‹ Anne de GeiersteinChapitre 224 sur 246 · CHAPITRE XXXU. |S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXU. |S

duc, madame, à ce'qiie j'ai appris — Va le rejoindre, et dis-lqi que je le conjure de veiller à sa propre sûreté, et de ne plus songer à servir mes intérêt?. Ce dernier coup m'a achevée.... Je suis sans alliés, sans amis, sans trésors. — Non, madame. Un heureux caprice de la fortune ramène à Votre Majesté ce précieux reste de votre ancienne splendeur.... » Et tirant le magnifique collier, il raconta comment on l'avait retrouvé. — Je me réjouis du hasard qui m'a rendu ces diamants ; en ce qui touche la reconnaissance , je pourrai du moins ne pas faire banqueroute. Portez-les à votre père.... dites-lui que mes projets sont renversés.... et que mon cœur, si long-temps soutenu par l'espérance, s'est brisé à la fin. Dites-lui que ces joyaux lui appartiennent , et qu'il en fasse tel usage qu'il lui plaira. Ils ne le dédommageront que bien faiblement du noble comté d'Oxford, perdu pour la cause de celle qui le lui envoie. — Ma royale dame, soyez convaincue que mon père gagnerait plutôt sa vie en servant comme scluvartz-reiter ', que de vous devenir à charge dans vos infortunes. — Il n'a jamais encore désobéi à mes ordres, et celui-ci est le dernier qu'il recevra de moi. S'il est trop riche ou trop fier pour accepter un bienfait de sa reine, il trouvera assez de lancastriens qui auront moins de fortune ou moins de scrupules. — Il est encore une circonstance que j'ai à vous communiquer, » dit Arthur, et il raconta l'histoire d'Albert de Geierfctein, et le déguisement du carme.

" Êtes-vous assez fou, répondit la reine, pour supposer que cet homme ait aucun pouvoir surnaturel qui le seconde dans ses ambitieux projets et dans ses rapides voyages ? — Aon, madame.. . Mais on répète tout bas que le comte Albert de Geierstein , ou ce prêtre noir de Saint-Paul, est chef d'une de ces sociétés secrètes d'Allemagne, que les princes même redoutent tout en les haïssant : car l'homme qui peut faire agir cent poignards doit être redouté par ceux mêmes qui ont des milliers d'épées à leurs ordres. — Cet homme, maintenant qu il est ecclésiastique, conserve une autorité parmi ceux qui dis^posent de la vie et de la mort, cela est contraire aux canons. — Il semble qu'il devrait en être ainsi, ma royale dame ; mais tout , dans ces ténébreuses institutions , diffère de ce qui se pa se à la lumière du jour. Des prélats sont souvent chefs d'une cour véhmique, et l'archevêque de Cologne exerce la terrible fonction de président, comme duc de Westphalie, contrée où

I. Cavalier noir. Schwartz,^^ allemand, signifie nozV; tireiler, cavalier. C'e»t, du reste , ici le uom d'une compagnie franche, â. u.

fleurissent principalement ces sociétés '. De tels privilèges sont attachés à l'influence secrète des chefs de cette ténébreuse association, qu'ils peuvent bien paraître surnaturels «ux gens qui ne sont pas instruits de certaines circonslances dont l'on frissonne de parler d'une manière claire. — Qu'il soit sorcrer ou assassin, je le remercie d'avoir contribué à interrompre le plan que j'avais conçu pour amener le vieillard à céder la Provence; cession qui, dans l'état actuel des choses, aurait dépouillé René de ses domaines sans avancer en rien notre projet d'invasion en Angleterre.... Encore une fois, parlez à la pointe du jour; retournez vers votre père : dites-lui de veiller à son propre salut et de ne plus songer à moi. La Bretagne, où réside l'héritier de Lancastre, sera le lieu d'asile le plus sur pour ses braves partisans. La juridiction du tribunal invisible s'étend, à ce qu'il paraît, sur les deux rives du Rhin; et l'innocence n'est pas une garantie : ici même le traité que nous voulions conclure avec le due de Bourgogne peut être divulgué , et les Proven(^aux portent des poignards aussi bien que des houlettes et des pipeaux. Mais j'entends les chevaux qui reviennent au plus vite de la partie de chasse, et le «ot vieillard qui, oubliant tous les événements bizarres de la journée, siffle en montant les degrés du palais. Eh bien! nous partirons avant peu, et mon départ sera pour lui, je pense, un soulagement. Préparezvous au banquet et au bal, au bruit et aux futilités.... surtout à dire adieu à Aix dès l'aube dii jour. »

Ainsi congédié par la reine, le premier soin d'Arthur fut d'aller avertir Thibaut qu'il tînt toute chose prête pour son départ ; il songea ensuite à se livrer aux plaisirs de la soirée.

Quoique peu de personnes sussent que l'arrivée du duc de Lorraine et les nouvelles qu'il avait apportées avec lui avaient déconcerté complètement les projets de la reine I\Iarguerite, il était bien connu que la reine et sa mère Yolande ne s'étaient jamais beaucoup aimées, et le jeune prince se trouva à la tête d'un nombreux parti à la cour de son aïeul , qui détestait les manières hautaines de sa tante, et était ennuyé de son air constamment mélancolique ot

1. L'archevêque de Cologne étail reconnu comme chef de touslcs francs triljunaux ou cours Yéhmiquei en Westphalic , par un privilège accordé , en 1»2î; , par l'empereur Charles IV. Wenceslas confirma cel acte par un nouveau privilé;;c daté do 15.^2, dans lequel l'archevêque est appelé grand-maîlre de la vèhnie, ou grand inquisiteur. Co prilat et d'autres prêtres furent cncouriigês à remplir ces fondions par le pape Bonifuce III, dont la discipline ecclésiasti(|iio leur permit en pareil cas de s'arroger le droit de juger dsus ks affaires do y\Q «t de mort. {Moic anglaise, a. m.)

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