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CHAPITRE XXVI

propre pays, et dans l'exercice de son état, vînt à se réaliser. En attendant, il le pria de lui procurer pour le lendemain à la pointe du jour un passeport et une escorte pour son fils , qu'il était forcé d'envoyer à Aix, résidence du roi René.

« Quoi ! dit Colvin , le jeune comte d'Oxford va-t-il prendre un grade à la cour d'amour? car on ne s'occupe dans la capitale du roi René que d'amour et de poésie. — Je ne suis pas ambitieux d'une telle distinction pour lui, mon cher hôte, répondit Oxford; mais la reine Marguerite est auprès de son père , et il est convenable qu'il aille baiser la main de sa souveraine. — En voici assez, dit le vétéran lancastrien ; quoique l'hiver approche à grands pas, la Ros;i- Rouge peut, j'espère, fleurir au printemps. »

Il conduisit alors le co.fiUe anglais dans la partie de la tente qu'il devait occuper, et où se trouvait aussi une couche pour Arthur; leur hôte (comme nous pouvons appeler Colvin) les assurant qu'à la pointe du jour des chevaux et des hommes sûrs seraient prêts à accomp;>gner le jeune homme durant son voyage.

« Arthur, lui dit son père , il faut donc nous séparer encore une fois. Je n'ose te donner, dans ce pays de périls, aucune communication écrite pour ma maîtresse la reine Marguerite; mais tu lui diras que j'ai trouvé le duc de Bourgogne fermement attaché à ses propres intérêts, mais assez bien disposé pourtant à les confondre avec les nôtres. Tu lui diras que je doute peu qu'il nous accorde le secours que nous demandons ; mais qu'il faudra sa propre renonciation et celle du roi René. Tu diras encore que je n'aurais jamais conseillé un pareil sacrifice pour la chance précaire de renverser la maison d'York, si je n'étais pas convaincu que la France et la Rourgogne planent comme des vautours sur la Provence, et que l'un ou l'autre de ces deux princes , ou peut-être tous deux, sont prêts, aussitôt que son père sera mort , à s'élancer sur des possessions qu'ils n'ont épargnées qu'à grand regret durant sa vie. Un accommodement avec le duc de Bourgogne peut donc d'une part assurer son active coopération dans l'entreprise d'Angleterre; et de l'autre, si notre fière princesse n'accède pas à la demande de Charles , la justice de sa cause n'ajoutera rien à la validité de ses droits héréditaires sur les domaines de son père. Prie donc la reine Marguerite, à moins qu'elle n'ait changé de plan, d'obtenir du roi René un acte de cession dans les formes, qui transmette la possession de ses états au duc de Bourgogne, avec le consentement de Sa Majesté. Les revenus nécessaires au roi et à elle-même seront

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fixés suivant son bon plaisir, ou peuvent être laissés en blanc. Je puis attendre de la générosité de Charles que ces points seront convenablement réglés. Tout ce que je crains, c'est que Charles ne s'embarrasse.... — De quelque sotte guerre indispensable à son honneur et à la sûreté de ses domaines , » répondit une voix de derrière la tapisserie qui partageait la tente, «et en le faisant, ne serve pas ses propres intérêts plus que les nôtres? Hein, seigneur comte? »

Au même instant le rideau fut tiré, et un homme entra avec le pourpoint et le bonnet d'un simple soldat de la garde wallonne , et en qui cependant Oxford reconnut aussitôt les traits durs du duc de Bourgogne, et ses yeux si fiers qui brillaient sous la fourrure et la plume dont sa coiffure était ornée.

Arthur, qui ne connaissait pas le prince personnellement, tressaillit à son entrée, et porta la main à son poignard; mais son père l'invita par signe à ne point le tirer, et il regarda avec surprise le respect solennel que le comte rendait au soldat qui se gênait si peu. Les premiers mots lui expliquèrent ce dont il s'agissait.

— Si vous avez eu recours à ce déguisement pour éprouvci ma foi, dit l'Anglais, permettez-moi de vous dire, noble duc, que vous avez pris une peine inutile. — Assurément , Oxford , répondit le duc, j'ai été un espion courtois; car j'ai cessé d'écouter à votre porte au moment même où j'ai eu raison de croire que vous alliez dire quelque chose d'offensant pour moi. — Aussi vrai que je suis chevalier, monseigneur duc , si vous étiez resté derrière la tapisserie, vous n'auriez entendu dire que des vérités que je suis prêt à répéter en présence de Votre Altesse, quoiqu'il puisse se faire qu'elles eussent été exprimées avec un peu moins de méaagemenls.

— Eh bien! répétez-les donc, et dans les termes qu'il vous plaira d'employer.... Ils mentent par la gorge ceux qui disent que Charles de Bourgogne se fâche toujours quand un ami bien intentionné lui donne un conseil. .. — Je voulais donc dire, répliqua le comte anglais, que Marguerite d'Anjou avait seulement à craindre que le duc de Bourgogne, précisément lorsqu'il endosse son armure afiu de conquérir pour lui-même la Provence, et de lui assurer à elle un puissant secours pour faire valoir ses droits en Angleterre, ne se laisse détourner d'un but si élevé par le projet, imprudemment formé, de punir des affronts à lui faits, comme il le suppose, par ^erlaines conlédérations de monta{;nards des Alpes, lorsqu'une guerre ne peut offrir ni avantage ni honneur, et qu'au contraire on court le risque d'y

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