CHAPITRE XXV
agitation, ses larges sourcils abaissés sur ses yeux, les points fermés et grinçant des dents jusqu'à ce qu'enfin il semblât prendre une résolution. Il agita une sonnette d'argent qui se trouvait sur la table. — Ici, Contay, » dit-il aii gentilhomme de sa chambre qui entra, « ces drôles de montagnards sont-ils exécutés? — Non ; puisse ne pas s'en fâcher Votre Altesse : mais l'exécuteur attend que le prêtre ait fini de les confesser. — Qu'ils vivent! dit le duc. Nous entendrons demain de quelle manière ils se proposent de justifier leur conduite à notre égard. »
Contay s'inclina et sortit j alors se tournant vers l'Anglais, le duc dit avec un mélange indicible de hauteur, de familiarité et même de bonté , mais le front déridé et le regard calme : < Nous sommes maintenant quittes d'obligations, milord d'Oxford... vous avez obtenu vie pour vie... même pour compenser la différence qui peut exister entre les marchandises que nous échaiigcons , vous avez obtenu six vies pour une. Je ne vous donnerai donc plus la moindre attention quand vous me rappellerez encore le faux pas de mon cheval à Montlhéry, ou vos services en cette occasion. La plupart des princes se contentent de haïr en secret les hommes qui leur ont rendu de ces services extraordinaires... ce ne sont pas là mes sentiments , seulement il m'est désagréable qu'on me rappelle que j'en ai eu besoin. Hum ! je suis à demi suiToqiié des efforts qu'il m'a fallu faire pour changer les résolutions que j'avais déjà arrêtées . Holà ! ho ! quelqu'un ! . . . qu'on me serve à boire ! »
Un huissier entra portant un large flacon d'argent, qui , au lieu de vin , était rempli de tisane , légèrement parfumée d'herj)es aromatiques.
« Je suis par nature si violent et si colère, dit le duc, que mes médecins me défendent de boire du vin. Mais vous, Oxford, vous n'êtes pas tenu à suivre un tel régime. Allez trouver votre compatriote Colvin, général de notre artillerie. Nous vous recommandons à sa garde et à son hospitalité jusqu'à demain , qui doit être un jour d'occupation , car je m'attends à recevoir la réponse des benêts de l'assemblée des États réunis à Dijon , et j'ai aussi à entendre , grâce à l'intercession de Votre Seigneurie, ces misérables députés suisses, comme ils s'appellent. Eh bien! n'en parlons plus... Bonne nuit... Vous pouvez causer en toute liberté avec Colvin, qu est, comme vous, un vieux lancastrien... Mais, écoutez bien, pas un mot touchant la Provence... pas même durant votre sommeil.... Contay, conduisez ce gentilhomme anglais à la tente de Colvin , qui
connaît mon bon plaisir à son égard. — Altesse, répondit Contay, j'ai déjà laissé le fils du gentilhomme anglais avec M. de Colvin. — Quoi ! votre propre fils , Oxford ? Il est avec vous ici ? pourquoi ne pas m'en avoir parlé? C'est un véritable rejeton du vieil arbre? — C'est mon orgueil de le croire , monseigneur. Il a été le fidèle compagnon de tous mes dangers , de toutes mes courses. — Heureux homme! » dit le duc avec un soupir. « Vous, Oxford, vous avez un fils qui partage votre pauvreté et votre détresse... Je n'ai personne , moi , pour participer et succéder à ma grandeur. — Vous avez une fille, monseigneur, et il faut espérer qu'elle épousera un jour quelque puissant prince qui sera le soutien de la maison de Votre Altesse. — Jamais! par saint George, jamais! » répondit le duc d'un ton vif et bref. « Jamais je n'aurai un gendre pour qu'il se fasse du lit de ma fille un marche-pied afin d'atteindre à la couronne du père; Oxford, je vous ai parlé plus franchement que je n'ai coutume de le faire... Mais je crois que certains hommes sont dignes de confiance , et je pense , sir John de Vere , que vous êtes du nombre.
Le noble Anglais s'inclina , et allait se retirer, lorsque le duc le rappela.
« Il y a encore une chose, Oxford.... La cession de la Provence ne suffit pas tout-à-fait. Il faut que René et Marguerite désavouent cette tête folle de Ferrand de Vaudemont , qui fait de sottes tentatives en Lorraine, et réclame cette province du chef de sa mère Yolande. — Monseigneur, Ferrand est petit-fils du roi René, neveu de la reine Marguerite; mais cependant... — Mais cependant, par saint George! ses droits sur la Lorraine, comme il le dit, doivent être positivement désavoués. Vous parlez de leurs affections de famille , pendant que vous me pressez de faire la guerre à mon propre beau-frère. — La meilleure excuse de René pour abandonner son petit fils , répondit Oxford , sera son incapacité complète à le soutenir et à l'aider. Je proposerai la condition de Votre Altesse , si dure qu'elle soit. > En parlant ainsi , il quitta le pavillon.