‹ Anne de GeiersteinChapitre 113 sur 246 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

raison de l'être, puisque , pour toute explication , il présenta à Philipson le collier de diamants avec la cassette dans laquelle il était contenu.

« Cette jolie chose vous appartient , dit-il; j'ai appris de votre fils Arthur qu'elle était à vous , et que vous seriez content de la retrouver. — Je vous remercie très cordialement , répliqua l'Anglais. Ce collier m'appartient véritablement, c'est-à-dire le paquet dont il formait le contenu était confié âmes soins ; et le prix que j'y attache en ce moment dépasse de beaucoup sa valeur réelle , puisqu'il me sert de titre et de gage pour l'accomplissement d'une importante mission... Et comment , mon jeune ami , •> continua-t-il en s'adressant à Sigismond, » avez-vous été assez heureux pour rencontrer un objet que nous avions jusqu'à présent cherché en vain ? Permettezmoi de vous exprimer ma reconnaissance , et ne me trouvez pas trop curieux si je vous demande comment ce coUier vous est venu entre les mains. — Quant à cela, répondit Sigismond, l'histoire n'est pas longue. Je m'étais approché de l'échafaud le plus possible , attendu que je n'avais encore jamais vu d'exécution, et j'aperçus l'exécuteur ( qui me semble avoir rempli son office avec toute l'adresse imaginable ), au moment même où il jetait un drap sur le cadavre d'Hagenbach , tirant quelque chose de la poitrine du mort et le glissant rapidement dans la sienne : aussi , quand le bruit circula qu'il manquait un objet de prix , je me hâtai de courir après le drôle. J'appris en route qu'il avait commandé pour cent couronnes de messes au maître-autel de Saint-Paul , et je parvins à le découvrir dans la taverne de la ville , où quelques hommes de mauvaise mine buvaient gaîment à sa santé comme citoyen libre et homme noble. Je m'élançai alors au milieu du groupe avec ma pertuisane , et demandai à Sa Seigneurie si elle voulait me remettre ce qu'elle avait dérobé, ou tâter du poids de l'arme que je portais. Sa Seigneurie, monseigneur le bourreau , hésita et voulut me fau-e une querelle. Mais je lui réitérai péremptoirement mes injonctious , et il jugea alors plus convenable de me rendre ce paquet que vous trouverez , je l'espère , seigneur Philipson , aussi intact que lorsqu'on vous le déroba... Et... et... je leslaissaiachever leur festin... et voilà toute l'histoire. — Tu es un brave garçon ! dit Philipson , et avec un cœur toujours droit, la tête peut rarement faire mal. Mais l'Eglise ne perdra rien de ses droits , et je me charge , avant de quitter La Ferette , de payer les messes que l'homme a commandées pour le repos de l'àme d'Hagenbach , si inopinément arraché de ce monde. »

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SIgIsmond allait répliquer ; mais Philipson , craignant qu'il ne laissât échapper quelque sottise propre à diminuer la satisfaction que sa conduite récente avait causée à son père , ajouta aussitôt : c Va, mon bon jeune homme, va porter à mon fils Arthur cette précieuse cassette. "

Enchanté de recevoir publiquement des éloge* auxquels il était si peu habitué , Sigismond prit congé des membres du conseil , qui se reformèrent aussitôt en comité secret.

Il y eut un moment de silence; car le landamman ne pouvait maîtriser le vif sentiment de plaisir que lui causait la sagacité dont le pauvre Sigismond , qui par sa conduite ordinaire n'en promettait pas à beaucoup près autant , venait de donner une preuve éclatante. Ce n'était pourtant pas une joie à laquelle les circonstances lui permissent de s'abandonner, et il la renferma en lui-même, se réjouissant au fond de l'âme , et se trouvaut allégé de l'inquiétude qu'il avait jusqu'alors conçue relativement à l'intelligence bornée de ce pauvre garçon. Quand il parla à Philipson, ce fut avec la candeur et la noblesse habituelles de son caractère.

« Seigneur Philipson, dit-il, nous ne vous regardions comme engagé par aucune des olîres que vous avez faites, tant que ces riches bijoux n'étaient pas en votre possession, parce qu'un homme peut souvent croire que, s'il était dans telle ou telle situation, il pourrait parvenir à certain but qu'il se trouve ensuite dans l'impossibilité d'atteindre lorsqu'il est dans cette situation; mais je vous demande si, maintenant que vous avez , d'une manière si heureuse et si imprévue, recouvré l'objet dont la possession devait, ditesvous, porter le due à vous accorder sa confiance , vous pensez pouvoir servir de médiateur entre lui et nous , ainsi que vous nous le proposiez. »

Tous se penchèrent pour entendre la réponse du marchand.

« Landamman, répondit-il, quand j'ai promis une chose dans l'embarras, j'ai toujours été prêt à exécuter ma promesse lorsque l'embarras n'a plus existé. Vous dites et je crois que vous n'êtes pour rien dans l'assaut donné à La Ferctte. Vous dites aussi qu'on a ôté la vie à d'ITagenbach d'après le jugement d'un tribunal dont vous ne pouviez influencer la sentence... Dressez un protocole qui expose ces circonstances, et, autant que possible, avec les preuves; remettez-le moi... sous votre sceau, si vous voulez .. et j'engagerai ma parole de. . de... d'iionnêtehomme et de sincère .\nglais, que le duc de Bourgogne ne vous détiendra pas , ne vous causera

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