CHAPITRE XVI
concentrés. Sur les remparts de la ville s'alignèrent des hommes ; d'autres se présentèrent aux portes de chacune des maisons de la rue, prêts à faire une sortie, et aux fenêtres, prêts à tirer aussi bien avec des mousquets qu'avec des arcs et des arbalètes. Les soldats qui défendaient la barricade se levèrent aussi , et parurent disposés à disputer le passage de front. La petite troupe , assaillie et serrée de toutes parts , mais ni épouvantée , ni découragée prit tout simplement les armes. La ligne du centre avec le landamman en tête se disposait à se frayer un passage par dessus la barricade. Les deux fronts se rapprochèrent dos à dos , déterminés à ne pas laisser envahir la rue par ceux qui pouvaient sortir des maisons. Il était évident qu'il faudrait une grande effusion de sang et des prodiges de valeur pour réduire cette poignée d'hommes résolus. Telle fut sans doute la raison qui engageait sir Archibald à différer l'attaque, quand soudain partit de derrière le cri de : « Trahison;! trahison ! »
Un soldat couvert de vase s'élança vers le gouverneur, et dit d'une voix qu'interrompait son besoin de respiration, que, tandis qu'il s'efforçait d'arrêter un prisonnier qui venait de s'évader, il avait été saisi par les bourgeois de la ville , et presque noyé dans les fossés. Il ajouta que les habitants étaient encore occupés à introduire les ennemis dans la place.
« Kilian, dit le chevalier, prends quarante hommes... rends-toi en toute hâte à la porte du Nord: poignarde, pourfenâs ou préci-, pite du haut des remparts tous ceux que tu rencontreras en armes, bourgeois ou étrangers. Laisse-moi le soin de terminer avec ces paysans par douceur ou par violence. »
Mais avant que l'écuyer pût obéir aux ordres de son maître, un autre cri s'éleva par derrière; on criait: aBâle! Bâle!.... liberté! liberté ! ... la victoire est à nous ! »
Arrivèrent alors les jeunes gens de Bâle qui ne s'étaient pas tellement éloignés , que Rudolphe ne pût encore les rappeler... Arrivèrent aussi plusieurs Suisses qui étaient restés en arrière de l'escorte principale, se tenant toujours prêts à donner un coup de main ; arrivèrent enfin , l'arme au bras , les bourgeois de La Ferette qui, forcés par la tyrannie d'Hagenbach à prendre les armes et à monter la garde , avaient profilé de l'occasion pour introduire les Bâlois par la poterne, grâce à laquelle le jeune Phibpson s'était récemment évadé.
La garnison , déjà un peu découragée par l'attitude fîère des Suisses qui avaient fait face à des forces plus nombreuses, fut com-
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plétement déconcertée par cette insurrection nouvelle et inatten- (Ine. La plupart des soldats se disposèrent à fuir plutôt qu'à combattre, et beaucoup se jetèrent du haut des murailles, comme meilleur moyen d'échapper. Kilian et plusieurs autres, que l'orgueil empêcha de prendre la fuite, et qui désespéraient d'obtenir leur pardon, se battirent avec rage et furent tués sur place.
€ Tenez-vous tous serrés! » criait la voix d'Arnold Biederman à sa petite troupe. < Où est Rudolphe?... défendez votre vie, ne l'ôtez à personne.... eh bien! comment donc, Arthur Philipson! serrez les rangs, vous dis-je. — Il m'est impossible de vous obéir, » répliqua Arthur qui abandonnait en effet son rang. < Il faut que je cherche mon père dans les cachots; ils peuvent l'assassiner au milieu de celte confusion pendant que je reste ici.— Par Notre-Dame d'Einsiedlen, vous avez raison, repartit le landamman; comment pouvais-je oublier mon noble hôte! je vais vous aider à le chercher, Arthur.... le combat semble tirer vers sa fin.... holà ici, seigneur banneret , digne Adam Zimmerman , mon cher ami Nicolas Bonstelten, veillez à ce que nos hommes ne s'écartent pas... ne vons mêlez aucunement du combat , mais laissez les gens de Bàle être responsables de leurs actions. Je reviens dans quelques minutes. » Comme il pailait , il s'élança sur les traces d'Arthur Philipson, que ses souvenirs guidaient assez bien pour qu'il retrouvât l'escalier des cachots. Ils y rencontrèrent un homme à mine sinistre, couvert d'un justaucorps de buffle , portant à sa ceinture un trousseau de clefs rouillées qui annonçaient le genre de ses fonctions.
a Montre-moi la prison du marchand anglais , dit Arthur Philipson à l'individu, ou tu meurs par ma main.— Lequel des deux désirez-vous voir? répondit le fonctionnaire.... le vieux ou le jeune? — Le vieux; son fils t'a échappé. — Entrez donc ici, messieurs, • répliqua le geôlier en tirant le verrou d'une lourde porte.
A l'extrémité de la pièce était couché l'homme qu'ils venaient chercher, il fut aussitôt soulevé et couvert dembrassements.
« Mon cher père! mon digne hôte! » s'écrièrent en même temps son fils et son ami ; « comment vous portez-vous?— Bien , répondit le vieux Philipson, si vous , mon ami, et toi, mon fils, comme j'en juge par vos armes et votre air, vous venez ici vainqueurs et libres... mal, si vous y venez partager ma prison. — N'en ayez pas peur, répondit k; landamman, nous avons couru des périls, mais nous en sommes miraculeusement délivrés. Votre séjour en ce triste réduit tous a engourdi les membres. Appuyez-vous sur moi ,