est le résultat de nos procédés administratifs ou fiscaux :
Les Annamites ne nous aiment pas et ne répugneraient pas, semble-t-il, à changer de maîtres. Ils ne se révolteront pas parce qu'ils n'ont personne pour réunir les bonnes volontés en un faisceau, mais s'il ne s'agissait que d'aider l'étranger en nous opposant la force d'inertie, on peut se demander, avec une certaine inquiétude, si nous pourrions compter sur eux et si nos tirailleurs eux-mêmes, travaillés par la classe des lettrés marcheraient avec nous.
En admettant même que le groupement des alliances nous mette à un moment donné à l'abri dune intervention japonaise, chinoise, ou autre, nous est-il possible de supporter la pensée que nos protégés ne nous restent soumis que faute d'occasion de se libérer de notre domination ?
Au point de vue de l'inlérêt même de notre occupation comme au point de vue de la justice et de l'observation de la parole donnée, comme enfin au point de vue des principes d'humanité et de générosité dont nous avons toujours été les champions, notre devoir est de réaliser immédiatement les réformes qui sont de nature à faire la conquête morale de nos protégés. Nous devons unir nos efforts pour atteindre ce but patriotique et humanitaire. Dans l'ordre social, montrons plus d'égards pour les individus, donnons à ceux qui occupent une fonction la considération qui y doit correspondre, cessons surtout dans les articles de certains journaux de rendre responsable toute une race des méfaits de quelques mauvais sujets. Dans l'ordre fiscal remplaçons la plupart des impôts indirects, vexatoires et impopulaires, par des impôts directs produisant le même revenu pour le fisc. Dans l'ordre administratif, revenons à l'observation des traités ; laissons les Annamites s'administrer et se juger librement eux-mêmes et n'exerçons notre souveraineté qu à l'aide d'un haut contrôle. Le véritable chef de province doit être le tông dôc ou le tuàn phu auquel nous donnerons une solde lui permettant de tenir une situation honorable avec tous les égards dus à son rang.
Qu'il administre sa province suivant son inspiration et corresponde directement avec ses phu et ses huyên. Que le qu:in an rende ses jugements librement. Un Résident, inspecteur do chaque province, aura assez à faire k parcourir le pays pour s'assurer que les mandarins gardent le loyalisme qu'ils doivent à la France et ne pressurent pas le peuple parla concussion. II aura sous ses ordres le percepteur qui restera au chef-lieu de la province et la moitié des effectifs de milice actuellement existants. L'autre moitié sera mise à la disposition des man^ darins provinciaux sous le nom de linh co.
Je ne me dissimule pas que de pareilles réformes soulèvent de graves questions de personnel. Elles nécessitent une grande diminution d'effectifs. Il est évident par exemple que le nombre des fonctionnaires des douanes qui est de 1300, pourrait être réduit dans les mêmes proportions que les taxes indirectes dont ils ont à poursuivre la perception. De même le nombre des administrateurs et des commis de résidence serait considérablement réduit. Ce sont là des questions de personnes très intéressantes. Elles sont de nature à émouvoir la sollicitude de nos gouvernants qui auraient à chercher des compensations pour les intérêts lésés. Toutefois ces considérations sont d'un ordre secondaire quand il s'agit de l'intérêt, de l'existence même de notre domaine colonial.
Mais ces mandarins, dira-t-on, qui auront dans la main l'administration des provinces, n'auront-ils pas la tentation de susciter un soulèvement général? Je n'en crois rien car ils auront une situation aussi indépendante que sous l'administration annamite elle-même et seront les derniers à vouloir en changer. D'autre part l'armée ne serait-elle pas là pour parer à toute éventualité de ce genre.
Si grâce à ces importantes réformes nous voulons bien ouvrir à l'Annamite l'accès des plus hautes fonctions et lui montrer les égards qui lui sont dus, en même temps que nous mettrons en valeur par des travaux publics le sol de son pays, le conviant à participer à nos travaux, si, en un mot, nous
jDratiqiioiis la « politique d'association » au lieu de celle de « vexation et d'humiliation », nous pouvons espérer trouver en lui un protégé prêt à nous aider, le cas échéant, de tous ses ell'orts dans la défense de la liberté que nous lui aurons spontanément rendue. Marchant avec nous la main dans la main, il retrouvera alors contre nos ennemis communs les beaux élans qu'il a maintes fois montrés pour reconquérir son indépendance.
En un mot, puisque nous n'avons pas eu la générosité de convier nos protégés à participer à notre œuvre civilisatrice, puisque nous n'avons pas eu l'honnêteté de leur laisser dans le gouvernement de leur propre pays la part qui leur revient de par les traités, avons au moins le bon sens de reconnaître qu'il est de notre intérêt bien entendu d'être pour eux des protecteurs tels qu'ils ne puissent pas en désirer de meilleurs. Notre attitude actuelle à l'égard du pauvre Annamite pourrait prêter à un caricaturiste l'idée de nous peindre sous les traits d'un gendarme qui débite d'un geste noble et dédaigneux à un client humblement prosterné de l'opium et de l'alcool qui lui font faire la grimace. Il faudrait que désormais la France ne puisse plus être représentée autrement que guidant d'une main le peuple annamite sur lequel elle jette un regard de bonté fraternelle tandis que de l'autre elle tient haut et ferme le flambeau de la civilisation.
Et pour symboliser cette image dans une formule, cessons de vouloir une Indo-Chine exclusivement française en faisant une ridicule abstraction de ses 19 millions d'habitants annamites, mais adoptons nettement la formule de VIndo-Chine Franco- A nnamite .
Si rindo-Chine n'est pas franco-annamite, elle redeviendra chinoise.