CHAPITRE XVI
n'hésitons pas à courir îes dangers personnels qui peuvent nous attendre, si en les bravant nous avons une chance de pkis de conserver la paix à notre pays. — Je pense et vote avec mon voisin et compère Arnold Biederman , » dit le laconique député de Schwitz.
« Vous voyez comment nous sommes divisés d'opinion , dit le landamman à Philipson : quel est votre sentiment ? — Je voudrais d'abord vous demander , répondit l'Anglais , quelle part vous avez prise à l'assaut d'une ville occupée par les troupes du duc , et à la mort de son gouverneur. — Dieu me soit témoin, répliqua le landamman , que je n'avais connaissance d'aucun projet de prendre la ville d'assaut avant qu'elle fût si inopinément gagnée. — Et quant à l'exécution d'Hagenbach , ajouîa le prèîre noir , étranger , Je vous jure par mon saint ordre, qu'elle a eu 'id sous la direction d'une cour compétente , dont Charles de Bourgogne lui-même e.st tenu de respecter la sentence , et dont les membres de la députation suisse ne pouvaient ni avancer ni retarder les effets. - Si tel est l'état des choses, répondit Philipson , et que vous puissiez réellement prouver que vous êtes innocents de toute participation à des faits qui doivent exciter la colère du duc de Bourgogne, je vous conseillerai, sans hésitation, de poursuivre votre voyage, avec la certitude que le prince vous prêtera une oreille juste et impartiale , et peut-être vous fera une réponse favorable. Je connais Charles de Bourgogne ; je puis même dire que , par rapport à la différence de nos rangs et de notre manière de vivre, je le connais bien. Il sera fortement courroucé à la nouvelle des événements qui se sont passés ici , et il n'hésitera pas à les interpréter à votre désavantage. Mais si , dans le cours de l'enquête , vous parvenez à vous laver de ces imputations , le sentiment de sa propre injustice fera peut-être pencher la balance en votre faveur , et, dans ce cas , il passera brusquement de l'excès du blâme à celui de l'indulgence. Mais votre cause doit être plaidée devant le duc par une langue plus habituée que la vôtre au langage des cours ; et j'aurais pu moi-même vous servir d'interprète si l'on ne m'avait pas dépouillé du précieux paquet que je portais sur moi pour l'offrir au duc , et attester la commission dont j'étais chargé près de lui. — C'est une pitoyable ruse qu'emploie ce négociant , » murmura Donnerhugel au banneret , « pour se faire dédommager par nous des effets dont on l'a dépouillé. »
Le landamman lui-même partagea peut-être un instant la même opinion.
« Marchand, dit-il, nous nous regardons comme obligés à vous
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indemniser , du moins si nos richesses peuvent y suffire. . . des perles que vous avez pu faire en vous confiant à notre protection. — Oui, nous le ferons , ajouta le vieillard de Schwitz , dût-il nous en coûter vingt sequins pour y parvenir ! — Je n'ai aucun droit au dédommagement dont vous parlez, répliqua Philipson, attendu que j'ai quitté votre compagnie avant d'éprouver aucune perte ; et je regrette l'accident qui m'est arrivé, non pas à cause delà valeur de l'objet, quoiqu'elle soit plus grande que vous ne pouvez l'imaginer, mais surtout parce que , le contenu de la cassette que je portais devant servir de gage entre une personne de haute importance et le duc de Bourgogne, je n'obtiendrai plus de Son Altesse, j'en ai peur, la confiance que je désirais obtenir dans votre intérêt comme dans le mien. Sans ce gage , et surtout ne me présentant plus que comme simple voyageur, je ne puis me flatter d'autant d'influence que j'en aurais eue en me servant du nom des personnes qui m'envoyaient. — Ce paquet important, dit le landamman, sera très rigoureusement recherché , et nous veillerons à ce qu'il vous soit rendu intact. Quant à nous autres Suisses , personne d'entre nous ne connaît la valeur du contenu, de sorte que, s'il se trouve entre les mains d'un de nos hommes , il le restituera comme une bagatelle qui n'a point de prix à ses yeux. ■>
Comme il parlait , un coup fut frappé à la porte de la chapelle. Rudolphe , qui s'en trouvait le plus proche , après avoir conféré quelques minutes avec l'individu du dehors , annonça avec un sourire qu'il réprima aussitôt de peur d'otîenser Arnold Eiederman , le motif de cette interruption.
€ C'est Sigismond, le bon jeune homme... Dois-je le laisser entrer au conseil ? demanda-t-il. — Et que vient faire le pauvre gar- <^on ? » dit son père avec un mélancolique sourire.
« Permettez-moi pourtant de lui ouvrir, répliqua Philipson ; il désire entrer, et peut-être apporte-t-il des nouvelles. J'ai observé , landamman , que ce jeune homme , quoique lent à concevoir et à s'exprimer , est ferme dans ses principes et parfois heureux dans ses conceptions. »
Il admit donc Sigismond , tandis qu'Arnold Biederman était d'un côté sensible à l'éloge flatteur que Philipson venait de faire d'un fils qui , de tous les siens , était certainement le moins favorisé par la nature , et de l'autre craignait que le [)auvie enfant ne fit en public et à sa honte quelque bévue qui prouvât son manque d'intelligence, Sigismond néanmoins seuiblait tout confiant , et il avait assurément