‹ Anne de GeiersteinChapitre 161 sur 246 · CHAPITRE XXni. US · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXni. US

pas, et saisissant un cheval qui, bridé et sellé, se trouvait attaché à un piquet près de lui , il jeta la bride à Arthur Phiîipson ; et poussant son propre coursier en même temps entre l'Anglais et le soldat il força celui-ci, qui tenait Arthur, à lâcher prise. En un clin d'œil , Phiîipson était remonté , et aussitôt empoignant une hache d'armes qui était suspendue à un arçon de la selle de son nouveau coursier, il terrassa la sentinelle chancelante qui cherchait encore à le saisir. Toute la troupe s'éloigna alors au galop , car l'alarme avait commencé à devenir générale dans le village. On voyait quelques soldats sortir de leurs quartiers , et d'autres commençaient à monter à cheval. Avant que Schreckenwald et sa troupe fussent éloignés d'un mille , ils entendirent plus d'une fois le son des cornets ; et quand ils arrivèrent au sommet d'une éminence qui dominait le village , leur chef, qui durant la retraite s'était placé à l'arrière-garde, lit halte pour reconnaître l'ennemi qu'ils avaient laissé derrièi-e eux. Ce n'était que bruit et confusion dans la rue, mais il ne paraissait pas qu'on voulût poursuivre; de sorte que Schreckenwald suivit sa route le long du fleuve, avec vitesse sans doute , mais cependant avec assez de lenteur pour ne pas fatiguer le plus mauvais cheval de la troupe.

Quand ils eurent marché deux heures et plus , la confiance de leur chef s'accrut au point qu'il se hasarda à ordonner une halte au bord d'unjoU bois qui servait à cacher leur petit nombre, tandis que cavaliers et chevaux prenaient quelques rafraîchissements, grâce au soin qu'on avait eu d'apporter du fourrage et des provisions. Ital Schreckenwald, après avoir conféré un instant avec la baronne, continua à traiter leur compagnon de voyage avec une sorte de politesse bourrue, il l'invita à partager son propre repas qui, à vrai dire, différait peu de celui qui était servi aux autres personnes , mais qui fut assaisonné d'un verre de vin d'un crû plus choisi.

« A votre santé, frère, dit-il ; si vous racontez fidèlement l'histoire de ce jour, vous avouerez que j'ai agi envers vous en bon camarade il y a deux heures , lorsque nous traversions le village d'Arnheim. — Je ne le nierai pas, beau sire , répondit Phiîipson , et je vous remercie de votre assistance qui est venue bien à temps, soit qu'elle eût pour motif un ordre de voire maltresse , soit qu'elle doive être attribuée à votre bienveillance. — Oh! oh! mon ami, » répliqua Schreckenwald en riant , « vous êtes philosophe , puisque TOUS orgumentez lors même que votre cheval s'abat sous vous ! et

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qu'un homme à la peau d'ours brandit son épée sur votre gorge... Eh bien , puisque votre sagacité a fait cette découverte , il est bon que vous sachiez que je n'aurais pas eu beaucoup de scrupule à sacrifier vingt jeunes blancs-becs comme vous , plutôt que de laisser la jeune baronne courir le moindre danger. — La convenance de ce sentiment, dit Philipson, est si exacte et si incontestable que j'y souscris, bien qu'il soit énoncé d'une façon assez impolie à mon égard. »

En répliquant ainsi, le jeune homme, provoqué par l'insolence des manières de Schreckenwald , éleva un peu la voix. La circonstance ne manqua point d'être remarquée , car en un in.stant Annette Veilchen se présenta devant eux pour leur transmettre l'ordre de sa maîtresse , et cet ordre était de parler bas , ou plutôt de se taire tout- à-fait.

« Dites à votre maîtresse que je suis muet , dit Philipson. — Notre maîtresse la baronne dit , » continua Annette , en appuyant avec emphase sur ce titre , auquel commençait à s'attacher , dans son esprit, une influence magique... « la baronne, disais-je, prétend que le silence importe à notre sûreté ; car il serait fort dangereux d'attirer sur notre petite troupe l'attention des voyageurs qui peuvent passer sur la route pendant cette halte nécessaire : ainsi donc, messieurs, la baronne vous requiert de continuer l'exercice de vos mâchoires aussi vite que possible , et de vous abstenir de celui de vos langues, jusqu'à ce que notre position devienne moins hasardeuse.— Madame est sage, répondit Ital Schreckenwald, et sa soubrette est rusée. Je bois, mademoiselle Annette , cette coupe de rudersheimer à la continuation de sa sagacité et de votre aimable enjouement de caractère. Vous plairait-il, ma jolie demoiselle, de me faire raison avec cette généreuse liqueur ? — Arrière , sac à vin allemand!... arrière, buveur éternel!... Entendîtes-vous jamais parler d'une fille modeste buvant du vin avant d'avoir dîné? — Demeure donc sans la généreuse inspiration de cette liqueur, répliqua l'Allemand ; et nourris ta veine satirique de ce cidre acide ou d'aigre petit-lait... »

Lorsqu'elle se fut quelque temps reposée , la petite troupe monta à cheval , et déploya tant de célérité qu'elle arriva bien avant midi à la ville fortifiée de Kehl , située en face de Strasbourg , sur la rive droite du Rhin.

Il appartient aux antiquaires locaux de découvrirai les voyageurs passèrent de Kehl à Strasbourg par le célèbre pont de bateaux qui

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