‹ Anne de GeiersteinChapitre 227 sur 246 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

aux prêtres de Saint-Sauveur, cette belle égUse^joù les dépôuiliès des temples païens avaient contribué à atteindre la magnificence de l'édifice chrétien. La vaste nef fut splendidement éclairée, et les funérailles se firent avec toute la splendeur que put déployer la fille d'Aix. Les papiers de la reine examinés, on trouva que Marguerite, en disposant de ses bijoux et en vivant avec économie, s'était procuré les moyens d'assurer ^des pensions décentes au très petit nombre d'Anglais qui l'avaient suivie jusqu'à sa mort. Son collier de diamants , que, dans l'acte de ses derjjières volontés, elle disait être entre les mains d'un marchand nommé John Philipson ou de son fils Arthur Philipson, elle le donnait, ou le prix qu'ils en avaient tiré, s'ils l'avaient vendu ou engagé, aux susdits John Philipson et Arthur Philipson son fils , avec l'obligation d'en employer la valeur à la poursuite du dessein qu'ils travaillaient à exécuter, ou si la chose devenait impossible, à leur propre usage et profit. Le soin de ses funérailles était entièrement confié audit Arthur Philipson, avec prière qu'elles fussent absolument dirigées d'après les formes suivies^en Angleterre : cette recommandation était exprimée dans une addition |faite au testament principal, et sigaée du jour même de sa mort.

Arthur se hâta d'envoyer tout exprès Thibaut vers son père . avec une lettre où il lui expliquait en termes qu'il savait devoir être compris le résumé de tous les événements survenus depuis son arrivée dans la ville d'Aix, et i^urtout la mort de la reine Marguerite. Enfin il lui demandait des instructions sur la route qu'il aurait à suivre pour le rejoindre, attendu que le délai nécessaire qui précédait les obsèques d'une personne de si haut rang devait le retenir à Aix jusqu'à ce qu'il pût les recevoir.

Le vieux roi supporta si aisément le coup que lui porta la mort de sa fille que, le second jour après l'événement, il s'occupa d'arranger une pompeuse procession pour les funérailles , et de composer une élégie en l'honneur de la défunte reine , qui était comparée aux déesses de la mythologie païenne , ainsi qu'à Judith , à Débora et à toutes les autres saintes femmes de l'Ecriture , pour ne point parler de celles de création chrétienne. On ne peut dissimuler que, quand le premier ac-iS de douleur fut passé, le roi René ne put s'empêcher de reconnaître que la mort de Marguerite tranchait un nœud politique qu'autrement il aurait eu grand'peine à délier, et lui permettait de se déclarer ouvertement pour son petit-fils; et il alla jusqu'à lui compter une partie considérable des

sommes contenues dans le trésor provençal , lesquelles ne se montaient, comme on sait, qu'à dix mille écus. Ferrand, après avoir reçu la bénédiction de son aieul, sous une forme que ses affaires rendaient très importante pour lui , retourna vers les guerriers résolus qu'il commandait; et avec lui, après un adieu fort amical fait à Arthur, partit le robuste, mais simple Suisse, le jeune Sigismond Biederman.

La petite cour d'Aix fut laissée à son deuil. Le roi René, pour qui le cérémonial et la pompe , que le motif en fût d'ailleurs gai ou triste, étaient toujours une affaire d'importance , aurait volontiers employé pour solenniser les obsèques de sa fille Marguerite le reste de son revenu ; mais il en fut empêché , partie par les remontrances de ses ministres , partie par les obstacles que lui suscita le jeune Anglais, qui, agissant d'après les désirs présumés de la défunte, intervint pour s'opposer à ce qu'on déployât aux obsèques de la reine les pompes futiles pour lesquelles elle avait montré de la répugnance pendant sa vie.

Les funérailles furent donc, après plusieurs jours passés en prières publiques et en actes de dévotion, célébrées avec une magnificence lugubre due à la naissance de la défuiite , et par laquelle l'Eglise de Rome sait si bien comment toucher l'œil, l'oreille et le cœur.

Parmi les différents nobles qui assistèrent à cette fimèbre cérémonie , il y en eut un qui arriva pieusement lorsque le son des grandes cloches de Saint-Sauveur annonçait que la procession était déjà en marche vers l'église. L'étranger changea en toute hâte son habit de voyage pour des vêtements de deuil qui étaient coupés à la mode d'Auglclerre": ainsi vêtu, il se rendit à la cathédrale où la noble mine du cavalier imposa tant de respect aux assistants qu'ils lui permirent d'approcher tout près de la bière; et ce fut pardessus le cercueil de la reine , pour qui il avait tant travaillé et tant souffert, que le brave comte d'Oxlbrd échangea un mélancolique regard avec son fils. Les assistants, surtout les serviteurs anglais de Marguerite, les regardaient tous deux avec surprise et vénéralion; et le vieux cavalier, en particulier, leur semblait vraiment propre à représenter les fidèles sujets d'Angleterre , rendant leurs derniers devoirs à la tombe de celle qui avait si long-temps porté le sceptre, sinon sans fautes, toujours cependant d'une main ferme et résolue.

Le dernier son des chants funèbres s'était évanoui, et presque

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