‹ Anne de GeiersteinChapitre 187 sur 246 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

placé , sembla , par un signe de tête si léger qu'il dut être imperceptible pour ceux qui l'entouraient, donner son approbation à l'arrangement adopté.

Lorsque le duc et sa suite furent assis et en ordre, le maire s'approcha de nouveau de la manière la plus respectueuse , et s'agenouillant sur la dernière marche du trône ducal , pria Charles de lui dire si Son Altesse avait le loisir d'entendre les habitants de sa capitale lui exprimer leur inébranlable dévouement à sa personne et d'agréer une marque de leur bienveillance , que sous la forme d'une coupe remplie de pièces d'or, il avait l'inappréciable honneur de déposer à ses pieds , au nom des citoyens et de la commune de Dijon.

Charles , qui n'affectait en aucune circonstance beaucoup de politesse , répondit d'un ton bref et brusque et d'une voix qui était naturellement rude et dure : « Chaque chose a son tour, monsieur le maire; laissez-nous d'abord entendre ce que les États de Bourgogne ont à nous dire, nous écouterons ensuite les bourgeois de Dijon. »

Le maire se leva et se retira , emportant à deux mains la coupe d'argent, et mortifié sans doute non moins que surpris de ce que son contenu ne lui eût pas valu une réception immédiate et gracieuse.

« Je m'attendais, continua le duc Charles, à rencontrer à cette heure et en ce lieu nos Étals du duché de Bourgogne, ou une députation de leurs membres , avec une réponse au message que leur a transmis notre chancelier il y a trois jours. N'y a-t-il personne ici de leur part? »

Comme personne ne répondait mot, le maire dit que les membres des États avaient élé en délibération secrète toute la matinée, et que sans doute ils se présenteraient devant Son Altesse aussitôt qu'ils sauraient qu'elle avait honoré la ville de sa présence.

« Va, Toison-d'Or, i> dit le duc au héraut de cet ordre, «va annoncer à ces messieurs que nous désirons connaître le résultat de leurs délibérations, et que, par politesse et loyauté, ils ne doivent pas croire que nous les attendrons plus long-temps. Agissez rondement avec eux , seigneur héraut , ou nous agirons rondement avec vous. »

Pendant que le héraut remplissait sa mission, nous pouvons rappeler à nos lecteurs que, dans tous les pays féodaux, c'est-à-dire dans presque toute l'Europe, durant le moyen âge, un ardent esprit de liberté envahissait les constitutions, et le seul défaut qu'on

y pouvait trouver, c'était que les privilèges et la liberté pour lesquels combattaient les grands vassaux ne descendaient pas jusqu'aux classes inférieures de la société , ou n'étendaient pas leur protection à ceux qui en avaient vraisemblablement besoin. Les deux premiers ordres de l'État, les nobles et le clergé , jouissaient de hauts et importants privilèges , et même le tiers-état , ou les bourgeois, avaient le privilège particulier qu'aucune taxe, aucun droit, aucun impôt ne pouvait être établi contre lui-même (jue de son propre consentement.

La mémoire du duc Philippe était chère aux Bourguignons , car durant trente années ce sage prince avait maintenu son rang parmi les souverains de l'Europe avec beaucoup de dignité, et avait accumulé d'immenses trésors sans commettre d'exactions , sans demander de nouveaux subsides aux riches contrées qu'il gouvernait. Mais les projets extravagants et les dépenses immodérées du duc Charles avaient déjà excité les soupçons de ces États ; et la mutuelle bienveillance entre le peuple et le prince commençait à faire place d'une part à la crainte et de l'autre à la méfiance. Le penchant des j^tats à l'opposition s'était récemment accru; car ils avaient désapprouvé les différentes guerres que leur duc avait entreprises sans nécessité; et en lui voyant lever des corps considérables de soldats mercenaires , ils en étaient venus à craindre qu'il ne finît par employer les sommes à lui votées par ses sujets à étendre outre mesure sa prérogative royale, et à détruire les libertés du peuple.

En même temps , les succès constants du duc dans des entreprises désespérées aussi bien que difficiles, l'estime que lui conciliait son caractère franc et ouvert, la crainte qu'inspiraient l'opiniâtreté insurmontable et la tendance irrésistible d'un caractère qui ne cédait que rarement à la persuasion, et n'endurait jamais la moindre contradiction , répandaient encore une sorte de terreur mêlée de respect autour du trône, qui était matériellement soutenu par l'attachement du bas peuple à la personne du duc actuel et à la mémoire de son père. On avait appris qu'en l'occasion présente une vive opposition s'était élevée au sein des Éfnts contre le système de taxe proposé par le duc , et l'issue de la délibération était attendue avec une vive anxiété par les conseillers du prince , et avec une impatience sans bornes par le souverain lui-même.

Apre» un intervalle d'environ dix minutes, le chancelier de Bourgogne, qui était archevêque de Vienne et prélat d'un haut rang, i^ntra dans la salle avec sa suite, et passant derrière le trOoe du

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