‹ Anne de GeiersteinChapitre 188 sur 246 · CHAPITRE XXVII. 56i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII. 56i

duc pour occuper une des places les plus distinguées de l'assemblée, il s'arrêta un moment pour engager son maître à recevoir en particulier la réponse des États , lui donnant en même temps à comprendre que le résultat des délibérations n'avait été nullement satisfaisant.

« Par saint George de Bourgogne! monseigneur l'archevêque,»' répondit le duc d'un ton sévère et à haute voix, nous ne sommes pas un prince si lâche de cœur, que nous ayons besoin de fuir les regards mécontents d'une faction capricieuse et insolente. Si les États de Bourgogne envoient une réponse désobéissante et déloyale à notre message paternel, qu'ils la fassent entendre en audience publique ; que le peuple réuni soit appelé à décider entre son duc et ces petits esprits perturbateurs qui voudraient restreindre notre autorité. »

Le chancelier s'inclina gravement et prit son siège, tandis que le comte lancastrien observait que la plupart des membres de l'assemblée , à l'exception de ceux qui en le faisant n'auraient pu manquer d'attirer l'attention du duc, communiquaient à leurs voisins des observations qui étaient reçues par un clignement d'œil, un signe de tète ou un haussement d'épaules p^e^que imperceptible , comme lors-* qu'on discute une proposition sur laquelle il est dangereux de prendre un parti. Au même instant Toison-d'Or, qui remplissait les fonctions de maître des cérémonies, introduisit dans la salle une dépù-' tation des États , composée de douze membres , quatre pris dans chacun des trois ordres, et les déclara investis du pouvoir de transmettre la réponse de cette assemblée au duc de Bourgogne.

Lorsque la députation entra, Charles se leva de son trône suivant l'ancienne coutume , et , ôtant de dessus sa tête la toque ({ue décorait un énorme panache de plumes : « Santé et bienvenue, ditil, à mes fidèles sujets des États ! » Toute la nombreuse suite de courtisans se leva et se découvrit avec le même cérémonial. Les mem-» bres des États mireat alors un genou en terre, les quatre ecclésiastiques, parmi lesquels Oxford reconnut le prêtre noir de Saint-^ Paul , s'approchant le plus de la personne du duc , les nobles s'agenouillant derrière eux, et les bourgeois se plaçant les derniers de tous.

-; Noble duc , dit le prêtre de Saint-Paul , préférez-vous entendre la réponse de vos bons et loyaux États de Bourgogne par la bouche d'un membre , parlant au nom de tous , ou par celle de trois membres, chacun énonçant l'avis de l'ortlre auquel il appartient?— Comme vous voudrez, répondit le duc de Bourgogne. — Un prêtre.

un noble et un bourgeois libre , » répliqua l'ecclésiastique encore à genoux, » adresseront tour à tour la parole à Votre Altesse; car quoique nous soyons d'accord sur la réponse générale , et béni soit le Dieu qui permet aux frères de demenrer amis! cependant chaque offre des États peut avoir des raisons spéciales et particulières à alléguer pour l'opinion commune. — Nous vous entendrons alors séparément, ■' répliqua le duc Charles, remettant sans façon son chapeau sur sa tète, et se rejetant avec insouciance sur son siège. Au même instant, tous ceux qui étaient de sang noble, soit dans la dépulation, soit parmi les spectateurs, usèrent de leurs droits comme pairs du souvcmin en reprenant leurs toques, et un nuage de panaches ondoyants ajoula soudain à la grâce et à la dignité de l'assemblée.

Lorsque le duc se rassit , les députés se relevèrent , et le prêtre noir de Saint- Paul, s'avançant encore plus près du prince, lui adressa la parole en ces termes :

« Monseigneur duc, votre loyal et fidèle clergé a examiné votre proposition d'imposer une nouvelle taxe à vos peuples , afin de déclarer la guerre aux cantons confédérés du pays des Alpe*. Cette querelle, mon gracieux souverain, paraît à votre clergé injuste et oppressive delà part (le Votre Altesse; et il ne peut espérer que Dieu bénira les armes des soldats qui défendront cette cause. Il se voit donc obligé de rejeter la proposition de Votre Altesse. »

Les yeux du duc se fixèreni d'un air sombre sur le porteur de ce désagréable message; il secoua la tête avec un de ces regards sévères et menaçants que la dure expression de ses traits lui rendait faciles : <■ Vous avez parlé, sire prêtre, » fut la seule réponse qu'il daigna faire.

^n des quatre nobles , le sire de Mirabeau , s'exprima ainsi : € Votre AUesse a demandé h ses fidèles nobles de consentir à ce que de nouveaux impôts , de nouveaux droits fussent levés sur la Bourgogne pour subvenir à l'entretien des bandes de soldais mercenaires qu'elle se propose de créer encore pour soutenir les guerres de l'État. Monseigneur, les épées des nobles, chevaliers et gentilshommes bourguignons ont toujours été aux ordres de Votre Altesse , comme celles de nos ancêtres furent toujours prêtes à sortir du fourreau pour vos prédécesseurs. Lorsque Votre Altesse entreprendra une guerre juste, nous irons plus loin, nous combattrons plus courageusement qu'aucun soldat payé, qu'il vienne d'Angleterre, de France ou d'Italie. Nous ne souffrirons pas qu'on taxe

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