‹ Annam et Indo-Chine françaiseChapitre 4 sur 25 · CIIAPTTP.K P'- AVANT L INTERVENTION DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

CIIAPTTP.K P'- AVANT L INTERVENTION DE LA FRANCE

L'Annam, royaume vassal de l'empire chinois

[(V environ "2800 iivanl J.-C. à jli nvunt J.-C).

Pour faire connaissance avec le peuple annamite il nous a semblé utile de remonter jusqu'aux orig-ines, un peu fabuleuses, de son histoire et de donner un aperçu de son développement, jusqu'à l'époque actuelle. Nous le verrons ainsi successivement lié avec la Chine par des liens de vassalité, ensuite, pendant les dix premiers siècles de notre ère, soumis à la domination des gouverneurs de cet empire, puis, reprenant sa liberté à la faveur de révolutions sanglantes, et enfin, une fois débarrassé de l'oppression chinoise, partant à la conquête de nouveaux pays et descendant le long de la côte d'Annam pour absorber le Ciampa et le Cambodge et en faire des provinces annamites, allant ainsi, grâce à sa prodigieuse vitalité, faire la tache d'huile jusqu'aux grands lacs du Mékong.

En voyant ce peuple, après dix siècles d'asservissement, songer encore à son émancipation et la poursuivre avec courage et témérité, nous nous ferons une idée de la vigueur et de la persistance de son amour de la liberté. En le suivant dans ses conquêtes hardies nous lui reconnaîtrons une humeur belliqueuse que son apparence pacifique et soumise ne fait pas soupçonner ; mais par la même occasion nous ne manquerons pas de nous expliquer certains de

ses défauts tels que la duplicité et la ruse qui naissent dans l'oppression d un long^ asservissement.

Il est difficile de préciser les limites de l'Empire Chinois au xxix^ siècle avant notre ère, c est-à-dire à l'époque quasi-fabuleuse ou le peuple annamite commence à avoir une existence vaguement reconnne par les historiens. On sait simplement que 1 Empire chinois occupait les deux grands bassins du fleuve Jaune et du fleuve Bleu, et qu il existait sur ses confins des régions excentriques, habitées par des peuples presque entièrement ignorés des Chinois et auxquels ils avaient donné la dénomination commune de Qui (diables). Nous voyons par là que l'orgueil chinois, qui qualifie de nos jours de diables tous les peuples étrangers, remonte à la plus haute antiquité.

Parmi les quatre tribus vivant sur les confins de l'Empire et dont l'emplacement était vaguement indiqué sur les cartes chinoises par le caractère Qui, se trouvait la race des Giao Chi (croisés-doigts de pied) qui n'est autre ([ue la race annamite. Ce nom très caractéristique lui venait d'une particularité physiologique qu'elle est seule à posséder avec quelques Chinois du Sud, les Malais et les Manillais, et consistant en un écartement exagéré du gros orteil du doigt de pied voisin auquel il est pour ainsi dire opposable comme le pouce à l'index. 11 n'est pas rare en effet de voir un Annamite utiliser cette conformation spéciale, soit pour ramasser par terre un objet très petit avec son pied nu, soit pour tenir adroitement avec ses doigts de pied un objet à façonner.

Les Giao Chi habitaient le pays constitué à peu près par les vallées du Si Kiang et du fleuve Rouge, c'est-à-dire les contrées actuellement désignées sous le nom de Yunnan, Quang Si, Quang Tong et Tonkin.

C'est, disent les Annales, au xxix*^ siècle avant notre ère qu'un prince chinois du nom de De Minh, envoya son second fils, Lôc Tue, régner sur cette immense région à laquelle il donna le nom de Xich Qui (rouges-diables) ou Royaume des Diables Bouges. Le premier roi de ce pays prit le nom de Kinh Duong et fonda cette dynastie des Hong Bang qui devait régner sur le pays des Giao Chi pendant plus de deux mille ans.

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Pendant le cours de ces vinj^t siècles les Annales Annaniilca affectent un caractère léfi^endaire et les faits précis sont fort rares.

Hung, petit-lils de Ivinh Duonj^-, donna h son royaume le nom do Van Lang (policé-turbulent) ou lioynunie des turhulenls jjoUcc.h, dénomination qui semble indiquer (jue ce prince eut tout au moins la volonté de donner à ses sujets, d'humeur un peu indépendante, des institutions régulières. Il établit sa capitale dans le voisinage de Son Tây et divisa le pays en quinze provinces.

Sous la dynastie chinoise des lia ([ui englobe les xx!*", xx" et xix*" siècles avant notre ère, les A/uuilcs (Chinoises comptent le Royaume de Van Lang comme formant une des neuf provinces de l'Empire et lui donnent le nom de Duon;/ C/iitu.

Plus tard, sous la dynastie chinoise des Chu, le même pays est compris parmi les neuf provinces concentriques sous le nom de Phiên (frontière).

Ces deux faits montrent que les Chinois considéraient toujours le Van Lang comme faisant partie de l'Empire ; mais ce qui indique bien que ce royaume lui-même reconnaissait son état de vassalité, c'est que vers l'année 1100 avant J.-C, il envoyait des ambassadeurs j)orter des présents au Fils du Ciel qui leur fit don d'une boussole pour faciliter leur retour.

Au m*' siècle avant J-.C, le royaume de Van Lang comprenait les peuplades fixées dans le delta du fleuve Rouge. Les conditions faciles de leur existence au milieu de ces terres fertiles, les relations de voisinage que leur procuraient les communications sur mer avec la Chine et l'émigration chinoise qui en était résultée avaient peu a peu amené chez ces peuples une organisation civilisée et le royaume avait été divisé en provinces avec une administration centrale émanant d'une capitale située dans la région de Son Tày.

Au contraire les montagnards Thaï qui habitaient les hautes régions du Nord, privés de toute communication avec le dehors, n'avaient subi aucun perfectionnement. Ils constituaient, un royaume qui comprenait probablement le Yunnam. le Koueï Tchéou et la Province de Cao Bang actuelle et dont le nom était Thuc ou Ba Thuc.

Le roi de ce pays recherchait depuis longtemps l'alliance de son

voisin du Sud, mais celui-ci ne craignait ])as d'alïicher un certain mépris pour les barbares de la montag-ne. Aussi \\n beau jour, an 2.')7 avant J.-C. An Duong-, roi dos Thuc, vexé des airs de supériorité que prenait à son ég^ard le roi du Van Lang. envahit son royaume et réunit les deux pays sous sa domination, sous le nom de Royaume de Au Lac. Il fit érig^er dans le pays de Bac Ninh une citadelle dont les remparts s'enroulaient en l'orme de spirale et qui fut appelée Co Loa Tlianh (vieux-cocjuillage-citadelle). Ainsi le chef de la deuxième dynastie annamite était de race Thaï.

C'est à cette époque que régna en Chine le grand empereur Tàn Thi ({iii détruisit à la fois la puissance des seigneurs féodaux et des lettrés. Il employa à Tœuvre vigoureuse de la reconstitution de son empire des moyens qui ont jeté sur sa mémoire une juste réprobation, car il ne craignit pas de faire brûler tous les livres et massacrer tous les lettrés.

Mécontent de sentir au sud du Céleste Empire un royaume presque indépendant, il voulut y alfermir son autorité et y envoya une armée sous les ordres des généraux Triêu Da et Nham Ngao, qui s'établirent dabord à Canton puis vinrent menacer la capitale du royaume de Au Lac jusque vers Phu Lang Thuong. L'empereur Tàn Thi étant mort sur ces entrefaites ainsi que Nham Ngao, le général chinois Triêu Da s'empara du royaume de Au Lac pour son propre compte, puis, établissant sa capitale à Canton, il fonda le grand royaume de Xani Viêt (Midi-séparé), qui comprenait, outre le royaume de Au Lac (ancien royaume de Ba Thuc et de Van Lang), les provinces actuelles du Quang Si et du Quang Tùng, puis plus tard le Phuoc Kiên et l'île de Hai Nam, dont il fit la conquête. Triêu Da régna 71 ans sur cet immense royaume qui étendait ses rivages sur la mer de Chine, de Formose à Tourane, et était peuplé par des Thaï et des Giao Chi. Son règne fut heureux et prospère, et malgré son origine étrangère il fut considéré comme un prince originaire du pays. Son arrière-petit-fils, qui fut son deuxième successeur, ayant épousé une femme chinoise, celle-ci n'hésita pas à trahir son pays d'adoption et à offrir à l'Empereur de Pékin son entremise pour lui faciliter l'envahissement du Nam Viêt.

Quatre armées venues par terre et mie flotte vinrent mettre le

siège devant Canton, sa capitale, et malgré la couraj^euse défense du vieux maréchal Lu Gia, en l'an 111 avant J.-C, le royaume fut incorporé à l'I^^mpire.

I] fut divisé en neuf provinces, dont deux dans le Quang Tônj^ actuel, deux dans la (^uand Si, une dans le delta tonkinois, une à Thanh Hoa, une à (juang Nani et deux dans l'île de liai Nan.

Depuis cette époque jusqu'en 9'M de notre ère, le pouvoir resta, sauf de courtes interruptions, entre les mains d(î ^•ouverneurs chinois.

L'Annam, province chinoise [de 111 avant J.-C. à 9,11 après J.-C).

Pendant ces onze siècles de domination, l'Empire Chinois est loin d'exercer sur les Giao Chi une autorité incontestée et de maintenir dans le pays une paix permanente, mais son influence se fait sentir de jour en jour. Les insurrections elles-mêmes contribuent à faire pénétrer chez ces peuples encore barbares l'influence du peuple civilisateur, car elles sont g"énéralement suivies d'un long- campement des troupes chinoises dans le pays et d'une véritable colonisation militaire.

Les gouverneurs généraux ont quelquefois des semblants de dynasties. C'est ainsi que les Hoang administrent le pays pendant quatre générations, entre le n'' et le iv*" siècle de notre ère. Quelques-uns se montrent de véritables hommes de gouvernement, mais ils sont l'exception. La plupart ne songent qu'à pressurer le peuple conquis et à lui faire rendre le plus d'argent et de produits précieux qu'il est possible. Leurs maladresses sont la cause de nombreuses rébellions. C'est ainsi qu'au i*"" siècle de notre ère, la grande héroïne annamite Trung Trac lève l'étendard de la révolte.

Le gouverneur chinois, assassin de son mari, est mis à mort, et les Annamites, électrisés par son courage, chassent les Chinois et la reconnaissent pour leur reine. Malheureusement cette belle épopée

guerrière ne devait rendre le pays aux Annamites que pour trois ans, de Tannée 39 à Tannée 42. Le g-énéral MA Viên reconquit le pays, et la pauvre reine, toujours accompagnée de sa sct'ur Trung Nhi, se lit tuer glorieusement à la tète de ses troupes.

L'Annam retomba pour un siècle et demi sous la férule des gouverneurs généraux qui ne se faisaient pas faute de traiter ses pauvres habitants en serfs taillables et corvéables à merci.

En Tannée 186, TEmpire Chinois était tiraillé entre les trois dynasties des Ilan, des Thuc et des Ngô c[ui se disputaient le trône. C'est à la faveur de ces divisions qui all'aiblissaiont la couronne que Si Vuong put se faire proclamer roi d'Annam. 11 fut élevé plus tard au rang des génies pour avoir introduit en Annam la littérature chinoise et la morale confucianiste. Après sa mort, un général chinois ne tarda pas à ressaisir la domination de ce malheureux pays et une nouvelle période d'asservissement s'ouvrit de Tannée 226 à Tannée 540.

La dynastie chinoise qui régnait sur les provinces méridionales de la Chine et sur le gouvernement du Giao Chàu, ainsi qu'on appelait alors l'ancien royaume de Nam Viêt, s'inquiéta bientôt de l'immense étendue de ce territoire. Elle procéda en Tan 240 aune scission entre la partie septentrionale qui comprenait les deux provinces actuelles du Quang Si et du (^uang Tông et la partie méridionale qui n'était autre que le Tonkin actuel, prolongé jusqu'à Tourane. La limite qui fut établie entre les deux gouvernements était sensiblement la frontière actuelle du Tonkin. Elle était toute conventionelle puisqu'elle ne tenait compte ni des divisions géographiques, ni des dissemblances des races. De part et d'autre, le pays était hal)ité alors comme aujourd'hui par des Thô et des Nung. Ces peuples ont conservé les mêmes traditions, la même manière de vivre, et la même langue thaï. L'influence de 18 siècles d'administration chinoise, l'infusion du sang des soldats, des vagabonds et des déportés, ont légèrement modifié le type dans le sens chinois au nord de la frontière, tandis que l'influence annamite se faisait sentir au sud.

C'est au iv" siècle que vient prendre place dans l'histoire de TAnnam un petit pauple qui, pendant plusieurs siècles, se mêlera d'une

manière importante aux liiUcs (jiii se (h'-roulerdat !<■ long- «le la merde Chine. C'est le peuple du IJini Aji un C/ninipa (\yn fera sentir son voisinage par des incursions au Tonkin et jusqu'à Canton. Les représailles de la ('hine commencèrent en 3;)'i par l'envoi d'un prince de la dynastie chinoise ;i la tête dune armée nomhreuse qui envahit le Lâm Ap et détruisit ses fortifications.

A partir de ce moment et pendant plusieurs siècles, aux incursions maritimes des (>iampois succèdent des invasions terribles, conduites par les envoyés impériaux ou les Gouverneurs généraux chinois de l'Annam.

En 541, nous assistons à un nouveau réveil du sentiment national annamite. Les chefs indigènes chassent les Chinois et reconstituent le royaume de Xani Vièt qui peut durer une soixantaine d années grâce au désordre qui règne à la cour de Chine. Trois rois de la dynastie antérieure des Ly se succèdent sur le trône.

Mais en 602 une armée considérable réoccupe le pays, et en 618 la Chine crée le gouvernement àWrinam (paix-sud) ou du Midi pacifié^ qui comprend le Tonkin et la cote d'Annam jusqu à la province de Quang \am.

En 722, un chef indigène. Mai Tliuc Loan, se fait proclamer roi sous le nom de Hac De (l'empereur noir), et fait alliance avec le Làm Ap (Ciampa) et le Chon Lap (Cambodge). 11 remonte le long de la côte avec trois cent mille hommes; mais la victoire finale reste, encore une fois, aux mains du général envoyé par la Chine et du Gouverneur de l'Annam.

Une invasion malaise venue des îles Philippines est également repoussée en 767. Le général chinois fait bâtir la citadelle de La Thanh pour résister aux nouvelles incursions.

Au commencement du ix*^ siècle, le royaume de Ciampa, toujours entreprenant, a osé porter ses frontières jusqu au delà du Nghè An. Une nouvelle expédition lui fait rendre gorge après un terrible massacre de ses troupes.

Cependant, les gouverneurs chinois, non contents de pressurer le peuple annamite, en vinrent à mécontentera leur tour les peuplades sauvages qui vivaient dans les montagnes, sur les contins du royaume, L un d eux ayant imposé des corvées trop pénibles aux

Mois, ceux-ci servirent de g'uides aux liahitanls du rovaunie de Xani (Jhiêii pour envahir le pays.

Le royaume de Nam Chièu était une principauté qui s'était fondée au début du vnr siècle dans la haute vallée du fleuve Houg'e et qui comprenait le Yunnam actuel, habité par des tribus de race fh;tï et loin. Cette principauté avait remplacé les anciens royaumes lolo qui avaient existé au commencement de l'ère chrétienne. Après des alternatives de lutte et de bonne entente avec les gouverneurs chinois, le roi de Nam Chièu avait fini par être reconnu par la Chine comme Seigneur du Yunnnm. Il allait bientôt descendre la vallée du fleuve Rouge pour venir jouer un rôle prépondérant dans les affaires du gouvernement du Giao Chàu (Annani).

Comme nous l'avons déjà constaté, les administrateurs chinois se montraient généralement fort maladroits avec le peuple conquis qu'ils considéraient comme taillable et corvéable à merci. Une préfecture avait été créée à la lin du viiT siècle à Phong Chàu, vers l'embouchure de la rivière Xoire, afin d'administrer les populations thaï et moi des montagnes qui bordent sa vallée et celle du (leuve Rouge. C'est son chef nommé Ly Trac qui, par ses exigences maladroites, mécontenta les Moi et les amena à demander du secours au roi du Nam Chièu. Celui-ci ne se fit pas prier et descendit bientôt le long de la vallée du fleuve Rouge avec les hordes Yunnannaises. En 800, il réussit même à s'emparer de la capitale et il fallut recourir à l'envoi d'une armée de 30.000 Chinois pour repousser les envahisseurs ; mais ceux-ci revinrent assiéger de nouveau la capitale l'année suivante. Le pays tomba enfin aux mains des Nam Chièu et les gouverneurs chinois eurent la honte de leur laisser le pouvoir pendant dix ans (860-870). Enfin Cao Bien, envoyé spécial des Duong, réussit à chasser les envahisseurs, se proclama roi d'Annam et bâtit la superbe citadelle de Dai La. Parmi les fortifications dont il couvrit le pays, nous citerons la citadelle de Phuc Hoa (province de Cao Rang).

Mais bientôt après, Cao Bien ayant été appelé au gouvernement de Thuc, les Nam Chiêu revinrent encore s'installer dans la capitale. Les Duong ne purent s'en débarrasser qu'en envoyant à leur roi Tu Phap une princesse impériale et en faisant empoisonner les trois généraux qui allèrent la chercher.

Ainsi, les iVnnaniites voj-aientde toutes parts le flot des invasions venir battre les murs de leur capitale, ils constataient que les gouverneurs chinois étaient impuissants ii leur en interdire l'accès, ils sentaient leur pays épuisé par toutes ces luttes soutenues au profit de l'étrang-er, ils savaient la Chine elle-même en proie aux luttes fratricides. Le moment était venu de secouer le joug- qu'ils subissaient depuis onze siècles. L'insurrection éclata partout à la fois et chassa devant elle les Chinois en ÎIMI .

Le peuple annamite avait donc rejeté le pouvoir oppresseur de l'étrang-er, mais il en g-arda une empreinte qui ne devait ])lus jamais s'effacer, La civilisation et les coutumes de la Chine ont pénétré dans le cœur des Annamites avec sa littérature et sa morale confucianiste, et tant qu'un autre peuple n'aura pas su faire goûter une autre littérature et une autre morale, ils conserveront pour la Chine une admiration exclusive. C'est à nous Français qu'il appartient, par une lente et insensible pénétration intellectuelle et morale, de leur enlever le bandeau qu'ils gardent obstinément devant les yeux et qui leur cache ce qu'il y a de beau et de grand dans nos œuvres littéraires, artistiques, scientifiques et philosophiques.

Le royaume d'Annam indépendant sous les dynasties des Dinh {968 à 980)., des Le antérieures (98 i à iOiO), des Ly postérieurs [iOiO H 1'>26), des Trân {im^ à 1 Um et des Hô {iW^ à iiOJ ) jusqu'à l occupation chinoise de 1407,

Le pavs d'Annam avait été divisé en treize départements par les gouverneurs chinois. Aussi chacun des chefs de district voulut-il profiter de l'émancipation du pays pour proclamer son indépendance, et la guerre civile succéda aux guerres avec les Ciampois et aux révoltes contre l'autorité chinoise. Il fallut qu'en 968, Dinh, ancien bouvier des montagnes de Ninh Binh, vînt renverser ces treize tyrannaux et fondât la première dynastie annamite de notre

ère. Il établit sa capitale dans les environs de Phu Xlio Quan et réorg^anisa Tadministration et la justice du pays auquel il donna le nom de Dai Cu Viêf. Il fut assassiné au i^out de quelques années de règne et eut comme successeur Le Hoan, le général en chef de l'armée, qui fonda la dj'nastie éphémère des IJ' antérieurs et se signala en repoussant l'armée chinoise envoyée à la conquête du pays. Bientôt après, en l'an 1010, le pouvoir passa aux mains de la dynastie des Ly postérieurs, dont le fondateur, fds d'un bonze et généralissime de l'armée, établit sa capitale h Tliang lorn/, situé à l'emplacement actuel de Hanoï et qui avait Dai La Tlianli comme citadelle. Ses successeurs montrèrent de brillantes qualités d'administrateurs et de guerriers : les armées chinoises furent plusieurs fois tenues en échec, et les généraux annamites, allant de succès en succès sur l'armée ciampoise, descendirent le long de la côte jusqu'au Quang Nam.

Au moment où le royaume d'Annam venait de se fonder, les peuplades qui habitaient les régions montagneuses du nord continuaient depuis plusieurs siècles soit à guerroyer les unes contre les autres, soit à porter la guerre dans les provinces méridionales de la Chine. On avait même vu à la lin du viii'' siècle la famille des Hoang entraîner à sa suite toutes les tribus Thô de la frontière jusqu'au Hou Nan. II est vrai que ces conquêtes étaient toujours éphémères et toujours suivies à bref délai du rétablissement de l'autorité chinoise ou annamite.

Parmi les tribus de la race thai qui habitaient la région de Cao Bang, se trouvait celle des Nung qui occupait le pa^'s de Quang Uyen, comprenant les plateaux des Ba Chàu et le Chau de Ha Quang jusqu'à la source du Song Bang Giang. C'est sous le règne de Thai Ton (1028-1058), de la dynastie annamite des Ly, que se fonda et disparut le royaume éphémère des Nung de Quang Liyên. En 1039, Nung Ton Phuc se proclame empereur de Truong Sanh et est battu et décapité par le roi annamite. Son fils Nunc Tri Cao auquel le châtiment de son père n'avait pas servi de leçon, se déclare quelques années après roi de Dai Lich. Il est vaincu également par les troupes royales. Néanmoins, afin d'en finir avec cette rébellion, le roi le reconnaît comme chef de la région de Quang Uyên, mais cet acte de

bienveillance ne ^agne pas U- cd-urdii Ixniillanl cln-r miii^-. En 10.'>2, poussé par une soif intarissable de coiujuètcîs, il envahit le (Juanj^ Si et le Quan^ Tôn^ et se proclame empereur de Dai .Yiim (<^rand empire du Sud). Ses succès sont si glorieux que le roi d'Annam kii a envoyé d(^s secours. Mais les revers succèdent bientôt aux victoires et le g-énéral chinois Dich Thanh a enfin raison de son adversaire. Nung Tri Cao, battu, est ol)ligé de se réfugier dans le phude Dai Ly, de la province de Yunnam (40.-)'lj.

Trois ans après, un envoyé de l'emperein- allait le chercher dans sa retraite, et après l'avoir décapité rapportait sa tête à son maître, La famille était anéantie, et c'est ainsi (pie se terminait une fois de plus cette rébellion des tribus de race thaï de la frontière. Nous avons donné dans Les Annamites, à propos de la pagode Ky Sàm, les curieuses légendes de cette épopée, qui constitue le mouvement de rébellion le plus important qui ait jamais ensanglanté les régions frontières.

En 1225, le pouvoir, qui était exercé par une femme, ChiéuHoang, tomba entre les mains de son mari, Tràn Canh, ([ui la répudia et fonda ainsi la dynastie des Tràn. Sans négliger la défense de son royaume contre les Ciampois et les Chinois dont il repoussa victorieusement les attaques, il marqua son passage sur le trône par de sages réformes et des travaux d'utilité ^jublique importants, comme l'élévation de hautes digues le long des fleuves.

Sous le règne de Nhàn Tông, l'Annam fut menacé par une terrible invasion. Koulibaï ou Nguyên Thaï Tô, le fameux envahisseur mongol, venait de renverser la dynastie chinoise des Tông. Furieux de voir le roi d'Annam refuser de reconnaître la dynastie mongole, il chargea son fils Thoat Hoan, le fameux guerrier 0 Ma Nhi et Toa Dô, d'envahir le pays par terre et par mer. Pendant que les deux premiers battent le généralissime annamite Tran Quôc Tuân et s'emparent de la capitale Thang long, le chef mongol Toa Dô, débarqué au Nghê An, menace de venir faire sa jonction avec les premiers, mais le brave prince Nhàn tông électrise ses généraux et ses soldats qui refoulent les deux armées. Une seconde invasion tentée quelques années plus tard se termine également par une défaite dans les environs de Haï Phong, au cours de lafjuelle 0 Ma Nhi est fait prisonnier.

Sous les successeurs de Nhân tông, les incursions des Ciampois continuent et deviennent de plus en plus audacieuses. Ils en arrivent jusqu'à ravager le pays sous les murs mêmes de la capitale.

Les derniers rois de la dynastie régnent sous l'influence presque tyrannique du "énéralissime Le Qui Ly, qui profile du répit que lui laissent momentanément les corsaires ciampois pour faire des réformes budgétaires destinées à enrichir le trésor et construire des forteresses pour résister aux envahisseurs. Tay Dô (ouest-capitale) est bâti à l'entrée des montagnes du Thanh Hoa, tandis ([ue Thang Long (Hanoï) prend le nom de Dong Do (est-capitale), puis Da Ban s'érige dans la province de Son Tày. Entre temps, Le Qui Ly a usurpé le trône sous le nom de Ho Qui Ly et donné au royaume le nom de Dai Ngu. Mais en 1406ime formidable invasion chinoise se rue sur le pays en deux masses qui s'y introduisent par le Yunnam et le Quang Si et balayent sur leur passage toutes les forteresses, toutes les armées et toutes les tlottes qu'elles rencontrent.

Après une résistance opiniâtre de Ho Qui Ly et de son lils qui régnait en même temps que lui, les généraux chinois Truong Phu et Môc Thanh sont partout victorieux.

La Chine ressaisit une dernière fois les rênes du gouvernement et domine encore le pays pendant vingt et un ans.

Nouvelle occupation chinoise IWl à il'-IS), guerre de l'hulcpcn- (lancc [liiS à I i'-JS). — Di/naslir des Le j>(>sf.érieurs ( 14*28 à i5'27). — Dynastie usurpatrice des Mac (/.>t^7 ;) /,>.9t^). — Rétablissement des Le postérieurs, les rois fainéants [1600 à 1791) gui régnent sur rAnnani pendant que leurs maires du palais gouvernent, les princes Trin/t au Tonkiii et les seigneurs Nguyèn en Cochinehine. Conquête définitive du Ciampa par les Annamites {1650). — Absorption du Cambodge par les Annamites (/6'5^ à 1758).

Les gouverneurs envoyés par la dynastie des Minh semblent

d'ailleurs se douter que leur pouvoir sera éphémère, car ils sont surtout préoccupés de faire produire au [)ays son maximum de rendement. Pendant (jue les fonctionnaircîs aii^nicntent la (|Uotité de l'impôt personnel et foncier en divisant la population en «groupes de dix familles formant un v/''//> et de dix (jiap formant une commune, et en faisant mesurer les rizières, les Chinois venus à la suite des armées envahissantes mettent toutes les industries et le commerce du pays en coupe réf^i-lée. L'Annamite est redevenu le seif taillable et corvéable. Aussi, lorsque Le Loi cherche à secouer encore une fois le joui^;- de l'étrang-er, trouve-1-il pour le seconder de nombreux partisans. Après avoir lutté pendant dix ans, il peut enfin reconduire les Chinois jusqu'à la frontière du Tonkin en 1428. Le Loi, rendu très populaire par la bienveillance qu'il sut avoir pour le peuple, rallia sous ses bannières tous les patriotes, et s'empara successivement de toutes les citadelles où les Chinois s'étaient enfermés.

Cette année 1428 marque une date mémorable dans l'histoire annamite, car elle est celle de son émancipation définitive de la domination chinoise et de la fondation de la seconde dynastie des Le qui gardera le trône jusqu'à la fin du xviii'' siècle.

C'est surtout sous le quatrième monarque de cette lignée, Lé Tu Thanh, dont le titre dynastique était Thanh Tông, que le royaume d'Annam connut les bienfaits d'une sage administration, et sut en même temps affirmer la puissance de ses armes en châtiant sévèrement les insolences de ses turbulents voisins. Au dedans, ce roi réorganise la division du pays en 13 xii, ou provinces, et crée les 6 /lo, ou ministères d'Etat ; il refond le Code pénal et réforme l'enseig-nement, fait creuser des canaux et favorise la création de nouvelles rizières. Au dehors, il porte la guerre jusque sous les murs de Binh Dinh, la capitale du Ciampa, où il extermine et capture l'armée tout entière. Le Ciampa est démembré et sa région septentrionale forme désormais la province annamite de Quang Nam. Il châtie aussi une incursion venue du royaume de Nam Chiêu (Yunnam) et s'empare également de leur capitale. Mais ses successeurs furent très loin d'avoir la même valeur et la même fermeté, et leur faiblesse permit à une race d'usurpateurs de s'emparer de la

couromu'peiulaiil presque tout le cours du wT' siècle et du pouvoir sur certaines provinces jusqu'à la fin du xvii'.

lui l."):27. Mac dang Donc/, après avoir fait assassiner successivemenl deux rois Le, dont il était le premier ministre, s'empare du trône et fonde cette dynastie des Mac. Celle-ci ne réussit à se maintenir au pouvoir que grâce à des luttes continuelles qui laissèrent le pays dans un état d'ag-itation constant jusqu'en ir)!)2.

C'est ainsi que sous le deuxième roi de cette dynastie. Mac dang Dinh (1.')3() à loiO), en 1oo3, un roi Le est restauré et le Tonkin reste divisé en deux parties, l'une soumise au Mac qui occupe encore la capitale, et l'autre restée fidèle aux Le. On voit régner d'un côté Le duy Ninh (1533 à 1540), Le Huyen (1540 à 1557), Lé duy Bang (1557 à 1572) et Le Duy Dàm (1572 à 1600), et de l'autre Mac Phuc Hai (1541 à 1546) Mac Phuc Xguyen (1546 à 1561) et Mac Mau Hiép (1561 à 1592). Puis en cette année 1592 on assiste à l'expulsion de Dong- Kinh (Hanoï), de ce dernier roi Mac.

Pendant toute cette période la lutte entre les deux maisons avait été acharnée. C'est à Nguyèn Kimque la maison des Lé dut sa restauration sur le trône. C'est lui qui, réfugié dans la province de Thanh Hoa, avait réorg'anisé son armée et réussi à asseoir sur le trône le jeune roi Le Duy Ninh en lui donnant comme capitale Tày Kinh (Thanh Hoa). En récompense de ses services il fut nommé Chua ou seigneur du royaume, institution qui rappelle les maires du palais des rois méroving-iens. Gouvernant au nom du roi il réussit à rétahlir son pouvoir sur les deux provinces du Ng-ê An et du Thanh Hoa. Il mourut empoisonné en 1546.

A sa mort, son gendre Trinh Kiém hérite de son titre de chua et continue la lutte contre les Mac qui régnent sur le Nord et l'Ouest du Tonkin et ont encore pour capitale Dông- Kinh. Le général Mac Kinh Dièn ti-'nt la campagne contre Trinh Kiêm qui succombe à la peine en 1570. Son fils Trinh Tung qui lui succède montre la même ardeur à la lutte. Les Mac résistent cependant à ses assauts, mais la mort de leur vaillant défenseur Mac Kinh Kiém, porte à leurs succès un coup fatal. Enfin en 1592, après un combat acharné, la capitale de l'Est, Dong Kinh est enlevée d'assaut par Trinh Tung, et Mac Mau Hiêp expie sa défaite dans le supplice du pal.

Les Mac se réfugient alors dans knw province (rorigine, liai Dzuong- à Co Trai^ et g-ardent sous leur domination les provinces de Thaï Xj^uyèn et de Cao Bang. Leur princes Mac lloan (1592) et Mac Kinh Chi (1^)92 à \T)\Y.\j n'ont (|u'un règ-ne très éphémère. A piirtir de ce moment les Mac sont réduits à la principauté de Cao Bang et l'histoire ne relate t[ue leurs noms: Mac King Cung (1593 à 1624 ou 1625), Mac King Khoan (1623 à 1626 ou 1638), et Mac King Hoan (1638 à 1660 ou 1677).

On voit encore, près du marché de Cao Binh, à dix kilomètres au N.-O. de la ville actuelle de Cao Bang, les ruines d'une grande citadelle qui fut le dernier refuge de la dynastie.

Pendant ce temps le jeune Nguyên lloang, fils de Nguyên Kim, et qui avait été envoyé par Trinh Kièm comme gouverneur des provinces de la côte où Daurj Tronfj \ côté-dedans) s'était revêtu lui aussi du titre de chua à la mort de son beau-père, et obtint même ensuite du roi fainéant de la maison des Le le titre de viiong (prince).

■ C'est ainsi que régnèrent en même temps sur le pays d'Annam quatre dynasties : celle des Le qui continue à régner nominalement sur TAnnam tout entier, celle des Trinh qui gouverne le Tonkin avec le titre de chua ou seigneur, celle des Nguyên qui gouverne la Cochinchine (Annam Central actuel) avec le titre de vuonr/ ou prince et Hué pour capitale, et enfin la dynastie usurpatrice des Mac qui dispute aux Le le pouvoir suprême^

C'est au cours du xvn*^ siècle que les premiers missionnaires catholiques et les premiers commeryants portugais et hollandais s'introduisirent en Annam. Pendant la première partie de ce siècle les Tonkinois et les Cochinchinois se font la guerre et c'est de cette époque que date la n\uraille qui forme la limite du Ngê An au sud. Mais bientôt ils se ressaississent et, abandonnant ces luttes intestines, ils se retournent contre leurs ennemis de l'extérieur, les Tonkinois contre les Mac qu'ils chassent enfin de Cao Bang en 1705, les Cochinchinois contre le Ciampa qu'ils conquièrent définitivement vers 1650.

Ce malheureux royaume était enfin absorbé par l'Annam qui, à la puissance de ses armes, joignait une prodigieuse force d'extension due à sa grande natalité.

Mais derrière cette victime il y avait encore un royaume à engloutir, c'était le royaume Khmer ou Cambodge, qui comprenait la Cochinchine française actuelle, le Cambodge et les provinces de Battambanget d'Angkor. Sa puissance avait été grande et la magnificence des ruines de son ancienne capitale Angkor atteste toujours à l'heure qu'il est sa splendeur passée ; mais la famille qui régnait alors sur ce malheureux, pays, livrée aux intrigues et aux crimes de toute sorte, devait le mener prompte ment à l'anéantissement.

L'Annamite, avec son esprit remuant, ambitieux, envahisseur et habitué qu'il était aux conquêtes, épiait les faiblesses de son voisin.

En 1658, sous prétexte d'une violation de frontière, une armée d'Annamites et de Ciampois livre bataille à Baria au roi de Cambodge qui est fait prisonnier et reconnaît la suzeraineté de l'Annam. Les événements se précipitent, facilitant l'invasion annamite, et les années qui suivent marquent les dernières étapes de l'envahissement du pays par l'étranger. Ce sont d'abord les vagabonds de la côte d'Anna m qui viennent s'établir à Bien Hoa. Puis, à la suite d'une révolte, les Annamites pacifient le pays et fixent la résidence des deux rois du Cambodge, le premier à Oudong et le deuxième à Saigon. En 1680, c'est un général cantonnais partisan de la dynastie chinoise des Minh qui quitte son pays pour échapper au joug des Mandchous et vient avec 7.000 hommes s'établira Bien Hoa et aux environs de Mytho. L'un de ses lieutenants se révolte quelques années après et c'est pour les Annamites une nouvelle occasion d'intervenir avec fruit : le premier roi est fait prisonnier, le deuxième se tue et l'empereur d'Annam fait couronner le fils du deuxième roi sous la tutelle d'un commissaire général de l'Empire qui continue la colonisation des provinces conquises à l'aide des vagabonds de la côte d'Annam.

Après les provinces de l'Est ce sont bientôt celles de l'Ouest qui vont se détacher du Cambodge. En 171o, le chinois Mac Cuu s'empare de Ha Tien et en fait don au roi de Hué. Au milieu du siècle les Annamites poussent leurs conquêtes jusqu'à Chaudôc pendant que les citadelles de Rachgia et de Ca Mau sont construites.

Ainsi il avait sulH de cent années pour (|ue cette race aniianiile étendît s;i tache d'huile sur tout le territoire de la (^)chiiichiiie actuelle et en 17o(S Iv. nouveau roi ([ui fut imposé au Candjodge n'avait plus qu'à ratifier le fait accompli.

11 est hors de doute que si les événements n'étaienl pas venus troubler cette marche en avant, le Cambodge tout entier n'aurait pas tardé à être incorporé à l'Empire. Mais l'attention des Annamites allait être détournée de leurs conquêtes par les dissensions intestines, qui devaient préluder à l'occupation française de leur pays.

Révolte des Tay Son [1177-1 SOI). — Reconstitution de l'Empire d'Annam sous la dynastie des Nguyèn il SOI)- — Révolte des Tay Ping [1Sî)6). — Difficultés qui amènent notre intervention en Cochinchine en 1S59.

A la suite de désordres à la Cour de Huê qui avaient mécontenté le peuple et suscité des plaintes à la cour impériale des Le, le Chua du Tonkin, Trinh, crut le moment venu de renverser ses rivaux du midi, les Nguyên, et une armée tonkinoise vint ravager la côte d'Annam. C'est alors, en 1777, que deux frères, Xguyên Van Nhac et Nguyên Van Huê, levèrent l'étendard de la révolte sur lequel ils inscrivirent « Tày Son Thuong Tac » (ouest-montagneshautes-guerre) ou Guerre des hautes montagnes de lOuest, à laquelle on donne souvent le nom de Révolte des Tày Son.

Au cours de cette lutte, les Tonkinois, qui avaient pu tout d'abord s'emparer de Huê, furent battus. Les princes de la maison Nguyên se réfugièrent à Saigon et l'un des chefs de la révolte, Nhac, se fit couronner roi de Huê, pendant que son frère cadet, Huê, s'emparait de Ae Cho ou Hanoï, capitale du Tonkin.

Il s'y faisait proclamer successivement seigneur à la mort du Chua de la dynastie des Trinh et roi à la mort de l'empereur de la dynastie des Le. Ainsi les Tây Son avaient placé leur deux chefs sur les trônes de Ké Cho et de Huê. Il ne leur restait plus à réduire

que la Basse Cochinchine où étaient réfugiés les princes de la dynastie desNguyèn, parmi lesquels \(juycn Anh qui devait régner plus tard sous le nom de Gia Loikj.

La lutte se termina en 1783 par l'envoi d'une armée importante sous le commandement du roi du Tonkin, Huê, qui avait pris le nom de Long Nhuong. Nguyen Anh, qui était réfvigié à Mytho, sentit la résistance impossible et s'enfuit au Siam.

11 ne resta que cinq ans en exil grâce au dévouement de Mgr Pigneau de Behaine, évêque d Adran, vicaire apostolique en Cochinchine, qui réussit à faire venir de Pondichéry quelques olliciers des armées de terre et de mer, Chaigneau, Vannier, Ollivier et Dayot.

C'est grâce à leurs elforts intelligents que le jeune prince put, après avoir quitté la cour du Siam, venir débarquer à Ca Mau, prendre Saigon en 1789, Hué en 1801 et Ké Cho en 1802. L'empire d'Annam était reconstitué entre les mains d'un seul homme qui pouvait ainsi prendre comme chilîre le nom de (Ha Long ou « Souveraine extension », Son règne fut heureux et florissant, et il sut ne jamais oublier ce qu'il devait aux officiers français dont le concours lui avait donné la couronne impériale. La Révolte des Tây Son avait donc eu ce résultat imprévu de reformer l'unité nationale entre les mains de la dynastie cochinchinoise des Nguyêii.

Minh Manh, fils de Gia Long et qui lui succéda en 1820, était loin d'avoir la largevir de vues de son père. Nos officiers durent quitter le pays pour échapper aux tracasseries dont ils étaient l'objet et les persécutions religieuses recommencèrent pour se continuer sous les règnes suivants. Thiêu Tri succéda à son père, régna de 1841 à 18i8 et céda le trône à son fils Tu Duc. Pendant la première moitié du xix*^ siècle les régions montagneuses du Haut Tonkin avaient joui d'une paix relative après les guerres terribles qui les avaient dévastées pendant des siècles. A la faveur de cette tranquillité les commerçants chinois avaient ])eu ;i peu descendu les fleuves et étaient venus s'installer dans les centres tels que Ha Giang et Tuyèn Quang sans qu'aucune mesure fût prise contre cette infiltration dun élément dangereux. Mais ce n'est pas seulement à l'aide dune conquête pacifique que les Chinois devaient venir s'implanter dans le pays.

l^^n 1856, la Rébellion des Tây Pin;/^ ('touiïée en (^Fiinc;, trouva un exécutoire favorable dans les provinces limitrophes du Tonkin qui avaient reg-ag-néune situation prospère à la faveur de cette période de paix. Aussi, un de leurs chefs, N^ô Lôn, les entraîna-t-il à la conquête des provinces de Tuyèn (^uang-, (^ao Ban|^, Lao (^ai et Thai Xj^uyèn, qu'ils mirent au pillage avec la dernière sauvagerie. Leur chef fut tué et battu dans la province de Bac Xinh et eut pour successeur Liiu Vinh Phuoc qui devait devenir au moment de la con(|uète française notre adversaire le plus célèbre comme chef des Pavillons Noirs. Ce terme venait de ce que les Tay Ping étaient organisés en quatre bannières, noire, roiujp, Manche et jaune, (jui avaient pour missions respectives de tuer, de brûler, d'approvisionner l'armée et d'organiser les régions conquises. Pendant que Luu Vinh Phuoc, ({ui avait sa résidence à Ha Giang, organisait le pays et étendait sa domination jus(|u"k Hung Hoa et vers Cao Bang, son lieutenant, Hoang Sinh Anh, le chef de la bannière jaune ou des Pavillons Jaunes se révolta contre lui. La lutte qui s'ensuivit ensanglanta la Rivière Claire et donna naissance à de nouveaux pillages dont la malheureuse province de Tuyèn Quang fut encore le théâtre. Les pauvres habitants de race Thâ ou Man qui échappèrent à ces hécatombes n'eurent d'autre ressource que de se réfugier, les uns au fond de leurs cavernes, les autres au plus haut des montagnes.

Comme on le voit, l'autorité du roi Tu Duc ne s'étendait au Tonkin que sur le delta du fleuve Rouge, tandis que les hautes régions étaient tiraillées entre les Pavillons Noirs et les Pavillons Jaunes. Encore le Delta lui-même était-il ensanglanté par les persécutions religieuses et nos bâtiments de guerre étaient-ils obligés de croiser sur les côtes du golfe du Tonkin pour essayer de protéger les chrétiens par la menace de leurs canons. Lorsque la duplicité ou l'insolence des mandarins dépassaient les bornes, nos officiers de marine leur infligeaient de sévères leçons. Mais une fois le moment de terreur passé et les excuses faites, ils recommençaient de plus belle.

Le meurtre de Mgr Diaz, évêque espagnol de l'ordre des Dominicains, vicaire apostolique au Tonkin, fut la goutte d'eau qui fît déborder le vase, La France et l'Espagne se décidèrent à agir de

concert contre la cour d'Annom. et l'anùral Rigault de Genouilly se présenta le 'M août 1858 devant Tourane avec plusieurs bateaux de guerre et des transports chargés de troupes Ira niaises et espagnoles. Une fois la baie en notre pouvoir, les difficultés d'une opération sur Huè se présentèrent à l'amiral qui, abandonnant son premier projet, se dirigea sur Saigon le 2 février 1 8o9 en laissant une garnison à Tourane. Le 17 du même mois, Saigon tombait en notre pouvoir.

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