‹ Anne de GeiersteinChapitre 216 sur 246 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

tion que René'détestât du fond de 1 àme , c'était bien celle où se trouvait cité le mot même , le seul mot à.'aff'aire.

« De quoi son enfant pouvait-elle avoir besoin? était-ce d'argent? il «lait prêt à lui donner toutes les sommes qu'il avait en caisse, quoiqu'il avouât que son trésor fût un peu dégarni; cependant il avait reçu un ti imestre de son revenu , lequel se montait à dix mille écus. Combien désirait-elle qu'on bii en comptât? la moitié ? les trois quarts ou le tout ? La somme entière était à sa disposition. — Hélas! mon cher père, dit Marguerite, ce n'est pas de mes affaires, mais des vôtres que je veux vous entretenir! — S'il s'agit de mes affaires , répliqua René , je suis certainement maître de les remettre à un autre jour... à quelque vilain jour de pluie, qui ne sera bon à rien de mieux. Vois, mon amour, nos fauconniers sont déjà en selle... les chevaux hennissent et piaffent... nos jeunes gens et nos dames sont montés tous, le faucon au poing, . . les chiens s'impatientent d'être en laisse. Ce serait un péché, avec un vent et un temps si favorables, que de perdre cette belle matinée. — Laissez-les su îvre leur chemin, dit la reine Marguerite, et aller à leurs plaisirè ;ekr l'affaire dont j'ai à vous entretenir concerne l'honneur, le rang, la vie et les moyens de vivre. — Soit; mais il faut que j'entende Bofe deux plus célèbres troubadours, Calezon et Jean d'Aigues-Mortés, et que je décide entre eux. — Renvoyez leur cause à demain! répliqua Marguerite, et consacrez une heure ou deux à de plus importantes affaires. — Si vous l'ordonnez , reprit le roi, vous savez, mon enfant, que je ne puis vous refuser. »

Et il àonna avec répugnance ordre aux chasseurs de partir et de selivrer à leur exercice, attendu qu'il ne pouvait les accompagner ce jour-là.

Le vieux roi se laissa alors , comme un chien qu'on empêche à grand regret de chasser, conduire dans un appartement séparé. Pour être sûre qu'on ne les troublerait pas, Marguerite posta son secrétaire Mordaunt avec Arthur dans l'antichambre, leur comman» dant dé be laisser entrer personne.

« Quant à moi , bien , Marguerite , dit l'excellent vieillard ; puisqu'il 16 fàiW, je consens à être mis au secret; mais pourquoi empêcher fê^viéux Mordaunt d'aller à la promenade par une si belle malin ée?'î»ourquoi priver le jeune Arthur du plaisir d'accompagner les airtt<e8? Je vous en réponds, bien qu'on l'appelle philosophe, il a, la nuit dernière, avec la jeune comtesse Boisgelin, montré autant d'agilité qu'aucun cavalier de Provence. — Tous deux vien-

nent d'un pays, répliqua Marguerite, où les hommes sont instruits dès leur enfance à prtfférer le devoir au plaisir. »

Le pauvre roi, entraîné dans le cabinet du conseil, vit avec un frisson intérieur le fatal coffre d'ébène cerclé en argent qui ne s'était jamais ouvert que pour l'accabler d'ennui, et il calcula avec douleur combien de bâillements lui sciaient arrachés avant qu'il pût parvenir à en examiner tout le contenu. Mais exposés devant lui , ces papiers se trouvèrent être d'une nature qui excita son intérêt, quelque pénible qu'il fût.

Sa fille lui présenta un résumé court et clair des dettes hyf)othéquées sur ses domaines, et pour lesquelles ils se trouvaient engaiiés par différentes pièces et parties. Elle lui montra alors sur une autre feuille les réclamations considérables dont le paiement immédiat était demandé, quoiqu'il fiit impossible de trouver les fonds qui dussent y suffire. Le roi se défendit comme bien d'autres l'auraient fait dans sa situation désespérée. A chaque réclamation de six, sept ou huit mille ducats, il répondait eu assurant qu'il avait dix mille écus dans son coffre, et montrait quelque répugnance à se laisser convaincre , bien qu'on ne cessât de le lui répéter, que cette somme ne pouvait suffire à en solder une trente fois plus forte,

<- Alors , • dit le roi avec un peu d'impatience , * pourquoi ne pas payer ceux qui sont les plus pressés , et faire attendre les auties jusqu'à ce que de nouvelles rentrées nous arrivent? — C'est un moyen auquel on n'a eu recours que trop souvent , et vous ne faiu^s que remplir un devoir d'honneur en payant des créanciers qui ont avancé toute leur fortune pour le service de Votre iMajesté — ?»Ii)is ne sommes-nous pas roi des Deux-Siciles, de Naples, d'Aragon et de Jérusalem? Et [)Ourquoi mettre l'épée dans les reins au monarque de tous ces beaux royaumes, comme à un marchand banqueroutier, pour quelques sacs de pauvres écus? — Vous êtes en ellet monarque de ces royaumes ; mais il est nécessaire de rappeler à Votre Majesté que c'est seulement comme je suis, moi, reine d'Angleterre où je ne possède pas un pied de terrain , où je ne puis percevoir un sou de revenu. Les .seuls doniaines qui vous so.eià de quelque rapport sont tous notés sur cette liste avec la somme exacte des revenus que vous en tirez. Ils sont tout-à-fail insuffi.<;auts, comme vous le voyez , pour soutenir votre dignité et satisfaiic aux engagements considérables que vous avez contractés envers vos premiers rréancicrs. — 11 est cruel de me presser ainsi jusqu'au pied du mur, dit le pauvre roi. Que puis-je faire ? Si je suis pauvre,

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