‹ Anne de GeiersteinChapitre 21 sur 246 · CHAPITRE Ili. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ili. S

VOUS devez savoir qu'en beaucoup d'occasions les for (s sont sauvés parle secours des faibles , les superbes par l'aide des humbles. — J'ai du moins appris, répliqua l'Anglais, à ne discuter aucun point sans nécessité avec l'hôte qui m'a cordialement ouvert sa porte. » Après avoir lancé à son fils un regard où sembla. it briller la plus vive affection, il reprit, tandis qu'ils retournaient tous ensemble à la maison, un entretien qu'il avait commencé avec sa nouvelle connaissance, avant qu'Arthur et la jeune fille les eussent rejoints.

Arthur put, pendant ce temps-là, observer la figure et les traits de leur hôte helvétien , qui , nous l'avons déjà remarqué , annonçaient une simplicité primitive mêlée à une certaine dignité sauvage, produite par une physionomie mâle et sans aucune affectation. Ses vêtements ne différaient pas beaucoup pour la forme du costume de femme que nous avons décrit. Ils consistaient en un fourreau de dessus, taillé comme la chemise moderne, ouvert seulement sur la poitrine, et porté sur une tunique ou pourpoint. Mais l'habillement de l'homme était beaucoup plus court, en ce que les pans ne descendaient guère plus bas que la jaquette des montagnards écossais ; des espèces de bottes ou brodequins montaient au dessus des genoux , et le corps entier se trouvait ainsi couvert. Un bonnet, fait de fourrure de martre, et garni d'un médailloh d'argent , était la seule partie du costume qui déployât quelque richesse ; la large ceinture qui retenait le vêtement était en buffle , et serrée par une grande boucle de cuivre.

Mais la figure de l'homme qui portait ce costume grossier, composé presque entièrement de la toison des brebis de la montagne et des dépouilles d'animaux qu'on tue à la chasse, aurait commandé le respect partout où il se serait présenté , surtout à cette époque guerrière où l'on jugeait les gens selon que leurs nerfs et leurs muscles annonçaient plus ou moins de vigueur. Pour ceux qui envisageaient Arnold de Biederman sous ce point de vue , il déployait la taille et les formes, les larges épaules et les muscles proéminents d'un Hercule. Mais lorsqu'on examinait plutôt sa physionomie, ses traits fins et spirituels , son large front , ses grands yeux bleus , et l'air de résolution qu'ils annonçaient, lui donnaient encore plus de ressemblance avec le fabuleux roi des dieux et des hommes. Il était accompagné de plusieurs fils et parents , jeunes hommes au milieu desquels il marchait, recevant comme chose à lui iuconfestablement due , un respect et une obéissance semblables à ceux qu'on voit rendre au cerf-roi par un troupeau de daims.

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Pendant qu'Arnold Biederman se promenait et causait avec le plus âsé de ses hôtes , les jeunes gens semblaieul examiner Arthur des pieds à la tète, et de temps à autre ils interrogeaient tout bas Anne leur parente , recevant d'elle des réponses brèves et impatientes, qui, loin de l'apaiser, excitaient au contraire la veine de gaîté à laquelle s'abandonnaient les montagnards, et même, à ce qu'il sembla au jeune Anglais , aux dépens de leur hôte. La douleur de se sentir exposé à la dérision n'était pas adoucie par la réflexion que , dans une société pareille , elle devait probablement s'attacher à quiconque ne savait pas marcher au bord d'un précipice d'un pas aussi ferme et aussi déterminé que si on se promenait dans les rues d'une ville. Si déraisonnable que puisse être le ridicule, il est toujours déplaisant d'y être soumis , mais c'est encore plus particulièrement pénible pour un jeune homme en présence de la beauté. Il y avait quelque consolation pour Arthur à penser que la jeune fille n'approuvait certainement par ces plaisanteries et qu'elle paraissait réprouver du geste et de la voix la grossièreté de ses compagnons ; mais il craignait que ce fût seulement par pure humanité.

« Elle aussi doit me mépriser, pensa-t-il , quoique un sentiment des convenances inconnu à ces rustres mal élevés la mette à même de déguiser son mépris sous une apparence de pitié. Elle ne peut juger de moi que d'après ce qu'elle a vu... Si elle pouvait me mieux connaître (telle fut son orgueilleuse pensée) , elle me placerait peutêtre plus haut dans son estime. »

Lorsque les voyageurs entrèrent dans l'habitation d'Arnold Biederman , ils trouvèrent tout préparé dans un vaste appartement , qui servait à plusieurs usages , pour un repas simple mais abondant. En promenant ses regards sur les murs de cette salle, on y voyait tous les instruments de l'agriculture et de la chasse ; mais les yeux du vieux Philipson s'arrêtèrent sur un corselet de cuir, sur une longue et lourde hallebarde, enfin sur un de ces sabres qu'on ne maniait qu'à deux mains, arme formant une espèce de trophée. Aup'.ès, mais couvert de poussière, sale et rouillé, pendait un casque avec la visière, semblable à ceux que portaient les chevaliers et les hommes d'armes. La guirlande ou couronne d'or qui l'entourait , quoique toul-à-fait ternie , indiquait une naissance et un rang illustres ; et le cimier qui était im vautour de l'espèce qui donna le nom à l'antique château et au rocher adjacent, suggéra difl'érentes conjectures à l'hôte anglais, qui , connaissant assez bien l'histoire de la révolution suisse , doutait peu qu'il ne vit dans cette

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