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CHAPITRE XVI

mon digne hôte, et permettez-moi de vous conduire vers un meilleur logement. »

Là, il fut interrompu par un bruit sourd que sembla produire la chute d'une barre de fer, et différent des mugissements lointains du tumulte populaire qu'ils entendaient encore retentir dans la rue comme la voix grave d'une mer éloignée et orageuse.

« Par saint Pierre-ès-liens ! » dit Arthur qui découvrit aussitôt la cause du bruit, <= le geôlier a fermé la porte ou elle lui a échappé des mains. La serrure en jouant nous a faits prisonniers, et nous ne devons attendre notre délivrance que du dehors.... Holà! geôlier, chien, misérable, ouvre-nous, sinon tu es mort! -~ Il n'est probablement plus à portée d'entendre vos menaces, dit le vieux Philipson, et vos cris ne serviront de rien. Mais êles-vous sûrs que les Suisses soient en possession de la ville? — Nous en sommes les paisibles possesseurs , répondit le landamman , quoique aucun coup n'ait été frappé de notre côté. — Eh bien! alors, reprit l'Anglais, vos camarades vous auront bientôt retrouvé. Arthur et moi nous sommes de pauvres gens inconnus, et notre absence aurait bien pu n'attirer aucune attention; mais vous êtes, vous, un trop important personnage pour disparaître sans qu'on le remarque, surtout quand le nombre de vos gens est connu. — J'espère qu'il en sera ainsi, répliqua le landamman, quoiqu'il me semble que je fasse assez sotte figure , enfermé ici comme un chat dans un buffet quand il a volé de la crème... Arthur, mon brave garçon, ne vois-tu aucun moyen de faire sauter le verrou ? »

Arthur qui était allé examiner avec attention la porte, répondit négativement, et ajouta qu'il fallait bien prendre patience, et s'armer de courage pour attendre tranquillement leur délivrance, puisqu'ils ne pouvaient rien faire pour la hâter.

Cependant Arnold Biederman commençait à se fâcher de l'abandon où le laissaient ses fils et ses compagnons.

« Tous mes jeunes gens, disait-il, incertains si je suis mort ou vivant, prennent sans doute occasion de mon absence pour se livrer au pillage et à la licence.... et le politique Rudolphe, je présume, ne s'inquiète pas si je dois jamais reparaître sur la scène.... Le banneret et notre député Longue-Barbe , et cet imbécile de Bonsletten , qui m'appelle son ami , et tous mes voisins m'ont abandonné.... Et pourt'.\nt ils savent que la vie du plus obscur d'entre eux m'est beaucoup plus précieuse que la mienne propre. Par le ciel! on dirait d'un stratagème; il semblerait que ces téméraires

Jeunes gens'désiraient se débarrasser d'une discipline"régulière et pacifique,, pour plaire à ceux, qui sont avides de guerres et de conquêtes. »

Le landamman sorti de son habituelle sérénité de caractère, et effrayé de la conduite de ses compatriotes en son absence, réfléchissait ainsi sur ses amis et ses compagnons, tandis que le bruit lointain mourait.peu à peu et faisait place au silence le plus complet.

€ Que faut-il faire maintenant? dit Arthur Philipson; j'espère qu'ils vont profiter de ce moment de repos pour faire l'appel et chercher alors ceux qui^ne répondront pas. •>

Il sembla que le souhait du jeune homme avait été soudain réalisé ; car il finissait à peine de parler, que la clef tourna dans la serrure, et la porte fut ouverte par un individu qui s'élança de derrière et monta l'escalier avant que les captife mis en liberté pussent apercevoir leurjibérateur.

« C'est le geôlier tans doute, dit le landamman, qui peut craindre, et ce n'est pas sans raison , que nous ne lui gardions rancune pour notre détention dans ce cachot , loin d'être reconnaissants de la délivrance. »

En parlant ainsi ils montèrent l'escalier étroit, et sortirent par la porie de la tour d'entrée, où les attendait un singulier spectacle. Les dépulés suisses et leur escorte se tenaient encore fermes et serré sur leurs rangs, à l'endroit même où d'ilagenbach s'était proposé de les assaillir. Quelques soldais de l'ex-aouverneur, désarmés et redoutant la fureur d'une multitude de bourgeois qui remplissaient alors les rues, demeuraient, les yeux baissés, derrière la phalange des montagnards , comme leur plus sûr endroit de re • traite. Mais ce n'était pas tout.

Les chariots, si récemment placés de manière à obstruer le passage de la rue, se trouvaient alors joints ensemble , et servaient à soutenir une plate-ibrme ou estrade, qui avait élé coubtruile à la hâle avec des planches. Dessus était une chaise dans laquelle était assis un homme grand, la tète, le cou et les épaules nus, le reste du COI i)s couvert d une armure brillante. Son visage était aussi piile que la mort : pourtant Arthur Philipson reconnut le léroce gouverneur, sir Archibald d'ilagenbach. Il paraissait hé sur la chaise. A sa droite et près de lui se tenait le piètre de Saint-Paul, récitant, à voix basse, des prières, avec son bréviaire à la main; tandis qu'à gauche et un peu derrière lui apparaissait un homme haut de taille,

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