‹ Anne de GeiersteinChapitre 154 sur 246 · CHAPITRE XXII. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII. m

leurs dans des circonstances qui pussent confirmer encore leurs très ridicules soupçons, qu'elle ne considérait que comme moyen d'amusement. Les histoires auxquelles sa conduite donnait lieu n'avaient point de fin. Sa première apparition dans le château fut, diton, très pittoresque et tenant du merveilleux. Avec la légèreté d'un enfant, elle avait des passions enfantines, et tandis qu'elle encourageait la circulation des légendes les plus extraordinaires parmi les gens du voisinage, elle cherchait querelle à des personnes de sa propre qualité sur le rang et la préséance, points sur lesquels les dames de Westphalie ont toujours été d'un rigorisme extrême. Cela lui coûta la vie ; car, le matin du baptême de ma pauvre mère , la baronne d'Arnheim mourut inopinément , alors même qu'une brillante compagnie était assemblée dans la chapelle du château pour assister à la cérémonie. On croit qu'elle mourut empoisonnée par la baronne de Steinfeldt , qui lui portait une haine mortelle parce qu'elle avait pris fait et cause un jour en faveur de la comtesse de Waldstetten , son amie et sa compagne. — Et la fameuse opale?... Et la goutte d'eau bénite sur le front? dit Arthur Philipson. — Ah! répliqua la jeune baronne, je vois que vous désirez entendre la véritable histoire de ma famille , dont vous ne connaissez encore que la légende romanesque... On eut nécessairement recours à l'eau pour faire revenir ma grand'mère à elle lorsqu'elle s'évanouit. Quant à l'opale , j'ai entendu dire qu'elle devint réellement pâle , mais seulement parce qu'il est dans la nature de cette noble pierre de pâlir à l'approche du poison. Le vrai motif de la querelle avec la baronne de Steinfeldt était le droit de la jeune personne à porter cette pierre qu'un des ancêtres de sa famille avait conquise dans une bataille contre le soudan de Trébizonde. Toutes ces choses furent confondues dans la tradition populaire , et les faits réels se changèrent en un conte de fée. — Mais vous ne m'avez rien dit, » répliqua à voix basse Arthur Philipson, « de... — De quoi? — De votre apparition la nuit dernière. — Est-il possible qu'un homme de sens , un Anglais , ne puisse deviner l'explication que j'ai à lui donner, quoique non très distinctement peutêtre? Mon père, vous le savez bien, a joué un grand rôle dans les troubles du pays , et s'est attiré la haine de maints personnages puissants. Il est donc obligé d'agir en secret et d'éviter, autant que possible , les regards. D'ailleurs il ne se souciait pas de se rencontrer avec son frère le landamman. Je fus donc avertie, dès notre entrée en Allemagne , que l'on me préviendrait , par un signal con-

venu , du lieu et du moment où je devrais le rejoindre , le signa! devant être un pelit crucifix de bronze qui avait appartenu à ma pauvre mère. Je trouvai le signal à Graflf's-Lust , dans ma chambre à coucher, avec un billet de mon père, où il me désignait une issue secrète , comme il s'en trouve toujours dans les vieux châteaux , qui, bien qu'elle eût l'apparence d'être solidement close, n'était néanmoins que légèrement barricadée. Je pus, grâce à celte ifisue , gagner la porte. Je m'évadai au milieu des bois, et je rej»^!gnis mon père à l'endroit marqué. — C'était une aventure hardie et périlleuse , observa Arthur. — Je ne fus jamais plus alarmé? , continua la jeune fille , qu'en recevant cet ordre qui me forçait à quitter un oncle si tendre et si bon, pour aller je ne savais où. Pourtant l'obéissance était absolument nécessaire. Le lieu du reu; dez-vous m'était clairement indiqué. Une promenade à minuit , dans un voisinage où la protection ne me manquait pas, était pou:.moi une bagatelle; mais la précaution qu'on avait prise de poster des sentinelles à la porte aurait empêché l'accomplissement de mon dessein, si je n'en eusse pas parlé aux aînés de mes cousins, ks Biederman , qui consentirent sans peine à me laisser passer et repasser sans en rien dire. Mais vous connaissez mes cousins : honnêtes et bons de cœur, ils n'ont pas des idées d'une très grande étendue , et sont aussi incapables d'un sentiment de généreuse d ;-

licatesse que... certaines autres personnes » Là, un regard

fut lancé vers Annette Veilchen « Ils exigèrent de moi que

je cachasse mon projet à Sigismond; et, comme ils cherchent toujours à plaisanter aux dépens de ce pauvre garçon, ils incisîôrent pour quf je passasse devant lui de manière à lui faire croire que j'é!ais un esprit, une apparition; et, vu sa frayeur porr les êtres surnaturels, ils s'attendaient à beaucoup de plaisir. Je fus obligée d'assurer à ce prix mon évasion ; et, à vrai dire, j'étais tro » alïligée de quitter mon excellent oncle, pour penser beaucoup à autre chose. Cependant ma surprise fut extrême lorsque, contrairement à mon attente , je vous trouvai en sentinelle sur le pont au lieu de mon cousin Sigismond. Ce que vous pensùtes alors de moi, je ne vous le demande pas. — Je pensai comme un fou, répliqua Arthur, comme un triple fou; si j'eusse osé toute autre chose, je vous aurais offert mon escorte. Mon épée... — Je n'aurais pas accepté votre protection, » dit Anne avec calme: « ma fuite devait être secrète sous tous les rapports. Je rejoignis mon père... Un entretien qui avait eu lieu entre lui et Rudolphe Donnerhugel le fit

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