CHAPITRE XXXI
de l'entreprise de son père, ne fut pas peu charme de. voir qu'il était certain , s'il ne dépendait que de la supériorité du nombre. Il n'eut pas le temps de faire d'autres questions, car la reine enira en ce moment dans le salon , et le carme, apprenant qui elle était, se retira de sa présence en sinclinant avec respect.
La pâleur de ses joues trahissait encore les fatigues du jour ; mais lorsqu'elle adressa gracieusement à Arthur les salutations du matin, sa voix était ferme, son œil serein et sa physionomie calme. « Je vous revois, dit-elle, non comme je vous ai quitté hier, mais déterminée dans ma résolution. Je suis convaincue que , si René ne renonce pas volontairement à son trône de Provence par quelque démarche comme celle que nous proposons , il en sera arrache avec une violence qui peut-être lui coûtera la vie. Nous allons donc nous mettre à l'œuvre au plus tôt.... Le pire est que je ne puis quitter ce couvent que je n'aie accompli les pénitences nécessaires pour avoir visité le Garagoule, et si je ne les accomplissais pas, je ne serais plus une chrétienne. Quand vous retournerez à Aix, demandez mon secrétaire , près duquel ce mot d'écrit vous servira de lettres de créance. J'ai même, avant que cette porte d'espérance me fût ouverte, tâché de me faire une idée de la véritable situation du roi René, etj'ai recueilli tous les documents à ce sujet. Dites-lui de m'envoyer, dûment scellé, et par une voie sûre , le petit coffre cerclé en argent. Les heures de pénitence pour d'anciennes erreurs peuvent être employées à en prévenir d'autres; et par le contenu de ce coffre, j'apprendrai si je dois , dans cette importante affaire , sacrifier les intérêts de mon père à mes espérances à demi ruinées. Mais au reste, je suis à peu près fixée sur ce sujet. Je puis faire dresser ici, sous ma propre direction, les actes de renonciation et de transfert , et en préparer l'exécution au temps où je retournerai à Aix : or, je compte y retourner dès l'instant que ma pénitence sera achevée. — Cette lettre, ma gracieuse dame, dit Arthur, vous apprendra les événements qui se préparent , et de quelle importance il peut être de se tenir prêt à profiter des circonstances. Remettez seulement ces actes importants entre mes mains , et je courrai nuit et jour jusqu'à ce que j'arrive au camp du duc. Je le trouverai très probablement au moment de la victoire , et le cœur trop enivré pour refuser un secours à sa royale parente qui lui abandonne tout. Nous obtiendrons.... nous devons obtenir, à une pareille heure , un appui vraiment digne du prince qui l'accordera ; et nous verrons bientôt si le libertin prince d'York , le sauvage Ri-
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chard, le traître et parjure Clarence, doivent rester à tout jamais possesseurs de la joyeuse Angleterre , ou s'il leur faudra céder h place à un souverain plus légitime, à un homme meilleur. Mais, ô ma royale dame , tout dépend de la promptitude. — Vous dites vrai.... peu de jours peuvent, doivent m(>me voir jeter le de entre Charles et ses adversaires ; et avant de consommer un si grand sacrifice , il serait bon de s'assurer si l'homme qu'il doit nous rendre favorable est à même de nous secourir. Tous les événements d^une vie tragique et agifée m'ont conduite à reconnaître qu'un ennemi n'est jamais à dédaigner. Je me hâterai cependant, avec l'espérance que dans l'intervalle nous recevrons de bonnes nouvelles des bords du lac de Neufchâii'l. — Mais qui emploierez-vous à rédiger ces actes si importants? »
Marguerite réfléchit avant de répondre : " Le père ^gardien est complaisant, et je le crois fidèle; mais je n'accorderai jamais qu'à contre-cœur ma confiance à un moine provençal. Voyons, que je cherciie.... votre père dit qu'on peut se fier au carme qui a apporté la lettre.... c'est l'homme qu'il nous faut. I! est étranger, on lui fermera la bouche avec une pièce d'argent. Adieu, Arthur de Vere.... Vous serez traité par mon père avec toute l'hospitalité possible. Si vous recevez encore des nouvelles, ne manquez pas de me les communiquer; de même, si j'ai des instructions à envoyer, c'est à vous qiie je les adresserai.... Que Dieu vo!is protég'î donc! -'
Arthur descendit alors la montagne d'un pas beaucoup plus r.ipide qu'il ne l'avait montée la veille. Le temps était redevenu d'un calme magnifique, et les beautés de la végétation, dans un pays Quelle ne s'endort jamais complètement, étaient vraiment délicieuses et rafraîchissantes. Ses pensées erraient des pics du mont Sainte-Victoire aux rochers du canton d'Unterwalden, et son imagination lui rappelait les moments où ses promenades au milieu des rocs helvétiques n'étaient pas solitaires, où il avait à son côté une vierge dont la beauté simple était gravée dans sa mémoire. Des pensées semblables étaient de nature à le préoccuper, et nous sommes fâché de dire qu'elles lui firent complètement oublier l.\ mystérieuse précaution que lui avait indiquée son père, celle d'avoir soin de ne pas s'arrêter au sens des lettres qu'il recevrait de lui avant de les avoir exposées au feu.
La première chost^ qui lui rappela celte singulière recommandation fut la vue d'un fourneau de.charbou dans la cuisine de l'hô-